Skip to main content

Full text of "Bulletin de la Société de géographie"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



f 



l 



il 



z' 




^^••r 



j-l 



t 

! 



'4 

« 



* 




..t H- > 1^ 









X ' 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



Cinquième Série. 



Tom yi. 



USTB DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA. SOCIÉTÉ ( 1 ). 



\ 



MM* 

* Marqais de Laplâce. 
""Marquis de Pastoret. 
*V*' de Chateaubriand. 

* C*'' Chabrol de Volvic. 
*Becquey. 

* C* Chabrol de Crodsol. 

* BaroD Georges CnvisR. 
*B*" HîDE de Neuville. 
*Dac de Doudeadville. 
*G" d'Argout. 
*J.-B. Eyriès. 

*Le vice-amiral de Rignt. 
"'LecoQt.-am. d*Oryille. 
*Dac Decazbs. 
'"Comte de Montalivet. 
BaroQ de Babantb. 



MM. 

GUIZOT. 

♦DeSalvandt. 

* Barou Tupinier. 
C^*" Jaubert. 

* Baron de Las Cases. 

ViLLEMAlN. 

'"Cunin-'Gridaine. 

* L'amiral baron Rodssin. 

* L'am. baron de Mackau. 
*B'" Alex, de Hdmboldt. 

* Le vice-amiral Halgan. 

* Baron Walckbnabr. 

* C" Molé. 

De La Roquette. 

*JO]IARD. 

Dumas. 



Le général baron Pelbt. ILc contre-amir. Mathieu. 



MM* 
Le vice-amiral La Place, 

*Hipp. FORTOUL. 

Lefebyre-Duruflé. 

guigniaut. 

• Daussy. 

Le général Daumas. 

Élie de Bbaumont. 

S. Ex. M. Rolland. 

S. Exe. Tamiral Romain- 

Desfossés. 

Flaraarens. 
Le comte de Grossoi«e8- 

^laharens. 
S. Exe. M. le comte de 

Persignt. 
Le contre-amiral de La 

RONCl&RB LE NOURT. 



USTK DES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS 

DANS l'ordre de LEUR NOMINATION. 



MM. 

W. WOODBRIDGE, à BostOD. 

Le général Edward Sabine, à Londres. 
Le docteur J. Richardson, à Londres. 
Le professeur Rafn, à Copenhague. 
W. Ainswokth, à Londres. 
Le colonel Long, à Louisville. Ky. 
Le capitaine Maconochie, à Sydney. 

Le conseiller de Macedo, à Lisbonne. 

L'amiral John Washington, à Londres. 

Le docteur Kriegk, à Francfort. 

Adolphe Erman, à Berlin. 

Le docteur Wapp^us, à Goettingue. 

Ferdinand de Luca, à Naples. 

Le docteur Baruffi, à Turin. 

Le colonel Fr. Cokllo, à Madrid. 

Le profess. Paul Chaix, à Genève. 



MM. 

J. S. Abert, colonel des ingénieurs to- 
pographes des États-Unis. 

Le profess. Alex. Bâche, surintendaDC 
du Coast-Survey, aux États-Uois. 

Lepsics (Richard), de T Académie des 
sciences de Berlin, à Berlin. 

De Martius, secret, perpét. de TAcad. 
des sciences de Bavière, à Muaicb. 

Kiepërt (Henri), à Berlin. 

Petermann (Augustus),% Gotha. 

E. Lamanskt, à Saint-Pétersbourg^. 

Norton Shaw, secrétaire de la Société 
géographique de Londres. 

Foeiterle, secrétaire de la Société 
géographique de Vienne. 



MM. 



LISTE DES CORRESPONDANTS ÉTRANGERS 

QUI ONT OBTENU LA GRANDE MÉDAILLE. 

MM. 



Le capitaine Graah, à Copenhague. 
Le capitaine G. Back, 
L'amiral James CLABKRo8S,à Londres. 
Le capit. R. MiC-CLURE, à Londres. 
Le docieur Henri Barth, à Berlin 
Le rév. David Livingstone, à Londres. 



Le docteur E. K. Kane. 
Les frères ScHLAGiNTWËiT, à Berlin. 
Le capit. Richard F. Burton, à Londres. 
Le capit. J. H. Speke, à Londres. 
De Khanikoff (N.), à Saint-Péters- 
bourg. 



(1) La Société a perdu tous les PrésidenU dont les noms sont précéiléi d'un *. 



%.'• 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 

RÉDIGE PAR LA SECTION DE PUBLICATION 
ET MM. Y. A. MALTE -BRUN, 

SEGRÉTAIKE GÉNÉRAL DE LA COMMISSION CENTRALE, 

BT 

V. A. BARBIE DU BOCAGE, 

SECRÉTAIRE ADJOINT 



CINQUIÈME SÉRIE. — TOME SIXIÈME. 



ANNÉE 1863. 



JUILLET — DÉCEMBRE. 



PARIS 

CHEZ ARTHUS-BERTRAND, 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHTE, 

RUE HAUTEFEUILLE, N» 21. 

1863. 



- - j 



* 



t •» 






J ^ J 



J-Jj-J^ .< 



J ri 



■• •< ^ J 



1 J i 



J J > 



THE REW TO?.K 1 

PUBUC LIBRARY 



ilSTOR, LENOXA 
TILDKM FOUNDATIOMS 



^01 POSITION 



DU BUREAU DE LÀ SOCIÉTÉ 

POUR 4863-1864. 



Président. S. Exe. M. le comte Wâlewski, mtaistre d*État. 

v a D étt\ij, /« ) ^- I® vicomte FLEcaioT Dblanglb, contre-amiral. 
Ytce-frestaems.^^ Reinadd, membre de rinstilut. 

o.-^.i>.i^.«. I M. de PoNGBRViLLB, membre de FlDStitut. 
Scnaateurs. Jm.Sédillot. 



Secrétaire» 



M. Edouard Charton. 



COMPOSITION DU BUREAU ET DES SECTIONS 
DE LA COMMISSION CENTRALE. 



Président, 
Vice-Présidents» 



M. de QuATREFAGES, membre de TÂcadémie des scieDce<« 

M. D*ÂVEZAC. 

M. Vivien de Saint-Martin. 
Secrétaire général. M. V. A. Malte-Brun. 
Secrétaire adjoint. M. Y. A. Barbie du Bocage. 

COnPOSlTIOW DE9 SECTIONjSI t 

Section de CoîTespondance. 



MM. d'Abbadie, corr. de l'iDSt. , prés. 
Alex. Bonneau. 
Ed. Charton. 

C** d*Escayrac de Lauture. 
DeFroidefondsdes Farges, secr. 
Victor GuériD. 

Adjoint : ] 


MM. Aug. Himly. 
Gabriel Lafond. 
De La Roquette. 
A. Maury, de rinatitut. 
Ernest Morin. 
Noël des Vergers, corr. de Tins t. 

M. Lejean. 


Section de Publication. 


MM. BaissoD. 

Eog. Cortambert, secrétaire. 
Alfred Demersay. 
Ernest Desjardins. 
Jales Daval. 
Guigniaut) de llnstitut. 

Adjoint : ! 


MM. Alfred Jacobs. 

Lourmand. 

Morel-Fatio. 

Éiisëe Reclus. 

SédilloU 

Trémaux. 
1. Maunoir. 


Section de Comptabilité. 


MM. Bouillet. 
Dclocbe. 
F. A, Garnier. 

Adjoint ; M. le vie 


MM. S. Jacobs, secrétaire. 

Lefebvre-Duruflé, président. 
Poulain de Bossay. 

;omte de Rostaing. 


Trésorier. M. Meignen, notaire, rue 
Agent. M. Noirot, rue Christine 
Aijoint. M. Adolphe Noirot. 


Saint-Honoré, 370. 
,3. 






- * • • 






• * 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



JUILLET 1863. 



Mémoires, Motlees, etc. 



LE D' ALFRED PENEY 
ET SES DERNIÈRES EXPLORATIONS 

DANS LA BÉGION DU HAUT FLEUYE BLANC. 

1860-1861: 
Extraits de ses notes el de son journal de voyage, 

MIS EN ORDRE ET AGCOMPAGNÉS DE NOTES 

Par M. V. A. Malti-Ekith, 



L 

Au moment où Tattention publique est avec raison 
fixée sur les importants résultats de Texploration dans 
l'Afrique orientale confiée aux capitaines Speke et 
Grant; au moment où cette éternelle question des 
sources du Nil est plus que jamais interprétée et dis- 
cutée , il est du devoir de la Société de géographie de 
Paris de mettre en lumière les principaux résultats 
obtenus par un voyageur français mort à la tâche, en 



cherchant à reculer, dans cette vçie périlleuse, les 
limites de Tinconnu. 

Le nom du D^ Alfred Peney ne doit pas en effet 
tomber dans l'oubli ; il est le premier Européen qui ait 
franchi les rapides de Garbo qui repdept &u delà de 
Gondokoro la navigation du fleuve Blanc si difficile ; îl 
est le premier qui ait reconnu les cataractes de Makedo 
et vu le fleuve au delà de cet obstacle. On lui doit 
sur les pays situés à Test et àTouest de Gondokoro 
des détails précieux, et ses notes, ses obse^'vations dé- 
posées dans les archives de la Société, témoignent d'un 
voyageur sérieux qui paraissait digne de la mission 
qu'il avait sollicitée et obtenue du gouvernement égyp- 
tien, grâce à l'appui de M. Jomard, auquel devait 
revenir la triste et honorable tâche de faire connaître 
dans le Bulletin ses travaux, lorsque la mort vint le 
surprendre au moment où il allait se mettre à l'œuvre. 



IL 



En 1840, M. le D' €lot-Bey, inspecteur général du 
service de santé d'Egypte, se trouvant à Paris, distingua 
un jeune médecin ayant appartenu à l'armée navale, 
Çui lui fi\t présenté ; il, se ^a^taçha eçi qualité ^ç secré- 
taire. G'é^it M. Alfred Peney {\\. 



Peney naquit le 3 août 1817 à Saint-Genix, petit village 

■« . , ,, . \ 

lex (Ain). Son père, qui appartenait à Tadministration 



(1) Alfred 
du pays de Gex 

des douanes, lui fit commencer ses études à Saint-Claude (Jura), vers 
Pannée 1828; il les termina au collège de Nantua, et vint à Lyon eo 
1835 pour y commencer ses études médicales, et ce fut comme élèye 
eu médecine que pendant quelque temps il fut attaché à TH^tel-D^ça 



(7) 

De retour à son poste, Clot-Bey s'occupa de faire 
parcourir une carrière honorable à ce jeune praticien, 
eu qui il avait reconnu une intelligence et une aptitude 
peu communes. Après avoir rempli pendant quelque 
temps avec distinction les fonctions de médecin-major 
dans Tarmée égyptienne, M. Peney exprima à son pro- 
tecteur le désir d'aller dans le Soudan pour y faire des 
études sur la géographie et l'ethnologie. 

K. Clot-Bey, appréciant tous les services scienti- 
fiques que le D' Peney était à même de rendre, s'em- 
pressa d'accueillir la demande qui lui avait été faite, et 
M. Peney, quelque temps après son arrivée à Khar- 
toum, fut nommé médecin inspecteur chargé du service 
8amt^re du corps d'année égyptien occupant cette 
province. 

Les prévisions de Glpt^Bey se réalisèrent, far dans le 
poste élevé où il était parvenu, M. Peney sut recueillir 
et fournir aux sciences géographiques une foule de 
matériaux précieux, dignes d'un véritable intérêt. 

A l'époque où se prépfirait l'expédition aux sources 
du Nil, soiis la direction de H. le comte d'Escayrac, 



4e cette ville. La juste eélébrité de Tëcole m^icale de Moqtpellier 
l!tttira dans cette ville de 1837 à ISSS pour y compléter ses études. 

Qçpendaot le choléra décioiai^ le midi de la France, Alfred Peqey 
K rendit à Arles où son père résidait alors eo qualité de contrôleur 
des douanes, et se voua avec zèle au traitement des malheureux atteints 
du redoutable fléau. 

Eq 1839, le désir d*étendre le champ de ses études lui fit accepter 
one place de chirurgien auxiliaire dans la marine, et il avait déjà 
navigué en cette qualité lorsque le D' Clot-Bey le distingua et se Tatta- 
cha en qualité de secrétaire. 



■. 



(8) 

expédition qui eut sans doute atteint un tout autre ré* 
sultat si son chef eût été libre de suivre son premier plaii, 
l'Académie des sciences avait rédigé pour les membres 
de cette expédition une série de questions, parmi les- 
quelles il s'en trouvait plusieurs ayant rapport à l'ethno- 
graphie, aux maladies et à l'état de la médecine chez 
les populations qui habitent l'intérieur de l'Afrique. 

L'avortement de cette expédition si laborieusement 
préparée suggéra auD' Peney l'idée de mettre en ordre 
quelques notes recueillies au Soudan égyptien pendant 
le séjour de dix-huit années qu'il avait déjà fait dans 
cette province, notes qui répondaient à quelques-unes 
des questions posées par l'Académie des sciences. Étant 
vena en France en congé temporaire vers la fin de 
l'année 1858, il adressa, à la date du 6 janvier 1859» 
à M. Jomard ses notes en le priant de les communiquer 
à l'Académie. Elles fm*ent en effet communiquées à;ee 
corps savant qui les renvoya à l'examen du D' J. C]ji>*- 
quet (1). Le D"^ Peney se proposait déjà à cette époque 
d'entreprendre une exploration à la recherche des 
sources du Nil (2), et il avait même, à cet effet, soumis 
un projet de voyage à S. Exe. Arakel-Bey, gouverneur 
des provinces de Sennâr et de Kordofan, projet que 
M. le D' Glot-Bey communiqua à M. Jomard. c Per^ 
sonne, lui écrivait-il à la date du 26 octobre 1858, 
n'est mieux à même que M. Peney d'entreprendre ce 

(1) Voyez le n* 24 des Comptes rendus des sécmces de VÀcadémie 
dtfsscttfnces pour 1860. 

Le mémoire de M. le D^ Peney a été inséré ao Bulletin de mai-Jain 
1859, p. 321. 

(2) Voyez le DuUetin de décembre 1858, p. 441. 



(» ) 

voyage. Il connaît déjà les lieux, il est parfaitement 
acclimaté par un séjour de quatorze ans dans le Soudan. 
Il a de Finstruction, de l'intrépidité ; c'est, en un mot, 

l'homme qui a le plus de chances de réussir Vous 

pouvez avoir confiance en lui ; c'est un homme probe 
et sérieux, et je vous serai particulièrement reconnais- 
sant de ce que vous ferez pour lui » 

De retour à Khartoum, après avoir à peine pris le 
temps d'embrasser sa sœur madame Ayasse Peney, sur 
laquelle il concentrait toutes ses affections de famille, 
il reprit, en attendant que l'autorisation d'entreprendre 
son exploration lui fût parvenue, le cours de ses tra- 
vaux et de ses explorations météorologiques. Il constata 
que l'altitude de Sennâr était de 362*", 5 ; que celle de 
Khartoum était de 33 ô mètres (1). 

n avait l'espérance de pouvoir s'adjoindre à une 
expédition vers le haut fleuve Blanc que préparait un 
Français connu à Khartoum sous les meilleurs rapports, 
M. A. de Malzac, mais ce dernier succomba vers la fin 
d'avril 1860 à un de ces accès de fièvre si redoutable 
pour les Européens sous ces brûlantes latitudes, et il 
lui fallut former d'autres projets. 

Heureusement qu'un négociant maltais, M. Andréa 
De Bono, l'un des plus hardis et des plus heureux 
explorateurs du fleuve Blanc, préparait une expédition 
dans le dessein d'explorer les contrées où devait péné- 
trer M. de Malzac ; M. Peney réussit à s'adjoindre à cette 
société avec l'autorisation du gouvernement égyptien. 

(1) Ce nombre rësalte d'obfenrations faites dans le cours de Tannée 
et doDt le minimom barométriqae est de 727 millimètres, etl e 
muimam de 733 millimètres. 



(10) 

he 14 août 1860, il écrivait à }H. Jomard : « lt|o 
voilà donc de nouveau en partance pour les l^autes 
régions dij) Ni), avec la ferme intention de remonter p)t|^ 
haut qu'on ne Tçi fait jusqu'à ce jour ; et ppfipettez-mqi, 
monsieur, devons le dire, avec l'espérance de parvenir 
au delà de. l'Equateur, et par conséquent aux grands lacs 
récemment découverts. Seulement comme au-dessus 
de Gondokoro la pavigation du fleuve devient presque 
impossible, même pour des barques très-légères, notre 
intention est de prendre la voie de terre, dès que celle 
du fleuve, deviendra impraticable et de remonter aus3i 
haut que possible en côtoyant les rives du Nil, et de 
façon à nq pas nous égarer en chemin ni à confondre 
un cours d'eau avec un autre. Çn trois mois de temps 
et avec une escorte d'une centaine d'hommes dont nous 
pourrons disposer, nous avons calculé que nous avions 
le temps et toutes les probabilités de parcourir av^c 
fruit l'espace qui s'étend entre Gondotpro et Içi partiç 
septentrionale du lac Nyanza. J'espère emporter avç^ 
moi quelques instruments d'astronomie et dq météoro- 
logie qui manquent à ma collection actuelle et dont 
j'ai fait la demande à Rœnig-Bey ; de ce nombre sont 
deux chronomètres de poche achetés pour l'expédhion 
di^çQflate 4 Çsçayra^ç et dei^jf QVi troi^ baromètres ;m|l- 
heuçeu^ççaçnt j'ignore dans q^iel état sont ces instru- 



ments. » 



IIL 



Ce fut le 1^' novembre de Vannée 1860 que le 
D' Peney quitta Khartoum avec 2 barques, une daha-^ 



(") 

biéh de )& hommes d'équipage et un nagher de 
8 hommes, plus 30 soldats commmandés par un offi- 
cier et répartis sur les deux barques, pour remonter 
le fleuve Blanc. Le 29 décemt)rei il atteignait Gopdo- 
koro, terme habituel dçs expéditions préç^^^nte^. 
Cette première partie du voyage n'pflffit auc^pq p^ 
ticularité remarquable ; le trajet de Kbs^^oujn ^ Gq&- 
dokoTO a d'ailleurs été j'objet de p^ijsieurs rapportai à% 
la part dçç yoyageprs qui depui? ^. ^' Arnaud Fon^ 
exécuté. 

Contentons-nous de dire qiie ^e D' Pe;pey tiji^^ u^ 
joym^ exact de sa route, notant jour par jo^r \^ 
heures de i^^^c^e, la direction ^uivie, la ^i^tancç 
parcourue, les phénqjçpiènes mé^éç^rologiques : état di^ 
ciel, température, vents ; çlreçisaqt cjisjqi^e soir la cartç^ 
^u ps^jcçpu^s du fleuve*^ indiquait les village^, les 
points reippafqu^bleçi, reci^piU^n^ sur T^iistoire. ^tu- 
relie eit sur Tethnograpl^ie de? notes qi^ç i^ous retrou- 
vons éparseiS dans son j^oumal. 

Sjfçs notes ?ur les peupladçs riveraines du fleuve de 
%^um à Gqudokoro , spr ^ Sç^içiflli;?^ (Sd^illpVi^s), 
Iç^ I^ouf^ïf , Ig. grande femillç des^ ^!?^^ ^\ 99™ÇiîÇP,^ 
!^|rit>^ de^ i^it^ch, dçs T«it?ch, les Bfp^i^ç, îçs, Çe^iai); 

^èH9^plÇt,Ç3, çpé^tçnt V^Wentipn ç^aiç ^^ nû«piiffeftx 
détails qu'elles contiennent; elles compléteront cer- 
tweipçnl. celtes qqçi QO^s devp.^aiàç^'^^tre§! vpy^geurs, 
aussi nous proposons-nous de les reproduire dans up 
des prochains cahiers du Bulletin. 



(12) 



IV. 



Après quelques jours de repos pendant lesquels le 
D' Peney visita les environs de Gondokoro, Libo et 
Bélénian, et où il prit quelques hauteurs du soleil à 
différentes heures du jour à Taide d'un sextant, ayant 
appris qu'une caravane de trafiquants d'ivoire devait 
partir pour l'ouest, il résolut de s'y adjoindre (1). 

Le départ eut lieu le vendredi A janvier 1861 : 
€ Trois jours de marche dans une direction occiden- 
tale et sur le même parallèle que Gondokoro nous con* 
duisirent, dit le D' Peney dans une lettre à S. Exe. 
Kœnig-Bey, président de l'Institut égyptien (2), sur les 
confins de la province de Niambara, et quatre autres 
dans la même direction nous amenèrent dans le district 
de Morou, appartenant à la même province. Ce dis- 
trict est traversé par un fleuve appelé Yièh dans la 
langue des indigènes. Ce fleuve, qui coule dans la 
direction du S. E. au N. 0., à un degré de longitude à 
l'ouest de la branche principale du Barry (le fleuve 
Blanc), avait au moment où je l'ai franchi, époque des 
plus basses eaux, sur une largeur de 80 tnètres, une 
profondeur moyenne de 0°»,35 et un courantàla seconde 
de 0»,333. Des renseignements sur son cours inférieur 

(1) Cette caravane appartenait à M. De Bono et était sous la direction 
de son neveu. 

(2) Cette lettre porte la date du 20 février ; c'est aussi celle d*une 
lettre adressée à M. Jomard et dans laquelle le docteur lai fait le récit 
de son excursion. — Cette dernière lettre a été insérée au Bulletin 
de juillet 1861, p. 65. 



(18) 

m'ont appris qu'il traverse, en sortant de la province 
de Niambara, la tribu des Allob, contoame la contrée 
habitée par les Niam-Niam Makaraka , arrive chez les 
Djoar, et de là, en continuant toujours la même direc- 
tion vers le N. O., vient se jeter dans le Bahr-el-Gbazal 
ou Keilak dont il est un des principaux affluents. Ces 
renseignements coïncident d' ailleurs parfaitement avec 
ceux donnés par les marchands du Bahr--el-Ghazal. 
Qoant à son cours supérieur et à son origine, je n'ai 
pu me procurer que des indications si vagues, que je 
crois devoir les passer sous silence (1). J'espère pour- 
tant pouvoir me renseigner positivement à cet égard, 
de visuy dès que l'occasion m'en fournira 4es moyens. 
» Pendant un mois qu'a duré mon excursion dans la 
province des Niambara , j'ai pu étudier et recueillir 
ffivers sujets botaniques, dont plusieui*s m'étaient in- 
connus, et observer en passant la formation géologique 
de la contrée. Ces observations feront le sujet d'un 
mémoire dont je n'ai pu réunir jusqu'à présent tous les 
matériaux. Quand ce travail sera complet, je m'em- 
presserai de le transmettre à Votre Excellence. En 
stttendant j'expédie à Khartoum au mudir, pour que 
celui-ci la fasse tenir à Votre Excellence, une caisse 
contenant des fruits et des semences, ainsi que quelques 
échantillons minéralogiques recueillis pendant cette 
première partie de mon voyage. J'ai joint à cet envoi 
un crâne d'un riverain du fleuve Blanc qui ressemble 
plus ou moins aux crânes de la population qui s'étend 

(t) Depuis, le D' Peney apprit qae ce Yièh n^était qu*une branche 
da fleuve Blanc qui s'en détachait en amont des monts Régo et du 
PicGniri. 



(14 ) 
dès Schlouk jJSbhiUoukà) jusqu'aux Barry îiidusî^é- 
iheiit Là rhâbhoite inférieure jointe à la bbltè osséiiâfe 
indique suffiisâmiioietil qu'elle appaHietit à cette race dé 
nègt*es qui S'arrabhent les Incisives et lés canines ; le 
sàcàirfi est analogue à celui de toutes les races hu- 
maines; 'et iié serait pas invoqué en témoignage par 
les pahisah^ de la doctrine des hoiiltnes à queue. 

» Parmi lés pUutes faisant partie de nooii envoi, se 
trouvent divers poisons actifs deé gent-es Strychos et 
iVwic vomica, doht une partie, je crois, est inédite. 
Comme pliante d'utilité générale, vous trouverez des 
graines et des éCHàntillotis de deux espèces botaniques : 
une appelée Arak et propre aux coiitrées du Niànibarà 
et aux provinces du Bahr-el-Ghàziab, l'autre faomrhée 
Modouss, léguminéuse (Jui se trouve à Fazoglbii fet 
chez les Barry "; toiitèS deux ont une écorce employée 
comme tannin dans les contrées où croissètit beS végé- 
taux; celle de l'Arak fcontîent encore du caoutchouc 
et son fruit reiiferme tinfe matiêt*é ôléàgiriensé comes- 
tible et très-employée par les indigènes. 

» Quàilt âûx plârite's que je îi'àl pas étiquetées, ne 
sachaîît dans quel genre les classer, elles pourront, je 
pensé, être coordonnées |)âr ceiix des membres de 
l'Institut égyptien qui s'occupent spécialement dé bota- 
nique, et en premier lieu par Figari-Bey. 

rt Je continuerai mes explorations aux environs de 
Gohdôkoro, jusqu'à ce que la fin de îâ saison dés pluies 
me permette de me teméttrè en routé pour les régîoiis 
méridionales du fleuve, qui n'ont encore été visitées 
par aucun Européen. Car le but principal de mon 
voyage est d'atteindre jusqu'aux sources du Nil, ou du 



tâoiilà à uhe des origines les plas importantes du fleuve« 
Je regretté d'avoir quitté Khartoum sans avoir pu me 
procurer nn thermomètre, et avant d'être rentré en 
po^ssion d'im baromètre que j'ai envoyé au Cslire 
{jour y être réparé. Je tâche, il est vrai, de remplacer 
le premier instrument par un télescope, en observant 
avec son aide des occultations des satellites de Jupiter ; 
mais je ne puis me rendre compte de mes observations 
pour la détermination des longitudes, ne possédant 
àricuh exemplaire de la Connaissance des temps pour 
rahnée pt-ésente. » 

Après s'être avancé vers l'ouest jusqu'à deux jour- 
nées au delà de Morou, le D' Peney revint sur ses pas, 
él le !•' février il rentrait à Gondokoro, de retour de 
sa première excursion. 

Voici les extraits de son journal de voyage relatifs à 
cette excursion au pays de Niambara. 

ÎUfeMlEft EXTRAIT bu iOURNAL DE VOYAGE DU D' I>ENEY, 
DU à JANVIER AU 31 JANVIER 1861. 

VeMredi 4 janvier 18(51. — Départ pour la contrée 
à Touest du fleuve et marche d'une heure, dans là di- 
rection O. N. O., jusqu'au district de Wario. 

On passe la nuit dans ce district. 

Samedi 5. — Marche de deux heures et demie dans 
la direction O. N. 0. jusqu'au district dekao, et d'une 
bedre dans là direction 0. jusqu'au district d'On- 
kaschiutt^ au pied de la montagne RounôUfi. 

Dimanche 6: — Halte au village de Lobgoleh, où 
nous passons deux journées pour nous jirôburër des 



(16) 

porteurs pour nos bagages » les nègres Mandari qui 
nous avaient servi à cet effet jusque-là ayant jugé à 
propos d'abandonner notre caravane. 

Lundi 7, mardi 8. — Marche de sept heures et demie 
dans la direction O. et jusqu'au village Répouté, où 
commence la province Niambara. Forêts sur notre 
route et chaîne de montagnes allant dans la direction 
du S. au N. Divers pics granitiques isolés s'aperçoi- 
vent dans différentes directions. 

Mercredi 9. — Passage à travers deux pics de for- 
mation granitique où notre escorte est attaquée par des 
nègres Niambara. Nos gens tuent ou blessent deux ou 
trois des assaillants, ce qui suffit pour les mettre en 
fuite ; mais deux de nos hommes reçoivent également 
des coups de flèches dont l'une, entre autres, produit 
une très-grave blessure dans la région du foie. 

Arrivée dans la soirée dans le district de Lonkschid-^ 
bora. 

Jeudi 10. — Quatre heures de marche dans la di- 
rection 0. S. Ô. jusqu'au village Logothchia. Orage 
et pluie pendant la nuit. 

Vendredi 11. — Trois heures et demie de marche 
dans la direction O., jusqu'au district Mayanghotia. 

Samedi 12. — Cinq heures et demie de marche 
dans la direction O. S. O. jusqu'au district de Morou^ 
où se trouve un comptoir de marchands européens et 
arabes pour l'achat de l'ivoire (1). 

Total des heures de marche de Gondokoro à Morou : 
trente et une (31). 

(1) M. Andréa De Bono possédaità Morou un établissement* (Noie 
du lUàactewr.) 




(17) 
Dimanche 13. — Séjour à la station précédente. 

6 heures matin. 2 heores et demie loir. 

Therm. c. 20* (1). Them. 33*,5. 

Ciel clair. Naages. 

Vent îrrëguHer. Vent yariable. 

Lundi lA. — (Même localité.) 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Therm. 20",5. Therm. 33*. 

Ciel clair. » Nuages* 

VentE. VcntN. E. 

Mardi 15. — (Même localité.) Petite pluie pendant 
la nuit. 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Temps couvert. Temps couvert. 

Therm. 24®. Therm. 28». 

Vent 5. 0. Vent variable. 

k une lieue de notre campement et dans la direction 
0., coule du S. E. au N. O. une rivière appelée Yièh, 
et dont les mesures sont les suivantes : 

Largeur 80™ ,00 

Profondeur moyenne 0™,39 

Courant à la seconde 0^,333 

Ce qui donne pour le débit moyen, à la seconde, le 
chiffre de 9",32â. Il faut dire que cette estimation 
a été faite au moment des plus basses eaux. 

Mercredi 16. — (Même localité.) 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Ciel couvert. Nuages. 

Therm. 18". Therm. 38%8. 

Vent variable. Vent variable. 

(0 Toutes les observations ihermométriquos se rapportent au ther- 
"«Mûèlre centigrade. 

VI. JUILLET. 2. 2 



(18 ) 
J^Uâî 17. — (Même localité.) 

6 heures knatin. ^ heares soir. 

Ciel coatert. Naages. 

Therm. 19». Therm. 32o. 

Veot variable. Vent var. 

Vendredi 18. —(Même localité.) 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Ciel clair. Temps clair. 

Therm. 18*. Therm. 38<>. 

Vent N. E Vent variable. 

Therm. au soleil et sur le sot k midi et demi : 36^,5. 

Samedi 19. — (Même localité.) 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Quelques nuages (stratus). Ciel brumeui. 

Therm. 16^,8. Therm. 34°. 

Vent N. E. Vent variable. 

Dimanche 20. — (Même localité.) 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Temps couvert. Quelques nuages. 

Calme. * Vent variable. 

Therm. 22\ Therm. 35o. 

Lundi 21. — Excursion à l'ouest du fleuve Yièh. 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Temps couvert. Quelques nuages. 

Vent variable. Vent E. 

Therm. 19o,5. Therm. 34°. 

Mardi 22. — Campement à Morou. 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Nuages et petite pluie. Temps couvert. 

Vent variable. Vent variable. 

Therm. 23°. Therm. 30\ 



(19) 
Stercredi Î8. — (Élêmfe localité.) 

6 heures maUn. 3 heures soir. 

Ciel clair. Nuages. 

Veut N. E. Veut Tsriable. 

Therm. iO^'fS. Therm. 33*. 

Jeudi *2à. — Campement de Moron. 

6 heures uiatin. 3 heures soir. 

Ttaops coufert. Nuages. 

Veol variable. Vent variable. 

Tbenn. 22». Therm. 32<>. 

Samedi 26. — Départ pour le retour avec les gens 
de M; De Bono et le guide Longadjou. 

Jeudi 31. — Arrivée dans la matinée dans le dis- 
trict d*Onkaschiutt et le lendemain à Gondokoro. 

Le Niafnbâ^ra. 

La province de la langue niambara, qui occnpel une 
^I^erficie de 35 à iO lieues carrées; est limitée à Test 
pir lès protitices des Barrjr et des Chir-Mandari, à 
Ititiest par la cortlrte des Mondou et celle des Wania, 
ao iiord par la chaîne des monts Régo qui la sépare 
d«^ Mâdy, et Ha sud par les Niam-biam Makaraka et 
la tribu des AUoh. 

Sa population est répartie dans une vingtaine de dis- 
tricts dont les plus impoitants sont ceux de Niambara, 
ieBôra, de Morou, de Liky, de Fadjelou, de Toubod 
et de Bandou. 

Cfetté province a un idiome propre et qui n'offre au- 
^^tie ressemblance avec le langage des Denka ni avec 



(20) 

celui des Barry ses voisins. Cet idiome, bien que très- 
simple dans sa syntaxe et offrant le même système de 
numération quinténale que la plupart des idiomes des 
peuples nègres, présente cependant une plus grande 
variété d'intonations que les langues précédentes, et 
possède des consonnes sifflantes qu'on ne rencontre 
dans aucun idiome se rattachant au Denka. Je citerai 
comme exemples les consonnes z, dzy tZj 5, très-com- 
munes dans la langue niambara, et que les peuples du 
nord et de l'est remplacent par la consonne t. 

Les Niambara partagent toutes les superstitions de 
leurs voisins à l'égard des Coudjours ou sorciers dis- 
pensateurs de la pluie ; leurs idées religieuses se bor- 
nent à peu près à cette seule croyance. Bien que d'un 
caractère moins turbulent et plus affectueux que les 
Barry, ils n'en professent pas moins, comme ceux-cî, 
une antipathie profonde pour les étrangers, et sont, 
comme tous les autres nègres, en guerres continuelles 
avec leurs voisins. 

Ils s'adonnent généralement à la culture des terres 
et récoltent chez eux, outre le doura {Holcus S or g hum) ^ 
le dokn, espèce de millet à très-petits grains, le sé- 
same, YArackis hypogœa^ diverses espèces de haricots, 
et le Convolvulus batatas. Leur pays fournit également 
une grande quantité de fruits comestibles, qui sont 
bons malgré leur état sauvage, et qui deviendraient 
excellents par la culture. Je citerai, entre autres, 
diverses variétés des genres Prunus ^ Cerasus^ Per- 
sica, YAno7ia sauvage, beaucoup de plantes oléagi- 
neuses, etc. Quelques-uns s'adonnent à la fabrication 
des instruments et des ornements de fer ; mais le plus 



(21) 

grand nombre se livre de préférence à la chasse de Télé- 
phant. Ils pratiquent cette chasse d'une manière assez 
singulière ; car c'est grimpés et cachés sur des arbres 
de haute futaie, qu ils attendent l'éléphant que d'autres 
chasseurs, faisant les fonctions de limiers, sontchargés 
de ramener et de diriger vers l'endroit où sont embus- 
qués les pointeurs. Ceux-ci, armés d'une lance dont 
le fer a 60 à 70 centimètres de longueur, avec une épais- 
seur proportionnée au reste de l'arme, plongent dans le 
dos ou les flancs du pachyderme l'instrument, qui pé- 
nètre dans les chairs jusqu'à la hampe, et qui produit 
ane blessure presque constamment mortelle. La chair 
des animaux tués de la sorte est vendue au bénéfice de 
la compagnie des Nemrods ; ses dents servent à faire 
quelques bracelets. Avant l'arrivée des trafiquants 
d'ivoire, cette partie de la bête n'était presque d'aucune 
valeur et servait à faire des enclos pour y renfermer 
des animaux domestiques. 

f ai parlé de l'industrie du fer chez les Niambara; 
mais en oubliant de dire que toute la population a un 
goût très- prononcé pour les bracelets, les grelots et 
aatres ornements fabriqués avec ce métal. Hommes et 
femmes Niambara sont littéralement bardés de fer, et 
le sexe féminin, outre les brassards qui ceignent ses 
membres supérieurs, porte toujours à la ceinture un 
poignard, qui sert d'accompagnement obligé aux danses 
^^la population. Les femmes Niambara ont l'habitude 
de se percer les lèvres supérieure et inférieure à leui 
commissure moyenne, et d'y introduire un morceau d^^ 
quartz, de forme cylindro-conique, où, à défaut, un 
cylindre de bois ou un morceau de roseau. Le se^e 



(22) 

féminin n*a pas adopté Tusage du pagnp, si fréquent 
chez les autres tribus noires ; il a seulenient recours à 
un morceau de peau de forme trjapgulaire et de din^eo- 
sions très-étroites, pourcouvrir l'organe génital. Quel- 
quefois cependant les femmes ajoutent sur ce vêtement 
si peu ample un complément de feuilles d' arbres, fu- 
sant fonction de tablier. 

Les deux sexes ont les oreilles cribléea d'ouvertures 
destinées ^ livrer passage et à mettre en demeure dtss 
anneaux de fil de fer, ornés de verroteries, et fai§Mit 
fonction de boucles d'oreilles. Ces anneaux, qui attei- 
gnent le nombre de dix ou douze pour chaque oreille, 
exercent sur les parties qui les support^p^ un tiraille- 
ment tel, qu'il les déforjne rapidement, les éc^r|;^ ^p 
leur position naturelle et imprime k 1^ pbys^ppp|[{)|ç 
une expression tout à fait originale. Cet; écart^n^^nt 
des oreilles fait paraître la figure beancqqp plu^ J^'FgP 
qu'elle ne l'est réellement. 

Les nègres Niambara ont une dftpse qpi diffère pqta- 
blement de celle des Penk^ et de^ P^-rFy, bien qug Iq. 
représentation de cette danse ne soit aul^ri^ ^^ cpllg 4§ 
sujets guerriers ou libidineux, ppwmej pjjgg }§s ajijrgg 
peuplades. Cette dan^e s'^PPQfnpj^pe, pou plqs ^gfii;. 
mesure f}e la riQugara (tambour) » m^)§ ^yep Iç sop 
d'instruments de corne op 4'écqrpe 4fi pptirpfl, gui 
imitent p}ps ou mpip§ les intqnations dp ppr de p^iaçge 
et celles de la cpptre-bass§. 

Outre les instruments destinés k ]^ d^use, Ij^s Niau)- 
bara possèdent une espècp de sifflet troué de trois ppygr- 
tures, qu'ils portent suspendu au cou, etdontilsfontun 
fréquent usage pour commuaiquer entre eux ^ distanpp. 



(28) 

La province de Nian^ara est très-riche en abeilles, 
ce qu'elle doit sans ^oute à la quantité et à la quat^td 
4çs si4>^t^çes Y^étales et des fleurs qu'elle contient 
dans tout son parcours. Les habitants attirent ces 
abeilles au voisinage de leurs demeures en leur con- 
stmisan^, sur ^^^ arbres où ils veulent fixer des essaims, 
4es espèces ^e ruches très-simples, mais sufSsanteç 
poor y abriter les insectes en question. Le miel qu'on 
I i^écolte est 4' un |;oût exquis et d'un parfuoi des plus 
^réa|)le5. 

V. 

De ("etour à Gondokoro le 1" février, le D' Penpy y 
^jjoTLTna jusqu'au 18, sç reposant de ses fatigues et 
i^^ttant en ordre ses notes ^t sa correspondance. Il 
expédia le 8 février unq barqpe à Kljiartflum avec d^ 
let^s pour le înoudir (préfet) et upe caisse de collec- 
tions botaniques et mipéralogiques à l'adresse de 
Kœnig-Bey. 

Il fit pendant ce séjour plusieurs observations mé- 
téorologiques qui furent toutes répétées deux fois par 
i<iur. Jusqu'au 11 février, ^1 constata que la tempéra- 
ture de Gondokoro variait à sii; heures du matin de 15 
ff 1^ deg^^s^ ceptigra(^^s, et à trois heures de 31 à 
?5 degrés ; et que du 11 au 18 elle fut, à six heures du 
|ûatin, de ^9 à 21 degrés, et à trois heures de 33 i 
î7 degrés. Le 13 février, il constata que le fleuve 
Blanc avait augmenté de 0"", 02 , et le 17 février que le 
niveau de ce même fleuve avait diminué de 0'°,0S de- 
puis Tavant-veille. 
A son retour à Gondokoro, il avait trouvé M. G. Le- 



(24) 

Jean qui venait d*y arriver sur une petite barque à 
laquelle il avait donné, par souvenir du pays absent, 
le nom de Bretagne. M. G. Lejean était souffrant, il 
renonçait à remonter plus avant le fleuve à cause des 
circonstances défavorables dans lesquelles il se trou- 
vait ; mais il avait l'intention de visiter le Bahr-el- 
Ghazal. 11 partit en effet le lundi k février pour cette 
exploration. 

Quant au D' Peney, après s'être entendu avec M. De 
Bono, qui consentait à mettre deux barques construites 
exprès pour remonter le fleuve, à sa disposition, il 
résolut de faire une expédition d'essai en amont de 
Gondokoro. Son but était de vérifier par lui-même, et 
avant d'entreprendre son voyage en règle, si, au 
moyen des barques construites ad hoc par Tordre de 
M. DeBono, on pouvait franchir les rapides qui avaient 
arrêté les expéditions précédentes. Ses préparatifs 
furent terminés le lundi 18 février. 



VI. 



Nous laisserons au D' Peney lui-même le soin de 
raconter les incidents de cette exploration qui le con- 
duisit à plus de 25 lieues au delà de Gondokoro. Nous 
en puiserons les détails dans la lettre qu'il écrivait le 
30 avril 1361 à M. Kœnig-Bey, président de l'Institut 
égyptien. Ces détails compléteront ceux que donna le 
docteur sur cette même exploration à M. Jomard, dans 
une lettre qui a été insérée au Bulletin (1). 

(1) Voyez le cahier du Buileiin d* août-septembre 1861, p. 153. — 
Sar le journal-brouillOD de ses lettres, celle-ci., la dernière que 



(25) 

« Le 20 février (1), jour même de la date de ma pré- 
cédente lettre, je quittai Gondokoro avec deux négo- 
ciants européens, dont l'un, M. De Bono, avait eu 
robligeance de mettre à ma disposition des barques 
construites à Khartoum exprès pour l'exploration des 
cataractes du Nil supérieur. 

n Notre flottille nous conduisit en trois jours sous les 
cataractes et, plus exactement, les rapides de Djen- 
doky-Garbo. En cet endroit un groupe d'iles et de 
rochers divise le fleuve en plusieurs afiluents. D'après 
le conseil des indigènes, nous enfilâmes le canal le plus 
oriental et qui semblait le plus étroit, au lieu de suivre 
la branche occidentale explorée avant nous par les difié- 
rentes barques du gouvernement et autres, qui avaient 
tenté inutilement de se frayer un passage à travers les 
écaeils. M. Miani, le dernier explorateur de cette région, 
avait lui-même échoué Tannée précédente dans ses 
tentatives, et il avait dû rebrousser chemin pour conti- 
nuer son voyage par la voie de terre. 

» La route suivie par notre flottille, c'est^dire le canal 
oriental dont j'ai parlé, fat franchie sans de grandes 
difficultés, et après une demi -heure d*effbrts nous 
avions dépassé les rapides de Djendoky-Garbo (2). Je 

M. Penej écrifit, porte cette soscription : « A M. Jomard oo, eo soo 
absence, à If. Halte-Bran. » 

(1) Le Joaroal met le départ deui Joars auparavant, le 18 féTrier. 

(2) C*est au milieu des rapides de Djendoky-Garbo que le fleuve 
reçoit sur sa rive gauche le Loukouedi, qui prend sa source dans la 
partie occidentale de la chaîne du Bego, vers le 4^ 10' lat. N. (Voyex 
la lettre de M. Peney à M. Jomard, au Bulletin d*aoùt*septembre 
1861.) V. A. M.-B. 



< 2«) 

dois dire cependant que pour enjamber plus facilement 
les obstacles, nous avions eu la précaution d'alléger nos 
barques de la plus graqde partie du matériel et de leur 
équipage. 

» A 3 milles au-dessus de Djendoky-Garbo, c'est-à- 
dire à environ une lieue, nous atteignîmes de nouyeaqx 
rapides : les rapides de Térémo-jSarbo ; ceux-ci nous 
présentèrent des obstacles plus sérieux que les rapides 
précédents, et ce ne fut qu'après deux journées d'efforts 
que nous parvînmes à remorquer nos embarcations 
au-dessus des écueils. Les rapides de Térémo-Garbq. 
bien plus longs et plus difficiles à franchir que ceux de 
Djendoky-Garbo, n'occupent cependant en longueur 
qu'un espace de 750 mètres en viron . La distance des 
premiers rapides à Gondokoro est de 9 lieues. 

)) Au-dessus de Térémo-Garbo, le fleuve reprend 
l'aspect qu'il avait après sa sortie inférieure des écueils 
et conserve la même physionomie jusqp' au-dessus du 
village de Tambour, dans le district des Makedo. Mais 
là nous attendaient des obstacles plus sérieux que ceux 
que nous avions rencontrés précédemment. Au-dessus 
de Tambour le fleuve cpmipence à se rétrécir considé- 
rablement; encaissé par une muraille de roches et de 
collines, il devient à la fois profond et rapide et ne 
peut être remonté qu'à l'aide de câbles nombreux et 
solides (1) . Malheureusement nos cordes et nos amarres 

(1) «Une coupe du Nil exécutée par moi le 27 février en face da 
village de Tamboar, à 2 kilomètres au-dessous des cataractes de Ma- 
kedo, m*a donné les résultats suivants : largeur du Nil, 45 mètres ; 
profondeur moyenne, 5^,20; courant au milieu du fleuve, à la mi- 
nutCi 180 mètres ; courant moyen, 8^ mètres. D' P. 



(27) 

ne possédaient aucune des conditions requises pour une 
navigation senoblable; notre dçfnier câble se brisa sous 
les cataractes de Makedo, enfin un choc qu'éprouva la 
plus grande de nos barques et qui fut suivi d'une 
énorme voie d'eau, nous obligea à aller échouer au 
plus vite sur le banc de sable le plus voisin. Cet acci- 
dent nous mettait dans l'impossibilité de continuer 
notie voyage par eau ; nous laissâmes donc notre flottille 
à l'endroit où elle avait subi ses dernières avaries, et, 
prenant la route de terre, nous continuâmes notre 
exploration des rives du fleuve. 

» La cataracte de Makedo (ici le passage mérite ce 
nom) offre deux chutes d'eau de près de 2 mètres de 
hauteur à pic. Un canal qui longe le fleuve parallèle- 
ment à celui-ci, et qui s'est creusé un lit au milieu des 
couches diversement inclinées de rochers stratiformes, 
est le seul passage praticable pour des barques du 
genre des qôtres. C'est celui que nous aurions suivi, 
après l'avoir reconnu, si l'avarie dont j'ai parlé n'était 
pas survenue; c'est celui que devront prendre les 
bateaux qui voudront franchir les obstacles de Makedo. 

) La cataracte de Makedo jusqu'à laquelle M. Miani 
prétend, à tort, avoir pénétré (1) (car il n'est arrivé 
qu'aux rapides de Djendoky-Garbo), se trouve à 32 ki- 
lomètres S. 1/â S. 0. des rapides ci-dessus, elle est 

(1) NoQS a¥008 donné, dans le cahier d*octobre 1860 des Nouvelles 
mnales des voyages , la tradnctioo d'une noie de II. Miani relative^ 
son exploration, et nous avons reproduit son esqijiiçe 4^ carte daii§ |a 
pariie située an sud du 4* degré de latitude ngfd de la carte (|yaQt 
pour titre Esquisse du fleuve Blanc^ que nous avons donnée au cahier 
de septembre 1861 du même recueil. V. A. M.-B. 



( 28 ) 

donc située sous le &<" 18' de latitude nord et non sous 
le S"" 50' comme l'indique M. Miani. Ne pouvant me 
servir pour mes calculs de route, du sextant à cause 
de la hauteur du soleil, trop considérable à midi, j*ai 
dû calculer mes distances parcourues à Taide de la 
boussole du graphomètre et des parcours par terre. J'ai 
pris pour point de départ la latitude de Tîle de Janker 
fixée par MM. d'Arnaud et Knoblecher à 4° 42' 48''; 
j'ai donc lieu de supposer mes calculs exacts, si mon 
point de départ est tel que je Tai admis, et je n'ai au- 
cun motif de supposer le contraire. Le fleuve, à partir 
de Makedo et en remontant pendant 15 kilomètres 
dans la direction sud, 5 degrés ouest, est parsemé 
d'écueils et de rapides ; un des endroits les plus diffi- 
ciles pour le passage des barques se trouve dans le 
district de Djiamoudi. A partir de cet endroit le Nil 
remonte au S. S. E. en longeant la chaîne des monts 
Régo, laquelle se termine par le pic de Gniri, qui li- 
mite lui-même la province Barry du côté du sud ; au 
delà commence celle des Mâdi qui s'étend sur les deux 
rives du fleuve, et dont une tribu située à l'est, en face 
du mont Gniri, a été visitée et battue l'année dernière 
par l'expédition de M. Miani. 

» Le pic de Gniri dont je n'ai pu m' approcher que 
de 12 kilomètres environ, parce que les nègres qui 
nons accompagnaient comme porteurs rjefusèrent de 
poursuivre leur route, par crainte, nous dirent-ils, des 
Mâdi, est situé, d'après mes calculs, sôus le méridien 
de Gondokoro, et par le 3^ 2' dé latitude nord , c'est- 
à-dire à un peu plus d'un degré de Gondokoro. 

)) Au delà du mont Gniri, au pied duquel se trouve, 



(29) 

dit-on, une cataracte considérable, le fleuve, d'après 
les rapports des indigènes, se dégage des montagnes 
et présente alors une surface unie et un lit libre 
d'écueils. Si cette dernière indication est conforme à la 
Yérité, elle me donne Tespoir de pouvoir dans deux 
mois, à l'époque des plus hautes eaux, remonter le 
fleuve au delà des limites connues jusqu'à ce jour. Ce 
voyage par eau exécuté avec la flottille dont je me suis 
servi déjà pour mon exploration première, bien que 
hérissé d'écueils et de difficultés, oflre cependant moins 
d'entraves qu'une excursion terrestre, laquelle exige 
une grande quantité de porteurs, qu'il est très-difficile 
de se procurer, et souvent plus difficile encore de 
nourrir dans les localités que Ton traverse. Je compte 
donc, comme je viens de le dire, reprendre et pour- 
suivre au moment de la hausse du Nil (mois de juin), 
le voyage que je n'ai fait qu'ébaucher. L'Européen qui 
a mis une fois déjà ses embarcations à ma disposition, 
M. De Bono, m'accompagnera dans ce voyage, et j'es- 
père que cette association de nos forces et de nos vo- 
lontés parviendra à reculer de quelques degrés les 
limites des terres connues. 

» J'ai rapporté de mon voyage aux cataractes beau- 
coup d'échantillons minéralogiques , qui se ratta- 
chent à deux formations géologiques différentes, les 
échantillons de la première catégorie font partie des 
chaînes de montagnes et des pics qui forment à l'est 
et à l'ouest la vallée du Nil et qui sont distants des 
rives'du fleuve de 2 à 16 kilomètres. Toute cette ligne 
de montagnes qui court du sud au nord, en déviant de 
quelques degrés à l'ouest sur la rive gauche, et à l'est 



(30) 

sur la rive droite, appartient à la formation plutoiiique. 
Ce sont des massifs de granit, de porphyre, de quartz, 
de basaltes, de trachytes, etc., etc., plus ou moins re- 
couverts dans leurs anfractuosités de terre végétale 
sur laquelle des plantes arborescentes ont pris nais - 
sance et ont acquis souvent un développement consi- 
dérable. Les pics isolés appartiennent à la même for- 
mation que le reste des montagnes, et malgré leur 
forme conique, laquelle semble Teifet d'un soulèvement 
volcanique, aucun d'eux n'offre de vestige de cratère, 
ni le moindre indice de matières projetées par un 
volcan. 

» Quant aux terrains qui avoisînent tout à fait le 
NiU et qui même lui servent de lit depuis l'île de Jan- 
ker jusqu'au-dessus de la province Mâdi, ils appartien- 
nent tous aux terrains de cristallisation stratiforme. Le 
gneiss, le micaschiste, les schistes quartzetix en for- 
ment la base. Ces terrains primitifs dont l'angle d'in- 
clinaison, à l'horizon, varie fréquemment dans une 
étendue limitée, mais qui généralement sont mclinés 
de 45 degrés, sont recouverts par des grès rouges et 
des grès bigarrés, des schistes argileux et de l'argile 
plus ou moins compacte. On n'y observe ni traces de 
terrains carbonifères ni indices de calcaires. Cette 
absence de carbonates de chaux dans les iFormations 
géologiques, s'obseiTe déjà dans la moyenne partie 
du sol égyptien. Tous ces terrains sont plus ou moins 
riches en métaux, mais les minerais de fer y prédomi- 
nent et sont les seuls exploités par les indigènes. 

» Je ne vous expédie pas les échantillons mînéralo- 
giques recueillis dans mes excursions, désirant com- 



p (M) 

piéter cette collection avant de la livrer Je regrette 
même d'avoir confié à peu près aux chances du hasard, 
m caisse d'échantillons botaniques et autres, que je 
70US ai expédiée dans le mois de février, car jlgnore si 
cette caisse arrivera jamais à sa destination. 
» Pour tous ces motifs, je préfère garder auprès de 

• * 

moi les collections que je possède et que je compléte- 
rai ultérieurement. A la fin de ma campagne j'accom- 
pagnerai moi-même tous ces objets jusqu'au Caire, si 
le gouvernement de Son Altesse veut bien m'en donner 
Vautorisation . 
» Avant de terminer ce rapport, je donnerai à Votre 
! Excellence un aperçu météorologique des régions que 
[explore depuis six mois, ainsi que du tempérament du 
fleuve entre le 6* et le 4' degré de latitude N. , comparé 
à celui observé à Khartoum pendant plusieurs années. 
» De la province des Chir jusqu'au voisinage des 
premiers rapides, c'est-à-dire du 6° au â** 42', terme 
de l'expédition de M. d'Arnaud, le Nil se développe 
sur une largeur moyenne de 400 mètres environ, il est 
parsemé d'Iles et présente une berge peu élevée, excepté 
^s quelques localités. Sa profondeur moyenne est 
4e l'^jôO dans les mois de février et de mars, au mo- 
Dient des plus basses eaux. A partir des premiers ra- 
pides il est encaissé dans des collines et des roches 
de formation stratiforme, hérissé d'écueils, et court, 
dans certains passages, avec une rapidité de près de 
200 mètres à la minute. Des sources nombreuses ser- 
ont du milieu des collines et des roches dont je parle 
et viennent à droite et à gauche du Nil lui fournir un 
'binent continuel. J'en ai compté plus d'une centaine 



(82) 

dans l'espace de kO kilomètres. Le lit de ces ruisseaux 
donne, à l'époque des pluies, passage à des torrents 
impétueux qui, dans l'espace de quelques heures, font 
atteindre au niveau du Nil son maximum d'élévation. 
J'ai vu déjà trois ou quatre exemples de ces crues 
instantanées qui disparaissent comme elles sont venues 
en vingt-quatre ou trente heures au plus, et qui, au 
dire des indigènes, se produisent quinze ou vingt fois 
dans l'espace de l'année aux époques pluviales. La 
différence du maximum et du minimum du niveau du 
fleuve n'est à Gondokoro que de 1",25. Ce maximum 
se reproduit chaque fois qu'un ou plusieurs torrents 
viennent se dégager dans le Nil. Vers la fin de février 
un exhaussement des eaux se fait déjà apprécier ; 
mais il n'atteint que quelques centimètres et s'affaisse 
du jour au lendemain. Les crues considérables dont 
j'ai parlé commencent au mois d'avril, c'est un peu 
avant cette époque que les pluies deviennent assez 
abondantes pour permettre d'ensemencer les terres. 
J'ajouterai que les crues instantanées du Nil qui à 
Gondokoro et au-dessus de cette station inondent la 
plupart des îles et une grande étendue des berges du 
Nil, sont à peine appréciables à 2 degrés plus bas; elles 
sont donc insensibles sous les latitudes plus septen- 
trionales. 

» A Khartoum, c'est à la fin d'avril qu'on commence 
à observer un exhaussement dans les eaux du Nil ; le 
fleuve Bleu est toujours en avance sur le Nil Blanc de 
deux ou trois semaines. Cette première augmentation 
de niveau ne se soutient pas ordinairement, et ce n'est 
qu'à la fin de mai que les eaux du fleuve changent de 



(88) 

coloration et vont toujours en s'exhaussant progressi- 
yement. Le maximum de hauteur des deux Nils à 
Kbartoam a lieu ordinairement vers le milieu de sep- 
tembre ; la différence des plus basses aux plus hautes 
eaux est de 6 mètres en moyenne. Cette évaluation 
lésulte d'observations faites pendant une dizaine 
d'années de séjour. 

» Pour ce qui concerne le fleuve Blanc, tel qu'on 
l'observe à Khartoum, il est donc évident que Taug- 
mentation progressive et maintenue des eaux de ce 
Seave ne provient pas des inondations momentanées 
îû'on observe sur le haut Nil, et dont j'ai parlé plus 
luiut, mais qu'elle est due aux pluies considérables 
çui versent leurs eaux dans le Nil, dans toute l'im- 
mense vallée dont les limites nord et sud sont com- 
prises entre les 15* et 6* degrés de latitude nord. » 

Cette lettre, ainsi qu'on peut le voir, renferme des 
tels curieux sur la géologie des rives du fleuve et sur 
son régime. Le D"" Peney les avait également adressés à 
"• lomard, mais celui-ci en avait momentanément 
ajourné la publication et n'avait publié au Bulletin 
ï^'iine partie de la lettre à lui adressée. Elle se ter- 
ïDinait même par une information digne d'une sérieuse 
attention; nous la signalons aux géographes et aux 
f^t\irs explorateurs du fleuve Blanc. 

«Ma dernière exploration aux cataractes m'a fourni 
^renseignement qui, je l'espère, se vérifiera prochai- 
'ïenaent. Les nègres habitant la chaîne du Régo m'ont* 
^Daé que le Yièh, cette rivière que j'ai visitée dans 
^ou voyage au Niambara (voy. pages 12 et 18), sort 
^^ Nil Blanc à quelques lieues au delà de la chaîne du 

VI. JUILLET. 3. 3 



154) 
Régi». Cette rivière j qui ne serait alors qu'uii camf MF— 
vaQt de communicatipn eqtrele flei|ve Bl^ncat le fta^il^ 
el-Gha^aU porte à sq^ embouct^ure supérieure }e même 
nom qu'elle conserve chez les Niambara. (.es babit^nta^ 
de la province de A^^^i (laquelle i^' étend sur l$i nye 
gauche du Nil jusqu'aux confins de {^ province de Niam? 
bara) parlent du reste la même langue que les nôg^^s 
ci-dessus. Cette identité me parait confirmer Tassertioa 
des Mâdi relativement au Yiëh. P}u8 ta;xi, du reste» 
j'espère éclaircir complètement cette question. » 

De Tambour, où la grande barque que montait 
l'expédition avait échoué, comme on l'a vu plus haut 
dans la lettre à Rœnig-Bey, le D' Peney fit le 1" mar^ 
une excursion sur la rive occidentale du fleuve, d'abord 
à r ouest jusqu'au district de Dardjqp, et le lendemain 2, 
au sud*ouest, jusqu'au village de Niéky, au delà des 
rapides de Djiamoudj. de fut le terme de son expédi- 
tion ; il revint à Gondokoro, où il s^rrivait le mercrefli 
6 mars, se proposant de mettre à profit pour son explo- 
ration définitive l'expérience qu il avait acquis^ ç|an3 
cette excursion préparatoire. 

Voici du reste les notes qu'il a consignées sur son 
journal pendant cette excursion de quinze jours (1). 

(i) Od ne doit pas oublier qu'en 1853 M. Â. De Bono, connu au 
fleuve Blanc sous le nom de Latif Effendi, s'était avaneé Jusqu'à une 
demi-journée des cataractes de Makedo. M. G. L^ean a floqné sur 
cette excursion des détails très-curieux, et principalement sur la tribu 
ëes Makedo, dans une lettre adressée de Khartoum à M. Jomard le 
10 mai 1860, lettre qui a été imprimée au Bulletin de Juillet-août 
1860, p. 93. 

On remarquera que M. De Bono apprit des indigènes qu'à deux 
Journées au delà du point où il s'était arrêté (cataractes de Makedo) i 



( 85 ) 

.l«1)]l||f^ ÇXTRiUT pu fQUMIAL DE TOf A6B DU D^ PBNBT 
OD 18 rÉVUlE AU 16 MAIS 1801. 

Impart de GùndokoTQ pour remotiUer le fleuve. 

Départ, lundi 18 février. - - Uoe heure de marche. 
Mardi 19. — Arrivée en face du pic de Lougouek. 
Mercredi 20. — Arrivée aux rapides de Garbô (Djen- 
doky-Garbo). 
kudi 21. — Exploration et sondage des rapides. 

6 hearef matin. 3 beuret soir. 

Ciel couvert. Quelques nuages. 

Veut S. Veot Tar. 

Therm. 25* centigr. Therm. 35«. 

Vendredi 22. — (Qr^ge après minuit, suivant la 
direction du nordàToufiSt; nous n*en recevons que 
quelques éclaboussures.) 

6 heures matin • 

Petite pluie, et c|el couvert Jusqu*à midi. 
Therm. 25<*. 

A neuf heures de Is^ matinée, passage des rapides de 
I^jendo^y-Çarb^, s^veç les deux bateaux les plqs légers 

^faive fannait non plus dea rapides, mais une chute d'eau à pic 
''^Ti^QO neuf pieds : q^ k9 fl^Và, 4 f MfUra <m cinq jo^am^ a** <ud 
4<^ohi4(a, sprtotl d*un lof: ^maiiM, ei qu*à \*extrémHé opposée dû 
^ lac un attire ^ttvevenatf s'y jeUr. M. Lejean, après la déconverie 
^ Miaau par Spel^e, pensa que ce lac devait être le Nyanza ; le 
DooTeau TOfage de Spefke et Grant ferait plutôt penser au lac Luta 
^'t\q4; les informations des voyageurs anglais s*tfccorderaient ainsi, à 
i^treavis, avec celles de M. A. De Bono. V. A. M.rB. 



(86) 

de^uxtre flottille. Ce passage s'effectue en moins d'un 
quart-d'heure. M. De Bôno, qui nous a accompagné 
jusqu'au-dessus des rapides, nous quitte pour retourner 
à Gondokoro. Je continue la route avec T. Evangelista. 
Nous arrivons dans l'après-midi au-dessus des rapides 
de TérèmO'Garbô. 

Distance entre les deux rapides : deux tiers de lieue 
ou deux milles. (Direction générale du fleuve ; S.-O. 
'l/â S.) . 

3 heures après midi. 

Tberm. 35°. 

• 

Ciel clair. 
Vent Tariable. 

Samedi 23. 

6 heures matin. 

Nuages à l'est. 
Vent d'est. 
Therm. 23®. 

— Entrée dans les rapides. On parvient à grand' peine 
à remorquer les barques, dans la matinée, jusqu'aux 
deux tiers des écueils. Halte le reste de la journée pour 
laisser reposer les gens. Peu après le départ des bar- 
ques, un nègre, se disant propriétaire du fleuve et par- 
dessus le marché Bounitt ou Koudjour (sorcier), était 
venu nous annoncer que les bateaux ne passeraient 
point. Nous avons tenu peu de compte de sa prophétie 
et de ses menaces ; et nous avons franchi, malgré le 
Koudjour et en dépit d'une bourme (espèce de jarre 
en argile cuite) placée sur un des écueils pour entraver 
notre marche, les passages les plus difficiles des ra- 
pides. 



\ 
\ 



(87) 



Dimanche 2A. 



6 heurea matin. 



Ciel cUir. ' 
Vent est. 
Therm. 22<*. 

- On franchit les derniers écueils des rapides de Té- 
rènuhGarbô. Le fleuve reparaît au delà avec l'aspect 
qu'il avait quelques jours auparavant et remonte vers 
la direction S. E. pendant 2 milles. 

1 heore et demie soir» 3 heures soir. 4 heures soir. 

Qoelqaes Duages. Quelques nuages. Therm. 35®. 

Vent fort E. Therm. 37». 

Therm. 38<*. 

Lundi 25. 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Gel clair. Quelques nuages. 

Vent tad. Vent N. 0. 

Therm. 21*. Therm. 37». 

-Marche dans la journée de trois lieues et demie, à la 
voile et à la remorque dans la direction S. 20** 0. On 
traverse dans la matinée le district de Lorré. La popu- 
lation accourt en masse pour visiter les barques, véhi- 
cnles qu'elle voit pour la première fois. Les nègres 
sont sans armes et paraissent dans les intentions les 
plus pacifiques à notre égard. 

Mardi 26. 

6 heures matin. 3 heures soir. 

Nuages. Quelques nuages. 

Vent N. 0. Vent irrégulier. 

Therm. 25^. Therm. 37<». 

--Marche de trois lieues dans la journée et dans ladi- 



( »8) 
rection S. 1/A S. 0. On entre dans le diëtfiftt de Jlfu- 
kédo. Même affluence d^ gens pour visiter les 
barques. 

Mercredi 27. 

6 hearef matia Midi. i heure soir. 

Ciel clair. Quelques nuages. Quelques nuagei. 

Vent sud. Veut variable. Vent variable, 

fheriii. 21». therin. 3t>". iiierm. 38'. 

2 heures soir. 3 heures soir. 

Orage à Test. Therm. 33*. 

Theirm. ^9°. 

>- Marche d'une demi-heure ; une barque s'fefltr'OttVre 
après avoir battu sur un écueil, et nous forcé dé débàr^ 
quer nos effets sur la plage. On s'aperçoit^ en voulant 
la réparer, qu'une de ses côtes a été briséiB^ et qu'il 
nous est impossible de remédier à cet accident. Notre 
navigation se trouvé donc suspendue pareetll avarie. 
Visite aux rapides de Makédo^ ntués à une deèài- 
lieue de l'endroit où nous avons échoué ; relevé du {dira 
de ces rapides, au village de Tambour. 

Lar^ur du fleuve soùs les rapides, à 1 mille (1/3 délièue) aù-déssous. . 45* ,00 

PrôfondAtf mô^eiine — — . . I*^;!® 

Gourant moyen à la minute — — ». 85*ifê 

Courant au milieu du fleuve — — . . i80*,09 

Les rives du fleuve, entre les rapides de Gàrbd let 
ceux de Makédo, sont bordées de collims reebùvertes 
de végétation, de monticules pierreux et de blocs de 
roches offrant des oombinaisons curieuses et des con- 
formations géologiques très- variées. Lés roches primi- 
tives stratifiées prédominent dans cette cdna|x)«iittHi| \ei 



(i9) 

sont repi^éëentées par le gneiss, les schistes midu^és, 
les filons quartzeux, les pouddingues, le grès rouge, été . 
Des blocs granitiques, de couleur rouge ou noirâtre, 
de porphyre, des masses de silex et de quartz viennent 
se mêler aux roches de sédiment, dont elles ont sou- 
vent détruit l'arrangement primitif, car l'inclinaison 
des couches sédimentaires offre de nombreuses varia- 
tions, et présente à chaque pas des traces d'interrup- 
tions ou de coupures. Ici ces couches forment avec 
rborizoh tin àtaglé presque insensible ; là elles se re- 
^èssétit dte façon A représenter un angle de A5 degrés ; 
pins Mifa, elles sotit {perpendiculaires au niveau d*èau, 
A imis ces aspects différents se présentent, je le répète, 
et se reproduisent à tiuelques mètres d^intervalle. Au- 
cune trace de carbonates calcaires ne se rencontre dans 
ces stratifications, qui appartiennent toutes aux forma- 
tions les plus teculées. 

Un fait assez curieux et qui m'a surpris en obser* 
VAiit les chaînes de montagnes qui s'écartent des rives 
iii Senve dé â où 5 lieues, c'est la direction que pré- 
sentent ces chaînes, suivant qu'elM sont situées à l'est 
M à l'ouest du Nil. Les chaînes de l'est sont toutes 
iHbiltéés dans leur lôhgueur suivant la directioti dû 
S. 0. au N. E. ; celles de l'ouest, au contraire, suivent 
iiairection dil S. Ë. iau N. 0. 

9e nombreuses Sources sortent de ces rochers et dû 
^n de là terre végétale qui recoûvi^ent les vallées et 
se dirigent au Nil, auquel elles fourbissent de la sorte un 
tftoent continuel. Le lit de ces sources donne, pendant 
l'ê^ëqûe des pluies, passage â des eaux torrentielles 
9^i contribuent puissamment à augmenter le volume 



(40) 

du fleuve. J'ai compté plus de deux cents de ces ravins 
dans l'espace d'ane dizaine de lieues. 

Jeudi 28. 

6 heures matio. 1 1 heures matin. Midi. 

Quelques nuages {cirrho» Quelques nuages. Orage a l'est. 

stratus). 

Vent faible S. E. Vent faible N. Therm. 36<»,5. 

Therm. 22<>,5. Therm. 34'. 

Les nègres continuent à nous honorer, nous et nos 
barques, de leurs visites. La crainte qui s'était emparée 
d'eux à notre arrivée finit par disparaître, et ils commen- 
cent à exhiber à nos regards leurs enfants et leurs 
femmes qu'ils avaient fait disparaître le premier jour. 
Nos vêtements est la partie de nos personnes qui leur 
inspirait, disaient-ils, le plus d'effroi. Dans le but de 
les rassurer, et pour leur montrer que nous sommes, 
sous nos tuniques, à peu près semblables à eux, je leur 
propose de nous mettre nus à leur instar. Cette pro- 
position finit enfin par leur ôter toute méfiance à notre 
égard, et sans nous obliger à nous séparer momenta- 
nément de nos costumes, ils viennent nous offrir leurs 
services et divers objets de leur industrie en échange 
de nos verroteries. 

Nous négocions avec les nègres pour qu'ils nous pro- 
curent parmi eux quelques porteurs destinés au trans- 
port de nos bagages par voie de terre , car le lit du 
fleuve nous est interdit, l'avarie survenue au plus grand 
de nos bateaux et les rapides de Makédo qui mugis- 
sent à nos oreilles nous disent depuis la veille, comme 
les colonnes d'Hercule : necplus ultra. 





(41) 




Midi et demi. 


1 heore soir. 


3 heures soir. 


Orage à Pett. 


Petite ploie. 


Naages. 


Naages. 


Veot fort d*est. Vent £• 


Therra. 38*. 


Therm. 30*,5. 


Therm* 36** 


3 heures loir. 




4 heures soir. 


Ciel ooaTert. 




Ciel clair. 


Vent N. E. 




Vent S. E« 


Therm. 36*. 




Therm. 36*. 


5 heures soir. 




6 henres soir. 


Ciel clair. 




Ciel clair. 


Veot S. E. 




Vent S. E. 


Therm. 35^,5. 




Therm. Z2\ 



]*ai été surpris de rencontrer chez les Barry^ et 
snrtont en remontant le Nil au-dessus de Gondo- 
bro, de nombreux exemples de hernies inguinales. Le 
ffixiëme au moins de la population mâle est atteint de 
cette infirmité ; je suis persuadé que les bonds exagé- 
rés auxquels se livrent les nègres dans leurs danses, ne 
sont pas étrangers à la production de cette maladie ; 
mais la fréquence de cette affection chez les Barry 
atteint un chiffre si élevé, que je suis persuadé qu'in- 
dépendamment de la cause productrice que j'ai men- 
tionnée, il en existe d'autres prédisposantes et propres 
^cettefamiUe noire. 

Une maladie également commune chez les Bany 
^ Vëléphanliasis des Arabes. Mon voyage aux cata* 
i^tes de Makédo m'a procuré l'occasion d'observer de 
nombreux cas de cette maladie , laquelle se développe 
de préférence dans la peau du scrotum et dans le tissu 
des jambes. 
Au moment où j'écris, la variole est encore incon- 



(4S) 

nue dànd le district de îtàkêâô. Cette province Jotiira- 
t-elle longtemps de cette immunité ? Il est permis d'en 
douter qùàtld on réflèlibit (^ë l'épidémie en question, 
qui li'àvàit Jamais pénétré sur les rives du fleuve Ëlanc, 
a, depuis ûiié vih^taine d'années , ehVabi Vibgt peu- 
plades différentes qni se sont trouvées en eorttact avec 
des étrangère contaminés , et que les pa\ivtès nègres 
ont été obligés d'Intercaler dans leurs idioiues, dans 
lesquels il li'ëjtiâtait pas, le nom arabe de là Nouvelle 
affection : ghidri. 

Une maladie particulière à certaines tribus noires, 
et que j'ai fréquemihent observée chez lès Niambara^ 
bommes et femmes, c'fest le développement, àu-dévànt 
de la ]?otule, db ttiiDQetirs southent volùthineusês cbbimô 
le pl)ihg et (}ui , pôut^ là consiistàncé et liei fornië, rèà- 
semblent à des lipotilës; Je dië ressetHblènt^ car jëfa'^ 
jamais trouvé l'occasioii d'en dissétiuër àbctmë. Gèttè 
affection est produite, je le crois, par l'habitUde :qùe 
contractent les individus de se traîner sur leurs ^nbtiî 
potli* pouvoir pénétrer dabë leurs habitations, doht \h 
porte ou ouverture unique est tellement basse, qu'il est 
impossible de là ff âiichii" aiitrêinént (|uë dans là î5bsi- 
timi lEd6fl)u^ë d^t je ^àrl«. Hitlj^rë fêâr ¥duiâë, bès 
tumeurs ne semblent aucunement ^iièj* là Ufcàiâbtiôà 
cbessles perstkmee qui en §§fil atteintes; ttiàiâ elles 
8dèt en tout ^m d'un effet àssëk m^^mé^i. 

I/hftWtMè d« se tMiélr àêe?eupis, en se seiràhi dés 
mmns et des ^Wm% en gUisê dé j&ihb'éë, bst très-cotn- 
munë cheÉ tous les mgt^s. Clesi tihe pbâtùt^ i^â'ils 
adoptent quand ils se présentent devant unsîipèfiéiil^i 
à trodque mtilmv qu'il àj^j^adiëilUë. G'eât â6 la Sûrte 



(41) 

que Tesclave d'apprbcbe âe sdii mattre-, les enftiits dtt 
leiir père; les f^innltËë âe U^r iôAH; dette tëttMmi 
n'est pëd propre , â'aiUeurd; atu nè^veÈ mà^eA ; IM 
Doirs qui se prêteudent ëiVllisés et t^tll isdftt §oUniM i 
UD ged^ememetit tégtf lëf et à tiëe religibn ^ttt Su 
mmns àTaneéei tele ^ue lee gend du Mr-FetH" (ft lé Aril 
sajetB d'un pAdidtba et Metatetità de Hobaiflâied), èM 
nmrd, idUd^je^ ont la eoiitume de ^ Mutaiftlëë pbliuMë 
et de &ette dtbtarcbe de quadrupède bUaqtte Ma IH'fW 
se rencontre sur leur chemin. 

Riàai^àulaUoh du mois de fêvHm', 

Chaleor moyenne 26^, & 

— moins forte. . . i5® (9 fëfrier, 6 hearek laltia)} 

— flut f«Hé. ... ZS"* (27 fëv. , S Iwmret tl 4ettie loir). 

La ploi forte chaleur de la 
Journée ^i liilFe Ht 4 heures 
du soir. 
Venu domtMnts. . : . . . N . 0. pour la preBtlIkis 9MÀé du mob, 

varifble diAs la seeoude. 

Première crue du ieuf e de la Miee^i le 18 fétiier t 
elle fl'a été que de 0^^624 et n'a pas ddré pias deifuèl- 
qees heures. 

YifnêrèSli 1" ihars i 

s a«afès MitlÉ. 3 HéiiHlMiK 



6ièl <^\l^ert. Hâsîêl. 

V^iklMH. Vrflt viÉrMIlê: 

Therm. 25'». Tmâl. 4t«;S; 

k dii heures du thaliË \ ilëild tt4Vèffilllié le 8éuVe 
ayee vingt-cinq bDmtiiès d'esè^rtë pOùr mviti Mi tive 
oceidentale et remonter son coui^, ^^ Ekctir^oft Jttl^ 
qu'au district de DuxLjou, situé à Utie lleûe troie ^arts 
de TamiK)W^ et dans la direètlM 6t S» O-. Le A^UMff 



(44) 

Mélodian, qui est venu nous chercher à nos barques et 
qui nous sert de guide, nous donne l'hospitalité la nuit 
sous un tamarin , au-dessous duquel est installé un 
appareil assez biaarre destiné à procurer de la pluie à 
la. contrée. Cet appareil consiste en un cylindre en 
sparterie reaipli.de terre et de cailloux, et dans lequel 
sont implantées trois lianes qui remontent jusqu'à la 
cime de l'arbre. Le Bounitt Mélodian est l'inventeur du 
stratagème en question, lequel, d'après lui, est d'une 
efficacité non douteuse. 

Relevé du pic Gniri qui termine au S. E. la chaîne 
de Régo, suivant S. 25» E. 

Samedi 2. 

6 benres matio. . 3 heares soir. 

Ciel eouTert. Ciel conyert. 

VeDt S. s. E. Vent Yarlable. 

Therm. 24». Therin. Zi^. 

Retour au fleuve et marche dans la direction S. E. , 
jusqu'à ce que nous atteignions ses rives. 

Trois heures de marche dans la journée en remon- 
tant le fleuve jusqu'au village de Niéky, où nous 
sommes obligés de faire halte, et d'où nous devons 
rebrousser chemin , parce que les nègres porteurs de 
nos bagages refusent de marcher en avant , sous pré* 
texte qu'ils sont en guerre avec les tribus chez les- 
quelles nous devions pénétrer. 

A;trois quarts d'heure au nord de Niéky se trouvent 
les rapides de Djiamoudj. — Le passage pour des 
bateaux parait très-difficile, pour ne pas dire impos- 
sible. Un peu plus au sud, le Nil est encombré d'une 
quantité d'Ilots verdoyants si considérable, que les pas*- 



(46 ) 

sages laissés à Teau n'ont guère entre eux plus d'un 
mètre et demi à deux mètres de largeur. Les nègres 
nous assurent que la navigation du ^fleuve est aussi 
difficile devant nous qu elle l'a été jusque -là. 

Dimanche 3. — Retour et arrivée à nos barques 
dans la matinée. Nous trouvons un supplément à 
notre flottille, lequel nous est advenu pendant notre 
absence : c'est M. De Bono qui nous a expédié de 
Gondokoro une troisième embarcation , dans la sup- 
position que nous pourrions poursuivre notre voyage 
par eau. 



6 heures mttio. 


3 heorei loir 


Ciel clair. 


Nuages. 


Vent s. s. E. 


Veot variable. 


Tbenn. 23<^. 


Tberni. 38*. 



A deux heures vingt minutes de l'après-midi nous 
ressentons une secousse ou plutôt un frémissement de 
terre, pour ne pas dire tremblement, accompagné d'un 
mugissement sourd et prolongé. L'ondulation souter- 
raine nous a paru se faire dans la direction du sud au 
nord. 

Un second frémissement s'est fait sentir peu de 
temps avant le coucher du soleil. 

Lundi A. — On décide de retourner à Gondokoro, 
d'autres excursions étant pour le moment de peu d'uti* 
Uté et très-difficiles à exécuter, à cause du manque de 
porteurs. 

Départ de Tambour à onze heures du matin ; arrivée 
i cinq heures du soir au-dessus de la cataracte de 
Térèmo-Garbô. 



( W ) 

Qhlllnln. Ci9lcMif art et petite plaie. 

y«it ^, Ç, yem wiT\^\9, 

Therni. 21%5. Therm. 35". 

^arf?2 5. -r- La journée eat employée ^ \L$\ei[ dos 
çmbarçfitions dans les rapifies à V^î4^ descfbJQs, çpé- 
ratipn longjue et difficile^ bien plus délicate que oe}le 
4e }a montée du fleuve, 

PeMie pinie \^f(^ \^t^9ti^ét• 
Temps couvert le revte de la ioarnée. 
therm. à fi heures da matin. 25° 

— à midi 30° 

— à3heare8 8oir 32* 

Mercredi 6. 

5 heures t^\ i^H matin. 3 heures lOir. 

Quelques nuages à Test. Nuages. 

Vent d'est. Vent N. 0. 

p^p^r$ ^ si^ heur«ii du matia de la aortb des m- 
8)4^8 4e Té^toô-G^rbô. Arrivée aux rapides de Djen- 
49Jiy.Garbô, à m Hw^ ^o\^ quarts, A buit beupos 
qpus ayons fr^nobi lty^. PQs trois bâtiipents toua les 
écueils» et à huit heures et demie nous reprenons notre 
n^tvig^tion d^^ns ^f^ 4û'ectiGin de (xondokoro. 

Trois heures un quart 4e mar-che de PjeqdoKyr 
Çi^r}f6 au pic du (^Qgouèli:; ef de là quatre beqre^ jus- 
qu'à GondolçQra, papous arrivons â^q$ Tapjrès-inWi. 



VU. 



Le P' pepeyi de retour ^ Gop4pl^oFo, s* y reposa des 
fatigues de cette excursion préliminaire; i) dçv^it 



r 



( 47 ) 
attendre |e moi^ de juUlçti T^pçiqn^ 4^3 plos bantes 
e^iuf , pour repfiqn^ le Q^uve. Jl y reata du A mars au 
3 avril, recueill;^Qt des ipfonaatiops sur les populations 
voi^eç, dQf^nfint ses soins aqx malades qu'on lui ame* 
qj|it i^QTWt de }oin , mettant à jour s^ correspondance, 
éq4vant ses notes, comme il le dit à sa sœup, n sous 
Mjfi i(û\ <)e phaume qui ne l'abritait que fort peu contre 
la plufe,» souvent au bruit du tonnerre qui faisait 
fr^aûr s^ 4^ineure et résonnait k ses oreilles comme 
des déeh^ges d'af^tiller|e. Des secousses souterraines, 
PQur ne pas dire des tremblements de terre, se mêlaient 
à la p^t|^ et laisaieql avfic le reste une scène magni? 

fif[)^^t désordonnée Toqt ce vacarme m'impres- 

sicfunç pen et, ajoute-t-il, ne m'enlève pas un brio de 
matwûne b^^n§^^.,î• » 

Il continuait ses observations météorologique^ au 
moins deux fois par jour ; c'est ainsi que pendant cette 
période d'environ un mois (|e mois de mars) , il obtint 
les résultats suivants : 

Températare moyenoe. . • 29*,35 centigr. 

— plus btsse ... tO<*,5 (U man à S hmirei et 

demie maliv). 
•— ploa haute.. .39^ (16 mars 4 3 b. $oir]. 
Vents domioants : S. E. et N. 0. 

U tomba dans ce mois dix pluies, mais peu fortes et 
<)e quelques minutes^ seulement de durée ; le Nil subit 
ui^e crue de 0^,05 le 18 mars, pois il redescendit à 
son niveau ; il atteignit le niveau des plus basses eaux 
le 18 mars. Ajoutons que le 20 mars la déclinaison de 
l'aiguille aimantée. fut constatée de 7** — 30' à l'ouest 
observée au midi vr^j. 



(48) 

Quelquefois, lorsque sa journée avait été bien rem- 
plie, il recevait le soir dans sa case les quelques Euro- 
péens qui formaient la petite colonie nomade de Gondo- 
koro; on causait du Soudan, des courses précédentes, 
et aussi un peu de TEurope, de la patrie absente; et 
l'un de nos confrères de la Société de géographie, 
M. Guillaume Lejean, qui fut plus d'une fois témoin 
de ces causeries intimes, soit à Kbartoum, soit à Gon- 
dokoro, a pu nous dire tout ce qu'elles avaient à la fois 
d'instructif et de charmant de la part du D' A. Peney. 

Le temps s'écoulait lentement au gré du docteur, 
désireux de reprendre son grand projet; pour tempérer 
son attente, il résolut avec M. Andréa De Bono de faire 
une excursion au pays desLiria, à l'est de Gondokoro, 
et le mercredi 3 avril ils quittaient dans ce but leur 
campement 

VIII. 

M. le D' Peney n'a rien envoyé en Europe sur cette 
excursion, mais M. Andréa De Bono (Latif Effendi), 
son compagnon, en a donné une relation (1); nous 
l'avons reproduite dans les Annales des voyages et 
nous y puiserons quelques détails qui viendront com- 

(1) Recmii scoperte sul fume Bianco faite àa Andréa de Bono et da 
itesso descrilte. Une broch. ia-4^ de 30 pages a\ec carte. Tipografia 
italiana di OUolenghû Alessandria in EgUto, mai 1862. 

Voyez la tradaction de cette brochure et la carte aux NouvéUet 
Annales des Voyageid^ juillet 18G2. Cette relation renferme des détails 
intéressants sur les tentatives de M. De Bono pour remonter le fleuve 
Blanc au delà du point atteint par le D<^ Peney. 



■f>-*l 



(49) 

pléter ceux que nous avons trouvés dans le joarnal de 
voyage du docteur. 

a Le 3 avril 1861» nous nous décidâmes enfin, M. le 
Jy Peney et moi, d'entreprendre une excursion chez les 
Liria, et de là au pays des Berri, jusqu'ici encore non 
exploré, parce que le temps ne nous permettait pas 
encore d'entreprendre le voyage si long et si ardem- 
ment souhaité vers le sud. 

» Nous partîmes de Gondokoro avec cinq mission- 
naires et un négociant turc nommé Corsciud; nous 
avions une escorte de cent trente soldats et cent noirs 
ponr le transport des bagages, nous nous dirigeâmes 
d'abord vers Belegnan {Belinian). Après deux heures 
de marche nous rencontrâmes des puits où nous nous 
arrêtâmes tous pour nous reposer, et après 'une demi- 
heure nous suivîmes notre chemin vers l'est pendant 
trois heures et nous arrivâmes à Belegnan (1). — Nous 
allâmes passer la nuit chez le chef nommé Giada, et le 
lendemain, étant tous réunis, nous nous mîmes en 
marche. Après trois heures de marche, toujours dans 
la direction de l'est, nous arrivâmes à un hor {chor, 
torrent desséché, ravin), où passe un torrent nommé Mi- 
réca (le Mirchouk de l'esquisse de Peney), qui est formé 
par les pluies. Nous y trouvâmes un volume d^eau 
suflîsant pour notre personnel, et protégés par des 
arbres ombreux, nous nous reposâmes. Nous avions 
acheté deux bœufs, un pour la nourriture des noirs et 
l'autre pour les soldats. De ce point, la montagne de 
Liria restait au sud-est. 

(1) n y a cinq heures de marche de Gondokoro à' Belegnan ou Bé- 

lènia. 

VI. JUILLET. A. h 



( 90) 

» NDtîd demeuràraes dans uotre campement juftqti'à 
quatre heures de Taprès-midi occupés à faire les pré- 
paratifs pour traverser une forêt de huit heures de 
marche. Chacun de nous prit une certaine quantité 
d'eau et nous nous mîmes en route. Nous avions Bit 
ânesses chargées de jarres d'eau ; nous nous reposions 
toutes les deux heures : étant tous très-chargés, le 
repos était indispensable. A la fin de la seconde étape, 
il y eut une grande rumeur parmi les nègres qui man- 
quaient d'eau. Alors nous distribuâmes ce qui en res- 
tait, et voyant que cela ne pouvait pas suffire, j'envoyai 
cinquante soldats avec un chef pour en chercher à un 
village nommé Talago, à une distance de quatre lieues, 
et nous nous remîmes en marche après avoir attendu 
que les pourvoyeurs d'eau nous eussent rejoints. 

») Après trois heures de route, les lamentations cau- 
sées par le manque d'eau recommencèrent^ mais heu- 
reusement que nous approchions des puits. — Nous 
rencontrâmes près de Talago (1) les hommes que nous 
avions envoyés en avant pour avoir de l'eau, et une 
heure après nous y arrivâmes. 

» Talago est situé au sud de la montagne de Liria. Les 
habitants de ce village ont de belles huttes entourées 
d'un clos de grosses cannes de l'Inde, qui forment un 
rempart. Ces huttes sont d'une construction solide. A 
l'ouest de cette montagne, s'en élève une autre appelée 
Agubo, et au nord une troisième nommée Lui (le mont 
Lôhé de l'esquisse Peney). — Les trois montagnes 
forment à leur pied une belle vallée, dans laquelle les 

(1) Nom de village et de montagne. 



(51 ) 

habitants exécutent leurs danses. Nous nous y arrê- 
tâmes toute la journée. 

» Nous partîmes de la montagne de Talago pour celle 
de Liria, et pour y arriver il fallut en faire le tour. 
Après deux heures de marche nous y arriyàmes, et 
noas fîmes une halte au village de Regdia {Rignia^ de 
Peney) de la tribu nommée Lacoja (Lokoyia de Peney). 
Leurs cabanes sont pittoresques, semblables à celles de 
Talago : nous n'y vtmes que très-peu de noirs. Nous 
envoyâmes immédiatement l'interprète à la recherche 
du chef, ou Mutât, du villagOi nommé Laghé ou Laghëy, 
qui lui répondit qu'il vie[idrait le lendemain. 

» Nous ordonnâmes immédiatement une active vigi- 
lance pour bleu surveiller notre campement pendant 
la nuit, me rappelant qu'en 1860, cette tribu, réunie à 
celle de Benguiren, avait massacré cent dix>sept per- 
sonnes. 

» Les indigènes du fleuve Blanc, ou pour mieux dire 
tous les barbares en général, ont l'habitude de sur- 
prendre, par trahison, les caravanes, et souvent aussi 
ils se battent après entre eux, et celui qui a la lance 
tachée de sang est regardé comme l'homme le plus 
intrépide et le plus valeureux. 

» Le chef arriva dans la matinée accompagné d'une 
suite de trois cents hommes. Il s'arrêta à peu de db- 
tance et nous envoya un bœuf pour nos soldats, nous 
promettant un mouton exclusivement pour notre 
usage. Nous Tin vitâmes à s'avancer pour nous entendre 
avec lui; il répondit qu'il viendrait aussitôt le mouton 
arrivé. Il s'avança, nous faisant entendre que parmi 
les grands, il fallait se îaîre réciproquement des pré- 



(62) 

sents. — Je compris où il voulait en venir, et alc^s 
nous lui fîmes cadeau de verroteries et de bracelets de 
cuivre ; et à ce compte, le bœuf et le mouton nous coû- 
tèrent trop cher. 

r> A table, dans le cours de la conversation, il me 
demanda le motif qui m'avait conduit dans le pays de 
liria, et pourquoi nous avions amené tant d'hommes ; 
nous lui dîmes que nous étions venus pour faire le 
commerce de l'ivoire, et pour visiter la tribu desBerry. 
En même temps nous lui demandâmes un guide. Il 
partit très-content de nos présents. 

» En société du D' Peney, nous gravîmes la mon- 
tagne nommée Moloy et, arrivé là, nous prîmes diffé- 
rentes directions à l'est et au nord-est, où se trouve 
une chaîne de montagnes nommée Lo/ît. A l'est de 
Liria, se trouve la tribu des Gomutro, et au pied du 
mont Lofit passe un bras de rivière appelée Lalanié, 
qu'on croit se jeter daus le Saubat. La montagne des 
Berry reste au nord-est; un pic assez élevé, qui se 
voit au milieu d'une chaîne de montagnes au sud-est, 
est connu sous le nom de Ferica. 

» Le jour suivant, le Mutât Laghé revint près de 
moi suivi d'un millier de noirs. Interrogé par nous au 
sujet du guide qui devait nous conduire au pays des 
Berry, il répondit qu'après un conseil tenu avec les 
chefs du pays, il avait été décidé qu'il n'était pas pos- 
sible de me donner un guide pour différentes raisons, 
la première parce qu'à deux journées de distance des 
Berri, les personnes de notre suite souffriraient de la 
soif. 

}) Nous lui fîmes connaître que nous avions paré à 



(68) 

cet inconvénient en chargeant d'eau nos ânesses, et 
donnant à chaque homme de notre suite une gourde 
remplie d'eau pour se désaltérer pendant la route. 
Alors, serré de près, il nous dit qu'il ne nous aurait 
jamais donné un guide, parce que nous lui aurions 
enlevé le commerce de l'ivoire que la tribu des Berry 
fait à Liria. Nous tentâmes un nouveau moyen. Dans 
la soirée, j'envoyai appeler un homme de la tribu des 
Berry, qui était à Liria, pour acheter du grain, afin de 
se garder de la famine qui désolait son pays. — Il me 
répondit qu'aussitôt qu'il aurait vendu une jeune fille 
qu'il avait, il m'accompagnerait au pays des Berry. Je 
lui demandai immédiatement combien il voulait de 
cette esclave : il m'en demanda quarante bœufs; j'ajou- 
tai que je lui payerais la valeur des quarante bœufs, et 
que je lui rendrai la pauvre enfant, voulant que le prix 
des quarante bœufs lui servit de rémunération pour 
nous servir de guide jusqu'au pays des Berry. Il s'en 
alla tout joyeux, et je commençai à prendre les dispo- 
sitions pour nous mettre en marche, car nous manquions 
de vivres et de munitions. A l'aube du jour fixé pom* 
le départ, j'envoyai chercher le Berry qui devait nous 
servir de guide. Il vint avec l'interprète, et me dit 
qu'il lui était impossible de^tenir sa promesse, parce 
que le Mutât Laghé le lui défendait, et qu'il ne pour- 
rait le faire pour aucun prix ou présent, car s'il accep- 
tait il lui en coûterait la vie. — Voyant que tout était 
inutile et que je ne pouvais effectuer ce voyage chez 
les Berry, je me décidai à retourner à Gondokoro, y 
attendre la saison des pluies, et tenter alors un autre 
moyen pour entreprendre ce voyage. 



(M) 

» Décidé à quitter le peuple de Liria, je fis battre le 
tambour, et lorsque tout fut prêt, nous nous mimes 
de nouveau en route en traversant les montagnes de 
Liria. Dans le trajet, je trouvai une femme et sa fille 
gisant d'inanition dans un champ, et qui d*un moment 
à l'autre attendaient la mort, tant était grande la famine 
qui décimait ce malheureux pays. 

)) Elles avaient la triste apparence d'un squelette et 
leurs provisions consistaient en quelques racines. Dans 
la complète impossibilité où elles étaient de se mouvoir, 
après les avoir secourues, je les fis arranger le mieux 
possible sur mon ânesse, et je me décidai à aller à pied. 

» Une heure après nous arrivantes au village de Ta- 
lago, je fis chercher le chef pour lui confier ces deux 
malheureuses femmes presque réduites à l'agonie, et 
je convins avec lui d'un prix pour les garder pendant 
une année, le payant à l'avance avec des bracelets de 
cuivre et de jais. Pour qu'il ne manquât pas à sa parole, 
je lui dis que ces deux femmes m'appartenaient. — 
Quelques mois après j'appris qu'elles étaient à Talago, 
revenues à une santé florissante. 

tt Nous repartîmes de Talago pour traveri^er la 
grande forêt dont il a été question, mais cette fois nous 
nous étions pourvus d'eau, et nous arrivâmes sous des 
arbres, et nous nous reposâmes k leur ombre protec- 
trice, de toutes nos fatigues. 

» Nous y fûmes surpris par une pluie diluvienne qui 
nous fit beaucoup de mal, nos habits étaient mouillés 
comme s'ils avaient élé trempés dans le fleuve ; heureu- 
seinent que nous avions une petite tente sous laquelle 
nous sauvâmes nos munitions, et lorsqu'il pousi fut 



■■ 



(M) 
permis de nous remettre en route, nous nous diri- 
geâmes vers Belegnan (Belinian), où nous arrivâmes le 
soir. Nous fîmes de grands feux pour séctier dos habits. 
Las et fatigués de ces désagréments, nous nous diri- 
geâmes vers Gondokoro, où nous arrivâmes après 
quatre heures de marche. » 

Voici les notes du journal du D' Peney qui se rap- 
portent à cette excursion. 

TROISIÈME EZTBAIT DU JOURNAL DE VOYAGE DU D"" PENET. 
DU â AVRIL AU 10 AVRIL 1861. 

Voyage à Liria. 

Mercredi 8 avnV 1861 . — Départ de Gondokoro pour 
Belinian à quatre heures et demie du soir, avec MM. De 
Bono, Kourchidaga (le négociant turc appelé par De 
Bono Corsciud) et T. Evangelista. Notre escorte se com- 
pose de cent vingt hommes armés, et de vingt cinq 
nègres porteurs. Un troupeau de cent bœufs destinés à 
réchange de l'ivoire nous précède de quelques heures. 

Arrivée à Belinian à neuf heures du soir. Nous pas- 
sons la nuit chez le Bounitt Lad6. 

Jeudi h. — Départ de Belinian à six heures du ma- 
tin; deux heures de marche dans la direction E. jusque 
auprès d'un torrent, dans le district de Mirchouk. — 
Relevé du centre de la montagne de Liria = S. E. Re- 
levé de la montagne de Bondjourènn = S. 20 degrés E. 



9 heures matin. 


2 heures soir. 


Ciel clair. 


Nuages. 


Vent s. 


VenlN. 0. 


TberiD. 20». 


Therm. i7*. 



(56) 

Départ de Mirchouk, à deux heures et demie du 
soir. On prend la direction de Liria à travers une foret 
dans laquelle nous ne trouvons pas d'eau. Trois heures 
et demie de marche jusqu'au coucher du soleil. Cam- 
pement dans le bois. 

Vendredi 5. — Départ à cinq heures du matin : 
deux heures et demie de marche jusqu'au village de 
Talago, situé sur le flanc occidental du mont Liria. 
(Distance de Mirchouk à Talago, six heures représentant 
6 lieues, de hhhh mètres chacune, ou de 25 au degré.) 

Le mont Liria forme avec le mont Edjabo, situé à 
l'ouest de celui-là, une vallée d'une lieue de longueur, 
terminée au sud par le mont Lohé. Cette vallée a sa 
direction du nord au sud ; les deux montagnes qui 
l'encaissent, et dont la plus grande élévation est de 
900 à 1000 mètres au-dessus de la plaine, appartien- 
nent à la formation plutonienne. Elles sont formées de 
quartz, de granits de différentes couleurs et de texture 
très-variée, de porphyres^ de trachytes, enfin de ma- 
tières minérales cristallisées. 

La pierre est revêtue d'une couche de terre végétale 
plus ou moins épaisse, mais dépassant rarement 1 mè- 
tre de profondeur, dans laquelle des végétaux arbores- 
cents se sont développés. On trouve là le tamarin, divers 
figuiers sycomores, des Zyzyphus^ des légumineuses 
et le Liban des Arabes du Soudan {Bakamodendrum 
myrrha). 

A trois heures et demie de l'après-midi, nous levons 
le camp et contournons la montagne de Liria dans la 
direction S. E. pour aller nous installer sous le village 
de Rîgnia, le plus considérable de la province, et en- 



(57) 

trepAt de l'ivoire et du tabac qui proviennent des pro- 
vinces Barry et Lâtouka. 

Rignia, distant de Talago d'une benre et demie de 
marcbe, est situé presque en face de ce dernier village, 
et adossé au flanc oriental du mont. Une partie de ses 
habitations s'étend même jusqu'au sommet de ]a mon- 
tagne. 

Les cases de Rignia, bien qu'indépendantes et iso- 
lées les unes des autres, sont pourtant assez rappro- 
chées pour former des groupes ou quartiers principaux, 
à l'instar de nos villes. Chaque habitation est entourée 
d'une balustrade épaisse et serrée formée de cannes 
(ganna) et de solives fichées en terre. Cette enceinte 
est une vraie forteresse à l'abri des flèches, des lances 
et même des balles. Dans son intérieur s'exhaussent 
trois ou quatre toucouls ou gontieh, cabanes recou- 
vertes de paille et dont le toit est conique. Ces cabanes 
sont disposées et accommodées de façon à rester imper- 
méables à la pluie, et les nègres mettent un soin tout 
particulier à bien les couvrir. 

La population de Rignia est d'environ 2000 âmes ; 
celle du district, nommé Lokoyia, qui occupe une su- 
perficie de 6 lieues carrées environ ^ peut s'évaluer à 
10 000. La nature du sol, parsemé de pics, de collines 
et de montagnes, l'emplacement des habitations et 
leur mode de construction, rendent ces localités inexpu- 
gnables aux nègres limitrophes ; aussi les habitants de 
Lokoyia, qui ont le sentiment de leurs forces, sont-ils 
encore plus arrogants , plus insolents et plus intraita- 
bles que les gens de leur couleur placés dans des con- 
ditions différentes. 



(M) 

Le chef de Rignia et même de tout le district estime 
espèce de colosse nommé Laghèy, que ses qualités cor- 
porelles et ses nombreux bestiaux ont rendu maître 
absolu de la contrée. Il fait acheter par ses gens 
à vil prix tout l'ivoire qui se trouve dans les provinces 
qui Tavoisinent à Test, parmi les Lamouda, les Laouda, 
les Berry , et revend cet ivoire très-cher aux marchands 
étrangers qui sont obligés de passer par ses griffes. 
Non content d'exiger en échange de sa marchandise des 
objets d'une valeur très-élevée, il s'empare par force des 
articles d'échange qu'il trouve à sa convenance entre les 
mains des acheteurs ; et s'il ne fait pas subir à ceux-d 
des avanies plus humiliantes, ce n'est que dans lacrainte 
de voir quelque jour, et alors que la mesure sera com- 
blée, son pays envahi par une armée de carabiniers. 

 notre arrivée à Rignia, nous avons été obligés de 
faire parade de nos cent vingt fusils et de menacer La- 
ghèy d'une décharge de mousqueterie piour imprimer 
quelque crainte à ses nègres et pour ne pas nous expo- 
ser à leurs avanies. iMalgré nos menaces et les ordres 
du chef nègre, notre patience a dû souvent être mise 
à l'épreuve, et c'est grâce à la dose d'impassibilité dont 
nous étions pourvus que nous avons dû de quitter la 
contrée sans rixe sérieuse, apr^s avQÎr passé trois jours 
dans le pays. 

A 10 lieues àl'est du mont Liria s- étend une chaiqe de 
montagnes allant dans la direction du N. au S. Cette 
chaîne mesure un angle de 4Q degrés et eipbrasse 
par conséquent une longueur de 9 lieues et plus. On 
l'appelle les monts Lô^if, §Me occupe le centre de la 
province de Lotouka ; ses districts principaux sont cçux 



(M) 

dellatari, Tirann, Elloly, lliéon, Gaboriéri, situés à 
Test et à Touest des montagnes. 

Au sud des monts Lôfitt est le mont LaOdé. Ses ha- 
bitants sont les Toulon et les Lamoudà. Ces derniers 
kabitent le revers ouest du mont Laodé et sont par con- 
séquent plus rapprochés de Liria; — 6 à 7 lieues en- 
viron. 

Derrière ces monts (L6fitt et Laodé) coule le Louila- 
gny (le Lalanié de De Bono), rivière qui se rend chez 
les Berry, où elle prend le nom de TschoL 

Les habitants des monts Ldfitt et Laodé parlent le 
même idiome, leqnel n'a aucun rapport avec l'idiome 
barry ni avec celui des Berry, qui n'est autre que la lan- 
gue schlouque (des Schillouks). Cette langue, celle des 
habitants des montagnes de Lftfitt et de Laodé, diffère 
essentiellement de toutes celles parlées par les rive- 
rains du fleuve Blanc; quant à sa numératiQQy elle est 
décimale, au lieu d'être quinquennale, comme dans les 
langues des rives du Nil. 

Bien qu'appartenant encore à la province Barry, les 
habitants du district de Lokoyia se ressentent du voisi- 
nage de leurs voisins les Berry et les Lotouka. Les gens 
de Lokoyia parlent en effet indistinctement les idiomes 
banry, berry eu sehlouk et lotouka. 

Les femmes berry ont en outre emprunté à leurs voi- 
siDes r usage de la perforation des lèvres supérieure 
6t inférieure de la bouche, pour y introduire des cylin- 
dres de pierre. Cette parure est commune chez les 
Berry aux deux sexes. Les habitants de Lokoyia ont 
également abandonné en partie la pratique de l'avul- 
sion des six dents antérieures de la mâchoire ; quel- 



(60) 

ques-UDs coDservent leur râtelier intact ^ d'autres, à 
l'exemple des riverains du Sobat, ne s'enlèvent que 
deux incisives à la mâchoire inférieure. 

Quant au costume des gens de Lokoyia, il est le 
même que celui des autres Barry dans les deux sexes. 

Les gens de Laodé et de Lamouda, de la province 
de Lotouka, que j'ai rencontrés à Liria, m'ont frappé 
par l'originalité de leur coiffure. Celle-ci représente 
par sa forme une espèce de casque de forme ordinaire, 
sans visière, avec deux arêtes saillantes devant et der- 
rière. Ce casque, revêtu extérieurement de verroteries 
et de coquillages, waday^ est tissé avec la chevelure 
elle-même de l'individu qui le porte, et reste éternel- 
lement fixé sur la tête. Les Lotouka sont très-fiers de 
cette parure qui, cependant, par son inamovibilité, doit 
être dans certaines occasions d'une grande incommodité 



Samedi 6. 




5 heures et demie matin. 


3 heures et demie soir. 


Ciel clair. 


Nuages. 


Vent s. 0. 


Vent E. irrégulier, raffiiles. 


Therm. 24». 




Midi. 


4 heures et demie soir. 


Nuages. 


Nuages. 


Vent fort E. 


Vent s. 


Therm. 36^,5. 


Therm. 37«. 


Dimanche 7. 




5 heures et demie matin. 


8 heures et demie matin. 


^ Nuages à l'est. 


Nuages {drrho-Uraim), 


Vents. 


Vent fort N. 


Therm. 25*. 


Therm. 28<». 



(61) 
S iMores soir. 3 heures soir. 4 heures soir. 

Koage8(ctfrAo-ctMiitiitii). Nôages. Quelques nuages. 

Teot irrégnlier N. Veut irrégnlier N. Teot N. 

Therm. SS^'.S. Therm. 33<»,S. Therm. 34*,5. 

9 heures soir. — Quelques gouttes de pluie. 

lAmdiS. 
5 heures et demie mitia. 9 heures matiu. 

Nuages à Test. Ciel couvert. 

Vent E. Nuages chaisant de TE. 

Therm. 25<',5. Vent inf. fort E. 

Therm. 29*. 

Midi. 2 heures soir. 3 heures soir. 

Ciel clair. Quelques nuages. Nuages. 

Vent fort E. Vent fort N. E. Veut yariable. 

Therm. 31«,&. Therm. 34®»8. Therm. 35<». 

Veut fort S. toute la nuit. 

Retour à Talago. 

Mardi 0. — Départ de Talago à cinq heares et de- 
mie du matin. 
Arrivée à Mirchouk à midi et demi. 

Petite pluie pendant toute la matinée. — Vent d*est. 
i heure soir. 3 heures soir. 

Ciel couvert. Ciel couvert. 

Calme infér. VdntE. .. 

Vent super. N. E. Therm. 32 . 
Therm. 29^,5. 

Départ à trois heures et demie. Marche d'une heure 
et demie dans la direction E. S. E., et arrivée au dis- 
trict de Magry, en face et à une demi-lieue du village 
supérieur de Bélinian. Nous passons la nuit dans une 



( «2 ) 

habitaiioD où nous noUvS sommes réfugiés daâs la 
crainte de la pluie. 

Mercredi 10. 

5 heures et demie matin. 3 heures soir. 

Naages. Ciel couvert. 

Vent S. E. Vent S. E. 

Therm. 24°. Therm. 33°. 

Départ de Magryet arrivée àGondokoro, après une 
marche de ttois heures et demie. 

Quelques heures après nous arrivent également les 
gens de rétablissement de M. De Bono au Niambara. 
Le neveu de De Bono, qui fait partie de l'expédition, 
m'apporte en cadeau une collection de semences, ainsi 
que divers objets d'art des Niamniam-Berry. Les nou- 
veaux venus nous apprennent qu'à trois lieues de dis- 
tance de Gondokoro, sur la riveO. du fleuve, et dans 
le district de Kàho, ils ont été attaqués par des nègres 
qui voulaient leur barrer le passage. Cette attaque , 
commencée la veille , s'est répétée deux ou trois fois 
pendant la nuit, et n'a cessé, le lendemain matin, qu'a- 
près que les nègres eurent perdu une quinzaine de leurs 
guerriers. 

IX. 

Tandis que M. De Bono allait tenter de remonter le 
fleuve jusqu' à Gondokoro ( i ), le D' Peney à sou retour se 
proposa de visiter dans le courant d'avril les ikiontagoes 
voisines de Gondokoro pour savoir si elles étaient riches 

(I) Voyez aux Nouvelles annales des Voffages de juillet 1862, lei 
déUiU dt la tèiiUtiv« de De JBouo ! 



(W) 

en minéraux, mais déjà il était pris des fièvres; il fut 
fflonillé dans sa première excursion et rentra à Gondo- 
koro assailli d'une fièvre très- violente. Force lui fut 
bientôt d'interrompre ces excursions, cependant il con- 
tinua ses observations météorologiques et les consigna 
sur son journal. Nous y trouvons pour récapitulation 
du mois d'avril : 

Températare moyenne. . . . 27<^,65 centigr. 

— plus élevée. . 38<*,5 (2 avril à 3 h. 1/2 soir). 

— moint élevée. 19%5 (2 avril à 5 h. 1/2 foir). 

Vents variables. 

\0 tombées de plaies de demi-henre chacune en moyenne ; ces 
pluies ont été amenées par des vents d>st et de nord-est. 
Noages oa cîel couvert chaque jonrnée. 

Lé 16 a eo lieu, pendant la nuit» la première crue considérable du 
fleuve; elle a exhaussé le niveau des basses eaui de 1™,25. Au bout 
de vingt-quatre heures la décroissance à commencé à s^opérer. 

Humidité considérable et brouillards, après la pluie èl au moment 
delà crue du âeuve) mats ces phénomènes, le premier surtout, ne 
lont ordinairement sensibles que le matin, avant le lever du soteii. 

Il prit aussi à Gondokoro plusieurs hauteurs solaires. 
Nous en consignons ici quelques-unes : 

Temps vrai. 

10 avrU, à 7 h. 5 m. 50 s. matin, hauteur solaire. 16<^,47'30'' 

17 avrU, à 7 h. 1 m. matin, hauteur solaire 16® 16' 

18 avril, à 7 h. 42 m. malin, hauteur solaire 25® 52^ 30'^ 

Voici également, pour le même lieu, quelques hau- 
teurs correspondantes : 



Le 24 avril : 



7 h. 5 m. 30 .. matin. | ^ ^ ^^. ^^ 

4 h. 54 m. 30 s. soir. . I 

« h. 23 m. 80 s. maUn. ^ ^ ^ ^^^ ^^ ^, 
2 h. 36 m. 30 s. soir, 



• ; ) "■ 



(64) 

Le 27 anil : 

6 h. 54 m. 30 s. matin. ) „ 

I H. S. 14«» 30" 
S h. 5 m. 30 s. soir. . . ) 

7 b. 4 m. matin ) „ ^ 

> H. S. 16M5' 



4 11. 54 m. soir 

9 h. 15 m. 30 s. matin. 

2 h. 44 m 

9 h. 30 m 

2 h. 30 m 



. 30 s. matm. ) „ ^ 

J H. S. 48» 15' 
. 30 s. soir. . ) 

. matin ) „ ^ 

j H. S. 62« 

* soir.» . • « • . J 



Le 29 avril, malgré la fièvre qui le minait lentement, 
le D' A. Peney se mit de nouveau en route pour visiter, en 
descendant le fleuve, la province des Chir ; cette excur- 
sion, qui dura jusqu'au 10 mai, n'offre aucune parti- 
cularité remarquable. Le voyageur Ta consignée sur 
son journal de voyage en indiquant pour chaque jour 
l'état du ciel et la température, ainsi que tous les points 
où la barque fit halte. 

Mentionnons cependant la reconnaissance suivante, 
qui peut être utile pour la topographie des environs de 
Gondokoro : 



Bekvé pris du fleuve à une lieue et quart {lieue géogr,) de Gondokoro 


des 


pics suivants : 


Mont Lado (centre) ' N. 15* 0. 


Mont Koanoofi 


(centre). ... 0. 1/4 S. 0. 


Mont Kérèk 


— .... 0. S. 0. 


Mont Logouek 


— .... S. 30»O. 


Mont Belinian 


^^ . • . • 9. 9. t!i. 


Mont Liria 


-'* • • . • £i. 25 9* 



Les mois de mai et de juin se passèrent ainsi à Gon- 
dokoro sans que le malade éprouvât de grands soulage- 
ments; cependant il luttait contre le mal, travaillait 
toujours, et tenait son journal de voyage au courant, 



(65) 

consignant la suite de ses observations. Nous nous con- 
tenterons, ainsi que nous Tavons fait pour les mois 
précédents, d'en extraire les récapitulations. 

BécapUaUmon du mois de mai. 

Températare moyenne. ^ . . 26** 23' 

— plus éle?ée. • 33** (27 et 30 mai, 3 h. soir). 

— moins élevée. 21** (22, 23, 24, 25 mai, 5 b. 

et demie matin. 

Nombre de plaies tombées : 9; légères et de pea de darée. 

Quantité d*eaa tombée : 0"*,i05. 

Vents dominaots : S. le matin , variable Taprès-midi ; les plaies 
ont été amenées par des vents E. et N . E. 

Deatième forte croissance du tteave : l'ylS an-dessus des plas 
basses eanx, le 17. 

Troisième forte croissance da fleuve : l'**,23 au-dessus des plus 
basses eanx, le 23. 

Récapitulation du mois de juin. 

Températare minimum. • IS'^.centigr*, le 23, à 5 h. 45 m. matin. 

— maximum. . 33%5 cenligré, les 3, il » 13, 18, à 4 h. 

soir. 

— moyenne. • . 250^66 ce^tigr. . 

Nombre de pluies tombées : 14-^ quantité d*eaa : 0*>, 277. 
Vents dominants : S. et S. S. E. ; quel<|ues vents du N. Humidité 
extrême le mâtin et Jusqu'au lever du soleil (1). 

• 4 % 

Niveau du fleuve, minimum. • 0°*,33 le 13]uin. \ 0y.(|essns des 

— maximum*. I"^,i0 lei^^Juin. > plus 

— moyenne. . . * 0",52 (28 observ). ) ***"®* ^"*- 

Bautcurs solaires à Gondokoro (temps vrai) pour le vendredi 28 ;tilti. 

7 b. 19 m. Os 19*» 55(30" 

7 b. 22 m. 45 s 20** 36' 00^' 

7 h. 27 m. 45 S..... 2i*>40'b0" 

> . ■ • ■ 

(i) Le thermomètre mouUlé est resté presque coiutamu«nt au môme nWeau qtte 
le thcrmomèlrc see pendant ce moinieiit de la jonmée. 

VI. JUILLET. 6. 5 



(«8) 

A çei trolfl premièr««, il f^uk ijoater lo demMtamitre du 90\mU 

9 h. .40 m. 30 8... «. 5i<'45'00'/ 
9 b. 48 m. 15 9...., 52<»00'00'' 

iln^Ias a^imulaum du iokilpour Ip mime jour. 

8 b. 20 m. matin £. 21^ ao'N. 

. . 8b.mAtiû.« E. M«45^N. 

11 b. 30 m. matin... •• E. 4S<»N. 

Dans les premiers jours de juillet, le D' Peney fit 
encore quelques observations; il arrêta, par exemple, 
les positions des montagnes dont les noms suivent et 
leur distance de Gondokoro. 

Helèvment à Gondokoro des positions suivantes» 

* 

Mont Bélénian (pic central). . « N. i2V 12 000 mèlr. 

MontLoupfètt Ib. ... N. 130° 8000 

Monts Lièngha (centra) ...... N. 147o 10 000 

Mont LoulourY Ib N. 165° » 

Mont Longny Ib N. ITS"" 16 000 

Pie de Logoaelc K lOO^ 20 000 

MoQl Kértk (centre). ....,.«. Ii« UW lOOOO 

Mont S^onnoQfl (eeatre). ,.«••• N* 250* 1 4 OOd 

Monts VouyiO . Ib. ....... N. a20<> 42 000 

Monts X*.., Ib N. 245«» 34 000 

Monts X^,. Ib N. 255^ 18 000 

Mont Ladà (Niercagni) (centre). N. 330» 16 000 

* Le journal n'indlqtte pis de nom poor ces montagnesé 

On a tenu compte de la déclinaison de la boussole = V 30' 0. ; ies 
degrés sont comptés du point N. eu allant vers Test, le sudëtTouest. 

Une autre observation importante est celle de Valti- 
tude de Gondokoro au-dessus du niv^ati de la mer* 
déterminée à Taide de Teau bouillante. 



(67) 

H.Peney s'assura que Teau distillée bouillait à Q7%25 
^thermomètre centigrade ou à 78% 60 du thermomètre 
èRéâumur; en calculant 280 mètres d'élévation pour 
cbaque degré d'abaissement du thermomètre centi- 
grade, il obtint pour l'altitude de Gondokoro, 627°, 75. 
GoDdokoro est d'ailleurs à 7 mètres au-^dessua du 
km Blanc. 

La dernière excursion que fit le docteur eut lieu le 
iO juillet ; il la dirigea vers les monts Lièngha, ûtués. 
à 10 000 mètres à TE. N. E. de Gondokoro. 

Ces montagnes sont formées par la réunion de cinq 
pics, et elles appartiennent, comme toutes les mon- 
^^es de cette partie du Soudan, à la formation 
cristalline dite plutonienne; des terrains métamor- 
phiques, c'est-à-dire de cristallisation stratiforme, y 
8ont également représentés par le gneiss. Ces mon- 
des sont toutes boisées et produisent principalement 
fe sycomores (Ficus) ^ des Djoqânn, des Amy)*isbal^ 
^(^endrum (arbfe à myrrhe), des aloès à fleurs 
^^ges et diverses espèces de légumineuses arbores- 
centes. 

Sous le versant oriental coule un ruisseau nommé 
%) qui prend sa source dans la chaîne située au 
^i-est de Lièngha, et qui, se divisant au sud de cette 
dernière montagne, va se jeter au Nil en amont de 
"Ondokoro. Au pied du versant septentrional de la 
D^ontagne, se trouve le village de Ghiekenn* 

^u haut des monts Lièngha, on obtient avec la 
l^ussole, et en teiiant compte de la déviaticHi de Fai- 
P^De aimantée, 7^ 30' O.j les positions suivantes : 



(68) 

Mont Cherchera. 40 000 mètres S. 22'' E. 

Mont Torkola. 20 000 — E. 28o S. 

MontLakoré 16000 — E. dS"" S. 

MontLiria 36 000 — E. 38° S. 

MontWouyW 40 000 — 0. 17«> S. 

C'est au samedi 20 mai, six joars seulement avant 
sa mort, que s'arrête lejournal de l'infortuné 0' Peney; 
le 21 il essaya de continuer ses observations journa- 
lières pour les consigner sur ce journal, mais il dut 
céder à la maladie, et la plume lui tomba des mains. 



X. 



Andréa De Bono était revenu quelques jours aupa- 
ravant de $on excursion aux cataractes de Makédo, 
mais, ainsi que le D'' Peney, il était miné par la fièvre, 
et pour comble d'infortune ils n'avaient plus de quin- 
quina, le docteur ayant généreusement prodigué la. 
provision à ses malades. Ils n'en songeaient pas moins, 
aux préparatifs de leur grande exploration ; le docteur 
pensait qu'un peu de repoalui sujBBrait et que le chan- 
gement d'air ferait le reste. 

«Tout était prêt^ dit M. Andréa De Bono (1)^ nous 
n'avions plus qu'à fixer le jour du départ, lorsquemon. 
pauvre ami, le D' Peney, fut assailli par les fièvres, 
qui lui occasionnèrent des évacuations sanguines.. 
Aucun secours ne put le sauver, et le 26 juillet, à six 
heures du soir, cette belle âme s'envola au ciel, laissant 

(1) Annales des Voyages, juillet 1862, p. 86. 



(69) 

tons ses amis plongés dans la plus vive douleur (1). 
Qa'il me soit pennis ici, étant toujours sous l'impression 
des plus vifs regrets» qui seront ineffaçables tant que 
je vivrai, de me laisser entraîner en parlant de cet 
homme digne d'un meilleur sort. De mœurs intègres, 
habile dans l'art médical, ami affectueux et estimable, 
il passait sa vie au milieu des ennuis et des fatigues 
pour secourir l'humanité souffrante. Avide d'être utile 
aux sciences géographiques, il entreprit de longs et de 
périlleux voyages. Il étudia les conditions atmosphé* 
riques, les vertus des plantes, les minéraux qui sont 
cachés dans les montagnes escarpées. Ces travaux 
pénibles le conduisirent à une mort prématurée ; ses 
restes reposent au milieu du désert, la pierre qui les 
recouvre attestera aux rares voyageurs qui la visite- 
ront, qu'un homme a vécu pour l'amour de la science 
au milieu des fatigues et des dangers, sous les rayons 
d'un soleil brûlant, aidant et secourant ceux de ses 
semblables qui souffraient^ et augmentant le domaine 
de la science de nouvelles découvertes. 

» Son nom restera peut-être obscur dans le monde, 
parce qu'il n'eut jamais recours à l'imposture ; mais 
cependant là où l'on signale impartialement les actions 
des hommes, il resplendira pur et intact à la postérité. 

» Ses restes ont été transportés de Gondokoro à 
Khartonm, où, par mes soins, j'ai fait ériger un monu- 
ment qui rappellera à nos descendants l'homme qui 
vécut au milieu de l'étude et des travaux qui le con- 
duisirent malheureusement au tombeau.» 

(1) Voyez au Builelin de janvier 1862, p. 52, la lettre du D' Cri à 
M. Espinassy-Bey sur. la mort du D' Peney. 



( 70 ) 

Nous n'avons rien à ajouter à ces belles paroles ; nous 
pensons queTon trouvera dansces notes, que nous avons 
essayé de coordonner de notre mieux » des indications 
utiles qui vaudront à la mémoire du D' Alfred Peney 
les souvenirs sympathiques des amis des sciences 
géographiques. 

Sur la demande de M. Jomard, ses papiers furent 
adressés à la Société de géographie, et ils sont aujour- 
d'hui déposés dans ses archives. 

Ils se composent des quatorze articles suivants : 

1. Portefeuille. — Noies diverses aa crayon et à Feacre avec ob« 
servations. 

2. Observations météorologiques de mai 1859 à septembre 1860. 

4. Remarques diverses, savoir : les diables, revenants, vampires. 
— Du crocodile. — Da Thippopotame. --' Conquête du Soudan. -^ 
LeKourdofal. — Populations du Koordofàl, du Fazoglo. »^ Nègres 
HameiU . — - Expéditions et établissements au fleuve Blanc* 

6. Lettres à divers, la premiire à KoSuig-Bey , 19 Janvier 1860 ; la 
dernière au D' Ori à Kbartoumi le 20 mai 1861, — Plusieurs de ces 
lettres renferment des indications scientifiques. 

7. Itinéraires et observations météorologiques à partir de février 
1861, datés en premier lieu de Gondokoro; esquisses des rapides de 
Garbo, des cataractes de Makédo, des envii^ons de Gondokoro, avec 
des notes sur les populations du fleuve Blanc. 

8. Journal d*observations commençant à décembre 1860; carte 
du voyage au Niambara, cours du Ylèh, à Touest de Gondokoro, ac- 
compagné de beaucoup d'observations. — Voyage au Niambara. 

10. Juillet 1 861 . — Observations astronomiques, hauteurs solaires, 
distances à Gondokoro de différents lieux, — Excursion au mont 
Lîèngha. 

11. Voyage au pays desDenka, du 1^^ novembre 1860 au 30 du 
même mois, avec deux cartes du cours du fleuve du 11* au 10<> degré, 
plus une troisième carte du fleuve Blanc cbez lesNouairs, de Vtm- 



(M) 

Minrede la rivière Sobat à celle de li rivière GhazAl ; loii|itude, 
ff' et 28*. 

12. Vocabulaires tagala,^noQb8 et aatres da Koardofal et da fleave 
Mine. 

14. Notes du voyage au Soudan, 1S55-56-57. — Voyage au Man- 
dan, le 25 aept«mbre 1855. «^ Dessim de botanique. ^ Efl^ti du 
i^e alimentaire, des Yètements et des habitations du Soudan. — • 
Toyageen 1859. — Potmlation du Soudan égyptien. 

15. Cours du fleuve chez les Nouairs jnsqu*au S*» 25'. — Carte du 
coan da fleuve Blanc au nord de Gondokoro, et des monts Logouek 
juqa'aoi Eiali. *-^ Feuilles d'observations; plusieurs cartes du cours 
^fleuve Blanc* comprenant rembouchure du 0ahr-el*6haaal, plus 
noe grande carte sur papier végétal présentant une esquisse inachevée 
fone partie du cours du Nil. 

16. ObservatioDS grammaticalei, suivi du glossaire schlouk, 16- 
tonka, niambara, barry, amahra, galla, waday, kondjara, faxogto, 
BiMlaNir, goitleb. 

17. ObservaMna de médedne. 

18< Lettrée depuis la SO février 18dO;tapremière^adresiéeàS.Exc. 
KaoïgoBay : U dernière adressée à M. Joaatd ou, eu soU absence, à 
V. Malte-Brun (la dernière qn*il ait écrite), 20 mai 1661. 

LesnuméroB portés sur cet inventaire sont ceax qui 
^trouvent sur les cahiers et sur les notes; ils sont 
ians Tordre où ils ont été inventoriés. Lors de Fouver- 
ttire du paquet expédié d'Egypte à Paris, les numéros 
M, 9, ift, manquaient. 

V. A. Malte-Brun. 



( 72 ) 



rVouvelles et eonimuiiieatlons. 



EXTRAITS DES LETTRES DE M. GUILLAUME LEJEAN 
A M. ERNEST DESJARDms. 



Sennâr, 19 octobre 1863, 

« Mon cher ami, me voici enfin en route : les vents 
du nord qui sont survenus et les routes qui ne sont plus 
inondées me l'ont permis. J'ai remonté le fleuve Bleu 
jusqu'à Messalemié, puis j'ai gagné à dos de chameau 
Oued Mediné, puis Sennâr, où je suis à présent, atten^ 
dant des chameaux pour gagner par une route de tra- 
verse Gallabat, Vohin et Tchelga. Cette dernière ville 
est la résidence du belambros (chef des quatre forte- 
resses) Guelmo, sorte de margrave abyssin que tous me 
peignent comme un parfait galant uomo^ ce qui est 
loin de m'être indifférent, car, en entrant à Tchelga, 
je deviens prisonnier d'État. 

» Ne vous en effrayez pas plus que je ne m'en 
effraye moi-même. Tout étranger entrant en Abyssinîe, 
quelle que soit sa qualité, devient à la fois l'hôte et le 
prisonnier du négus, qui le traite fort bien, ne le laisse 
manquer de rien («je suis ton père et tu es mon fils » , 
c'est sa phrase stéréotypée), mais ne le laisse sortir 
que quand il lui plaît, et cela lui plaît quelquefois fort 
tard 



(78 ) 

Gafnt, près Devra Tabor, 30 Janvier 1863. 

« J'ai fini par atteindre le negus nagart za Aitiopya^ 
le roi des rois d'Ethiopie. Il a un lioù dans ses armes, 
c'est une hirondelle qu'il devrait y placer, car on n'a 
pas d'idée d'une pareille ubiquité. Suivez, si vous 
pouvez, sur une bonne carte d'Abyssinie, le réseau de 
ces marches pendant ce mois. 2 janvier» du camp de 
Miedja au camp de Mahdera-Mariam ; 12, départ pour 
le Godjam; arrivée le 15 au Talba Ouaba; le 22, re* 
tour à Mahdera; le 25 au soir à Devra Tabor v le 26, 
excursion à Gafat» retour au Tabor; le 20, nouvelles de 
guerre, retour à Mahdera. On suppose qu'il vapas^rle 
NU. C'est donc miracle que je l'aie rencontré. Mardi, 
averti que le négus arrivait à Gafat^ je me suis préparé 
a lui être présenté. Un des missionnaires européens est 
venu en hâte me dire : « Venez saluer Sa Majesté, elle 
» arrive, elle monte la côte à pied. » J'ai vu venir un 
tourbillon d'officiers indigènes tout vêtus de velours et de 
soie, et, au milieu d'eux, un homme d'environ quarante- 
quatre ans» de complexion sèche et robuste» de figure 
ouverte et bonhomme^ les yeux vifs, le front magni- 
fique, vêtu avec une simplicité telle, qu'elle semblait 
une épigramme contre les autres : c'était Théodore. Il 
m'a fort gracieusement accueilli, et arrivé à un placis 
où il s'est reposé un instant, il m'a fait asseoir sur son 
tapis, m'a fait quelques questions sur la portée des pro- 
jectiles de guerre, « chose que vous devez bien connaître, 
^ a-t-il dit, puisque vous êtes un Européen et un homme 
» instruit, » et a fini par me demander quand il me 
convenait d'être reçu officiellement. J'ai naturellement 



répondu en me mettant aux ordres de Sa Majesté et j'ai 
été reçu le lendemain mercredi avec tous les honneurs 
imaginables. Ses modèles sont David, Alexandre, Na-> 
poléon P'. 

» Vous savez qu'à mon départ de Paris, j'étais fort 
curieux de voir Théodore et de juger par moi-même de 
tous les récits contradictoires que Ton en fait. L'en- 
semble de ce que j'ai vu et entendu en Abyssînie me 
mène à cette conclusion : il est doué d'un grand génie 
organisateur. Il suffit de lire tous les voyageurs depuis 
Bruce jusqu'à M. Galinier, ou d'interroger les souve- 
nirs des natifs, pour sonder l'abîme d'anarchie, de 
désorganisation et de ruine dont il a sauvé l'Abyssinie* 
La sécurité matérielle est aujourd'hui aussi grande que 
dans l'Europe centrale ; le brigandage féodal est sup- 
primé ; le commerce est possible. Il y a dix ans, chaque 
soir de marché, dans le moindre village, était ensan- 
glanté ; aussi les produits dii sol ne se vendaient pas : 
pour un sel (22 centimes), on avait six ou sept poules, 
pour 2 sels un mouton. A présent le paysan vend bien 
le superflu de sa production, et cela s'est fait sans 
aggraver la situation des villes, par une •excellente 
raison : il n'y a que deux villes (Gondar et Adoua) ; 
tout le monde est producteur agricole, et il n'y a que 
le riche qui ait besoin d'acheter, mais pour l'entretien 
de sa nombreuse domesticité, c'est-à-dire de son luxe. 
On paye des impôts réguliers en Abyssinie. Un homme 
opprimé par des hobereaux ou des tyrans de village 
n'a qu'à crier : Theodoros amlak ! (par le dieu de Théo- 
dorel); c'est le haro des Normands, et il ne fait pas 
bon de passer outre. 



(75) 

» Théodore me rappelle, par les bons et les maatais 
côtés, Gharlemagne. Au lieu d'imposer à ses sujets une 
civilisation contemporaine exotique» comme l'ont fait 
Pierre le Grand et en général les réformateurs orien- 
taux, il cherche son modèle dans l'histoire du passé ; il 
veut revenir à l'empire abyssin de l'an 1500, comme 
Gharlemagne voulait évidemment revenir à l'empire 
romain de Tbéodose. La plupart de ses réformes sur la 
justice, l'esclavage, l'administration, la peine de mort, 
sont des retours à l'ancien code national. Il y a un cerr 
tain esprit sage et pratique à chercher le perfectionne* 
ment de sa nation dans les propres éléments de cette 
nation, tout en comprenant et en essayant prudemment 
quelqnes améliorations européennes • 

» Enfin, j'ai conquis un grand point : j'ai atteint le 
négus Théodore au fond des montagnes d'où il descend 
trois ou quatre fois par mois pour désorganiser les 
insurrections qui naissent partout. J'ai bien fait de ne 
pas entrer en Abyssinie par le Tigré ; la route n'était 
plus sûre pour moi. — Je vous ai écrit de Sennâr. 
le n'ai pas trouvé la chronique dont je vous parlais, 
mais le médecin indigène Ibrahim-EiTendi a promis 
de me l'envoyer à Massoua. J'ai fait un beau voyage, 
Séographiquement et géologiquement parlant, dans 
les provinces (jusqu'ici inconnues) comprises entre 
le Nil-Bleu et Gallabat. Gallabat est un petit État 
neutre dont le chef est nonamé par le négus et qui paye 
2000 dollars de tribut à l'Egypte, autant à l'Abyssinie. 
U a été formé par des nègres musulmans qui, revenant 
dn pèlerinage de la Mecque et, sans doute, fatigués du 



(76) 

voyage 9 s'arrêtèrent là et depuis se livrent au commerce 
et à la culture avec une activité qui contraste avec 
Torgueilleuse paresse de leurs voisins. — Je ne vous 
ennuierai pas des détails de mon voyage d*Âbys^nie 
par Tchelga, la rive du lac, Devra-Tabor, etc. 

» Je vous écrirai encore dans une couple de mois; 
d'ici là écrivez«moi longuement à Massaoua. Je vous 
enverrai une masse de dessins qui vous donneront une 
idée d'un art que je ne soupçonnais pas, l'art abyssin, 
irëre de l'art sarrasin, et qui lui a survécu. La fantaisie 
abyssine, dans l'ornementation, est d'une variété pro- 
digieuse ; en revanche, la peinture religieuse (figures) 
est plus que naïve. Dans un tableau (la Sainte Famille), 
la Vierge file du coton ; dans un autre (Passage de la 
m&^ Rouge), les Hébr^ux^ poursuivis, font une fusil- 
lade bien nourrie contre les Égyptiens. En somme, il 
y a souvent de la majesté, de la verve, et toujours de 
la couleur. » 



( 77 ) 



NOTE DE M. LEFEBVRE-DURUPLÉ 

CBARGé 



AU NOM DE LA COMMISSION DE l'aNNUAIRE 



DB PAÉSBHTER UR lAPfORT. SUIt CE PftOIET DE PUBUGJlTIOll. 



H. Lefebvre-Duruflé, au nom de la Commission 
chaînée de présenter le programme de V Annuaire de 
la Société de géographie^ dont la publication a été 
adoptée en principe, a fait, dans la séance da 22 mai, 
un rsçport verbal dont voici le résumé. 

« Pour déterminer avec quelque précision les matières 
qui doivent entrer dans Y Annuaire j dit le rapporteur, il 
faut avant tout se rendre un compte exact du but qu'on 
se propose d'atteindre par sa publication. Ce but, c'est 
d'appeler l'attention publique sur les études géogra- 
phiques ; — c'est d'en populariser le goût ; — c'est d'en 
vulgariser les connaissances principales, — puis, enfin 
et secondairement, d'en faire un moyen de propa- 
gande pour l'extension et le développement de la 
Société. 

» L'Annuaire doit donc être un livre de moyenne 
étendue, d'une rédaction attrayante et variée, et d'an 
prix accessible au grand nombre. 

» Il pourrait se composer de trois parties. 

» La PREMIÈRE PARTIE, divisée OU doux scctlous, ren- 
fermerait : 

» Dans la première section, ce qui se trouve dans 



(78) 

tous les Annuaires : le calendrier, les saisons, les phé- 
nomènes célestesi les différentes ères, etc, 

» L'Annuaire du Bureau des longitudes, VAme^^i- 
can Almanach^ Y Annulaire de la marine^ pourraient 
êtrQ utilepient consultés à cet égard. 

» La seconde section pourrait présenter des Tables 
diverses^ celles, par exemple : 

» Des principales longitudes et latitudes du monde ; 

» Des distances ; 

» Des superlBcies; 

» De la population des principaux pays et des princi- 
pales villes; 
' )) De» émigrations relatives des nations ; 

» De la hauteur des montagnes et des glaciers ; 

» De la longueur du cours des plus grands fleuves ; 

» De la distance et du volume des planètes ; 

» De la durée de leurs révolutions ; 

» Des découvertes géographiques et des grands 
voyages, selon leur ordre chronologique ; 

» De rétendue et de la profondeur des mers; 

» Des courants et des vents ; 

» Des niveaux, des vitesses; 

» Des pluies, des inondations, des sécheresses ; 

» Des observations barométriques et thermomè- 
triques, etc., etc. 

» La réunion de ces tables, dont il ne serait publié 
que quelques -unes chaque année, rendrait précieuse 
la collection de Y Annuaire. 

» La SECONDE PARtiE du volumo se composerait de 
notices sur ce que Ton pourrait appeler la géogra- 
phie d'actualité. Tout en ne renfermant que des détails 



(70) 

scientifiquement exacts, ces notices devraient être 
écrites avec attrait et coloris ; ce serait là Tappât de 
l'Annuaire; elles auraient pour objet les progrès et les 
travaux de la science pendant l'année et les pays qui 
auraient été ou le théâtre d'une guerre, ou l'objet de 
quelques découvertes, ou le siège d'un établissement 
nouveau» soit colonial, soit commercial. 

» Enfin la noisiÈiiR parub offrirait, sous le titre 
de Mélanges^ la biographie des géographes ou des 
voyageais morts dans l'année, une revue sommaire 
des publications les plus importantes, l'indication 
de9 moyens de transport, soit par chemins de fer, soit 
par bateaux à vapeur, établis sur les princ^Miux points 
dn globe ; et en dernier lieu la liste des membres com- 
posant la Société de géographie, ainsi que tout on 
partie de ses statuts. » 



(80) 

» 

Actes de la iUieiété. 

EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



Séance du 22 mai 186â. 

PRiSIDBKCB DE V. DR QUAmPAGBS. 



Le procès-verbal de la demière séance est lu et 
adopté. 

Le secrétaire adjoint, en l'absence. du secrétaire gé- 
néral, donne lecture de la correspondance. 

M. le contre-amiral vicomte Fleurio.t de Langle re- 
mercie la Société d'avoir bien voulu lé nomiiier l'un 
de ses vice-présidents. MM. Testarod et Desclozeaux ^ 
récemment admis dans la Société, adressent leurs 
remerciments. 

M. de La Roquette lit l'extrait d'une lettre par la- 
quelle M. Baruffi lui annonce la mort de M. le général 
Albert de la Marmora, qui a manifesté jusqu'à ses der- 
niers moments l'intérêt le plus vif pour les travaux de 
la Société de géographie de Paris, et s'est montré par- 
ticulièrement satisfait de voir imprimées dans le Bul-- 
letin les deux lettres qu'il avait adressées à M. d'Avezac 
au sujet de la question de la formation des grès du 
Sahara. 

M. d'Avezac exprime à cette occasion le regret de 
trouver, dans une note qui termine un récent ouvrage 
de M. Trémaux déposé sur le bureau de la Société, la 
mention d'observations critiques que lui-même aurait 






(Si) 
adressées à M. de la Marmora en réponse aux lettres 
qu'il en avait reçues. M. d*Avezac n'avait mandé au 
savant général d'autres remarques que celles qui sont 
rappelées dans la deuxième des lettres insérées au 
Bulletin. 

M. Trémaux fait hommage à la Société du volume 
sur le Soudan 9 dont il vient de publier la deuxième 
édition. Des remerciments lui sont adressés séance 
tenante. 

M. Eug. Cortambert communique une lettre de 
M.Henri Bineteau, chef de l'imprimerie itnpériale de 
Sdgon, qui adresse un tableau des divisions administra- 
tives de la Cochinchine française et trois cartes levées 
par les officiers français sous la direction de M. l'amiral 
Bonard et lithographiées à Saigon. La première est la 
carte générale de la basse Cochinchine et du royaume 
de Cambodge, en deux feuilles ; la seconde donne la 
b$sse Cochinchine en quatre feuilles ; la troisième l'ar- 
chipel de Poulo-Condore. M. Cortambert fait remar- 
quer l'intérêt de ces cartes rédigées sur des documents 
tout nouveaux. Il exprime cependant le désir de voir 
y modifier certaines orthographes, entre autres le ?i/i 
portugais, employé pourley/i mouillé français. Si l'on 
ne veut pas admettre cette dernière forme, un peu am- 
l>iguë, on pourrait se servir du tilde espagnol «, qui ne 
donnerait lieu à aucune indécision. 

M. Ë. Desjardins donne communication, par extraits, 
^6 plusieurs lettres de M. Guillaume Lejean, vice- 
consul à Massouah, qui, après quelques mois de séjour 
àKhartoum, s'est dirigé vers 1* Abyssinie pour se rendre 
à son poste. 

VI. JUILLET. 6. 6 



(8«) 

M. V. A. Barbie du Booage offre à la Société, de la 
part de l'auteur, M. Jules Despecher, un projet de télé- 
graphe transatlantique. M. Barbie du Bocage est chargé 
de remercier le donateur. 

Sur sa demande et sur la proposition de MM. Barbie 
du Bocage et Paul de Laboulaye, M. Jules Despecher 
est présenté pour être admis au nombre des membres 
de la Société. 

M. d'Avezac donne avis des abonnements au Bulletin, 
qui viennent d'être pris par le Département de la ma- 
rine, à la recommandation de M. le contre-amiral baron 
C. de la Ronoièi^-le-Noury. 

M. le Président adresse, au nom de la Société, des 
remerclments à M. le baron de la Honciëre. 

M. Barbie du Bocage dépose sur le bureau les élé- 
ments qu'il a coordonnés pour Timpression de la Table 
analytique des matières des â"" et A* séries du Bulletin. 

Des remerciments sont adressés à M. Barbie du 
Bocage pour avoir bien voulu mener à bonne fin une 
œuvre aussi aride et aqssi compliquée. 

M. Vallon, capitaine de frégate, présenté à la ppé** 
cédente séance par MM. le contre-amiral baron C. de 
la Roncière-le-Noury et d'Avezac, est nommé membre 
de la Société. 

M. Lefebvre-Duruflé, au nom de la commission 
nommée pour examiner Topportunité de la publication 
par la Société d'un Annuaire géographique, fait con- 
naître l'ensemble du programme proposé par cette 
commission. (Voyez la note explicative, page 77.) 

A la suite d'une discussion générale sur les voies et 
moyens à adopter en vue de l'exécution de ce pro* 



(88) 

; (nmoie, le principe de la publication d'uu Annuaire 
at admis et une commission pourra s'entendre nlté- 
risoremeot avec un éditeur. 

H.Lefebvre Duruflé rend compte des démaixhes ofli- 
cieuses qu'il a faites en faveur du fils de madame Ayasse 
fmeY, à l'efietde lui faire obtenir une bourse dans un 
lycéfi. M. Lefebvre-Duruflé a la promesse du ministre de 
finstraction pobiiqne que la demande de la sceur du 
ly PiDey sera examinée avec intérêt, du jour où les 
piëeea réglementaires auront été adressées au Miiristre, 
La séance est levée à dix heures et demie. 



Séance du 5 Juin ISëèl. 

PRKâlDENCE DE M. DE QUATREFAGK». 



Le pi'ocès* verbal de la dernière séance est lu et 
^opté après quelques ebeervations de MM, de Quatre- 
%es, Ernest Desjardins, de la Roquette et Vivien de 
Saint-Martin. Ces observations portent sur l'étendue 
adonner aux proeës^verbaux. La Commission centrale, 
consultée , décido que les notes fournies par MM. les 
membres qui ont pris la parole dans la deraière séance 
seront insérées en debora du procès^verbal. 

M. le secrétaire général donne communication, au 
oom de M. Jules Duval, absent, du procès-verbal de 
la demitoe asfsemblfe générale. 

M. le contre-^amiral baron C. de laHoncièrerle'Noujiy 
transmet, par lettré à la Société , au nom de Son Exe. 
M. le ministre de la marine et des colonies, plusieurs 



(84) 

cartes hydrographiques, ainsi qu'une brochure relative 
au voyage de circumnavigation de la frégate autri 
chienne la Novara. Cette brochure et ces cartes son 
offertes par M. le directeur du bureau hydrographique 
de Trieste. 

Le secrétaire général donne lecture d'une lettre non 
signée dont l'auteur, après avoir parlé des cours de 
M. Jules Duval sur la colonisation et l'émigration , 
exprime son désir de voir paraître une revue traitant 
de l'état des colons français à l'étranger et des colonies 
françaises. 

M. Sédillot , nommé scrutateur dans la dernière 
assemblée générale , écrit à la Société pour lui adresser 
ses remercîments et lui offrir un travail portant le titre 
de : Courtes observations sur quelques points de V as- 
tronomie orientale, 

M. Winwood Reade écrit à la Société pour la re- 
mercier de sa nomination comme membre donateur. 
Ce voyageur, de retour du Gabon, annonce également 
qu'il s'occupe de la rédaction du récit de son voyage. 

M. Robert, ancien notaire, qui vient de publier un 
travail sur l'étymologie des noms des lieux du dépar- 
tement de Seine-et-Oise, offre ses services à la Société. 
La Commission centrale répond àla lettre de M. Robert, 
qu'elle recevra avec satisfaction les communications 
qu'il voudra bien lui faire. 

M. d'Avezac communique une lettre de M. Tho- 
massy, qui lui envoie de la Martinique des séries! 
d'observations sur la salure de la mer dans le trajet 
d'Europe aux Antilles : M. Antoine d'Abbadie veut, 
bien se charger d'examiner ces documents, et d'en faire 



j 



( 85 ) 

n rapport à la Société. Il ofire en outre de la part 
k H. Giuseppe Biancoiii un travail sur les écrits 
de Marco Polo et l'oiseau Rock mentionné par lui. — 
I. d'Avezac saisit cette occasion d'entretenir l'assem- 
blée des travaux de M. Pauthier , pour une édition 
prochaine d'une édition commencée de la relation du 
célèbre voyageur vénitien, dont il existe mention 
eipresse daiis les annales chinoises. 

M. Vivien de Sainte-Martin dépose sur le bureau un 
livre sur le nord de l'Afrique dans l'antiquité grecque 
et latine, travail couronné par l'Académie des inscrip- 
fcns et belles-lettres. Il donne en outre quelques dé- 
Wls sur le cadre de cet ouvrage. 

M. Buisson offre de la part de M. le bai'on d'Avril, 
^ recueil des actes de l'Église bulgare. 

M. d'Abbadie a reçu de M. Desboroug Gooley une 
fettre accompagnée d'un croquis du voyage de Speke 
et Grant ; il entretient l'assemblée de ce voyage. 

M. Malte-Brun donne lecture d'un résumé du même 
voyage, extrait de YAddress du président de la Société 
royale géographique de Londres, et communique à la 
Commission centrale une exquisse qu'il a tracée de l'iti- 
iiéraire de ces explorateurs. Il entretient l'assemblée 
^le la dernière séance générale de la Société royale 
géographique de Londres du 26 mai ; la médaille d'or 
"lu patronage a été donnée à F. Gregory, pour ses 
^plorations dans l'Australie occidentale, et la médaille 
nctoria à John Arrowsmith pour ses travaux cartogra- 
phiques. M. Norton Shaw résigne les fonctions de 
^crétaire qu'il exerçait depuis quinze ans , et il est 
remplacé par MM. C. Markham et Spottiswoode. 



(M) 
[. Jules Despecher, présenté à 1& dernière séance 
par MM. de Laboulaye et Barbie du Bocage« est 
nomttié membre de la Société. 

MM» Ernest Desjardius et de Qnatrerages présentea t, 
pour faire partie de la Société « M. Henri d'Avigdor, 
duc d'At][uaYiva^ ministre plénipotentiaire de la répu* 
blique de Saint-Marin^ 

M. le contre-amiral baron C. de la Roncièt*e-le->^ 
Noury» ayant présidé plusieurs fois rassemblée géné- 
rale-, est nommé président honoraire. 

M. Ar\U d'Abbadie donne lecture de deux demandes 
qu'il a été chargé de formuler pour être comprises dans 
une lettre adressée au vice»-roi d'Egypte. 

La séance est levée à dix heures et demie. 



Séance du i9 juin 1868. 

PnÉftmCNCE DE H. D*AVÊZAC, VTCE-Pl^iSIDENT. 



Le pix>oè6*verbal de ladernière séance ei^luetadopté . 

M. Reinaudi menoibre de rinstitut, remercie la So* 
ciété de ravoir choisi pour Tun de ses vice^iunésidents. 

M. F. de Bole écrit à M. le Président pour lui 
annoncer qu'il a le projet de publier un Atlas hi$€o* 
riqite^ dont il envoie un spécimen à la Société. 

M. Maite-Brun donne lecture d'une lettre qu'il a 
reçue de MM. G. Markham et Spottiswoode, secrétaires 
de la Société royale géographique de Londres, avec 
plusieurs exemplaires d'une note invitant les géogra- 
phes à faire connaître leurs travaux on les notes qu'ils 



(S7) 

ont publiés relativement à la position des sources du 
Nil, antérieurement au résultat que MM. Speke et 
Grant viennent d'obtenir dans leur dernier voyage. 
M. Malte-Brun, pour répondre au vœu exprimé par les 
secrétaires de la Société géographique de Londres, 
dépose un exemplaire de cette note sur le bureau et en 
remet un à MM. d'Avezac^ d'Abbadie, de la Roquette 
et Vivien de Saint-Martin. 11 s'engage au sujet de cette 
communication^ dont M. d'Abbadie donne immédiate- 
ment lecture, une discussion à laquelle prennent part 
MM. Vivien de Saint'^Martin, d'Abbadie» d'Avezac et de 
)a Roquette. 

M. de la Roquette donne lecture d'une lettre par 
laquelle M. le colonel Sykes le prie d'offrir de sa part 
Ua Société de géographie un exemplaire de la bro- 
chure intitulée : La rébellion des Taepings en Chine ^ 
wn origine y ses progrès et sa condition présente* 

Le même membre communique une lettre de M. de 
Beaumont, au sujet de la réclamation qu'il avait faite de 
plusieurs volumes qui manquaient à la collection que 
possède la Société de la Bibliothèque universelle de 
Genève. II annonce également la mort de M. Mnnk, 
«avant norvégien, correspondant de la Société. Ce 
iécès et ceux de MM. Tanner et Albert de la Marmora, 
pwtent à troie le nombre des vacances qui existent 
fens la liste des membres correspondants de la So- 
^été ; il sera ultérieurement pourvu à ces vacances par 
la Commission centrale. 

M. Vivien de Saint- Martin annonce que M. Poussel, 
«acien membre de la Société et voyageur dans la repu- 
inique Argentine, a recueilli de précieux documents. 



(88) 

M. Poussel se propose d'envoyer un mémoire sur les 
provinces N. O. de ce pays. 

M. Malte-Brun annonce le retour en France de 
M. Martin de Moussy. avec d'amples matériaux qui lui 
permettront de terminer le troisième volume de son 
grand ouvrage sur la république Argentine, ouvrage 
auquel il se propose de joindre un atlas spécial de 
chacun des États de la confédération, en trente feuilles. 

M. d'Avezac donne lecture d'une lettre de M. Tfao- 
massy, datée de Vera-Cruz, dans laquelle ce voyageur 
traite de la salure de la mer» d'après des observations 
faites par lui de la Martinique à Cuba et de Cuba à 
Vera-Cruz. Cette lettre est renvoyée à l'examen de 
M. Ant. d'Abbadie, chargé d'examiner les notes précé- 
dentes de M. Thomassy relatives à la salure delà mer. 

M. d'Abbadie annonce que M. Lejean est arrivé à 
Massouah le 30 avril dernier. 

M. Malte-Brun a reçu de M. Julius Haast, géologue 
du gouvernement dans la province de Canterburj' 
(Nouvelle-Zélande), un mémoire annonçant que cet 
explorateur a découvert, dans le voisinage du lac Wa- 
naka (Nouvelle-Zélande du Sud) , un passage praticable 
qui permettra de se rendre de la côte orientale à la 
côte occidentale à travers les Alpes néozélandaises. Ce 
passage est situé au pied du Cook^ dans le voisinage 
du lac \Vanaka« 

M. le secrétaire général donne ensuite lecture de la 
liste des ouvrages ofierts. 

Le même membre offre, de la part de M. Gley, une 
Géographie du départemeyit des Vosges, M. Vivien de 
Saint-Martin manifeste à ce sujet le désir que de sem- 



(89) 

Habks ouvrages soient précédés d'une introduction 
\&s\onque offrant quelques développements, et se rap- 
portant à l'ensemble du département dont ils traitent. 
Il s*engage, à propos de cette observation, une discus- 
sion à laquelle prennent part iMM. d'Avezac, Delocbe et 
Eog. Cortambert. 

H. Eug. Cortambert dépose sur le bureau, de la part 
k son fils M. Richard Cortambert, une Notice sur la 
rie et les ouvrages de M. Jomard. Cette notice est 
extraite de la Revue orientale et américaine. 

M. Vivien de Saint-Martin offre à la Société l'ouvrage 
de H. Ferdinand Werne, ayant pour titre : Expédition 
à la recherche des sources du Nil en 18i0-18&l, avec 
noe préface de Cari Rittcr (1 8 A8). 

M. Maximin Delocbe demande que des démarches 
soient faites auprès du ministère de l'instruction pu- 
blique, dans le but d'obtenir l'échange contre le Bul- 
letin de la Bévue des sociétés savantes, 

M. Henri d'Avîgdor, duc d'Aquaviva, présenté à la 
dernière séance par MM. Ernest Desjardins et de 
Qoatrefages, est nommé membre de la S|0ciété. 

Sont présentés pour faire partie de la Société MM. le 
le docteur Cazalis, par MM. de Quatrefages et d' Avezac ; 
M. de THéraule, ancien officier, par MM. de Quatre- 
fages et Talbert ; M. James de Rothschild, par MM. Er- 
nest Desjardins et d'Avezac. 

La Commission centrale décide que des remercî- 
inents seront adressés à M. Boselli pour le don du 
portrait de M. Jomard, qui vient d'être placé dans la 
salle des séances. 



i 



(90) 
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ 

SÉANCES D£ JUILLET 1863. 



EUROPE. 

Itinéraire descriptif et historique da Diuphiné» par Adolpbe JoaDoe, 
2* partie. La Drftme» le PelTOUX« le Yiso, les vallées vaodoises, 
avec 3 cartes et 8 profils de moatagnes, 1 vol. 10712. Paris. 

M. Adolphe Joanne. 

Géograpliie historique et commerciale de la Belgique, par Charles 
Eotb. Douai iS62. 1 broeb. io-8. M. Charles Roni. 

ASIE. 

Exploration archéologique de laGalatie et de la Bitbjfnie, d'une partie 
de la Mysie, delà Phrygie, de la Cappadoce et du Pont, exécutée 
en 1861 et publiée sons les auspices du ministère d^État, par 
MM. Georges Perrot, Edmond Gnillaume et Jules Delbet, 3« et 
4*^ livraisons. Paris 1863, in-fol.. M. 6eob€es Pebrot. 

Études sur les populations de la Perse et pays timitropbes pendant 
trois années de s^our en Asie, par le commandant E. Duhousset. 
(Extrait de la Revue orientale et américaine.) Paris 1863. 1 broch. 
in-8. M. E. Ddhousset. 

AFRIQUE. 

Géodésie d*une partie de la haute Ethiopie^ par M. Antoine d* A bbadie, 
vérifiée et rédigée par Rodolphe Radau, 3' fascicule. Paris 1863. 
1 vol. in-4. M. Antoine d'Abbadie. 

L'Avenir du Sahara et du Soudan, par M. te général Faidberbe. Paris 
1863. 1 broeb. io-8 (2 exemplaires). MimsTÈas de la vamne. 

OUVRAGES GÉNÉRAUX. — MÉLANGES. 

Die Flusschwelle der verschiedenen arme des Nil, Niger nnd Tsad- 
Beckens durch tabellarische zusammensteriung beteurbtet von 
D^ Heinrich Barth, en 1 labkaa. M. le D<^ Henri Barth. 



(M) 

Rapport à M. la prétident et Mil. Ici menibrat di It Société é*éna- 
ImXUm 4« Cambrai, par M. Charlei Roth. 1 brocb. iD«8. 

M. CHARLBt ROTH. 

Notiea aécrolofiqse nir la fie et les travant de M. Edme-François 
Joinard» par M. Godart de Saponay. Parii i86S. 

II. Godait de Sakniat. 

ATLAS ET CARTES. 

Carte de France au 1/80 000* publiée par 1c Dépôt de la guerre, 26* li 
vraiMn. N*"* 165, 174, 195, 196 et 251. Ussd, Mauriac, Figeac, 
Heude et Luz. 5 reulUes. Dipdi de la gubbre. 

Carte militaire des Pays-Bas. N<>" 9, U et 49. Helder, Medemblik. 
fiergen-op-Zoom. 3 feuilles. Ministère de la goerbe des Pats-Bas. 

Carte de la Sonora, avec riûdicalion de ses miues, d'après la carte de 
A. Garcia y Cubas et les cartes américaines, par V. A. Malte-Brun. 
1$63. 1 feuille. M. V. A. Malte-Brum. 

Atlas de Espana y sus posesiones de Ultramar. Navarre, Santander, 
Rarcelona, cuarta boja de suplemento — Léon y Eslramadura, Tar- 
ragona, Orense, Pontevedra, Vizcaya, Soria, Alicante, por el co- 
tOQel, tenleote coronel de Ingenteros D. Francisco Cœllo. Madrid 
485d-lâ62. 10 feuilles. M. Fearcisco Cobllo. 

Piano del colle del piccolo S. Bernardo. 1 feuille. — Piano del colle 
del piccoto monte Cenisio. 1 feuille. -- Piano del colle dcl monte 
Cenisio, eseguito per la delimitazione del confini colla Francia. 
1 feuille. M. Mazza. 

MÉMOIRES DES ACADÉMIES ET SOQËTÉS SAVANTES, 

RECOEILS PÉRIODIQUES. 

ZeiischHfi fOr aUgmeine Erdkunde. N« 116, février; n«'> 117-118, 
mars*avril. 

NO 116. D'Brugsch, Tanis et Avaris (fin).-— tf. Barlh, Opéra- 
tions du D^ Balfour Bailtie sur le bas Niger, partîcQlièrement au 
point de vue des crues du fleuve et de celles des bassins du Tcfaad 
et da Nil. •— H. Rink^ Sur récouleoMQt des eaui de Tiiitérteur du 
Groialtad par des sources sous la glaoe. — Dernières nouvelles du 



(92 ) 

D' Vogel et de M. de Beurmann. — Lettre du D' Brugsch au direc- 
teur. — Notice nécrologique sur M. H. Relier. — Critique litté- 
raire. — Société de géographie de Berlin. Séance de février. 

NOS 117-118. R, Hartmann^ Equisse du pays deSennàr (fin). — 
W, Roth, Voyage de l'ambassade prussienne en Perse, 1860-61, 
d'après la relation du D' Brugsch. — Dove^ Altitudes des stations 
des chemins de Ter prussiens. — H.Barthy Ascension du mont Ca- 
meroun en décembre 1861 et janvier 1862, par le capit. Burton. — 
G, Rose, Description des roches envoyées de T Afrique orientale par 
M. de Decken, et provenant en grande partie du pied du Kilimand- 
jaro. — H, Barthy Récit que le domestique survivant du D^ Ed. Vogel 
vient de faire de la mort de son mattre. — Mélanges. Commerce de 
la Perse. — Richesse minérale de Tlle Haïti. — Aperçu statistique 
de la population indienne des États-Unis de l'Amérique du Nord, 
d'après le recensement de 1860. — Découvertes géographiques et 
archéologiques de M. J. Taylor dans la vallée du Tigre. — Voyage 
de M. Grant de Péking à Kiakhta par le désert de Gobi. — Aperçu 
statistique du mouvement de la population esclave aux États-Unis, 
de 1790 à 1800. — Population du Brésil. 

Abhandlungen der deutschen Morgcnîilndischm Gesellschaft (Mémoires 
de la Société orientale d'Allemagne). T.ll, n<>' 3, 4, 5. Leipzig 1862, 
3 parties in-8. 

N*" 3. La couronne des descriptions de la vie, comprenant les classes 
des Hanéfites; par Zein-ad-dtn Râsim Ibn Koutloûbougâ. Éditée pour 
la première fois, avec des remarques et un index, par G. Flugel, 

N° 4. Les écoles grammaticales des Arabes, d'après ses sources, 
par G. FlUgeL 

N<^ 5. Kathâ Sarit Sâgara, recueil des légendes du Somadcva, 
édité par Hermann Brockhaus (texte sanscrit en caractères latins) . 

Zeitschrift der deulschen MorgenlQndischen Gesellschaft, T. XV, 
cahier 3-4, 1861; t. XVI, 1862, cahiers 1-2, 3, 4; t. XVII, 
cahier 1-2, 1863. 

T. XV, cah. 3-4. 0. Blau^ Lettre sur les antiquités du HaourAn. 
— Franz von Erdmann, Iskeuder Mou nschi et son ouvrage. — 
G. ROschy Nabopolassar, Essai archéologique. — Prof. //. Graf, 
Extraits du DivAn de Sa'di. — H. Dicterici, Les efforts pbiloso> 



(93) 

phiqnes des frères de la pureté. — k. I«vy, Notes sur la paléogra- 
phie sémitique. — D'' Ptus Zitigerle^ Spécimens de poésie syriaque, 
tirés de Jacob de Saroug. — A. Pohlmanfif Sur le maDascrit sy- 
riaque de la Bibliothèque de la Propagaude, intitulé : Liber gène- 
ralis ad omnes gentes. — F. MiihlaUf Notes pour servira Thistolre 
des Àrsacides. — E. Trumpp, Le sindbt, comparé au prAcrit et aux 
antres dialectes récents d*origine sanscrite. — Notices, correspon- 
dances et mélanges. Zenker, L*empire chinois, d*après Touvragc 
intitulé : Khataïoamèh. — Annonces bibliographiques. 

T. XVIy cah. 1-2. A. D. Mordtmann, Élucidation de récriture 
cunéiforme de la 2^ classe. — E, Trumpp, La formation radicale 
du siadhi, comparée au pràcrit et aux autres dialectes récents d'ori< 
gine sanscrite. — E, Rodigeff Notes pour Tétude des manuscrits 
orientaux. — Notices, correspondances et mélanges. 0. Blau^ 
Notices géographiques à propos de l'Histoire des Osmanlis de Nés* 
khri, etc. — Notices bibliographiques. PoUf Sur la Grammaire 
tamacbek de M. Hanoteau, etc. 

3® cafaier. 0. Blau^ Sur les inscriptions nabatéennes. — Grun- 
6aum, Quelques remarques relatives à un mémoire sur les Samari- 
tains inséré dans un précédent cahier du journal. — Fr. Sorei, 
Lettre à M. H. Brockhaus sur quelques monnaies houlagouïdes (en 
français) . — Chr. Lasserif Sur l'organisation commerciale de Tlnde 
ancienne. — 0. Blau, Mélanges phéniciens. — C/ir, Schrumpf, Le 
Leasouto. Document pour la linguistique du sud de rAfrique. — 
A. Scheuchzer, Sur Tbistoire d'Assour et de Babel, notes ethnolo- 
giques. — 0. Tenius, Mémoire sur une des découvertes archéolo- 
giques les plus importantes qui pourraient être faites à Jérusalem. 
— G. Gundert, Une romance malaise. — Notices, correspondances 
et mélanges. Notes sur la géographie et les antiquités du nord 
de la Perse, par M. Hdnlische, — Lettre de M. de Bewmann au 
prof. Fleischer. — Extrait d'une lettre de M. Graham, etc. — No- 
tices bibliographiques. 

4« cahier. 0. Blau, Notices sur les tribus kourdes. — Adages et 
récits tirés du livre chinois intitulé : le Trésor de la maison; tra> 
duits par le D' Gutzlaff. — G. FlUgel, Quelques manuscrits géo- 
graphiques et ethnographiques des Refatya, de la Bibliothèque uni- 



(»A ) 

teniUive d« Leipzig. --«^ NoHceâ, correspoudauees ei mélanges. 
Quilianihe de Baldeasele, par le D^ Grolefend — G. M, Reéslob, 
Sur les D0IS8 Damask el Damast. — Noltcea bibliographiques. 

T. XVII, eab. i-<2. Le livre do Lutteur de Pirdevsi, texte tare 
et traduetion, parle baron OUokar de Schlechta'Wisehrâ»— Compte 
rendu d'u&e déeauverte importante en fait de numismatique ma- 
fulmane, publié en langue turque par 8. Exe. Subbi Bey, trad. de 
Torlginal (en français) par le même. — Fr, Spiegel,- Remarques 
sur quelques passages de FAvesta. — A* Letry, Études sur la nu- 
mipmatique phénicienne du nord de l'Afrique (moDuaies de Leplis, 
dK)ea et de Sahratha), et appendices aui inseriptiens uabatbéennes. 
— Compte rendu scientifique de 1857 et 1 858, par le prof. K. Gosche 
(/In). -^ Sprengor, Notes pour servir à la statistique de TArabie. — 
&tein8ehniiéier, Ibn Shahin et Ibn Sirin. Étude peur servir à Ponéiro- 
oritique. -^ E, Trumpp, Spécimen de la langue SindhL -r-* MUhlau, 
Histoire de la synonymie hébraïque. — J. Zobel d$ Zan^roniz, Mé- 
dailles espagnoles portant des légendes Jusqu'à présent inexpliquées. 

— Notices, correspondauces et mélanges. Th* de Hêuglin^ Des- 
cription de quelques monnaies de cuivre éthiopiennes. ^ Du même. 
Sur une carte éthiopienne du Tigreh, avec /ac-Sf>ni/e, etc. -^ No- 
tices bibliographiques. 

M<ma{iherwhte der hOnigU iVeui«» Akademie der WisiensckQfUn su 
Berlin. Aus dem J. 186â. Berlin, 1863. 1 vol. in-8. 

Preeeedingsofthe royal geographieal Society ofLmdon, Vol. VII, n" 2. 
A, Mann^ Océan currents on the N. E. coast of South America. 

— C. Waliicht Survey of the physieal eonditien of the Atlantic 
9ea-bed. — Gaptains Fraser aud Forlang, proposed route across 
the isthmus of Rraw. — L, Oliphant y Visit to the island of Tsu- 
sima, near Japan. — Baikie, Report on the countriesin the neigh- 
bouffbood of the Niger. — Lient. Oliver, Notes on Madagascar. — 
Syngcj Rupert Land» -— Hink, On the diseharge of water from ihe 
iuteriorofQreeDland, throughspringsunderneath tbc ice.— Ektracts 

from a Letlcr of Samuel W. Baker, datedpartûm, â4 uov. 1862. 
The Journal ofthe royal Asiatio Society, Vol. XX, parL 2. Lendon. 
Vong Puhy Text aad Commentary of the mémorial ofSakfa Bud- 
dba Tathagata. Translated from the chinese by the Bev. S. BeaU 



( W) 

— J. Dûwêan^ 00 ihe n$m\y diiceveNd teetriaa fiali imcffiptioo. 

TVanfMiioMs o/'ifc«at99eric<w pM^osopAtcfti Sôcieiy forpromoiing uiéful 
kn(nvie40€. Ptrts 2 and 3. Philadelphia 1863, 1863. a partiel iD-4. 
Pari 8. F. F. Bayden, M. D., Oa tbe ethnographe and philolegy 
of tbe Indien tribee of tbe Missouri valley. Map and Platea . 

ho€eedin§s of the ameiican philes&phieal Seciôty, Vol. IX, d* 67. 

Jturnal ofthe Franklin Institue, avril et met. 

!^'York Colonization Journal. N** 145. Mars. 

hletm e annaes do conselho ultramarino, Lisboa- N** 99. Agosto, se- 
tembrOy 1862. 

^velles Annales des Voyages. Avril, mai et juin 1863. 

Avril. Les populations des steppes de Baïoudah (Haute- Nubie), 
par le D' Robert Hartmann. Traduit de rallemand, avec quelques 
remarques, par M. Vivien de Saint-Martin, — Mexico avant la con- 
quête espagnole : I. Premières migrations des Aztèques meiicains. 
Légendes nationales. Fondation de Mexico. — II. Humbles commen- 
cements de Mexico. Ses premiers rois. Période de revers. Période de 
conquêtes jusqu*à Moctezuma II. — IIl. Mexico sous le règne de 
Moctezuma II. Sa grandeur. Funestes présages. Arrivée des conqué- 
rants étrangers. Sa cbute; par M. V, A. Malle-Brun. -^ Les expé- 
ditions allemandes à la recliercbe d'Edouard Vogcl, par Ch, Grad, 

— Grundriss der Allgemeine Géographie Geograpbischer Leit- 
Taden (Esquisse de géographie générale Guide géographique), 
par Emile de Sydow ; par M. V.A. Malte-Brun, — Voyage archéo- 
logique dans la régence de Tunis, exécuté sous les auspices et aux 
frais de M. le duc de Luynes, par M. V. Guérin. Par M. Adolphe 
de Circourt. — Traversée du continent australien par Mac Dougalt 
Stuart. — Diverses nouvelles du fleuve Blanc^ extraites des Mit- 
IheUungen du D^ Aug. Petermann. — Arrivée d'une caravane fran^ 
çaise dans le Touat Établissement d'un comptoir à Timmimouu. 

— Exploitation des richesses naturelles de Madagascar, concédée à 
une Compagnie française. — Nouvelles importantes du D^ Éd. Vogel. 

Afat. Étude géographique sur la Sonore, par M. V.A* Malte-Brun i 

— 1. Le golfe de Californie ou mer Vermeille, vestibule de la So- 
nore. — II. Situation, limites, aspect général physique de la Sonora. 

— Montagnes et rivières. — IIL Climat» productions naturelles. Mi- 




(96) 

Déraux. Végétaux. Animaux. — IV. Population de la Sooori 
Indiens. La race blanche* — V. Divisions politiques et adminj 
tives. Bevenu pnbirc. Les principales villes. — VL Les minet 
et d'argent de la Sonora. — Itinéraires. — Les expéditions! 
mandes à la recherche d*Édouard Vogel. f'partic, par M. Cl 
Gra4 {suite). — IV. Esquisse géographique du bassin de l'Ai 
et du Barca. Les Bogos et les Bedyas. — V. Une armée al 
nicnne au pays Bogos* Le pèlerinage de Debra-Sina. Visite an 
Amba. — Les antiquités américaines, par M. VioUet-le-Duc. E: 
de Touvrage de M. Désiré Gharnay : Cités et ruines américain! 
Nouvelles importantes des capitaines Speke et Grant. Leur an 
à Khartoum* — Projet de communication interocéanique à tn 
le Guatemala. Nouvelles de M. Tabbé Brasseur de Boorboui 
Note sur Tadministration militaire, administrative et lerrit< 
des trois provinces de la Ck>chiuchine française. (Communiqué! 
M. Henri IHneteau,) 

Juin, Voyage des capitaines Spcke et Grant de Zanzibar à 
dokoro, par M. F. A, Malte-Brun, — Interrogatoire deMohami 
ben Sliman, dernier survivant de Texpédition d*Édouard Vogel, 
M. r. A . Malte-Brun, — Les expéditions allemandes à la rechci 
d*Édooard Vogel. 2*" partie, par l'abbé Dinomé, — Exposé si 
maire des excursions entreprises parMM. Th. de Heuglin, D** Stei 
ncr et Schubert dans plusieurs parlies de TAbyssinic et du Soi 
égyptien, en 1861 et 1862, de Kéren à Kbartoum. — De la poi 
bililé d'une mesure de degré au Spitzberg, par M. Ch, Grad. 
Ruined Cities mihm Numidian and Carthaginian Territories, 
N. Davis. Les cités ruinées des territoires de la Nomidie et de Ci 
thage, par M. V, A, Malte-Brun. — Cités et ruines américainesj 
Mitla, Palcnqué, Izamal, Cbichcn-Kza, Usmal, recueillies et pb( 
tographiées par Désiré Cbarnay , par M. V,A. Malte-Brun, — Ui 
visite aux ruines de Palcnqué, par M. Désiré Charnay. — Nouvclh 
de M. G. Lejean, son arrivée en Abyssinie. Le roi Théodore. 
Statistique des colonies françaises en 1860. — Nouvelles du fleuve 
Blanc. Pethcrick retrouvé. Prochain voyage de W. Baker au h{ 
Luta-N*zigé. Voyage au pays des Niam-Niam par les dames Tinnej 
M. de Heuglin et le D^ Steudner. — Les sources du Nil. 



1 



IL'-.'^.JJC 



/J aa 



2iH<ïAiix0oàa m ^Tiui 



.SOdl IJCA 



.Ot9 ^ésoUoWi ç»0*lic|iiiol£ 



■A ■ j 4 




?i a m.'à§ K Al J :•( V ■ ) /: \k j 

\-^!r ~ — 

\ 

ibiffi fjb )f) 9(f§iîqp3 J sf) oil'i£q Qfiu'fj p.oboqîii 
-ijfioo ub ,3 .8 9JÔ0 £[ ob asusil OOd à ,ooai 
sidoioD 9iJoa 9b bus ufî aousil Og8 i\ J9 ,ii9ifi5'i' 
t^[ iîiob 89li*b 9quo'ig au i?.o ç9inob9[i50-9ll97L 
bn-T/i^ nu*b-inqH9*l eiiiib ,9'ioon9 9ib/iJtBi de 
-afiffl 9b 890fioo?Jfli(iJ9'i asb j^'up ,ë^)fino8*i9q 9l- 
,9bfl);l9S-oll97Lfo/l bI Jao'D .9ig£rlqoqo'uI;rnr,'I' 
~iQ .nr,m8iiïIodA 'i£q SùOl rj'idmooàb 81 9l9.t 
8''»fî^ i; àilduq 9§b'I7U0 fifJ a6'iqfi*b e9up aio.b 
-u/î9lIi/9iiaoD9b 'I9fxnl0£l-]oaia akociml 9f 

t- 9'1J9 980qqU8 .lO^up 9TI9J 9011 à)i8i7 ,ÛC i" 
".£ 119 i3 8iufa XÎB Ôl89'l ji£'192 '{ Il ; tibuBièS 

•Il .syiii arJOi. &,«p j'iyil ^' .s c? - - 



I 

4 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



AODT 1863. 



Mémoires, Motlees, de. 



LA NOUVELLE-ZÉLANDE, 

COLONIE ANGLAISE. 



Aux antipodes d'une partie de l'Espagne et du midi 
de la France, à 600 lieues de la côte S. E. du conti- 
nent australien, et à 350 lieues au sud de notre colonie 
de la Nouvelle-Calédonie, est un groupe d'îles dont le 
nom ne se rattache encore, dans Tesprit d'un grand 
nombre de personnes, qu'à des réminiscences de mas- 
sacre et d'anthropophagie. C'est la Nouvelle-Zélande , 
découverte le 13 décembre 1642 par AbelTasman. Di- 
sons toutefois que, d'après un ouvrage publié à Paris 
en 1663, le Français Binot-Paulmier de Gonneville au- 
rait, dès 1 504 , visité une terre qu 'on suppose être la 
Nouvelle-Zélande ; il y serait resté six mois et en aurait 
ramené un indigène. Le livre que nous mentionnons 

YI. AOUT. 1, 7 



(98) 

donne sur les hajbmnts d^ çettQ terre des détails qui 
s* accordent fort bien avec ce qu'on sait de$ Nouveaux- 
Zélandais* Selon les Espagnols, Juan F^rnaudez au- 
rait, en 1576, débarqué dans un pays qu'ils affirment 
être la Nouvelle-Zélande, et à Tappui de cette asser- 
tion, ils invoquent le fait que chien se dit de la même 
manière en langue espagnole et en lg,neue maorie 
{Perd). Le chien aurait été introduit en Nouvelle-Zé- 
lande par les Espagnols à Tépoque de ce prétendu 
voyagé. Ouôi qu'il en soit, et jusqu'à! nouvel ordre, 
laissons à Al>elTasman la priorité de la découverte. 

Dans son journal, T aventureux, navigateur hollandais 
constate que les naturels clé ce pavs ont la taille élevée 
et la voix rude ; que leur couleur est eintre le brun et 
le jaune, et qu ils nouent leurs cheveux sur le sommet 
delà tête à la manière des Jqiponais. Pour aviser F éaui- 
page a un de' ses navires qu il eût à se tenir en erarde 
contre les indigènes dont les allui^es devenaient mena- 
çantes, Tasman ut mettre à la mer un canot monté par 
sept marins sans armes. Les sauvages attaquèrent ino- 
mnément 1 elubarcation et massacrèrent tji'oisdeshom- 
mes qui la montaient ; les quatre autres réussirent à se 
sauver à la nage. Telles lureut les premières relations 
entre leâ Européens et les JNouveaux-Zélandais ; pen- 
dant cent vingt-hUit ans on en resta l^.i l^s voyages 
n étaient pas alor^ ce qu us sont dans notre siècle de 
vapeur , Je monde était en quelque sorte plus grand 
pour nos pères qu il ne, 1 est pour nous , et les terres 
australes ont longtemps passé pour des paya presque 
fabuleux. En 1769 , le Français l5)urville qt 1 Anglais 
Cook mouillèrent simultanément, maiô sans se rencon- 



> ^ i-. 



{99) 

trer, dans une bàîe de la Nouvelle-Zélande. ' Cook ac- 
complîssscit alors le premier de ses voyages de cîrcum- 
navigatîôta. Dans l'es suivants il visita à diverses reprises 
ce pays dont il détermina d'une manière assez exacte 
les formes et la position. A son second voyage, îl perdît 
une embarcation dont les marins' furent assommés et 
mangés parlés naturels. Le récit des séjours de Cootà 
la Nouvelle-Zélande présente un intérêt tout particu- 
lier; nous y apprenons j en effet, ce qu'étaient dans 
l'origine les Nbiiveaux-Zélandaîs dont les mœurs se 
sont profondément modifiées depuis la fm du siècle 
dernier. En ÎTTâ , Marion-Dufrêne , capitaine de ma- 
rine français, vint mouiller dans la baie des Iles, située 
au N. de l'île la plus septentrionale du groupe. Après 
avoir eu jpenâant un mois des relations tout à fait ami- 
cales avec les indigènes, il fut massacré par eux. Deux 
de ses officiers et quatorze matelots partagèrent son 
sort. Les "Nouveaux-Zélandais considèrent ïa vengeance 
comme une obligation d — ^'ir; Manon et les siens 
expièrent' ène punition trop* rigoureuse que trois ans 
auparavant Siirville avait infligée aux naturels pour lé 
vol d'un 3e ses canots.' La fin dii xviif siècle' vit ïes 
marines frànçiîise'et angla,ise entrer dans une phase de 
progrès qui rendit les lointains voyages de jour e^i 
jour moins difficiles et plus nombreux, A partir de ce 
moment', lal^ouveîle-^élande /ut fréquemment visitée 
par les navigateurs : Vân Couver , a Entrecasteaux , 
Duperrey, Dûmont d UrVille, Laplace et maints autreâ 
que nous pourrions titer y abordèrent a différentes 
époques'. De sanglantes collisions marquèrent plusieurç 
de ces voyages; inàisîr est jîiste àé reconnaître que 



( 100 ). 
lés EuTQpéeps Jîisnfsit soavfflitiivlaBBiprenrifers^'tQrtd; les 

tr#|yi^9i^ ^Cffdcçennpag^ aodiicpnBdétiJbflaltePtl^p bon 
ipi((^. ^e^i^çfilta^î diéfeusageil^ 'de 'lacyknâ^gà)» qu'ails 
cQ^ei^rteitxwipteilèiir Jétasti ohp beabeoqp'iii^rie^rs. 

n^g^j^u^i^a MâtJJb^Ktfiioielfe à HloteB eatîèiwi^âbBur ]é 
cpgiptftié^irJb&fimrtecie.^MHfliqwBilleBoi]^ qui 

vii^èqefAi^f^^veUe^iSélUiâ^^^ autres, 

émirent Topinion qu'elle pourrait devenir utteJflche-ét 
brîJ[)aiM^n9^(mi^ ?jfei^iûhiiitiriahkUâl§tlâlaiitm pdé- 
^^fi(4f^Qs?<tf^iSQ^ ;; ctaisIp&âMntqQiâl^eéatnfifeE» aes ^ 
pr^l^ .pQ^i6iN^i:^t , sûpoBfd'aïKnmaQcnQDii^ 
CUjîftn.?/>b î'ft.oq til iî£'i')a ii()iJ£2i[ToIoo >b1 9ijp f-.. 

Soq^l^ cl§&^)&i^opsiidb yÉgfisersrnglitumev^tiQj^etèr^it^ 

l'£]^%Sf^P^%'i^1>MbsMBlt|tt*6tàgi^ futr 

^gSl^ iQ&)§a9llnfi£qia^ai^ûâ- hiikalia.tli03(}sceJb(»f^ 
eigP^S^^ ft^¥iilt iptia aoatiipsbikorit 3bO(tOo JEiftbë^ An^' I 
tfe}€)j^SFPe8f -ft/g^i 4fKWçufî^ d^iiinptetotgaaâghfe'xiô^î 
s8!ï»BF#e»fectt«îiÇ8aeiI gcaa^IIfitoiiitoenJBatWBBamné»' 
ég^î«*!$s^^BejfiilàQô^lfeielrtqœiiu^4Bdrab€^ WoW 
veli%^^ipiltlllf§fijg^($foqta$ Us-ipaùrslui^esidHilà^toL' 
Ç'ét§}§g|[^|éi;i4ted^QltfdkâlioœiBl^^ (|rïini^à^'' 

vâies^ fî^l^j^âcâiopuliila^bqleaipiisrf^eÊDite^^ènaient 
gi^^a-fi)£l^4^^^ ^^Mefi£dlxjJBBC)anMl(3r^ 
bieii aQÇ}^ig|i]r$l^s^aireeaiBSfd3^Isaiâai9tteie&il8i9^ 
a(^pté^3£ti^ittrsd6t âei9eiilmqdS0jqslQno0.a6ktr^éiùent 
vicié rai(, ^ IçtfoiifmiU^àdisalhfmiiasi^'itedièiït genre 



au progrè»f diSa-njîaaiDmraâFeBic: CwMWsi tSnrent bon 
œuvre ^oriM* jteari|)iriEB afiptqntîëgaltffieSft érf^^âft*- 
A|9^Âlteir(^PDM^to«[(|db'itefi^ 

rageft^4i38dfaQD^i<tûs asfeéla à ^'^ioi^ààilôlf ,^§Id^]^^W 
cor»i9ftiSJ9£giiiixre89]qiflyjptadi!is . âda^^ 

à^ja.oulteMRiJ liasYsF) Jix;'riuo([ olhj'up nuiiiiqo'I Jni.»'iiinî> 
• Ap^iialMi§15iIiIf&d;Tait£dî(r^ teiu^eâ^^'ëibj^i'i 

vaincus que la colonisation serait la perte des-iiWltf^ 
gènei. db^d^omie^tB^tsaiiî^^ 
l0figj|i^ei9#aâi§e3MmtgnHiee Gbtmpàm^ûetb ^tit^"^ 

NmiMtefSél^oote ^sqtfL exp%^ aEanb»îi^mtô>â£^Ië^â:^^ 

gte(»^riLe9gpa»èrarfnléiidftBg}ateièiait^^ m,M^ 

riQlérib^d«i^oM(kEAiaèdeQiiliaie4qiif«Sfiî^ ]^§^^qf}i^ 
tedteaidgQieatalelqidiÈ'fil Qûufmi^âiA^diÂ* 4ë§^@'t^{i^^ 
booEaiiieltefirgs(tn€D'etiiii]lif lligmi^ Isâefi^itëtfiië^o i&Uf^ê'^ 

détdiilŒiu89ènlaraitii9*aM talpcteiigiuâé'ela^qk^t^^V^I^./ 

dmiôarxd^dtrcfldc^ipqpBeipadçstdqqgè^ûpetlëi^^ 
NouveaaJ]laâeià^iNiKM»auxlfaiflsOcc3ët Sto«^ki^lBâK^^^ 

placés i&tii^ j90iim^uS))ralD]^66 tbâri^ 

nale , île Ge9tr^.i»tdfeaMëçmoiialeo9ii; jOe Stéwart. 



Ce^d^at quelgiiea 9M>i^9 1^ jeune jt^oJ^fMiie fut 8Q»sla tn«- 

teUe .^^qi&tjcaMy^. <}e Ja. Not^ve^l&riQaUQSi du.S^d» pro- 

vinee d^ r Ajasfraiie jz^aisl^ie mYimhï^iiHQ^i elle fvA 

oSiiM^jm^TA (décUi'ée . eqlwie rS^pac^ et iï)(léf>^ndaate. 

Oo wMMt diffiiîikmeptjiuae i4é«-etea 4iJE&c^és aux- 

quiBlli^p ,^ b^ur.tèrpnt IW; pr^wière^ jo^i^iwea ;d'-<M'dre* 

I^^ OOB ti;atj9 • «pc^ur l?i^. = p,çqpi3Îti<^ns^ 4i^ t^rre^}^ , avaient 

été pa$$^ d'^uela^çoi) toutou aioips.,iég^ret{^ le man*- 

dl^îre de la domp^gmf^* l^q^el ay^it.tiB^^ipeu de 

compte des coutumes; de^ NouveauxtZéJaiidais en mai- 

tièrede j^ropriété tei'ïdtoriale.ron.ne s'était, d'ailleurs 

PAS ima entendu «ur.l!équÎY.ai6ucie fdes^eirmiQs en lan*- 

g>ue ang)4Îf^e.et ei^larigiie >f)MOjrieu.Q.uaiHl k&;€onti^ate 

]^ ime^uù dél>attua!lai«$e2;kt.0neor<e. quelque *p^te ou^ 

v^$»?te: aux /C^ Utigieux^ eetril étonnante qu^de» embar*- 

raflr^atent i^u^l 4* opérations eondlueatdt^nedes conâi<*> 

t¥mB m^&iwMemBM idréfavor^blesi à la' régularité ? Au 

jour de la prise de possession de certaji^rjl^eaîraîns, les 

S9m^Q& iù^ùifèt^^û^ei lôbmts^ Du fç)9i^de$[i^|^èts j ail- 

Jjajeivtffeïsiie^ttpô d«îtottv>Bt'4innW!^en(}aîHfi^s eurent 

IjiftU îdçtHôdascpiellôsri te& Anglais, ^eifurçat ifâ^rtotijd aifs 

40i&jplit}siSort0q lia*. sîtoÉikm tétais &4)c^e^mplî^ée par 

^ri^rttegoiâssM <)riginbl(et^on(H^ eittVeetel^npagnie 

decjte N««flrôHe><iaélôâd©fet9tefrH' ,€akmialr Office ". La 

iCOmpl^pûS^â^fât établi $9i^o^i^k[ià[ Fbrè^Hiohol&on oa 

-W€iiiiïgtoq9'raai»audidep>ir{Hë SëjJtçWrioôôIe^rt^ le gou- 

JVcmeoâlèiitTavaâl; fi»?la^Bietmë4i4tfcIA^d[, dàns' le nord 

-delJG&tifeimème[jlteui)Lfèî>9éi^<^Vflri$)'des oheseisr avait un 

€tBi&€9botip'td%h[raMeffy()ur I^kitéf'ètÈ-iQk^.ëinîgraôts 

NfBàoiïëloqs&aieîitf'dîfedl'efiïeb «(ftïîï©»(te»dlfoiè'îtes^plâintes 

ilès^|)lwiemàèn^.e^'jteBBinB$ntriit^ x^ciome péri- 



( ^03 ) 

clita pendant un certaiïi temps, ce dont profitèrent ha- 
bîlementlésindîgèrtes pour essayer' à pTiwîetirs l'éprises 
de redevënfr les nialtrës éhez ëU^, et peu Ven fallut 
qu'ils n'y réuësî^sent; rîitalëtoéfit, en l»52,la'Coihpâi- 
gnîe de là NouVelle-ZélAndë dut àbandoriner îâ pwrtîfe 
sans avoir, pendant douze années, tenu auicUn dé sëfe' 
engagements et sans avoir pu donner à quî^ que ce Wrf 
lin titre Mgail de propriété pour la moindre parcelle def 
terre. En revanche, elle laissait la coîoifie gretée d'unfe 
dette de 26»Ô0lft liv. sterK, sôît 6 700 000 ft\ Ajou- 
tons ici qu'en 18401a Nouvelle-Zélande fht sur le point 
de devenir une colonie française. Déjà , en l%kt ; Itt 
Compagnie lianto-bordelaise avait fondé à Akaroa, W6 
la presqu'île de Banks, Ile centrale, un étabKssetoent 
qui ne fut pas soutenu. Akaroa a gardé dn passage de« 
Français là culture de la vigne et des jardina renom* 
mes par ta qualité de leurs pêches; de lëufs pruneèét 

de leurs ^poîreè'. '" •' '•'■ ■'! ' '■ î ' :-'- '•■'^r 

La N6#^Hë^lânde^ se 'coiliposeiàe trois Iles plwé»i 
dans lepîttôâgetnentfrun'e'deVaùtrd; et doftt l^'ake^eèlt 
dirigé dtfr|^f.tB;^iah^S; Oi-L^ déimiiîdQ-floekv^^âlligfe 
d'une tritiUhîB de^^kilbûiètreskiMs salpal*tîè-lal t)ia& 
étroite, 'ffl^aûîeFîte* Septentffiùiïïkleide Vîto <jmx^^;^^U 
détroit •at^-^B'weïluîJ, lar^e-def^es' Kloihôtties'i^ séfpîefe 
cette de!iniîfrô''d8 WW>:Stpwïaft ild tîe Méridiiamd^irPâi' 
son conîtourlgénëraîv^llîië SfefAerftrlorKiiecreprésKiitfe ài^- 
sez biennlè ^^voflrdli&ne bottiH^cIdont là: serùiéle serait 
tournée verô'Ie îidrdi'ï:/lte''MèrIdic»tRleieât(itrèë*®lIon- 
gée, etfsl, pii'iajpienséev oiï^cçiiMcilri'cpbrqitideiCoob, 
on obtieidrâ;<ud'eibembtedt»i^>l&ifdrme)i3a^e]te^ 
exactemeht), làJoneniHiôôn^ii^eôttrea'jyëÊtsda foocnss de la 



'{Mt m l)^lélPiÇgfniSÎJÎ^'éffli/{ffB''89'tefil«g:«avière. 

,^BiWÈWëx miWïn^ 488fii ^FjMfiSW*^^ est 

entre 90 et 200 kilomètres. Cet ii^t^ygl^jç^ couvert 

29$/'?iiJ¥iÇJ'^jÇy5«M'!ffRf%P»f§Mi^'^»S8ficjor^itu- 

de toute plaine dans l'Ile Centrale ; elle ^^^gsstà^fyi^ 
eêtû^S§Sd^^tM§8Sim9ii 9iJé Jn9ldm98 iwp gflgjGjnofc 

Bf%ïm\'^fMmmoîW!!i^^m»hmm^ûmm^ 

-M-tet? 2§§It^&89ol a§^fi99P<*§P îi-^!«i!ffi<ffs^ém- 



( 106 ) 
Lombardle. l'^lè â^èS'Mè dia!fné''^élève1e massif 

de 4(fâ3Plnâ&es''amt:tfMpimÔWi'èla%'<i S i' 4800); 

puis viâfiiiëiit'ië ém^ fÈxiiwmh mwik^dtAv^, 
a 28o(n 'ènMtmèmie'èi'Mdi ^k • àb&f fékiièu. 

teurs V^'Â)t'iië'd>àK/'i-êOb()'kè?é^^^ Éà''lâër.y'savâDt 
géoloéaS^(ië'^ïafÀ^ftH^*''^'ëatito^iy^(^onve1leiièé- 

iimneB^^ât^&'(n'6|ra'i^!i'iqu'é^lfaî)k'yiS'ot^étic^^^ 
H n'a ^mêvkmû ¥«an8efëé'lKftisfe''rfenilrt3i»s^ci 

te debiP 0ÎtH?s'oit^li«t','^ tiaiif =^<iiitf'iidSi'Éryii*%t^^âi%s 

montagne qui semblent être ]kw^9^Û^^Sl^^ài^ 
'extr«n^^q'at^e{^âê?'^y<tM<^(fââ^ ^âLifs 
voRâdiq^S . »lliâen^»ëe^'''^(^â^^dfêift 'tflM^Àt 
««ë^âSl%UI9?cr<{âiSA,'W^o^/fëMli^fÉi'fônfëâ')a 
-fierf-H'»fJ&|^t: %'^à^eSK écëÔfi^lSès WlÛm- 



( 106 > 

tfttn ' haut întêrêt au pdifit ée vue géognostii^tee. Elfe 
rehfërmé, outre un volcan en adtlTitê-ieTongalHro, un 
gï^tia riOBtibre de volcàtiâ étèînts dôîlt lèsi ^his remar- 
qflfaMéi sontle Ruapéhii (8086 métrés) etTe ttbttt Egmemt 
(«Tè'd 'riiètîfe) V mài^ la t^àrtie laf ï>ii!l9'fcurîeU* de nie 
eistle- À district des lacï«i , àitûé éntî^ Itgt^nà lac cen- 
tral taliipô et la fèiaie de Pléhty / <]ette conééè doit son 
lïotn à uue rèuûîon de lacs eilimentés pat* des' sources 
teyuîUlantes yjai Jafflîsëeiït du sol en iiïmiens^ gerbes; 
dé <5es sources, les unes sont coiidriues; les âûtl*es în- 
tèrmlftentes ; il en tet uiêthe d'à conjuguée^,' c'est-à- 
dire qui altérnérit éuffe eïïeéjPàctîvitè 'de l'une ame- 
nantie repos de f autre. Le point d^étnërôîènde Certaines 
dé ces gerbes est placé assez loin et beaiicofùp aii^dessus 
diiîâc dont elles sont f rîbtrtàîres ; ' Teau descend alors 
par tltie suctiësàioti d'inimenses bassiné étagéS^^ ^n am- 
phithéâtre et fornrés de dépôts >ilîbetix ffXm blanc dia- 
pîferife.^të lih'énôiitfène 'est pariictilîèi'etueilpi îemar- 
(|ti'âWèJ âuif'iys iRM^âà'^'fet^i^^^^ en 

ÀVé^eè'*réits^(fe cette '^tVàriè^fSèî^ Uû'e tem- 

i^WiWfk tî^èë^élfev^éfe, 'ètf^i^Tt^ft y'^pi^tipe «tt'Wou, on 
r^t'àtisiâitèt s%^3ég%el-uâ^ tbloiin 
Lesîflteè^èftfei^tiMhtiïïeiM^'t^^^ %itéOh^âri6é pour 
la'cUiàèi(^ t^e'akt^ ^fené^tsl^lUti' M'iiit'^^èiôiii^Çôcconi- 
j^Agû^'îdfe •ëîflîeÈ&etits' èli dë> 'é-épidkî(M' ' W-Mt^perpé^ 
lâéàlêi^riïifetttëndtë i f^fl' feeïdbî^i'^u ^ft sôil?%#desâns 
^iM de 'dèë^>l^àk^'^ (^fik/nëk^^ (^t*f'V5Màfett^©' ï^dem^ 
fii^ôn^è feM^eia^^fég^'Pië^te^^fi^.'^Dfe^tdus côtés 
éôqSrMt)dfe^^tr#i«^e^'a'^nïï ùiêti%^â€d teè)&*e*rt;denrf 
d'élé^to'#iqs^néa ^lô^pritutefe- iq[Ul' ^iè^MÛt^conti'' 

tmxim&^m'é^b(MWdimA^ Bèi^isbffiadteiiv^aés cou- 



( 107 ) 

lées de bijv^e i?elrpidie ^ dpa JbaBateop en tabk$ et e^ cpb^n*- 
nades, 4ea.. J|DV>nce^l^meQts de scortoS) des te^ri^Bs 
tourmen^.ft déc]wr0s;r ^ea un ve^oU lea plus ^uriq^ç^- 
m^mies^siifiiOf^ ^e.r^K^tLoQi^u fçii^aiH: réçprçeferrestrç,. 
s'offi'^t 4\3isi: yei^x; dm iFoyagaur, et, dansFinlérf^ 4^ 1«^ 
sdeoee/ ll.âe^Mi vâv^^eot ài dé$ii:er que cetteicçntr^ç . 
devint pa^.'Ja^&uite Tobjot d'upe étud^ /sépîei^ ^^'%**; 
profeodie^ • Le aoulèveioent de la N(mveller^)apd^. 
n'est du xea^^^J^9&.^rf^èiitencor^\ U eat.mèaie.sî appri^Tf 
ciable que depuis f^i^-eertains jmho te 9e ^t e^au^é^. 
de près, de 3 roètreçk Voilà qui, pour raveui^ p^^pftçe. 
peot-êtm dea^ naufrages, m^tis à. coupeur. des d^ai^ÇH 
mente da^e riiAponLançe de^ vUlea du iittoraL ^ . . 

Outre. lea4eT^x iliepdont nous venons d'esquisser, la 
stmctupe et. qni préisentent de vastes étendues dep^t^s. 
oiiles Maoris euJCHméoiies n'ont probaUen^e^t jam^ij^i 
mis le .piqd,,on compte encpre, dans. te gîQupe wm-^^ 
dpal de i^ Ni^^rellerjîKl^de, rî]^S|p>yaTt,o^ île ^j^rj^rj 
dkmale.o ïaie,.ïfféï»olte.- 4aî.fopnie.4'»n.trianglç i^QçMl^ 
d'enviiTôn 4&Jdlpa^feSi^&4ft,côtév C'esjB,eq;JSÇfc^ 
inent q%'m o^i^pitwç^ »karaha^,d*i/ 0om'4p$j^?JKM!^ 
dé6onviiito(f>»eo FîlÇf i §èp^vf^ Jà . §>^^ ,fiQÇk^ ^t [âlm^mr 

Un i^?iftd,fli)mbw<fcip^ili^i^ ^fcid'SîlÇ^t? ?ft^t;p§rj:[ 
seBaéfij^Rl§4iMoï^[4^5jbrQift l^s^fiin^esfifHP. ^^^l'S^t^S^ 
à quati:^; ijojir^ ^'i^çÛ^ [m^,iv^\e, Ip, ,grP9Rfi . ^dfi§I ?]le? 
C^taop^ a$:fe^él!^?ÉiWiàJaiNfln?iel|et2;6^andtî g© 4)M% 
Enfin ,. et) *..«ïe.«ftrt;^fte ,deiJci]lo8ai$tç^^;WijS]|d[ d(Çità'4te 
Stewairt^-mtet l^ Ho^t^âfl Spafce^^ jhaJ)iAésj$m?}emQW|»« 
tfînnomb^iîl^ foitti^leaiJiÇîpge(»is e^ id^^piipttftô^; [• > ' b 






! 5i!)j»i^",'RiS8|)%iBfimifi!lft#éji»* 

=fi#feWf if\îîPÎ*J«<fliê«*' ISBiBSi»^ fruit» 
et à la p«di^jg}jjgs{a,fj(j(Sîn)J gfhtl^im *8li«We.<(»f! 







(mféBdâfffimmRM^^mi'éSiimâl 

D'où «viàéift i^v^'^â^^mfi^iîia^èsiiy^ate^d^ 

cm i"4tWK^ffiëâë3 |da^6i?i{â<âtfâ'^Ha£ib?^i?1f ya^ 




„._-, jà*âm?Mpi^imf 

de cette hypothèse, c'est que Tan dlliSiffel, ^n^remuant 

le-M mim^^tî Pfi^^ A*f oSVa. 




( 110 ) 

Ôh êâtîme qiie lès Jîowéànx.Zélàrtââîsf 'arrivèrent îl y 
a quel(jue cinq cents ans au piays qti*ïls habitent ; leurs 
' traditibns à ce stijei et les hypothèses qu'elles soulè- 
vent sont pleines à*lntlérêt; nous sommes malheureux 
semeîit' obligés de laisser de côté' les unes et tes 
autres. 

Les Nouveaux-Zélandaîs sont généralement^ grands ; 
ilà ont- les jambeé un peu trop conrtes par rapport à la 
Ibngueot dé leur 101*86' et de leurs bras ; leur "front est 
élevé, fujanl; leurs yeux sont noirs et leur physiono- 
mie est suffisamment întellièente. Ils portent une sorte 
de jupon coilrt et 'tiiivàsté matiteau dâris Iteqtrel ils se 
dùfapént niajcâtiieusôtniSnt ; liaïé' ce éostudié' primitif 
'teiiH à' disparaître ; oii rencwitre aux eWvîrotas des cen- 
ités de colohisatida uxr gi'and notnbre'dè Mlàoris habil- 
fôi' à ïeùropéenne î ceiix d'enttre eux qui xie sbnt pas 
éiièore feîlô aleùr noufveàà cbst unie" ont dés t(rtirnures 
■fdriH^iëfbtlites;' ■'•- ■" "■ ''' • '■■'' ■ ' ■"'-' •''' -^"i/''» 
''^'' «•fest'aBsteiidiftiifitè'âë a^flni'rl^'bâtàc^ér^ dbs Nou- 
vfe^x-Xéîàiidàià'; {rfélàiiéé^d'é' 'ï)àérllité ei 'Ôé'^èrieux; 
■(À/Airfié-iJrfequé'W4fe i^'Mngékr-iïâ' 0È(t"fefe ét»n- 
ïïàiitK'piïtfadë^jpoûi^'^riiô'delèi' lëit'^^'ièk^'û^tre sur 
xMl de teiif'Hiie/IbëStëif , (JtiaHi^'tfu clë'MuTt'^i pro- 
-Vféùf lié'ë^^qtfîl^^s6ntWtï»ntà; ^fa^è^irfaïnpti obser- 
Vâtërifs 'ii ■sotii)resï ûrt)ï)iïes'd4^rît'''èbmyy'aes en- 
îfàntâV'ïlé'ïiVïabiiëiitfcep'ettdâîit pas'Wt^ ^U^lfe 'croient 
"iVoi^'ê{ë'ra^t'\léiiy •îhtéi'êty dà ■à1eïir"agnïte;"et pour 
l^^ih'éipe'ils'ii'en'iïrôïif â"cb qtë TCh'g^àn'c^ ien soit 
tlfée'tftini^ fa^toh' qttelétmqtie.'- lis ïi'iitlf iteâ^'lë'dori de 
ri '^âë^â- àfcàtrtiîté • Mis ils ' m cëltiï '^ îà^ r4)ide 



r 



encore .^^,^^xew, J^i^s^ves eV^l^TOP,.Ifps^.9^4a;Çs^- 
glais ont ^jjpris à leurs dépens ce qu'ils yalept 4f^}^ le 
combat. Nous regrettons de^ çç pouvoir j^ien dire ici 
du cannibalisme» us.ajgç heureusement ^bo}j aujpur- 
d'hui» mais dans lequel il fpt voir autre. cî^ose,<m' une 
pure question de gastronomie. Le cannibalisme ayait 
ses racines dfins de lointaines traitions ceUgieuses 
dont Tétude fournirait plus d'un curieux rapproche- 
ment- Nous eussions voulu parler au3sî du tabmt 
coutunae par laquelle Içs individus et.lesi pbjets pljaçés 
dans certaines conditions prenaient un carî^ctère sacré 
et inviolaj^le ; ç.'^était }à une loi^ d'un çaraçtjère, à la ig^s 
civil et r^lfgfeu?i:^coaini,^ Içs lois du peuple juif...Lç, ^- 
louage^, çoutijme eo guelque sQrte héraldiqqe, pous eût 
fourni mfJ^i'e .^ de^ copsid^i-atiQjas de quelque ijçitérêt- 
Les têtes ^^^tq^ées et pr^p,ar^e8 de^ guerrier^ jP|P>^veai»^ 
zélandaa,5 /fî^Vpt , à, une .i^po^uç, tiè|s .7 r^ejr(çl](é|e? 
comme objets de curiosité ; si actif même eq^t$^|^j«|Q(]|m< 
merce ^, ^y^^jf, qH'op,4uf\y,iptçr:4if«,,par i^f^jqi de 
phiian.^^i^piç,j Pff)fl§. a,^if?ps,xQiil>^ enjrçt^fjijf ^o^.,^^r 
teur dH.j^9^§ 4çjg9,uyèrfjp9i^,^4f^^rfjit et,de8^flî:j,y|- 
léges .^z,,|ç?, i^03iye9,pj^^él|^a^, j, |eui; jajy,U?oJ,9gi«^ 

cbanis ^pçifif s.Je|ir r^g^<i»^,^ ^çj^^ .^jiîifl^M- 
tent l^ç^,i;ç^^?,^tlej^r|,e^çj^^e9.^çf;,^<^t ij^ ^^,99^, 

portçn.t^Ptrf ^^f ..fef iyi9J?!S^.¥Pf:?ae«^4i^o|^, ç^ 
leurs g;u^^,fl^ou?,^urajç9t„^Wpi.J?^p ,dçS;44^i^„d^r 

gnes d,'a^gçijipp.;,iB^^9 BQ«S eu^ws, ét^.en^4Îp)^^^î|fj 
des dé.v§jopj>ft»^p^pe nf ,,çpjpï»Ofte(P^ ^ifPV?»;^..!? 
cette noÉç..BoKfiSi»ar^Qi^^ id:à dir^jgueig]ie^^>)$p^^ h 



( 1*2 ) 
maori. La langue polynésienne, comme toutes celles àe 

« 

l'extrême Orient (les premières en date, sans contredit, 
dans l'histoire de l'humanité), appartient à la famille 
des idiomes dits agglutinés, c'est-à-dire que les mots 
ou termes dont elle se compose, résultat de la sponta- 
néité, ne se présentent qu'à l'état absolu et complexe -, 
l'analyse ne les ayant pas encore déterminés dans leur 
individualité propre, pour nous servir d'une figure al- 
lemande, ils offrent un sens général qui ne se spécifie 
différentiellement que par leur position dans la phrase ; 
la prononciation du langage polynésien ne comporte 
que douze lettres , les cinq voyelles et sept consonnes, 
qui sont : A, A, /, m, w, />, v ou w; dans aucun cas 
deux consonne^ ne peuvent se rencontrer ; une con- 
sonne ne termine jamais un mot , Ye est presque tou- 
jours fermé, Y h est toujours aspirée. Le mot de maori 
est une corruption du mot maoui qui signifie le « pre- 
mier homme » et qui veut dire aussi « indigène n. 
C'est par erreur que toutes les cartes donnent « Teika 
maoui » ou « poisson de maouïn , et « Whatpounamoti » , 
eau de la pierre verte » , comme noms indigènes de l'île 
Septentrionale et de l'île Centrale. Teïka Maouï est le 
nom indigène de toute la Nouvelle-Zélande, et Whaï- 
pounamou est le nom d'une localité seulement de l'île 
Centrale où, sur les bords d'un lac, se trouve la né- 
phrite verte jadis fort recherchée par les indigènes. 

Un fait particulier frappa les premiers navigateurs 
qui abordèrent à la Nouvelle-Zélande, ce fut de n'y 
trouver que deux sortes de mammifères terrestres, le 
rat et le chien ; le rat a presque entièrement disparu 
devant son congénère européen. « Le rat anglais, disent 



les^Maons ^ k oëtruit Te rat làçligené ; de mSme aussi. ., 

, Hîoo :nj5a,9iBn aa89ïiiaRiiq,e9n îOânO smsijxa I 

dans ua fmps donne , le Maori idisparajtra devant , 
111. ' tBiB JnyDi£ggB ''jjiaBniuflTI^^^^ 
1 homme Diane. % Quapt a^ cnien, qui faisait jadis par- , 
. , ^ ^91 diw 9'iib-£-i89o JttjiiUchrjxz eJiDT.omofm esb 
tie de la nournture des naturels, on n^ j*enc(mtre plus 

a &l 9b j£jIiJ8'j'i .ii^oannoo o^ 9li9 jaûo 89mi9t ixo 
ares spécimens. (Jn,l3iippose, a après certaina. 




ose. a après cenaina, 

.ÎU9ta985l([ 02. 9ft tSJièn 

, „_ ^ „_ ^uelques-uns des lacs ,, 

. ., \ .M) 8èflian9i§Q 9'uofi9 «iaigiîVJB ^919/1 ea;nssi& I 
mténeurs un animal de la familfe deâr iout]:ea. CaoL . 

mtroduisifa la NQuvelle-Z^ande le cocnon ^ui multiplia , 

„ . . [& ea 9njjjp ir/iyri";^ ^^rpa nu hioim ôTI,,9ljn£fa9l 
"" — '^çon prc " "" " 

sâuvagi 

, ;UO0 9a 

européens qr ' 

sV sont parmftément àcclîmatés ; le menton, ,en parti: " 

V ' ^tonfi ziifiï) ; 'v< uo '^.v\ .u .iu -\ ,'À fS\ : fnofi if/p 
culier, y prospère et constitue une des sources de ; 
. -• ' iuîr ; "fe'ilaoDfiy'i 3^ ui-y/wH] on c'jtifio^'.tioo /t/9b 
ncnesse du Davs* 

^ , -iiuggicf Jâ9/\I . JuifL rrtf ^iiîm/^f offiffn^t oa 'maoa 
Le dermer relevé du nombre des quadrupèdes utiles 




i9i .aajiioj 9fjp 'ijj9'n9 'ibq j 
— „, ^-^,,^^..^„.v âOTSi: chèvres. Il 797, 

ânes et mulets,:122. Si les mammifères indigènes map- 

lii t josoaé-Qimn ëmon Q/nmoo> ((e»\*A^'^ ^'n^itt m m^yss^^» 

quent ea Nouyelle-Zélande, les oiseaux, auL traversent ^ 
.sTj' } lyocM fiii9T .9mijn9jr9li T 01) J9^ 9ir.nonjfi9fq98 

aisément les mers ^\l sont représentés par une.centainè 
-, ..ôi: V fa .9bn£;làS«p1l97UÇf/I Br.9JiJof 9d .911931001 Tnon 

a espèces : c est un faible chiffre si Ion considère que la 

_,SiV\oh }n9ai9U[98 ^iOî^joI 9ffrj b mpq 9j }89 uoftiEnuoq 

France jen compte trois foiçi autant* Mais ici nous .nous n, 

- — î ?X97U0Tr9a jOfJflUD 8D7Qa 891 1U8 ^UO 9lmjfl93 

heurtons, a. Jiue anomalie: parmi les représentants de r 

, , -^onésiDOi sâr^m 99fM9fl99i noI^^iDB^ 

aune .ormtholo^que de la Nouvelle-Zélande se 

j:;'B_§47Ba s'i^iipb^ 89rBqqBTi -fQiajpf JiBq JiBi aTj 



- ^ -^onémboi saT^m 99fM9il99i nol,?^^ 

la faune .ormtholo^que de la Nouvelle-Zélande se 

j:;'BSi7Ba 8'|9HiT9Tq 891 BqqBTi iQiujOf JiBq JiBi nir 

casoarsk oiseaux coureurs dont les^ ailes rudimentaires . 

/.:r«?C3'r9J 8:>'I9TrflIfn£ffI 9D 89Î'I08 XU9D 9lip T97nC'lt 

sont impropres au vol : ce sont Jes iiwis,.dont.on 

.*D immo'ydiiad 9rjp89iq & Ib'i 91: ngriiD s' )9t;'. 

3te trois variétés mé^afes au mm^ 



compte troisjariéjé^^^^^^ 

partenaient fês moàs, espèce perdue qui devait avoir 

VI, AOUT, 2. 8 



( 114 ) 
16 à 1 6 piads de Iwateur, & en juger ptr les débris qui 

« 

en ont été ratronvéa. 

Les oiseaux que nous citerons encore sont le koko- 
roœaka, oiseau cloolie» dont les quatre notes formant 
une mélodie étrange analogue à la sonnerie d'un caril- 
lon ; le kéka» perroquet brun et le kéképo , perroqodt 
nocturne ; ce dernier, aujourd'hui très-rare, est spécial 
à la Nouvelle-Zélande. On lui connaissait un congénère 
qui habitait Tilot de Philippe, à 150 lieues S. O. delà 
Nouvelle - Galédonie, et qui a complètement disparu. 
Parmi les oiseaux d'Europe, on trouve la caille, la per- 
drix, la bécassine, le canard sauvage et le pigeon. 

La Nouvelle-Zélande ne produit aucun animal dan- 
gereux ; le serpent y est inconnu ; des moustiques seu- 
lement, que fera disparaître la culture du sol, incom- 
modent le voyageur et le colon. Les Maoris s'en pré- 
servent en allumant dans leurs habitations des feox 
dont la fumée n'a que d'étroites issues; c'esl là, on en 
conviendra , presque un remède violent. Les laes et 
rivières nourrissent diverses espèces de poissons , et 
entre autres l'anguille, qui y atteint des dimensions in- 
connues dans nos pays. 

La flore de la Nouvelle-Zélande se distingue par les 
caractères généraux suivants : prédominance des gros 
végétaux, rareté des plantes herbacées et absence pres- 
que totale de plantes annuelles» Il a été trouvé jusqu'à 
ce jour, à la Nouvelle-Zélande, 2000 espèces de vé- 
gétaux, et le botaniste Hooker estime qu'on en pourra 
trouver encore une iois autant. Des 2000 espèces 
déjà trouvées, &00, à peu près, sont spéciales au pays ; 
les familles bolsmiquee' représentées par le plus grand 



(lis ) 

nooibre d'espèces sont les ûlicinées ou fougères } les 
composées, les cypéracées, les graminées, les scrofula- 
riées, les orchidées, les rubiacées et les ombellifëres. 
SdoD xxm remarque du D* Haast, les fleurs des petites 
plantes sont presque toutes incolores ; celles qui font ex- 
ception afiectentgénéralement les nuances jaune ou pour- 
pre ; les fleurs des arbres et de leurs nombreux parasites 
eoat presque toujours d'un rouge brillant. Les arbrçs 
comptent 120 essences dont plusieurs atteignent une 
taille gigantesque, et dont quelques-unes fournissent 
des bois estimés pour la mâture, la charpente ou Tébé- 
nisterie. Nous citerons, entre autres, hpuriri ( Vitexlit- 
ioralis) , dont le bois est analogue au bois de teck ; le 
réta {Metrosideros robusta)^ sorte de végétal boa qui 
emroule de sa puissante spirale le tronc des arbres les 
plus énormes; le kaurz (Dammara australis)^ dont on 
retire une gomme-résine que le commerce américain, 
et d'autres peut-être, débitent comme vernis copaL On 
afsût la remarque qu àla Nouvelle-Zélande, les arbres 
d'espèce différente vivent entremêlés au lieu de se mas- 
ser par groupes homogènes. Néanmoins chaque espèce 
ne se retrouve pas sur toute l'étendue des îles. Ainsi le 
kavri^ qui abonde dans Tile Septentrionale cesse au- 
dessous de la latitude d'Auckland. 

Signalons encore comme croissant à la Nouvelle- 
Zélande le Phormium tenax dont la fibre sert à tisser 
des étoffes et à tresser des cordes qui valent, paraît-il, 
moins que leur réputation. La luxuriante végétation de 
ce pays est, au dire du D' Hooker, excessivement cu- 
rieuse, scientifiquement parlant. Ici s'étendent à perte 
de vue des plaines couvertes d'épaisses fougères ou de 



( lie ) 

gras pâturages ; là se développe, à Tombre l^umide et 
fraîche de forêts gigantesques, un inextricable fouillis de 
plantes dont l'exubérance rappelle la végétation des tro- 
piques. Ajoutons enfin que la flore de la Nouvelle-Zélande 
jouit de la même innocuité que sa faune. Une seule plante, 
le tutu^ porte des baies vénéneuses, et encore donnent- 
elles, préparées d'une certaine façon, une boisson fraîche 
et saine. On ne sait jusqu'ici que peu de choses au sujet 
des zones alpestres de végétation, bien que l'étude en 
ait coûté la vie au regrettable botaniste Sainclair . 

Les ressources minéralogiques du pays qui nous oc* 
cupe sont généralement peu connues; mais de ce qu'on 
en sait déjà on peut hardiment conclure à une grande 
richesse. Il a été trouvé sur le ^littoral occidental de 
rile Centrale d'importantes mines de charbon aujour- 
d'hui exploitées par une compagnie. On a trouvé aussi 
sur divers points de la colonie du soufre, du manga- 
nèse, de l'alun, de l'argent, du cérium, du bismuth, de 
l'asphalte et du cobalt. Le fer s'y rencontre en pyrites 
ou sulfure de fer et en fer magnétique. Il est même en 
certains endroits si abondant, que les indications de la 
boussole en sont sensiblement altérées. Çà et là sur la 
côte de la province de Taranaki, le sable contient un 
mélange de peroxyde et de protoxyde de fer d'une 
grande richesse. En approchant du sol un aimant on le 
relève couvert de petits cristaux brillants comme de 
l'acier poli. Jusqu'en mars 18(51, la province de Tara- 
naki ayant été le théâtre d'une sanglante guerre entre 
les Anglais et les indigènes, l'exploitation du précieux 
gisement n'avait pu être entreprise, bien qu'elle eût été 
concédée à un spéculateur anglais. 



( 117 ) 

L'or se trouve dans l'Ile Septentrionale à Coroman- 
deU près Anckland, et vraisemblablement sur d'autres 
points encore ignorés. Dans Tîle Centrale, on le trouve 
le long de la vallée de l'Aorere, non loin de Nelson. 
D'après nn calcul approximatif du géologue Hochstet- 
ter, la valeur de ce gisement s'élèverait à 662 500 000 fr. 
M, Hochstetter a émis l'opinion que l'or devait se trou- 
ver sur presque toute la longueur de l'Ile Centrale ; 
cette hypothèse a été confirmée par la découverte, dans 
la province d'Otago, des gisements aurifères jusqu'ici 
les plus importants de la Nouvelle-Zélande; ils sont 
situés à deux ou trois jours de marche de la ville de 
Dunedin, chef-lieu de la province. Le vertigineux mé- 
tal a déjà attiré un nombre considérable de mineurs, 
gens qui, pour la plupart, dépensent ou jouent le soir 
ce qu'ils ont gagné pendant la journée. Tout porte à 
croire qu'on découvrira dans ces mêmes parages de 
l'argent et du mercure. 

L'obstacle qui s'opposera longtemps encore à l'ex- 
ploitation des richesses en tous genres de la Nouvelle- 
Zélande, c'est l'absence de voies de communications par 
terre. Dans l'Ile Septentrionale, des sortes de chemins à. 
piétons conduisent d'Auckland à Taranaki et d'Auckland 
à Âhuriri. Taranaki et Wellington sont reliés par un 
chemin praticable aux bêtes de somme. Une grande 
route, partant d'Auckland et se dirigeant au N. vers la 
baie des Iles est actuellement en cours d'exécution ; elle 
aura 250 kilomètres, dont une centaine sont déjà ter- 
ininés. Du côté du S. elle gagnera Wellington par un 
trajet de 650 kilomètres dont les sept huitièmes sont 
encore à faire. De ce grand tronçon partiront des routes 



( 118 

dirigées sur les principales stations de Test et de f ouest. 
Dans rUe Centrale, les voyages se font généralement à 
cheval par des sentiers un peu problématiques, Cepen- 
dantdeux amorces de chemins partant de Christchurch, 
capitale de la province de Canterbury, se dirigent l'un 
au N. l'autre au S. ; on n'a du reste pas encore trouvé 
de col qui franchisse la chaîne des Alpes et permette 
de passer par terre d'un côté à l'autre de l'île. Un che- 
ipinde fer, actuellement en construction, reliera Christ- 
church, capitale de la province de Canterbury, au port 
de Lyttelton. 

En 1853, après la dissolution de la CompagnÎQ 
de la Nouvellç-Zélande, h colonie que quelcjuos 
publicistes anglais ont proposé d'appeler la Grande^ 
Bretagne, du Sud fut dotée d'un gouvernement parle- 
mentaire dont les prîncipau)ç éléments sont : un gou- 
verneur nommé par la couronne, un conseil législatif 
nommé par le gouverneur et une chambre des repré- 
seutants. Les Européens et les indigènes placés dans 
certaines conditions dç cens électoral sont électeurs et 
éligibles à ce dernier corps. La Nouvelle-Zélande est 
i^tuçllen^ept divisée en neuf provinces essentiellement 
inégales entre elles comme superficie et comme popu- 
lation. Voici les noms de ces provinces, dont chacune 
est subdivisée en districts^ Pour l'île Septentrionale : 
Auckland, capitale Auckland; Ta,ranaki, capitale New- 
Ply çaouth ; Wellington , capitale Wellington ; Hawke- 
Bay^^ capitale Napier. Pour l'île Centrale : province de 
Nelson 3^ capitale Nelson ; Mai^lborough^ capitale picton ; 
Çantorbery » capitale Christchurch ; Qtago % capitale 
Dunedin; Southland, capitale Invercargill. L'île Ste- 



( 119 ) 

wart et les lies Ghatam forment des districts à part. 
Chaque province a un surintendant et un conseil pro- 
vincial, Tun et l'autre à l'élection des Européens et 
des indigènes de la province. Le nombre actuel des 
provinces n'est sans doute pas définitif; en effet, un 
article de la loi réserve la faculté de s'ériger en pro- 
vince, à tout district qui possède 500 000 acres de ter- 
rain et une population de 1000 habitants. 

Auckland , la plus importante des grandes divisions ad- 
ministratives de la Nouvelle-Zélande, compte 25 000 Eu- 
ropéens et les deux tiers de la population indigène totale. 

Les lois civiles et criminelles de la colonie sont à 
peu près les mêmes que celles de TAngleterre. Elles 
doivent en principe s'appliquer aussi bien aux indi- 
gènes qu*aux Européens , mais c'est là une pure fiction, 
au moins pour les indigènes qui vivent dans Fintérieur 
du pays. Ici nous demandons la permission de donner 
quelques chiflres relatifs à la population européenne de 
la Nouvelle-Zélande. 

Le recensement de 1860, le dernier qui ait été fait, 
accuse une population européenne de 83 919 habitants, 
en 1853t elle était de 20 577 habitants. En 1858 on 
évaluait la population indigène à 55 275 habitants, ce 
qui donne, pour l'ensemble de la population, 139 194 ha- 
bitants; total insignifiant si l'on considère que la 
Grande-Bretagne, pour une superficie équivalente, 
compte 29 millions et quelques centaines de mille âmes. 
On compte à peu près 58 000 Maoris dans l'île Septen- 
trionale, le reste habite l'île Centrale. En 1859 et 1860 
Taccroîssement de la population européenne a été de 
81,55 pour 100, chiffre considérable. 



( 120 ) 

La statistique relative au lieu de naissance des habi« 
tants de la Nouvelle-Zélande remonte à décembre 1858, 
et nous apprend que TAngleterre, la Nouvelle-Zélande 
même, TÉcosse, Tlrlande et le pays de Galles avaient 
fourni 92,95 pour 100 de la population totale, les di- 
verses colonies anglaises h^kQ pour 100, les autres 
parties de la terre 2,59 pour 100, dans lesquels la 
France entre pour le chiffre modeste de 0,29 pour 1 00. 
Si la population européenne suit une progression rapi- 
dement croissante, en revanche la population maorie 
décroit avec une rapidité presque égale ; les chiffres. 
successifs donnés par divers voyageurs, le nombre des 
villages aujourd'hui déserts et des tribus complètement 
étemtes, en sont d'incontestables preuves. Ce n^est 
pas ici le lieu d'étudier les causes délicates et com- 
plexes de cette dépopulation. Chose étrange , les indi- 
gènes d'un pays dont le climat prolonge l'existence des 
Européens phthisiques, meurent pour la plupart atteints 
de pbthisie aiguë. Les maladies scrofuleuses font aussi 
de grands ravages dans la population maorie. Cook, 
en 1769, estimait à AOO 000 habitants la population 
indigène de la Nouvelle-Zélande; en 18â5, le Protec- 
tarât indigène l'estimait à 109 000 habitants; le révé- 
rend Rich. Taylor, en 1823, l'estimait à 80000 habi- 
tants. Quel que puisse être le degré d'exactitude de ces 
chiffres, il est facile de prévoir que, dans un avenir 
plus ou moins éloigné, le Maori de la Nouvelle-Zélande 
aura presque complètement disparu ; et si positif qu'on 
soit, on ne saurait se défendre d'un sentiment de tris- 
tesse en voyant s'éteindre misérablement un peuple qui 
eut une certaine grandeur relative. Les trois quarts 



(12i) 

des NouveauX'Zélandais ont été baptisés, mais il serait 
naïf de croire qu'on en a pour cela fait des chrétiens 
dans le sens spirituel du mot ; on ne détruit pas du 
jour au lendemain, même chez les sauvages, des 
croyances, des superstitions enracinées depuis plu- 
sieurs siècles. Les Maoris ont pris une grande partie 
des vices européens sans avoir abandonné tous les 
leurs; ils sont devenus d'une excessive âpt^tfté au gain 
et déploient une habileté particulière à interpréter les 
préceptes de l'Évangile dans le sens de leurs intérêts 
ou de leurs goûts. Pendant leur dernière insurrection 
contre les Anglais, ils bourraient leurs fustls avec des 
feuillets de la Bible. 

La Nouvelle-Zélande est une colonie encore en en^ 
fance. Ses revenus, qui suffisent à peine à ses dépenses, 
se sont élevés en 1860 à 12 618 A50 francs. Le mon- 
tant des importations pendant cette même année a été 
de 38 703 325 francs , celui des exportations a été de 
18 723 826 francs, savoir : en laine, 11 109 800 francs ; 
en or, &3962S francs; en bois de charpente et autres, 
350 150 francs; en pomme de terre, 3A1 325 francs; 
en grains et farines, 337 250 francs; en huile, 106875 
francs ; en gomme de Kauri, 2A6 275 francs ; en mi- 
nerai de cuivre, 39750 francs; en baleines, 25 850 
francs. Les pays de destination des articles exportés 
ont été plus particulièrement l'Angleterre et la Nou- 
velle-Galles du Sud ; 388 vaisseaux sont entrés dans 
les ports de la Nouvelle-Zélande en 1860, et 308 vais- 
seaux en sont sortis. 

La civilisation fleurit actuellement où régnaient jadis 
la sauvagerie et le cannibalisme. Des institutions de 



( 122 ) 

crédit de tout genre et des compagnies d^assnrances 
sont établies à la Nouvelle-Zélande comme dans toutes 
les autres colonies anglaises. La grande banque d'Aus- 
tralie et la banque orientale ont établi dans les princi* 
paux centres du pays des succursales où elles émettent 
leurs papiers. Des caisses d'épargne, au nombre de six, 
dont la première fut établie en 184V, fonctionnent dans 
rintérêt des petites économies. En 1858, on comptait 
parmi les déposants 38 Maoris. Le service postal est 
installé aussi bien que possible pour un pays dont les 
routes sont j)eu nombreuses ; il se fait généralement 
par mer et, sur certaines directions, par courriers. 

En 1860 les divers bureaux de poste avaient reçu, 
tant du pays môme que de l'étranger, 485 320 lettres 
et 471 664 journaux ; ils avaient expédié 456 049 let- 
tres et 657 692 journaux. La presse périodique compte 
cinq ou six feuilles bihebdomadaires, un [nombre égal 
de feuilles hebdomadaires ; une ou deux publications 
paraissent à des intervalles plus éloignés et un journal 
imprimé en langue maorie. Dans les villes sont établies 
de nombreuses écoles officielles ou privées ; la province 
d'Auckland en compte une trentaine. Les intérêts de 
la science sont représentés par diverses Sociétés ; ci- 
tons, entre autres, la Société d'acclimatation de la pro- 
vince d* Auckland et l'Institut philosophique de Can- 
torbery, dont le président, M. J. Haast, a Tan dernier 
inauguré les travaux par un discours aussi élevé de 
forme que de pensée. Des logés de francs-maçons, des 
sociétés de chant, de lecture, de régates, de tempé- 
rance, des clubs, des volontaires achèvent d'imprimer 
à la colonie naissante le caractère dé là mère patrie. 



(128) 

Nous sommes étonné de n'avoir pas à citer les courses 
de chevaux dans cette énumération. Près d'Auckland 
sont deux villages dont l'un a reçu le nom de Derby ^ 
l'autre le nom dtEpsom; c'est un acheminement. 

Auckland, la capitale de la colonie, la résidence du 
gouverneur et du commandant des forces militaires, 
est située dans l'île Septentrionale, au fond de l'im- 
mense baie d'Hauraki et sur la côte nord d'un isthme 
qui, un peu plus au sud, se rétrécit jusqu'à n'avoir 
qu'un kilomètre et demi de largeur. En ce point deux 
Mes, sortes d'estuaires très-découpés, s'avancent à la 
rencontre l'une de l'autre. C'est à l'entrée de l'une de 
ces baies, celle de Manukau, qu'a eu lieu dernièrement' 
le sinistre de VOrphée, dont les journaux ont donné les 
tristes détails. Auckland et ses districts ruraux possè- 
dent une population d'environ 15000 habitants. La 
ville est construite en bois, en brique et en pierre vol- 
canique d'une couleur sombre; les maisons y sont 
généralement à un seul étage. Dans l'intérieur de la 
ville est un beau parc ou jardin botanique. A 8 kilo- 
mètres environ au sud d'Auckland est la petite ville 
d'Onehunga, qui fut, ainsi que plusieurs villages des 
environs, originairement peuplée dé pensionnés civils 
et militaires du gouvernement anglais. Une excellente 
route, macadamisée et desservie par une ligne d'omni- 
bus, relie Onehunga à Auckland. A droite et à gauche 
de la route, qui circule dans un pays très-pittoresque, 
s'élèvent de gracieux cottages à demi cachés sous des 
massifs d'arbres; c'est là qu'habitent les commerçants 
riches d'Auckland. Tout autour de la ville règne une 
grande activité industrielle et agricole. Les cours d'eau 



( 124 ) 

et les nombreuses baies sont sillonnés d'embarcations 
européennes ou indigènes, . qui apportent les produits 
de rintérieur des terres. Le nombre des Maoris qui 
habitent Auckland même ou toute autre ville est exces- 
sivement restreint. De temps en temps une tribu entière 
y vient faire ses achats ; on la voit arriver dans une 
flottille de canots jet camper dans les faubourgs, comme 
font en Europe les Bohémiens ou Zingares. 

Après Auckland les villes les plus peuplées sont 
Wellington et Nelson, 6000 habitants; New-Ply- 
mouth, SOOO habitants; Dunedin, 2000 habitants; 
Christchurch, 1500 habitants; Picton, Napier, Inver- 
cargill, 500 habitants ; puis viennent plusieurs centres 
secondsdres répartis dans toute Tile Septentrionale et 
sur le littoral est deTîle Centrale. 

Pour conclure, disons que la Nouvelle-Zélande, par 
sa position géographique, par Texcessive fertilité de 
son sol, l'égalité et la douceur de son climat, ses res- 
sources forestières et minéralogiques, est destinée à 
devenir quelque jour une des plus riches colonies de la 
couronne d'Angleterre ; ce à quoi la science ne saurait 
rester indifférente, puisqu'elle est en droit d'espérer 
qu'elle y trouvera son compte. 

G. Maunoib. 



(126) 



NOTICE 



LA VIE ET LES TRAVAUX DE JOHN BROWN. 

tXK M. DE tk HOQusrrz, 
Président honoraire de la Société de géographie, etc., etc. 



Mesâeors, 

Je viens vous entretenir aujourd'hui de la vie et des 
travaux de H. John Brown, d'un homme qui sans être 
ni un grand voyageur, ni un géographe de premier 
ordrot mérite cependant d'occuper une place trëshhono- 
,rable dans vos annales, par la rare sagacité qu'il a 
révélée dans des circonstances difficiles, sagacité qu'on 
poQrndt presque appeler une sorte de divination, et 
comme auteur d'un ouvrage qui lui a fait donner par 
un juge on ne peut plus compétent, sir Roderick Mur- 
chison, président de la Société géographique de 
Londres, le titre de chroniqueur zélé et impartial des 
actes des héros arctiques. 

John Brown, né à Douvres le 2 août 1797, descen- 
dait d'une ancienne et honorable famille du comté de 
Kent. La vue du vaste Océan, qu'il eut constamment 
sous les yeux depuis sa plus tendre enfance, lui inspira 
un vif enthousiasme et une passion très-prononcée 
pour la carrière maritime ; aussi à peine eut-il terminé 
sa première éducation que ses parents, cédant à ses 



X12B ) 

désirs, le firent entrer au service naval de la Compa- 
gnie des Indes. Ce fat en 18il, c'est-à-dire lorsqu'il 
venait d'atteindre l'âge de treize ans, que sir John 
Jackson obtint pour lui le poste de midshipman à 
bord du navire Surrey^ commandé par le capitaine 
Beàdle. Il se rendit immédiatement au Bengale, et 
après quelques excursions à bord de ce bâtiment, passa 
sur le Scaleby-Castle^ navire dé la même Compagnie, 
avec lequel il fit un autre voyage aux Indes- orientales, 
croisa parmi les îles de l'archipel indien, visita les 
Moluques, Ternate, Amboine et les autres possessions 
hollandaises dont l'Angleterre s'était emparée, et 
qu'elle dut restituer en 181A« ainsi que le eaji de 
Bonne •«Espérance et Tile de Sainte «-Hélène» Brovn 
parcourut ensuite dijSérentes parties de la Chine. 

Dans toutes les contrées^ visitées par lui et dont quel- 
ques-unes pouvaient être considérées presque comme 
inconnuesi ou du moins comme imparfaitement explo- 
rées ou mal décrites, John Brown recueillit avec soin 
de précieuses informations dont il put faire usage plus 
tard. 

Quoique les résultats de la paix de 1815 eussent 
modifié les idées et l'enthousiasme du jeujoe naarin 
pour la vie aventureuse qu'il avait menée jusqu'à ce 
moment, il n'en continua pas moins de itaviguer à 
bord de bâtiments anglais^ jusqu'au mois de mars 1 MO; 
l'affaiblissement de sa tue et queues autres cftusds 
le forcèrent alors d'abandom^r définitivement lo ser- 
vice de mer. Brown n^avait à cette ^oque que vingt- 
deux ans et point d'état; on voit qu'il fit pour s'en 
procurer un, plusieurs essais auxquels il ne tarda pas 



successivement à renoncer. Il suivit d*abord la pro- 
fession médicalei passa ensuite quelques aimées chez 
un bf^nquieri faisant le commerce des diamantSf et se 
lia intimement pendant ce temps avec des artistes dis- 
tingués, tels que Etty^ Nortbcotte et Huggins, peintre 
de marine du roi Georges IV« et plus particulièremeot 
encore avec James Weddell, explorateur des régions 
antarctiques. En 1S28| il se maria et devint associé 
dans une ancienne maison de commerce, dont il se 
sépara plus tard. 

Au milieu de ces occupations si diverses, Brown 
trouva le temps d'étudier la géologie, la minéralogie, 
l'ethnologie, et plus spécialement la géographie, qui 
ne tarda pas à devenir son occupation favorite. Presque 
en même temps, pour rendre plus intelligible un 
tableau de son ami Huggins, il écrivit une histoire, qui 
n'a pas été publiée, de Tristan d'Acunha, petite île de 
Vocéan Atlantique où s'était établie une famille vivant 
43n paix, complètement isolée du reste du monde. 

En 1836, la Société géographique de Londres, que 
présidait à ce moment sir John Barrow, ayant fait 
appel à l'opinion des hommes des cience sur les meil- 
leiirs moyens de décider la question, qui occupait 
alors tous les esprits, de faire communiquer les deux 
grands océans par une voie plus courte qu'on appelait 
le passage nord-ouest, dont la première idée parait 
remonter aux célèbres navigateurs Cabot, et de com- 
pléter en même temps le relevé delacéte septentrionale 
de l'Amérique, Brown^ qui s'était fait remarquer par 
sa passion éclairée pour ces sortes de recherches, ne 
tarda pas à répondre h, l'appeU Les raisons sur les- 



( 128 ) 

quelles il s*appuyait, exposées dans un curieux mé- 
moire, furent dûment appréciées par la Société géo- 
graphique, qui s'empressa de les appuyer auprès du 
gouvernement Bientôt une multitude d'expéditions, 
conduites par d'habiles et intrépides marins, se diri- 
gèrent vers les mers arctiques, et après un grand 
nombre de tentatives, plus ou moins heureuses, qui 
firent connaître néanmoins dans ces régions glaciales 
de vastes contrées restées jusqu'alors inexplorées, et 
agrandirent considérablement le domaine de la géogra- 
phie, le problème a été enfin résolu (1). 

John Brown, élu en 1837 membre de la Société 
géographique de Londres, et non moins ardent pour les 
recherches à faire dans les régions antarctiques qu'il 
l'avait été pour celles dont il s'était montré le promo- 
teur dans les régions du pôle nord, ne tarda pas à 
adresser à ce corps savant des mémoires sur l'utilité 
qu'il y aurait à explorer les parties australe^ du globe, 
qu'on paraissait négliger presque complètement. Son 
ami James Weddell, quoiqu'il ne fût qu'un simple capi- 
taine de navire marchand, n'avait pas craint de s'y aven- 
turer, et s'était avancé jusqu'à 74° 15', à la plus haute 
latitude qu'on eût encore atteinte. Le portrait de ce navi- 
gateur, mort en 188â, et dont le mérite lui semblait trop 
peu apprécié, fut offert par Brown à la Société géogra- 
phique de Londres, accompagné d'une lettre imprimée 
dans la Literary Gazette y dans laquelle il rend un hom- 
mage justement mérité à ce marin aussi modeste etentre- 
prenant que désintéressé, puisqu'il avait fait toutes ses 

(1) Par le capitaine M^CIare en 1850, et Ton pourrait dire presque 
en même temps par le capitaine Collinson, 



( 129 ) 

explorations à sas propres frais. Quelques aaiiôes apràs, 
John BrowQ, qui figurait à cette époque parmi les fon- 
dateurs de la Société ethnologique d'Angleterre, ayant 
appris que la famille de James Weddell^ avec lequel 
nous venons de dire qu'il était intimement lié, se trou- 
vait presque dans l'indigence, se crut autorisé, par 
toutes sortes de motifs, i faire connaître cette pénible 
position à sir Robert Peel» alors premier ministre, en 
rappelant les remarquables découvertes de son ami. 
Cette réclamation fut immédiatement accueillie; la 
veuve de Weddell obtint une pension, son fils reçut im 
traitement convenable, et, ce qui flatta particulière- 
ment John Brown, c'est que le grand ministre, en lui 
répondant de sa propre main, le remercia d'avoir ap« 
pelé son attention sur les services méconnus jusqu'aloni 
de l'explorateur des terres antarctiques. 

Deux ans s'étaient déjà écoulés depuis qu'on avait 
cessé de recevoir des nouvelles de la dernière expédi» 
tion de sir John Franklin, parti en 18A5 à larech^x:he 
de ce fameux passage nord-ouest, qu'on poursuivait 
vainement depuis si longtemps. L'épouse si dévouée 
et tous les amis du célèbre navigateur, on pourrait 
même dire presque tous ses compatriotes, conçurent de 
grandes inquiétudes sur son sort et demandèrent avec 
les plus vives instances que le gouvernement s'occupât 
sans délai de rechercher les causes de ce long silence* 

Trois expéditions parties en 1848 rentrèrent en 
Angleterre en 1850, 1851 et 1859, sans avoir pu 
obtenir aucune espèce de renseignements. Un grand 
nombre d'autres, que nous avons signalées dans notre 
Notice sur Franklin^ furent successivement envoyées 
vi. nom* 3, 9 



(130 ) 

depuis sans plus de succès, non-seulement par le gott' 
vernement anglais, mais par la noble épouse du navi- 
gateur dont le sort inspirait tant d'intérêt (1), par la 
Compagnie de la baie d'Hudson et par deux négociants 
américains, MM. Grinnell et Peabody. 

Ce n'a été qu'en 1859 qu'une nouvelle expédition, 
commandée par le capitaine M'Clintock, parti d'An- 
gleterre en 1857, a pu retrouver les traces de l'expé- 
dition de Franklin au Point Vicîory^ situé au nord- 
ouest de la terre du roi Guillaume {King William' s 
Land) et rapporter un document authentique consta- 
tant que Franklin avait cessé de vivre le 11 juin 18A7. 

John Brown, occupé depuis longtemps de la question 
relative à la direction qu'avait dû prendre Franklin, 
question qu'il avait étudiée sous tous ses aspects, avait 
multiplié ses efforts pour dissiper lés doutes qui exis- 
taient à ce sujet, même parmi les navigateurs les plus 
expérimentés, et indiqué la véritable direction qu'on 
aurait dû et qu'on devait suivre. Ce fut ainsi que le 
9 décembre 1850, il adressa à l'amiral Smyth, alors 
président de la Société géographique de Londres, un 
mémoire dans lequel il résumait ainsi les idées qu'il 
n'avait cessé de préconiser. 

« Franklin étant parti avec des instructions spéciales 
qui lui prescrivaient d'abord de se diriger au sud-ouest 
du cap Walker, c'était donc dans cette direction qu'on 

(l) Ce fat à bord de Tane de ces expéditions, dont lady Franklin 
avait fait les frais et qui était commandée par le capitaine Inglefield, 
que périt en 1853 dans les glaces, notre compatriote le jeane et braye 
officier de maritte Bellot, à la mémoire duquel nous avons consacré 
une notice, et auqael TAngleterre a élevé un monument. 



(181) 

aurait dû le chercher. Il démontra en même temps, en 
se fondant snr ces instructions et sur Tétude appro- 
fondie qu'il avait faite de Faction combinée des courants 
et des marées de ces parages, que les navires de 
l'illustre marin devaient être trouvés dans une aréa 
ayant pour limites le cap Walker au nord-est, la terre 
de Banks au nord-ouest, la terre WoUaston au sud- 
ouest et la terre Victoria au sud-est ; conjecture qui 
s'est vérifiée presque complètement depuis. » Les avis 
si judicieusement motivés de John Brown semblent 
avoir été perdus de vue, au milieu d'idées qui préva- 
laient à cette époque, puisque les directions générale- 
ment adoptées étaient précisément le contraire de celles 
qu'il avait indiquées et qui étaient les véritables, ainsi 
que l'ont démontré les résultats obtenus, d'abord par 
le docteur Rae en 1855, et enfin et plus complètement 
en 1859, par le capitaine M'Glintock. 

Ce fut en 1858 que Brown publia son ouvrage si 
bien et si avantageusement connu, sur lequel sa répu- 
tation est principalement fondée, sous le titre de : 
Passage nord-ouesty et plans pour la recherche de 
sir John Franklin (1), avec une suite qui a paru en 
1860 (2). C'est un résumé concis et cependant fort 

(1) The north^wesi Poaioge and ihe Plans for thesearch for sir John 
Franldin* A Rovkw hy John Broum, F. H. G, 5., f^low ofthe Roya 
Sockay of Northern Amiquaries. Copenhague, etc. 

« A mighty maze ! but not without a plan, » (Pope. 
« Hère, on a single pUmk thrown safe ashore, 
» / hear the tumuU of the distant throng, » (Young.) 

(2) A sequel to the Norlh^-West Passage, etc. LondOQ, 1858. A 
hview, by John Broum, London, 1860. 

Browo fait remarquer dans cet appendice que depuis les plus an- 



(182) 

exact , sufiSsammest développé et méthodiquement 
exposé, de toqt ce qui a été écrit et fait depuis les 
temps les plus reculés sur les nombreuses expédi- 
tions entreprises pour découvrir le passage nord-ouest. 
C'est un véritable index complet de bibliographie arc- 
tique, un laborieux digeste de tout ce qui était connu, 
dans lequel John Brown soutenait, malgré l'évidence 
officielle qui semblait en contester la possibilité, qu'il 
devait exister entre la terre du Prince de Galles {Prince 
of WalesLand)etlB. terre Victoria (Victoria Land) 
un détroit tracé dans la carte qui accompagne, sous le 
nom de supposée s trait (détroit supposé), la première 
édition de son ouvrage, publié, ainsi que nous l'avons 
vu, en 1858, c'est-à-dire avant la carte jointe à la rela- 
tion de M' Cllntock, qui n'a paru qu'en 1859, et daps 
laquelle le nom de ce navigateur a été donné au dé- 
troit que Jphn Brown appelait supposé. 

Les rédacteurs du Gentleman' s Magaziiie émet- 
taient, au mois de mai 1861, l'opinion que ce détroit 
aurait peut-être dû porter le nom de J. Brown, avec 
lequel il est s\ intimement lié ; tandis que dans une 
carte publiée à Londres par MM. Laurie, le ^étroit est 
appelé JifClintock or Brown Channel^ en réunissant 
aipai le nopi du s^^vafît qui Ta deviné à celui du navi** 
gat§ur par lequel il a été reconnu. Nous devons ajouter 
néanmoins que le fait que YErebus et la Terror ont dû 
passer par ce détroit, ainsi que J. Brown l'a soutenu, a 

ciennes recherches polaires de Jean Cabot, à la fin du xv* sîèclei 
Jusqu'au voyage du capitaine M'CIintock, vers le milieu du xix", il 7 
a eu environ 130 expéditions semblables, décrites dans 250 ouvrages 
ou documents imprimés, dont l&O ont paru en Angleterre. 



( 133 ) 

été contesté par les capitaines M'Glintock et Sherafd 
Osborn, qrii pensent que Franklin n'aurait pu atteindre, 
en le suivant, la localité où ses vaisseaux furent arrêtés, 
parce que ce canal ou détroit est obstrué par les glaces. 
Ce serait, suivant eux, le Peel Sound ou détroit de 
Peel, appelé aujourd'hui Franklin Channel ou canal 
de Franklin, que ce grand et infortuné navigateur avait 
dû suivre (1). Nous ne sommes point compétent pour 
prononcer sur cette grave question. Quoi qu'il en soit, 
M'Ciintock ne s'est guère écarté de la ligne indiquée 
par J. Brown, et il reconnaît, en outre, que les navires 
de Franklin ont été perdus et abandonnés précisément 
dans l'aréa tracée en 1850 par le savant dont nous 
avons esquissé la vie et les travaux. 

Différentes revues anglaises, en faisant le plus grand 
éloge des publications de John Brown, ont rendu un 
hommage justement mérité à]a sagacité comme à l'in- 
fatigable persévérance de l'auteur, et cette opinion» 
partagée par le savant président de la Société géogra- 
phique de Londres, l'est également par l'élite des navi- 
gateurs anglais que nous avons déjà cités, comme elle 
l'a été par l'illustre baron Al. de Humboldt (2). 

Plusieurs explorateurs des régions arctiques, parmi 
lesquels nous nous bornerons à citer les capitaines 

(1) Voyez la note placée par sir J. Murchison à la page xvij de sa 
préface, en tète de la relation du capitaine M*Clintock. 

(2) Lettre d*Alex. de Humboldt, datée de Berlin le 16 août 1859, 
et adressée à John Brown pour le féliciter sur ses travaux. Nous en 
donnerons intégralement la traduction dans ie recueil des lettres 
scientifiques du célèbre prussien qui nous occupe depuis plus de trois 
ans, et dont le premier Tolume ne tardera pas à paraître. 



(134 ) 

Kellet et Gollinson, ont donné le nom de J. Brownà 
quelques-unes des localités découvertes par eux. C'est 
sdnsi que nous le voyons figurer sur la côte orientale 
de nie du Prince Patrick, vue par le premier, et que 
le second a appelé baie John Brown, une baie au nord 
de la terre WoUaston. 

Brown ne se bornait pas à l'étude des faits concer- 
nant les expéditions maritimes, car on voit qu'il élaît 
en 1843 l'un des fondateurs de la Société ethnologique, 
et qu'en 1847 la Société des antiquaires du Nord de 
Copenhague l'avait nommé Tun de ses membres fon- 
dateurs, après la communication qu'il lui avait faite 
d'importants renseignements sur plusieurs monuments 
runiques trouvés en Angleterre. 

Brown continuait de s'occuper de travaux scienti- 
fiques et de compléter une grande collection de docu- 
ments sur les régions arctiques recueillis pendant une 
longue suite d'années, lorsqu'en 1869 il perdit sa 
femme^ à laquelle [il était tendrement attaché. Cette 
mort l'affecta vivement; depuis, sa santé ne cessa de 
décliner, et enfin il termina sa laborieuse carrière le 
7 février 1861, à l'âge de soixante-trois ans. Trois fils 
et deux filles lui ont survécu. 






( 136) 



Analyses, Rapports, ete. 



RAPPORT 

SOI LA 

GRAMMAIRE DE LA LANGUE QUIGHÉE 

ESPAGNOLE-FRANÇAISE, 

Mise en parallèle avec ses deai dialectes cakchiqoel et izutohil, etc., 
avec an Yocabnlaire /comprenant les sources principales du quiche 
comparées aux langues germaniques, et suivi d*un Essai sur la 
musique, la poésie, la danse, servant d*introduction au Rabiruil' 
Achif drame indigène recueitli par Tabbé Bbassbub (de Bourbourg). 
— Parw, 1862, 



■ I 



Messieurs, 
Pour procéder dans moii exposé sur l'ouvrage de 
M. Brasseur (de Bourbourg) d'après la méthode suivie 
par les linguistes, je devrsds tout d'abord m' occuper de 
la délimitation géographique de la langue quichée et 
de ses dialectes cakchiquel et tzutohil, ainsi que du 
mam, pokomam, zotzil, tzendal, coxoh, lacandon, 
peten, ixil et une foule4 ' a utre s l a ng ues du Guatemala 
considérées comme affiliées du quiche. Mais cette tâche 
étant déjà dignement remplie par l'auteur de la gram- 
maire dont j'ai à m' occuper spécialement, je n'ai qu'à 
m'en rapporter à son mémoire : Essai historique sur 
les sources de la philologie meidcaine et sur l'ethna^ 



(*J6) 

graphie de V Amérique centrale {Revue orietUale et 
américaine^ I" vol. , p, 364-599). 

La langue quichée présente dans son phonétisme 
des caractères nettement tracés. Parmi vingt et une 
lettres, dont cinq voyelles, que comprend son alphabet, 
ce sont les gutturales» les ai^irées et les palatines qui 
prédominent. Les premières (^, k) sont, en partie, 
explosives et se prononcent tout à fait du fond du 
gosiv« m^um au caioiaeiiceareQl des. n¥)t8,> èmx con* 
sonnes peuvent être réunies dans la même syllabe; 
l'accumulation des voyelfes est plus rare. 

Lm mèmM aUuKesk décLàéfia se reuaiqoeni dans la 
fmnahon de» nwê». Tous \kb radiesus, sans exoep- 
tfon, sont monosyllabiques. Rs consistent ou en une 
simple voyelle ou en une voyelle et une consonne, ou 
enfin en une voyelle placée entre deux oonaoaaes.Riea 
de plus transparent que ces monosyllabes dont la for- 
mation offre une sorte de gamme suivant toutes les 
lettres de l'alphabet. 11 résulte de» ce procédé, aussi 
mètiwAfique qu^ingéirienx, un vocabulaire (fci 1*42» mo- 
nosyllabes' radicales qui offrent urne différence frap- 
pante des tangues ariennes. En efiet, tandis qtte dans 
ceHes-ci les monosyllabes primitiws expriment raction 
et sont par conséquent ve Aates, on rerrcontre dans le 
qaachk tout antant de racines subsf antives,. ce qui a 
irac întfucnce décisive sur te caractère d!e la gram- 
maire, comme nous allons te voir tout à rbeure. 

I^ur compteter le tissu de son largage, te Guati- 
malien recomt à la coarposinfan et à la dérivation. La 
première se rencontre principalement dans tes noms 
die personnes et de ffeox ; à part quelqnes permutations 



(187) 

etrpbMiqaes, eUe d*€ff6cttte par mmplkf jxnt&pomtàaa^ 
Télision y est pour pen de cbose. La source la plue 
ricbe an TOcabulaire qnicbé est iiioDntestablem<mt la 
dériratRm. Cesf raremeat par des préfixes qoe les 
dérivés sont formés. Tous ceux qui ont pour base le 
Tcrbe s'obtiennent au moyen de suffixes. AîfWftTon 
dérire des vingt-quatre fottnes principales dû verbe, 
par la simple adjoncticm de particules, le nombres pro- 
digieux de trois cent dix-neuf termes différent», dimt 
potrrtant la plirpart n'ont que tmis à quatre syllabas. 
Une seule forme atteint le nombre de sept syllabes. 
Remarquons toutefois qu'une différence phonétique 
des particules adjointes existe seulement dans lee vingt- 
quatre formes principales du verbe, tandis que àtts 
les dérivés les mêmes particules reviennent sans cesse. 

La grammaire proprement dite est égakirient basée 
sur remploi des particules sans offrir que de faiJDtes 
traces d'inflexions. Ainsi des propositions ou des post- 
propositions pour exprimer les cas ; des circonlocutions 
pour désigner les degrés de comparaison. Comiiffe dans 
presque toutes les langues, les pronoms personnels 
ont, en partie, des radicaux divers au singulier el au 
pluriel; d'ailleurs ils sont tout aussi inflexiMes ^eles 
noms et les adjectîfe. Toutefois le qurcfré a ïeprérogalif 
sur tant d'aurtres idiomes de posséder u» pronowi reiaitif. 

Quant au verbe^ d'accord avec le përe HimeMz, 
Bf . Brasseur revendique au qdcbé no» pas seutement 
des auxiliaires, maïs mêtâe te verfce sufesta»tif estpri- 
waaX, Vhre. D« reate^ cet avantage se retrouve dans 
phiBÎiensr^ avères lafogue» ée 1/ Amérîqiiey et la ba^e ea, 
qOy kan^ à laquelle se joinU nx\ èsm te^qm^eké, se ren- 



(188) 

contre également ailleurs ; par exemple, dans le kechna, 
Totomi, le dacotah, etc. Reste à savoir si ces verbes 
substantifs ne sont pas réductibles à de simples racines 
de pronoms, ce qui me parait être applicable aux 
idiomes précités. 

Bien que les formes verbales soient dans le quiche 
d'une richesse surprenante et qu'on y distingue des 
verbes actifs, passifs, absolus, neutres, etc., tout le mé- 
canisme de la conjugaison repose néanmoins sur l'emploi 
des pronoms personnels ou possessifs (1) séparés du 
verbe et exprimant le nombre et la personne. Les 
temps, les modes et les voix s'obtiennent par l'emploi 
exclusif de particules qyi, chose remarquable, pré- 
cèdent dans la formation des temps les pronoms per- 
sonnels. Aucune trace d'une conjugaison transitive 
telle qu'elle existe dans les langues de l'Amérique sep- 
tentrionale et même dans quelques-unes de l'Asie et de 
l'Afrique. 

Au résumé, malgré sa richesse de pure apparence, 
le quiche ne possède qu'une seule conjugaison, on 
plutôt il n'en a pas du tout, du moins comparative- 
ment aux langues synthétiques. Aussi n'y ai-je rencontré 
qu'un seul verbe irrégulier {oh ou ho^ aller) qui méritât 
ce nom, et encore celui-ci ne diffère au fond des autres 
que par la jonction du pronom à la suite du verbe, 
tandis qu'il précède les réguliers. 

Quant aux autres parties du discours, rien de mar- 
quant, fid ce n'est dans le système de numération qui, 

(1) Ce trait, joint à bien d^autrei, nous amène à conclare que dam 
le qnichë, aioii que dans iMaucoiip d'antres langues, le verbe est, du 
moins en partie, traité comme sobstantif. 



(189) 

par sa complication, forme un contraste frappant avec 
les moyens si simples qai servent à satisfaire aux 
exigences de la grammaire. Tout d'abord, de un à vingt, 
la numération est décimale ; en partant du terme indi- 
qué, elle repose sur le système vicésimal et par la mul- 
tiplication et par la soustraction. Toutefois les unités 
vicésimales sont loin d'avoir la même base. En effet, 
pour exprimer vingt, on dit un homme, et pourqua« 
rante deux hommes; tandis ique pour soixante on 
substitue la triple mesure de vingt grains de cacao et 
ainsi de suite jusqu'à cent. Arrivés à deux cents, nous 
rencontrons une unité quarantenaire, tmik (une touffe 
d'herbe), qui multiplié avec cinq (o), constitue le 
nombre précité. Ensuite go (AOO) signiGe toute une 
charge de cacao équivalente aux produits d'un cacao- 
tier, tandis que 8000 est rendu par le terme qui désigne 
un sac de cacao contenant 8000 amandes. Tous les 
chiffres placés entre les multiples de 20, 100, 200, iOO, 
800, 8000, sont formés par la soustraction. 

Ce système lourd et peu conséquent, du moins dans 
ses combinaisons, suffit d'une part pour prouver son 
origine sur les lieux où nous le rencontrons, tandis 
que de l'autre, par exemple, appliqué à la science 
astronomique il me parait réfuter nettement tout ce 
qu'on a avancé sur l'emprunt de la chronologie que 
les Américains du Centre auraient fait aux nations de 
la haute Asie. 

Maintenant que nous avons esquissé rapidement les 
trûts fondamentaux de la langue guatimaltëque, rap- 
pelons les caractères généraux des langues américaines 
du nord, et d'abord leur tendance à la spécification 



( 140 ) 

jusque da»s les moindres détails « comme, par exemple, 
la distinction des objets animés et inanimés, les termes 
spéciaux soit pour les productions du règne végétal et 
animal^ soit pour les actions dont le verbe exprime les 
nuances les plus minutieuses, les pluriels inclusifs et 
exclusifs ; la diversité des racines pronominales suivant 
leur emploi ou comme simples ou comme régimes, les 
termes de parenté variant selon la personne qui 
partei etc. Ajoutons-y pour ce qui concerne le système 
grammatical, le pronom possessif inséparable des 
parties du corps et des termes de parenté, les com- 
posés de toute sorte formés par l'agglutination com- 
binée avec rellipse, les conjugaisons transitives et 
enfin la contraction d'une phrase entière dans un seul 
mot, — et notks aurons des termes suffisants de com- 
paraison avec le quiche qui ne possède presque aucun 
de ces caractères. Toutefois encore dans cet idiome la 
nature américaine se fait jour» mais ce n'est que dans 
les traits secondaires comme^ par exemple, dans la pho- 
nologie (1) , dans la multiplicité des formes du pluriel 
qui diffèrent pour les noms, les adjectifs et même pour 
les participes^ dans la grande facilité de substituer 
Vune à l'aisitre les parties^ du discours sans pourtant 
toucher à la racine, dans le système de numération, 
dans les termes qni expriment l'acte de manger et qui 
diffèrent selon l'objet^ dans le \\xxe (superflu) des 
formes dérivées du verbe, et il y existe enfin une seule 
eft faiUe tra^ de distinction entre l'animé et l'inanimé 

(l)'Le ^ftotiéflîteg' Aiïërietfi% o#re (FaUlfurs ûoiï-BétA^nnAil^ d^s 
éSÊéfetict» éoûfAûMÊ^9f Aé» déaf eontrMAB frappanti, s^HùO' les 



( iH ) 

dans les deux jHurtlcules exprimant le mouvement vers 
nn objet ( — uq Qipa). 

^Dsi pour ce qui concerne le caractère de spécifl* 
cation inhérent aux idiomes américains, les vestiges 
n'en manquent guère au quiche. Mads quant à la forme 
poly synthétique, nous sommes à nous demander si le 
quiche y peut prétendre le moins du monde? Bon 
mécanisme grammatical est, en tout cas, plutôt ana- 
lytique que synthétique, et rien n'y dénonce le carac-. 
tère holophrastique des idiomes du nord dont quelques- 
uns du midi participent en plus ou moins faible 
proportion. Faisons remarquer enfin que, d'ailleurs, 
tous les traits représentés dans ce résumé comme amé- 
ricains en ce qui concerne le quiche, se rencontrent 
également hors de F Amérique, mais répartis d'une 
manière plus ou moins différente. 

Au résumé, nous voici en face de toute une classe 
de langues parlées dans l'Amérique centrale dont le 
caractère nous fournit la preuve irrécusable que les 
notions sur les langues du gfand continent, notions 
devenues proverbiales, sont à réformer, — sort com- 
mun de tant d'hypothèses énoncées avec trop de préci- 
pitation. Ce résultat dérivant principalement de l'étude 
approfondie des idiomes précités dont fait preuve l'ou- 
vrage de M. Brasseuri nous tenons à lui en exprimer 
toute notre reconnaissance. Je regrette tout aussi sin- 
cèrement qu'il y ait dans le travail linguistique du 
savant auteur une partie qui me paraît bien équivoque ; 
car, hélas I ce sont toujours les montagnes les plus 
élevées qui projettent leur ombre au plus loin. Je veux 
parler de la tentative faite par M. Brasseur de consta- 






( 142 ) 

t^ dans le vocabulaire et la grammaire quichée des 
analogies avec les langues ariennes, principaleoient 
avec les germaniques et notamment avec le Scandinave, 
le danois et le flamand. Il est permis de douter que 
ces rapprochements basés sur une simple bomophonie 
de termes plus ou moins nette reçoivent les suffrages 
de la science linguistique moderne. Pour asseoir bien de 
pareilles comparaisons, il faut avant tout établir la 
généalogie des radicaux et des formes, et ce qui était 
encore permis à des savants aussi célèbres que Klap- 
rotfa, n'est plus acceptée de nos jours. Toutefois les 
mérites de M. Brasseur sont tellement réels et émi- 
uents, que ces observations ne pourront nullement 
lui donner ombrage» g 

La sQpQnde partie de To^vragge sous nos yeux contient 
le drame Rabinal-Achi dont le texte est en quiche et 
la traduction en langue française. Déjà l'existence 
d'une pareille , production littéraire chez un peuple 
américain excite notre intérêt. Rappelons que le Pérou 
et probablement le Mexique possèdent des ouvrages 
du même genre, et qu'en général les germes de l'art 
dramatique se rencontrent chez presque toutes les 
peuplades, même jusqu'aux Australiens et aux Hot- 
tentots. 

Le drame quiche ne nous parait pas mériter ce nom, 
du moins dans le sens que lui attribuent nos nations 
civilisées, car l'action y manque, la forme en est plu- 
tôt celle du simple récitatif, et des répétitions trop 
surabondantes finissent par fatiguer le lecteur. Toute- 
fois, le fond du caractère américain y est assez nette- 
ment dessiné : en effet, en ce qui concerne le vaincu, 



( 148 ) 

rîntrépiâité devant les tourments et la fierté poussée 
jusqu'à rinsolence en face de la mort; de la part du 
vainqueur, la générosité chevaleresque sans qu'elle im* 
plique pourtant le pardon. La teinte mélancolique et 
les regrets amers d'un bonheur perdu si marquant dans 
les ëpanchements poétiques du fils du Nord, paraissent 
avoir peu de prise sur l'âme de l'Américain du Centre, 
du moins à Tépoque où ce drame fut composé. D'ail- 
leurs, là comme au nord, l'avenir entre pour peu dans 
le jeu des passions et, dans les combinaisons qui en 
résultent, et le terme espoir dans le sens élevé que hii 
assignent les Ariens et les Sémites, parait laire défaut 
jusqu'au vocabulaire des races américaines. 

Messieurs, permettez-moi de rappeler en un mot 
les services éminents rendus par M. l'abbé Brasseur (de 
Bourbourg) à la connaissance de l'Amérique centrale. 
Certes, ses recherches historiques, ses publications de 
documents indigènes et leur vulgarisation par des tra- 
ductions fidèles équivalent à des révélations. Enfin, 
pour ce qui concerne le sujet dont j'eus l'honneur de 
vous entretenir, qui mieux que lui, qui a puisé à la 
source vivante, pouvait lever le coin du voile qui, à 
bien des points, enveloppe encore les idiomes améri- 
cains ? En efiet, des ouvrages pareils marqueront dans 
la science à tout jamais I 

Pruner-Bey. 



{ihh) 



IVoavelles et «•mmriinlJGiatloiiff. 

. *'- • ' .. ..1 .'■.." ''^ r . I 

NOTE . 

SUR LA POPULATION DE LUE DE CUBA, 

B' APRÈS LE lUSGSNSEMKNT Of f IGIEL 
FAIT EN 1861. 

GûiniiluiiioatioD «dressée à la Société de géographie 



'^i^mmmtmmm . 



'i '.^ 



dépft0«»9i|ieif:Qc»^eBl»lr'Ççit»lfitQrig9tal);.4^or 

minations adoptées ^tMWiW& V^H^' ^A^Hy qn'uAe 
nouvelle disposition du gouvernement a changé en 
deux seules dénominations : le département Occidental 
et le département Oriental. 

La capitale. ^ premier est la HayajQe qui Test de 
toute nie ; Ig^^apitale.du second .est Santie^Oide Cuba 
ou simplemefli Cuba. - - ' > 

Chacun de tei départements est subdivisé etl dis- 
tricts ou juridictions civiles. 

Le département Occidental renferme vingt-trois dis- 
tricts, avec une superficie de .2739 lieues carrées et 
une population de 1 132 010 habitants ; le département 
Oriental huit districts seulement, renfenûantl24â lieues 
carrées et 2Qh &20 habitants, . 



( 145 ) 

Totaux pour toute l'Ile : SI districts, S988 lieueti 
carrées et 1 S96 iSO habitants. 

Voici maintenant comment se trouve répartie la po- 
pulation générale de l'Ile d'après les races : 

Race blanche 793 384 iodividoi. 

Race de oooleur libre, en comprenant 
17 000 Asiatiqaes on Chinois 225 843 indÎTidni. 

Émancipés on noirs débarqués des na- 
vires négriers saisis par rantorité et 
libérés 6650 — 

EsclaYcs des deux sexes 370 553 — 

Total de la race de couleur, libre et esclaTe. 603 046 iodiTidus. 

L'île est aussi partagée en deux diocèses : un arche- 
vêché à Cuba , et un évêché dont le siège est à la 
Havane. 

Voici maintenant, par ordre alphabétique, la liste, 
avec la population en 1861, de tous les chefs-lieux qui 
ont donné leur nom aux 31 districts. 

Département Occidental. 

fiahia Honda 604 habitants. 

Bejucal 3 752 

Cardenas 12 910 

Cieafuegos 10 338 

Colon 1 593 

Guanabacoa 16 402 

Guanijay 3 989 

Gulnes 5 538 

Hayane 196 847 

Jaroco 1 273 

Matanzas 36 102 

Puerto-Principe. ... 30 685 



^■■«•■w 



 remporter 320 083 habit. 

VI. AOUT. A. 10 



( 146 ) 

Report 320 033 habitants. 

>4el-*Rio «..• , Z^$ 

NneTÎtas « « , ^ • t S48 

RemeiUos •«•••••«.« 6818 

Sagua-la-GraDde • • • . 9 682 

San AntODÎo • 5 224 

Saa Crtetttbal eùà 

Santa-Maria del RosariO ; . . . . 3 ^29 

Satitiago i .. . ^^M 

Santi-Espiritas i 12 833 

Trinidad 14 463 

Yilla-Clara 10 511 

Total pour le départ. Occidental. 392 628 habitants. 

Département Oriental. 

Baracoa 2 876 habitants. 

Bayamo 7 411 

€aba é 36 752 

Gnanténamo..».. l 881 

Holguifl « 5 203 

Jiguani 1 392 

Manzanillo 5 643 

Las Tanas • 2 017 

Total pour le départ. Oriental. 62 975 habitants. 

Les deux départements réunis donnent, pour la po- 
pulation des 31 villes et bourgs de Tîle, A55 603 habi* 
tants de tontes classes. 

Les prmcipaux ports ouverts au commerce étranger 
sont aujourd'hui : 

La Havane, le plus important de toute Tlle; Ma- 
tanzas, Cardênas, Sagila-lâ-Grandej port de Villa- 
Clara, appelée également Santa-Clara; Caïbarim^ 
port de Remedios ; Nuevitasp à 19 lieues de Puerto- 



\ 

^ 

\ 



(447 y 

Briorîpe, ter la oôte nardi Jibarai port de la petite 
viUe de Ho^in; BaracMi Gumèiénamo^ CiUm, Manr* 
zanilh, Ccmida; à une liew de la ville de Trimdadg 
Jmgm^ port de Gienfoégos, Tua des plus beaux du 
globe; en&ft le ifeo 5tiUMi» à une distance de 7 Ueues de 
Santî-Espkitus, s^veo un chemin de fer« J)'aiUeurs la 
plupart des lilles iiit6rieurea saut a^ieurd'Iluî reliéea 
à leur poFt par d<»( chemine de fw» 



i n éM mm 



NOTÉ LUE PAR Bff. ANTOINE d'ABBADIE. 

4 

Le conseU de k Société rojale ^géggraplûque d'An*' 
gleterre, qui parait se regarder comme juge de la 
question des sources du Nil, a fait imprimer une circu** 
laîre sans date, mais demandant des réponses pour 
le 1*' octobre prochain, et qui nous a été commnmquée 
dans la séapce du iO juin dernier. Cette cîrculaâre 
invite les géographes, et peutrôtre aussi les voyageurs, 
à envoyer à Londres, pour être repuèiiéeSi les conclu* 
sinus ou les b]^pQthàses (^ih aw^ient ^^ fait ç^q* 
naître au poMiOi 

Comme je me suis longuement occupé de la déoeu* 
verte des sources du Nil, soit en dirigeant vers ce but 

■ 

mes onze années de voyages en Afrique, soit en ^u- 
disait^ iifV»itieiiap^y le» reJ^ns deadiveravo^^ag^urs, 
je orois^ pouvoir tne periaettre ieî quelques réâeaûoua 
sur un aussi grand^sujet. / 

Sanâ accepter ni récuser tea voyageurs et géographes 



( 1*8 ) 

anglais comme juges uniques en cette matière, je ne. 
puis m'empëcher de faire remarquer qu'ils font une sorte . 
de pétition de principe en traduisant, comme ils le font, 
habituellement, par Nil Blanc l'appellation arabe Bahr 
el Abyad» qui signifie fleuve Blanc* Môme les géogra- 
phes français se servent quelquefois, mais bien plus^ 
rarement, du terme Nil Blanc^qui me paraît vicieux, 
car il est toujours préférable ^ou d'employer le nom 
indigène ou de le traduire exactement. 

Mais une ccmsid^ation plus grave dominft^oute 
cette question. Dans la science» lorsqu'on emploie un 
terme, il est quelquefois indispensable de bien (Jéfinir 
le sens qu'on lui donne* . Sans œtte précaution, les 
significations différentes qu'on attribue à' un inème mot 
peuvent bien n'être pas les mêmes pour l'auteur et le 
lectetir; C'est ce (jûi est amVé pour le mot sour ce. > 3* en 
ai recuei^i plusieuré défimtiœots, et,ià ma pri^i elles 
oiit ^é piubllées il fa quelques années; daâ»s un 
ouvrage didactique^ par rérudifc pffbfesseuçîM^r w)n 
Klôden, de Berlin (i). Jeleûite;de juémuûiire, mais je' crois 
merappderque, dand Féoflmi^ration dës.diveiises rai- 
sons qui font pcéféFeffl un i^u^tà îin autre,Het pour 
lui attribuer k^itreëysQluâifodeteonràié^ieau principal, 
le savant géo^rajifae aUfimasdia cmiia da^ parler de 
l'usagev ' ;r's '• /'..-•/'_ -^ ]:.../;• i.. .'. 

« Quem penes^ arbitrium'ei^, et Jus, et notmà foqàetidi:'» 

C'est, en effet, parle conaàitement général, et malgré 
des objections théoriques admises pac tous lesgéo- 

(1) Handhuch der physichm Géographie. 1859rp. 374. 



( l&O) 

graphes, qu'on a préféré le haut Mississipi au cours 
plus important du Missouri. 11 serait aisé de citer des 
cas analogues dans F Inde et ailleurs, et même eu 
France* En cette matière, on peut dire qu'il est sage 
de s'en tenir.au consentement universel et de l'accepter 
ppur règle, surtout quand on s'y conforme aussi ^ 
Topinion des voisins indigènes^ 

A ce titre, il faudrait anigardeir le fleuve Bleu comme 
un affluent plus< important que le fleuve ftlanc. les 
eaux du premic^'^cBit plus pures et phis bienfEÔsantes 
que ceUes du second. C'est pari^eite r^son sans doute 
que KaytumvL'^ bâti sur ]ame' du fleuve Bleu et 
que lesihafaitaiits féBSïïVmA exçlttsivemeiki'à ce dernier 
l'honneur de porter.aussi le nom de Nil. 

Maisqiiitton8anmoai€|nties<cOBsidéra;tions fondées 
sur l'usa^y et tâchons de porter dans la géographie 
cette habitude de >définitiobs exactes qui a imprimé un 
bel essor de progi*ès au autres sciences naturelles. 
Parmi le^ dir ou: douze Garaotères l[u'bn a mis en avant 
pour distinguer Fafiluent : ^riiicipal dfuuB rivière, les 
esprit^ les plus sérieoxpvâibreiit le voluiqe relatif des 
eaux , et > regardent comiàe la rivière psâ exeëllénce 
celle qui en a le plus; Un savaid français. M; Linant- 
Bey, s'est chargé il y a plus de vingt ans de résoudre 
pratîquepaent cette question en ce qui regarde le Nil, 
et j'ai provoqué la publication de ses mesures. Elles 
font voir que. si le fkuve Blau a: moins . d'eau que le 
fleuve Blanc pend^^nt lai saison sèche, il en a beau- 
coup plus durant les hautes eaux du Nil. Or ce roi 
des fleuves africains doit, toute son importance à ses 
crues. Sans elles le Nil ne serait qu'un canal de drai* 



(160) 

nage inutile dans les déserts stériles de cette Egypte 
que ses inondations rendent, au contraire, Tun des 
pays les plus fertiles du globe. 

La préférence dictée par la comparaison des débits 
des deux rivières qui se joignent près Kisartum est ainsi 
eonforme à Farrdt séculaire des voisins indigènes, et il 
me semble nécessaire de regarderie fleuve Bleu comme 
étant le vrai Nil. C'est l'opinion du savant M. Cooley, 
avec lequel il faut toujours compter eu matière de 
géographie, et de Peel {Ntthian désert, 1852, p. 66- 
917) qui l'appuie sur des mesures précises faites au 
confluent de ces deux fleuves. La constance dans 
l'époque des crues telles qu'on les observe en Egypte» 
montre d'ailleurs que les pluies qui les alimentent ne 
peuvent tomber que par exception dans lliémisphère 
austral* 



. ' 



(161 ) 

Iketem de 1» S««lété. 

EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX DBS SÉAlfCES. 



Séance du 8 juillet 1868, 



Le secrétaire général donne lecture du procès-verbal 
de la précédente 3éance. 

A ce 3ujet, diverses observatioas sont présentées par 
MM. de Qaatrefages, Malte-Brun, d'Abbadie» de La 
j&oquette et Vivien de Saint-Martin, eur les moyens 
d'obtenir un procès*verbal présentant eiacteraent le 
résumé des discussions engagées pendant la séance. 

Divers moyens sont proposés, tels qoe la pnésenee 
d'ua sténograpbe à cbaqqe séance, la eommunication 
du procès-verbal après sa rédactiw à chapon des 
membres ayant pris part aa^ diseuesîoDs, la rédaction 
même par ces membres de noteei pour insertion «i 
procès-verbal. Aucun de ces moyens ne présentant de 
solution sati^ûûsaQte, M. le Président conclut en invi- 
tant le secrétaire adjoint à prendre le plus de notes 
possibles, afin de compléter de son mieux celles du 
secrétaire général* Après ci^ observations, le procès* 
verbal est ^4opté. 

Le secrétaire général donne lecture de la correspon«- 
dance. 



(152 ) 

Son E^c. H. le mini^Wde la mannie annonce renvoi 
de deux excalJiplftireiS^ d'une potLçp de M. le général 
Faidherbe ^ur .ïavejftir du Sahara ejdu. Sguda». 

M, n^^^^ cJd^xiAÎm ^ <^tç& .italien, 

en mission à Paris, offre à la Société un eçi^ij^aire des 

épreuyesi p^ptograpJ|ique^ de^ jçivé* ur^guH^çR. dressés 

jpar les oi5(^içr§ d,^,çql:p^.^'é,1ift1^',lnaiv4ta^fy^ qud- 

'(jves ipa^sfi^^ .4^^. AJlpP» dW* .1*, réçettt^Ufnitation 

(rw(;o;4^)J^5ii^'.;,,,,. ...,...-.jij î^//'*. ^ -^ - . .- -. 

..r î*^ ^cpnd roi de ;§i^p»L re^rjje jja ,§0(h<^j d§ son 

f^dmîs^io^. a^,nol«br^ 4e,,3fs.jj^i:)9te?a#{ Q^^.an^once le 

prochain envoi d'unQ.i}Ql)^çtJ9i*^^Ypajg^%it©Btçriques 

Il est donné connai^ivpf^ d'i^ynÇ; lettre; 0e faire part 
de^^la^ïnprjÇ c^e.^ljf,^:!^ courte de 

jj^eluz^^^^p^^ , . /i, , .V A, .. 

/.,M; Malte-3^ui| cofloflc^unig^ laquelle 

M. Besobrsu^off. uQUvea^ii ^ecrét^ire d^la Sçfiiété géogra- 
pnique de Russie, lui annonce la publication par cette 
!^9!^:^m pouvePç,<^rtft,de>Sibéçi^, élaborée 
aveçlepl^s,graDd,^^Qp,^.çt qui est^ destinée à modifier 
bien dés idées sur le relief de la Sibérie orientale. Il 
annonce éç^^jçjjifjeift J^jBnvoiiiula,!^i^té de géographie 
aé. Paris. du premier wlume de l'puvrage de M. Radde 
^ur son .e^J(pratio^,ep^Sjb^^ cet ouvrage, imprimé 
en langue àllen^apd^ gt ^ec.luxe, ^ura trois. volumes. 
* \ Le secrétaire gép^l lit la l|ste des ouvrages oflerts. 

.\' M. de La.feoqufttte dépose sur le bureau, au nom de 

ir *r or '•♦•il ** w 

M. 'Godard de^^anouay,, ^rési^nt de la Société pouf 
1 instruction élén^en^^, ui|e noti,ce nécrologique sur 
la vie et lès^ travaux de M. Jomard, 



( 16« ) 

Le Blême membre (biî hommage, au nom du colonel 
Franîciseo Ceolfo, de* dix feuîHeé faisant partie d'un 
Atlas de PÉspàgne en cours fie publication. Ces cartes 
présentent &tr^ létite inarges' des détails statistiques 
intéressants. '' ' ^ 

M, Éli'Éjéë fièclns 'ôlTré/dèlà part de M.'Joanne, la 
àBXÈnëmepiiilié^iiGiÀétèa^^^ historique du 

DàUphthéi^immi^ii^'Àh frblfe' cârtiés et' huit profils 
de montagnes. Ayant lui-même coopéré & la rédaction. 
decè#ôwràjgè,^M.^Rèèlàè fourôit' quelques explica- 
tions àttï'-lefe pàj^ïîfe qtii îùi^ paraissent présenter un 
intérêt gÔÔgra^hF(î[tfe pîu* spécial' m ^ y : ^ • r 

Sur sa demande il sera rendu compte du nouvel iti- 
néraire. — '' Renvoi à M. Maùnoir. ' " * 

Ml A'. d'AbBadîji&'ttiïVe son troisième fascicule de la 
Triangulation de la haute 'Ethiopie. Cette troisième 
partie^'^st^ontftîÈte 'dé' cartes, '^armi lesquelles on doit 
citer les cartes telatiVes à Pînarya et aux frontières du 

Des remerclments's6nt adressés aux donateurs pré- 
sents à la séance'ôu serolit transmis' par lettre à ceux 
qui sont absents. '^ -' ' ' '' ^ ' ■''■ ' 

Il est proéédèà'radthissioti'des nouveaux ine^res 
présentés 'dafâ^ftt^èéânce'prëcédëritëV 'sont admis : 
MM. léf)" GasaMài'dePHéraUlè; et Jâ^es 'de Rothschild, 

M. Malte-Brun antfoûce que la Société est rentrée en 



possession deis papieft de M. lëï)' Peney, qui lui ont 
été remis paiflafamilte de ftï.'Jbmafd; il pense qu'il 
y a urgence à publier ceux de ces i)apiers et les extraits 
dû journal de voyi^è'qui ont triïît aux dernières excur- 
sioijs de M. le D' Peney, parmi lesquelles il s'en trouve 



( 154 ) 

une qui a conduit le voyageur jusqu'au deli des CJtta* 
ractes de Makédo» à plus d*uû degré au sud de Gondo- 
koro, c'est-à-dire vers le 3"" 30' de latitude N. Umet 
également sous les yeux de rassemblée une esquisse 
4e carte dressée par lui d'après les tracés de M, Peney. 
Cette carte sera insérée au cahier de juillet avec }çs 
notes que M. Malte-Brun jugera convenable d'y joindre. 

M. A. d' Abbadie lit une note sur la circulaire rédigée 
' par la Société géographique de Londres k Toccasiop 
de la découverte récente des sources du Nil par tes 
capitaines Speke et Grant. 

Une discussion s'élève à ce sujet sur la question de 
savoir lequel du Nil Blanc ou du Nil Bleu est le vr^i 
Nil; MM. d'Abbadie^ Vivien de Saint-Martin e$ d'Ave- 
zaCy qui y prennent part, après avoir exposé les divers 
motifs sur lesquels repose leur opipion, concluent ^ 
dire que l'appellation de Nil n'a été donnée que par 
extension au fleuve Blanc. 

M. Maunoir lit une note rédigée par Sf » J« Haast, prési- 
dent d'une nouvelle Société scientifique de la Nouvelle- 
Zélande, désignée sous le nom de Société philosophique 
de Ganterbury. 

M. A. d'Abbadie fait un rapport verbal sur deux 
lettres de M. Thomassy contenant quelques indications 
svr le déplacement des courants et les différentes 
salures de la mer; le rapporteur conclut qu'avant 4f 
publier ces lettres, 4'^îU6urs fort bien rédigées, il 
serait préférable d'attendre le i^etour de leur auteur. 

M. Elisée Reclus, chargé de rendre compte d'un 
manuscrit écrit par un chanoine et oQert à la Société 
par M. de Gastelnau, fait connaître verbalement que 



(16S ) 

66 travul, n'aymt que peu de vileiir, ne çcwDporte pas 
de rapport 

H. deQuatTofage» ealrelient la Soeîété des rapporta 
ayant existé aotre l'Asie et rAméri(}ne a?ant Ghri»^ 
tophe Colomb. UdoBoeàce sujet lecture des tradkionf 
des Natchea^ recueil&s par M. Lepage du Prat et 
iesérées daaoïs aoa Hisi9m\dii ia Lomsieme^L il, rela*: 
ûh à k ^enue sur la oôte ooqidentale de T Amàriqae» 
dans les premiëfes années du XYm^ siëole^ d'élrangersr 
qui paraissent être des Asiatiques sortis probabtemen& 
d'une des lies du Japon. — UL Vivien de Saint^Martiin 
pmise qu'il s'egiraitpli^t dés ftusaes sihérieasi 

IL MaUtt-Bcun lit ua extrait (des notaalaissëes 
W Peney sur lea NiafiMKiaiii Makaraka. 

La séance est levée i dSx lnQUces et denûe. 



Sléame du 17 fuiikt 186tv 

PRÉSIDENCE DE M. DE QUATREFAGBS. 

Le procès -^eiiial de la denuAre séanee est lu. et 
adopté. ' ' ' . 4 

Le secrétaire général dt«ine li^etam de la eorres- 
pondance. \ • ».*=...•» ^ . . > » 

Le général fflondel^ directeiii: dà DépM ée la guerire« ' 
adresse à la Sodété^ > pout * oejhpiéler satoUecfioa, [mr 
cinq feuilles qui eoipposent la W liwfcison de la calKe 
de France au l/80â00^. ^ 3)es remerdments emt 
adressés au donateur; 



( 156 ) 

M. E. Simon , chaîné d'une mission s^ricole en 
Chinej fait part de la mort de M. iSiebiorg, si^en offi- 
ciel; de la, ms^riae, néerlandaise. Il annonce en même 
temps sou départ jf^ ]f§ proymp^a^pccid^entales de la 
Chine et,l^mro^,d& dctcuments s^r^ç^s^^ excusions. 

1^. ilo^ ,^ à ètré 

admis au nopàre ^e^ ijjijBisbre& de la f^ppiété* LajCom- 
nussion centrale àécià^mf^]i^l^ègle^pvft seaifa envoyé 

^^n^Sj^/^'^^k^^^^^^^ conditions 

d'adunâi^,^,. ■KVl:.nriî(,?vi: è '■m v4; ^^ q 

<**?. .%H^^ ^^^^ çflppiwif^ti^n ver- 

baie d*bne lettre de M. Lejean d^éj^,^ ':^^ f^trier, 

'^fSli^p^.B^f^-oÇtî?^-^'? 9.^r^^ Wtrait de la 

Le m^me membre communique éga|^^];)^^vv]j|/9;lettre 

Renvoi au Bulletir^^^ .^j, ^,ar/o'KT d r.v^ V :- , 

Enfin M. i^ch^,Ç^^ 
Paris de M. Petrus Trûong Vinh Ky, directeur du col- 
lège des interprètes et interprète de la légation an- 
namite. 

Le secrétaire général dOllUe' Rëfûrè de la liste des 
ouvrages offerts. 

M. de Quatrefages présente les 3* et h^ livraisons de 
X Exploration archéologique de Id Galatie et de la 
Bithynie^ publiée par MM. G. Perrot, Ed. Guillaume 
et J. Delbet, sous les auspices du ministère d'État. 

M. de La Roquette communique une carte de 
MM. Speke et Grant sur leur dernière ^^exploration 
dans l'Afrique orientale. Une réduction aux'deux tiers 



( 157 ) 

en sera ultérieurement publiée au Bulletin par les soins 
de M. Malte-Brun. 

M. Elisée Reclus dEèpose dur le'bureàu ù^'b^ocliure 
de M. Dubousset, intitulée : Études sûr les poputd^ 
tions de la Perse et pays limitrophes. ' V . ' ■ 

M. Malte-BrUn offre, de là part dé M. Wli'^Éari(|), 
une brochure' ànir le vingt-ciuqtnème knnivé'rsau*e* dç 
la Société de Berlin, et uu tàbfeatf iiidiqtikût' les 'crue? ' 
des différents flettVëà^aerAfrîmi^.^^ .l.iîu.. n ^ i 

Le même membre cbmmuniciue une épreuve gravée,, 
de l'esquisse destinée à accompagner les notes' ^u 
îy Peney ; il lit eûàûîte Tintroduction qu'il a'prépfurép 
pour cette puMScafefOlrf.^ ^ 

Le secrétaire génératl donne ' lecf liré d^ùn dés rap-^ 
ports de M. Pruner-Bey sur la Grammaire à^e ta tângùé ^ 
qmchée^ par M. Tabbé Brasseur (dé Boùrbourg)*/— * 
RenvW au BttlfehH: " , ,. , 

M. Vivien dé Saint-Mairtinxoihmùnîque une uQÙce 
de M. Poussel sur la province de Catamàrià, 

La àôancè est levée "à dii Hëtires et deiiiié! ' " ^ V ^ ! 

^ J, c, .- . • .- r:rH4ii '♦îr- -;^L» oyj- 



jj ^ 






t f" 



Oi. 



(m) 



OUVRAGES OFFERTS k LA SOCIÉTit 

« 

SÉANCES h'jLOtt 1868. 



**««aa«a**iaM«*w«4w>-<«>W*>M 



Goiyra diplomaUco porloguez eQatendo osactoB e relaçôes poUticaa e 
diplom«tica» de Portugal com as diversas potencias do Énando desde 
oseeulo xvraté os nossot dits pubKcado de ordem dt academia 
Mal daa soieoeiaa. d« UsbM, pèr Lui^ AvgMte RetelU da SIlTa. 
Tomo I, UatK>a 1862. 1 Tol. in-4. 

ÀKSiAiiiw iOTAiB «sa. sGuuiCfia DB Luwm' 



ASIE, 



Lenéaa da lodia por Gaspar Correa. Tomo IIT, parte i. Éisboa 1862. 
•i tôt. Ai ' ktAtémë aotjrt.c Mes sciâiiceb DB-LfsBOimE. 

' ê * ■ * 

AFRIQUE. 

Recherches sar TorlgiDe de TaDcienne race égyptienne, par M. le D' 
Praner-Bey. Paris 1861. 1 broch. în-8. M. le D' Prdneb-Bet» 

OUVRAGES GÉNÉRAUX. — MÉLANGES* 

Coup d'oeil historique sur la projection des cartes de géographie, par 

M. d'Avezac. Paria 1863. 1 broch. in-8. M. d'Avezag. 

L'antica chiesa di santanna in Gerusalemme proprietà délia Fraacia 

sotto Napoleone III. Ulustrazione storica del P. Alessandro Rassi. 

M. 0. Gerusalemme 1863. 1 broch. in-8. — Annales du commis- 
" sariàt général de la terre, sainte à Paris, 1863; par Fr. Fulgence 

RigooD» fhindscain. 1 yoK in*8. M. Fr. Fulgence Rigihw. 



( 169 ) 

MÉMOIRES DES ACia)ËMI£S ET SQGIfiTfiS SiVAMTES^ 

UBGOEKLS rtmODlQOBS. 

MiUheikiHddii d'Aàg. Petermano, 1863, n9* 6 et 7. Juin el iiiillet« 
N* 6. Du lac Ouronmia au lac de Vân; eitraiU du loaroal da 
t^ (X« Blau (carte). — A. ScMafli^ Esquisse de la condition poU« 
tique et territoriale des proTinces riyeraines du golfe Persique. — 
UexpédiliaB de I8€ft ta Spilikerg. Otaefutioiis taagnétfqnes. — 
luTesiisatioiis de J. Haoit dani let Âlpetf de li Nontelle'MAidé. 
— Lettre de Tk. Kma^Xbadè dcfile d'el^Obed, capiUte du ttordo-' 
fjMi, à la di4« dt mÊHiëû iM»i -«^Umonrcd. Td^ dMmêi 
par soa donestivii» muitnmU '**•' U éMtttérU» de» sMMef dâ 
Nil |Nir leseapilAiftes Sfk$ «i Gram. •^AontiBi. lfMifelf*'(»rié 
de lltalieà l'^heitai de 3 7«0 0«9«» yar i4 é Fêt&mam. -^ D* ITMd, 
Les roebes MétantieaiMB. ^ D« ioièMe, Les fies OlflMtâiia dàntf 
TArchlpel. — Exploration (k li vallée delà Bourera, dans le tiassîn 
de rAmoùr, par if. Schmidt, — Voyage du D' Radioff dans TAltaï 
en 1861. — La colonie anglaise éë Stickeen. — Publications géo« 
graphiques. 

)<o 7, pr pkOèppi, BxcursiofD au bains et au nouveau vokan de 
Chillan, Chili (carte). — Sireekôr, Notices sur le bassin supérieur 
dtt Zab-Ala, et routiers de Yân à Kotour. — Traits caractéristiques 
de Terre-Neuve. — À, BasHan^ Sur les rivières du âirma. — No- 
tices géographiques. Répartition des troupes régulières de la Porte 
dans le pachalik de Bagdad. — Les Sept Étoiles^ près de Chao- 
}âog* — Le chemin de fer de Tisthme de Kraû. — Population de 
Sierra Leone, 1660. — Les Donallà du Cameroun. — Le cours infé- 
rieur de la rivière Bnrdekeen, Qneensland. — Quelques mots sur 
les ttes Ghioeha. •<— La mortafité^dans les divei'scs i^arVies des États* 
Unis. -^ Rectification pour les déterminations géographiques de la 
Novara. — Les colonies françaises en l^&O. — La carte des sources 
do Nil dé Speke (carte). — Voyage de M. de fieuglinet du clocteur 
SteiMaet) deKharfonm au lac Rek.—^ Publications géographiques. 

Zeitschrift fUr allgemeine Erdkunde. N<>" ^19, 1^0; mai Juin. 
N"* 119* C. Bolle, La distribution des fougères d^ns les (Iqs Ca- 
naries. — E, HUbner^ Études sur l*ancieoae géographie de !*£«• 



( 160 ) 

p8gil6. — MeMcke, Troisième Toyage de J. Mac Doaall Stoart i 
traven l'Australie centrale, en 1862. — Extrait d*one lettre de 
M. le baron C. deDeckentxk D' H. Barth. — Mélanges. W. Konert 
Notices sar l'itinéraire de Kiakhta à Péking k travers le Gobi (carte). 

— Notices statistiques sur les colonies anglaises, rinde exceptée, en 
1860. 

N<* 120. G. Aoien, La tombe des patriarches à Hébron. — 
H, BarihfSm la découverte d'un bras du Nil sortant du lacOuké- 
révé, par le capit. Speke, et sur Tethnographie de cette région. — 
Bfélanges. Terre-Neuve. — Lettre de M. de GiiUohy chargé d'affaires 
de Prusse près des Ëtats de la Plata. — Courte notice sur les raines 
de la ville phénicienne d'Amrit. — Les sources thermales de rem- 
pire d'Autriche. — Culture de la vigne en Californie. — Littéra- 
ture géographique. De Bamm, Voyage dans le N. E. de l'Afrique. 

— Société de géographie de Berlin. Mai. 

Revista trmenscU dolnstituto Matortoo geographico e etnographico do 
BrasU. f . XXIII, 1860. 1 vol. in-8. 

Z>. J. G. de MagoUhaeSj Os indigenas do Brasil perante a historia. 

— J. C. Fernandes Pinheiro^ Brasil hollaodez. — Braz daCosta 
Rubim, Memoria sobre os limites da provincia doEspirito Santo. — 
Sobre a existencia da preciosas minas de ferro e d'um rio sobter- 
raneo na provincia da Sergype. — Relatorio do vice-rei do Brasil 
Luiz de Yasconcellos ao sen successor o conde da Resende. — Tra- 
ducçao do cap. u da Vida politica de M. 6. Canniug, composta pelo 
A. Grandvilli Stappletton. — visconde de Sepetiba. — F. FeUc. 
de Fonseca, Relaçao do que aconteceo ao demarcadores portuguexes 
e castelhanos no certao das terras da colonia. — Roteiro corogra- 
phico da viagem que se costuma fazer da cidade do Belem do Para 
a Ville Bella do Mato Grosso, tirado do diario aslronomico que ao 
rio Madeira fizeram os officiaes Engenheiros no a. de 1781. — 
A, Lad. Monteiro Baena, Memoria sobre o transitodo Igarape-Miri, 
e a necessidade de um canal. — J. J. Machado d^Oliveiray Recor- 
daçoes historicas que se prendem especial mente a' campanha de 
1827, na guerre travada entre o Brasil e a republica Argentina 
sobre a questào da proV. Cisplatina. 



( I6l ) 

ProceedingSùfthe royal geographical Society ofLofidon, Vol. VII, n* 3, 
March-may. 

Explorations from Adélaïde acro^s the cootioent of Australia, bj 
/. Mac Doudll Stuart, — Exploration of the interior of Auçtralia, 
by B. Landsborough, — Explorations in the interior of Aiistralia, 
by M. Mac Kinlay» — Exploration from Kurrachi to Gwadur, along 
the Mekran coast, by F. Goîdsmid, ^ On the harbour of Sedas- 
hagar, by D. Macpharfon, — » ftobisbcflr stiM-^nf^ed to bé a bay, 
by If. F^HaU, — Afiét tb Red tint MÛ' the 8«^tchewan, by 
D' J. Rae. — Exptorat^D of the Elephaiit liloHtitain,' West Afirica, 
by F. Bvrion, --r NanSatîVe oî a= jditraey toôdé;^ttie capital df the 
Ijebo comitry, jan. 1862, by'eKj^tiAMlM^fdlc^*^ tnivels In Wes- 
tern Afrîca, by TF. WûitooOéHtaâiIttu A^ Officiai communibatioàs on 
new coloaf of Opoeenaliod, AiiBtcÉlia(>«ie/' - . 

Proceedings nf the amerîcan geographical and statistical Society of 
IVcw-rorfc. 1862-1863. €ah. 1 à 3.' * '' 

N^ 2. J. Banvard, On the flow oi the Mississipi riyer. , . 

N<^ 3. ^ F. Hal^ On some Arctic discoyeries, fful;.th^ reaj^ains o 
frobisher's expédition. — J. Banvard, On the se^ of Qalitee. — 
Ai iJws/inèrt, Western equatorial Africa. — /. P. Thqmp$09^ Cpoo 
ihe présent coudition and prospects of the Suez Canal. , , 

Boletime annaes do cor^lfiQ^ ^ltramax'ji^^.\i\^^fifi^,,^? ^91,,.9f|^ro 

1862. NM03,(iez, , .. ■ , ..,„.^r.- . '. . .m ..j ^\ .■•...'.'. 
N^ \OZ,Auçi. (jia Sylva^ Qhservaçocis^çobrç ^^.t^Qpa^.-do ,^af^|)fze. 

ProceedingsoftheroyalSiHMy,^'^^f^\'¥ébt!-Éièth, ' - ' '' 
A. J. ^2<ts, Ôn^ sliDt>le fortD!Ula-anit^ra«(vètt1 rlilé A^i^lt^Ia- 
iiogbe(igl^b»ioiiietrfeally withodt^logaritinft,' '^ ' ' :l> 

Schriften der Kœnigl. Physikalisch-OEcotiomischen GesellschafL zu 
Kœniasberg, 3« année 1862. 1" et 2° parties, in-4**. '. 

lytïacft. Description de deux anciens crânes trouvés près de 
Deutsch Eylau. " ... 

Nouvelles, 4nn^ des Vftyo^es, Juillet,^ .^^^ .,j ., , , .... ^ ^ 
l: Australie int^riçwe. Exploratiçn» ^ t v.oyfige|f I^^Uj^^r^ le «Cftn- 
linent australien, de 1860 à,1^62t,, par ^, A. Çharl6s Çrr,c^ : LGonp 
d'œil sur les colonies australienne^, t- H. Sç.çond yoyagc de Stui^rt, 
VI. AOUT. 5. 11 



( 4^2 ) 

1861. — m. Exploration de Barke, en 1861. — Sur le Theda 
Ochèma et les monts Camerons, pw Alexis Perrey : Relation d'ane 
ascension aux monts Gamerons (Afrique occidentale) « par le capi- 
taine Richard Burton. — Reconnaissance du Theôn Ochèma. — 
Grande carte topographique militaire des Pays-Bas. Nouvelles feuilles 
publiées. Son état d^avancement; par M. V, A, Malto^Bruné — 
Séance extraordinaire de la Société royale géographique de Londres. 
Réception des capitaines Speke et Grant. Une exploration seieDti- 
fique espagnole. — Prochain départ de M. Du Chaillu pour TAfrique 
équatoriale. — Travaux de la Société de géographie et de statis- 
tique de Mexico, en 1862. — Carte de TAustralie et itinéraires des 
voyageurs de 1840 à 1862, d'après Robiquet et A. Petermann; par 
M. V. A. Malte-Brun. 

Le Tour du monde. N"*" 176 à 189. 

NO" 176-177. Ninive, par M. Vivien de Saint-Martin. 

N^^ 178-180. Voyages STir les frontières russo -chinoises et dans 
les steppes de TAsie centrale, par Th. W, Atkinson. 1848-1854. 

N° 181. Voyage dans la Sibérie orientale, notes extraites de la 
correspondance d^une artiste (mademoiselle Lisa Cristiani). 1849- 
1853. 

N» 182. Voyagea Terre-Neuve, par M. le comte de Gobineau. 
1860. 

N<>' 183-184. Une excursion au canal de Suez, par M. P. Mer- 
ruau. 1861. — Revue géographique. 1863, 1^' semestre, par 
M. Vivien de Saint-Martin, 

N** 185. Voyage au Malabar, par M. le contre-amiral Fieuriat 
de Langle* 185d. 

N**" 186-187. Voyage dans le Harz, par M. A. Carnot, 1862, 

N"* 188. Visite aux grottes de Mammouth, dans le Rentucky 
(États-Unis), par M. Poussielgue. 1859. 

N<> 189. Voyage de Tocéan Pacifique à Tocéan Atlantique à tra- 
yers l'Amérique du Sud, par M. Paul Marcoy, 1846-60. 

Revue maritime et coloniale. Juin, juillet, août. 

Juin, Général Faidherbey L'avenir du Sahara et du Soudan (carte). 
— Les colonies françaises (suite). Mayotte, etc., (carte). — Capit. 
Bourgois^ Réfutation du système des vents de M. Maury {suite)* — 



(168 ) 

Aperçns divers sar la pèche cAtière aux États-Unis. — Législatioa 
de la marine marchande en Angleterre (suite), — Voyage du navire 
de guerre anglais VInvesligator sur le bas Niger, etc. 

Juillet. Capit. Azan^ La culture du coton au Sénégal. — Les 
eolonies françaises (suite). Sénégal et dépendances (carte). — Notes 
sur le Cambodge. — Capit. BourgoiSf Réfutation du système des 
y uni» de M. Maury (suite). 

Août. État actuel de Ja marine militaire et de la marine mar- 
chande de la Bussie. — L'artillerie navale et les navires cuirassés 
aux États-Unis. — ^e royaume de Cambodge. — Les colonies fran- 
çaises (suite). SéqégiK — Révolution de Madagascar. 

Revue du monde colonial. Mai, juin et juillet* 

Mai et juin. Le percement de Tisthme de Darien, par M. Jules 
de Lamarque. — Cuba en 1860, par M. ÉmUe Cardon. — Télégra- 
phie transméditerranéenne, par M. W, de Fonvielle, 

Juillet, L*isthme de Suez, par U. A, Noirot, — Les États-Unis 
d'Amérique, par M. MelvU-Bloncourt. — Le percement de Tisthme 
ëe Darien (suite et pi), par M. Jules de Lamarque. -h Note sur Toi^- 
ganisation militaire, administrative et territoriale des trois pro- 
vinces de la Cocbiachine française, par M. Henri Binêteau, — La 
Hollande et ses colonies (siiita), par M. Émiie Cardon, 
Annales hydrographiques, 1863, 1*' et 2* trimestres. 

i^' trimestre. Routier de lacdte nord d'Espagne (suite), trad. par 
M. La Gras. Capit. S. Bourgois, Renseignements nautiques recueillis 
à bord du Duperré et de la Forte, pendant un yoyage en Chine. — 
Observations sur la rade d'Alexandrie. — Capit. Leferf de La Motte, 
Remarques sur la navigation du golfe du Mexique et de rtle de Cuba. 

— C. de Coatpont, lieutenant de vaisseau, Renseignements sur la 
navigation du Paraguay. — Renseignements sur la mer Rouge, 
trad. de l'anglais par le capit. Lapierre. — A, J, Loftut, Route de 
Sincapour à Saïgon. — Capit. Pagel, Rapport sur la navigation de 
VEylau, de la Vera-Cruz h Toulon. 

2« trimestre. Routier de la côte N. d'Espagne (suite), — L. Bris, 
Renseignements sur les canaux de la côte de Patagonie. — Capit. 
Pradin, Renseignements sur quelques points de l'océan Pacifique. 

— P. Heath, Côte est de TAustralie. Renseignements sur la rivière 



( 164 ) 

Pioneer. — A. Polack, Mer de Chine. Observations sar la route de 
Test. — L. Pagelf Formule générale pour trouver la latitude et la 
longitude par les hauteurs hors du méridien. — Afouchax, longi- 
tudes chronométriques des principaux points de la côte du Brésil, 
rapportés au premier méridien de Rio Janeiro. -^ Les bouches du 
Mississipi, trad. de Tallemand de Kohi. 

BtAUelin de la Société d'anthropologie. Sept, à déc. 1862; janvier à 
mars, avril à juin 1863. trois fascicules in-8. 

Sept. -déc,. iS62, Mutal^ Note sur les crânes chinois. — Chavêe, 
Sur les origines étrusques. — Daily , Sur les origines américaines. 

— Berty Sur les hommes à queue. — Hayward, Notes anthropo- 
logiques sur TAmérique anglaise. — Hallégueny Sur Tethnologie de 
la Bretagne. — Broca, Sur les projections de la tète. — Ant. de 
Lacerday Sur les Indiens Patachos du Brésil. — D' Armandj Sur 
les diverses races humaines. — De Quatrefages^ Sur le camp de 
César de Cambo (Basses-Pyrénées). — Broca, Sur les caractères du 
crâne des Basques. — Boudin^ Influence de Tâge relatif des parents 
sur le sexe des enfants. — Morpain, sur les tombes celtiques de 
FAIsace. 

Janv.-mars 1863. Dukousset^ Sur les tumuli de la Perse. — 
Pruner-Bey, Les Basques sont-ils dolîcho ou brachycéphales ? — 
Broca, Sur les crânes basques. — Pruner^Bey^ lostructi'ons anthro 
pologiques pour le Chili. — Bonnaforkty Notice sur les trois chefs 
touareg qui sont venus à Paris. — Sur la couleur de la peau. — 
Jouvencelj Note historique sur les Touareg. 

Mari à mai, A. Duval, Note sur le Gabon. — Sur Faction des 
milieux. — Pruner-Bey, De la chevelure comme caractéristique des 
races humaines, d*après des recherches microscopiques. — L, Le- 
guay. Notes sur des antiquités celtiques. — Broca, Sur un crâne 
trouvé dans un vallum romain. — Jouvencely Sur la physionomie 
comparée des races. — Bertillon, De la méthode en anthropologie. 

— Sur la mâchoire d'Abbeville. — Simonot, Sur Torigine des peu- 
ples du Sénégal français. 

Mémoires de la Société d'anthropologie, T. V\ 4® fascicule. 

Priiûev-Bey^ Recherches sur l'origine de Tancienne race é^yp? 



( 1(55 ) 

tienne. — N. Périer, Sor Tethnogénie égyptienne. — Boudiny Du 
croisement des familles, des races et des espèces. 

Mémoires de la Société d^ agriculture y commerce, sciences et arts de la 
Marne. Année 1862. Châlons-sur-Marne (1863), 1 vol. in-8. 

Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département de Jtfotne- 
et'Loire. 1862. 1 vol. in-8. 

Mémoires de la Société d* agriculture, des sciences, arts et belleS'-lettres 
du département de VAiibe. 2^ série, t. XIII, 3* et 4'^ trimestres de 
1862. Troyes. 1863, ln-8, l""^ et 2« trimestres. 

BuUetin de la Société centrale d*agricuUure et d'acclimatation àe Nice 
et des Alpes-Maritimes, Octobre à décembre 1862, Janvier à mars» 
avril à juin 1863. 

Société académique des Hautes-Pyrénées, Bulletin. 5^ et 6* années, 
1857-58, 185S>59. 4 cah. in-8. 

Années 1858-59, n° 1. I. Lejosne, Mémoire sur Torigine des 
Basques. 

1859-60. I. DewUe, Études historiques sur Tarbes. — Couaraxe 
de Loa^ Les chants du Béarn et de la Bigorre, ou introduction à 
rélude de la langue vulgaire et de sa littérature. — L'abbé Berrens^ 
De rétat moral et physique de la population des Hantes-Pyrénées. 
— Rapport sur les réponses faites au Questionnaire archéologique. 
^ Lejosne, Épigraphie des Hantes*Pyrénées. 

Questionnaire archéologique pour le département des Hautes- Pyrénées, 
Tarbes, 1858. In-8. 

Règlementde la Société académique des Hautes'Pyrénées,TaiTbts, 1858. 
In-8. 

BuUetin de la Société des sciences historiques et naturelles de V Yonne, 
T. IVl. 1862, Z^ trimestre, Auxerre, 1862. 1 vol. in-8'>. 

L Desmaisons, Notice historique sur le pont de Joigny. -* 
A. Chérest, Étude historique sur Yézelay. 

Journal asiatique. Mars-avril, mai-juin. 

Mai, Reinaud, Relations politiques et commerciales de Tempire 
romain avec FAsie orientale pendant les cinq premiers siècles de 
l'ère chrétienne. 



( 166 ) 

Reinaud, Relation de Tempire romain avec rAsie orientale (/!»). 

— Wœpcke, Sur les chiffres indiens (fin), 

Bâvue orientale et américaine. N° 43 . 

Mobsein-Jchan, Un pèlerinage à la Mecque. — Éléments de la grap- 
maire othomi ; trad. de Tespagnol. — Umery, L'inscription funé- 
raire de Tong-Konng, en antiques caractères chinois. 

Revue de VOrient^ de V Algérie et des colonies. Mai 1862 à juin 1863. 
10 cahiers in -8. 

JtfaH862. FoucauXj Le Faucon et le Pigeon, légende brabma- 
nique. — PaïUhier, Le pays de Tanduc et les descendants du prêtre 
Jean. — Delarue, Voyage au Monténégro. 

Juin. Delarue, Voyage au Monténégro (suite). — E, Desjardins, 
Exploration archéologique de TÉgypte par M. A. Mariette. — 
?i LangUm, La congrégation Mékhitariste de Venise. — Relation 
d*an voyage [fait k Paris et en France à la fin du xv^ siècle, par 
ll^r^yrop, éyèqae arménien d'Ezenga. 

Juillet. Prud*homme, Constitution nationale des Arméniens. — 
Mavidah Le Sénégal, son état présent et ^on ayenir, —? Ch. de Ga- 
tmsj jOQrPal d*un voyage en Orient. 

Août* Mavidal^ Le Sénégal, 9tc. (suite). — « Prud'homme^ Consti- 
tution des Arméniens, etc. (sui^e). — De Gatines, Voyage en Orient, 
(jfuite)* 

Sept. -octobre. L. Dtpat, commerce de la Grèce. — A. GaUtzmy 
La question bulgare, — H, Delarue, Voyage au Monténégro (suite), 

— Mavidal, Le Sénégal (suite). — V. Langlois, Sur Torigine et la 
culture des lettres en Arménie. — Pauthier, Cérémonial de la cour 
de Khonbilalkhân. — Tauxier, Études sur les mouvements des po- 
pulations berbères antérieures à Tislamisme. 

Novembre-décembre. Vivien de Saint-Martin^ Sur les Blérayes.— 
Mavidal, Le Sénégal (suite). — Ubiciniy La Servie en 1862. — Les 
animaui, extrait de Touvrage arabe intitulé : Cadeau des frères de 
la Pureté ; traduit de Thindoustani par M. Garcin de Tassy. — 
Basile PefromtcA, Notice historique sur le Monténégro. — J.VinsoHf 
Notes sur les rois du Pàndi ou Maduré. — Ch. d'Orely^ Les Touareg. 

Janvier 1863. Mavidal, Le Sénégal (suUe), — Garcin de Tassy ^ 
Les animaux (suite). — Nicolas, Quatrains de Kbayam. 



( 167 ) 

Février-mars. P. Mounicou, Mythologie jat)onaifte. — ùarcin de 
Tassy^ Les animaai (suite), -^ Y» Langlois, Chronogfaphle d'Hé- 
thoam. — Mavidalt Le Séotfgal (^ti). «— À < â^àvfU^ Poésie serbe. 

— Tombeaux déeoaferka àBabylone* — A. d^ÀvrU, Les Bulgares 
noDunû. 

Àvril-maié Corène Calfa^ A^hagU, toi d'Arménie. •*- Annales 
chinoises de la dynastie Min. — Oareên de Tassy , Les animaux 
(suite), — V, Langlois, Les Journaux chez les Arméniens. 

Juin, Le Vénéxuéla. «^ Arschag U, rot d* Arménie (suite). — Les 
animaux (suite). — Mademoiselle Cl. Béder^ La féttime dans Ttnde. 

— Annales chinoises de la dynastie Min (suOe), — Histoire d^Ar- 
ménie^ par le yartabed Arisdaguès de Lasdiverd, trad. et acconipa- 
gnée de notes par M. E. Prud'homme. 

BmUetin de la Société géologique* ATril à juin. 

huUetin de la Société impériale.zoologique d* acclimatation. Avril, Juin. 

Annuaire de la Société météorologique de France. Avril-juin. 

Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences^ t. LYI, 
n»« 16 à 26; t. LVII, n*»*! à 7; 20 avril-i7 août. 

N<> 18. Note de M. d'Âbhadie accompagnant la présentation des 
calculs manuscrite relatifs k sa géodésie d'une portion de la haute 
Ethiopie. 

N° 1 du t. LYII. Rapport sur plusieurs mémoires de M. Pessis 
relatifs à la structure orographique et à la constitution géologique 
de l'Amérique du Sud, et en particulier des Andes du Chili. Rap- 
porteur, M. Sain,e-Claire Deville. 

N« 2. Grimaux de Cauœ, Du climat, et en particulier des lieux 
de Venise. 

Journal des savants. Février, mars, avril, mai, juin. 

Février. Bogdan Chmielnicki, par N. Kostomarof (2* article de 
M. Mérimée). — Barthélémy Saint -Hilairef Dessins et peintures 
bouddhiques offerts à l'Institut par M. Hodgson. — Le guide des 
égarés de Maïmonide, etc. (3^ article de M. Frank). —Fragmenta 
historicorum gnecorum, etc. (3* article de M. Egger). 

Mars. Théâtre complet de T^rence, trad. en teré pat M. le'mat- 
quis deBelloy (article de M. Naudet),-^ Bogdan Cmielniclii (l"^ ar- 
ticle de M. Mérimée), — Dessins et peintures bouddhiques» etc. 



( 108 ) 

(2* article de M. Barthélémy Saint-Hilaire), ^ BMioihecà^^itam 
grœcoram et latiDoram, edidit Dindorfius (article de M. Hase). 

Avril. The life of Mahomet, by W. Muir (!«' art. de M. Barthé- 
lemff Saint'Hilaire). — Clinique chirurgicale, par M. Maisonneuve 
(article de M. Flowrms), — Le Guide des égarés, trad. de Maïmo- 
nide par M. Muuk (i'' art. de U.Franck). — P. Abœlardi opéra, etc. 
(2^ article de M. Levêque.) — Éphèse et le temple de Diane, par 
M. E. Falkener (i^^ art. de M. Beulé). 

• Mai. Flourens, De quelques travaux d'histoire naturelle récem- 
ment couronnés par TAcadémie des sciences. — Bogdan Ghmiel- 
nicki (4® art. de M. Mérimée). — Enniane poesis reliqui» (3* et 
dernier art. de M. Patin), — Pétri Abselardi opéra (3® et dernier 
art. de M. Levêque). 

Juin» Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, par 
M. Guérin (2® art. de M. Hase). — Les mosaïques chrétiennes de 
Home, par M. Barbet de Jouy {3^ art. par M. Vitet). — Éphèse et le 
temple de Diane, par E. Falkener (2*^ art. par M. Seule). 

Annales du commerce extérieur. N^» 1461 à 1468, 1469 à 1476, 
1177 à 1483. Mars, avril, mai. 

N<> 1466. Cochinchine. Renseignements sur le climat et les res- 
sources du pays. 

N*> 1469. Traité d*amitiéetde commerce entre la France et Ma- 
dagascar, du 12 septembre 1862. 

Annales de la propagation de la foi, N*»» 207 à 209. Mars, mai, 
juillet. 

Lettrés des Seycfaelles, — de la Sénégambie, — des États-Unis, 

— de la Corée, — du Japon, — du Tong-king. 

Journal des missions évangéliques. Avril, mai, juin. 

Lettres de l'Afrique australe; — de Chine; — du pays birman; 

— de rinde; — de Madagascar; — d'Abyssinie; — de la Séné- 
gambie ; — de ^Amérique anglaise. 

La Correspondance littéraire. Février, mars, avril, mai, juin et juillet. 

Vlslhiftie de Suez^ journal de Vunion des deux mers, N^» 157 à 168. 
!•' janvier-l*"^ juillet 1863. 



BULLETIN 



D£ LA 



SOCIETE DE GÉOGRAPHIE. 



SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1863. 



Mémoires, Motices, etc. 



DES RAPPORTS 

ENTRE 

U GÉOGRAPHIE ET L'ÉCONOMIE POLITIQUE (1), 

DISCOURS LU A LA SOCH&TÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS, 
DANS SA SÉANCE PUBLIQUE DU i" MAI 1863| 

PAR M. JULES DUYAL, 
Secrétaire de la Société pour Tannée 1862-1863. 



« Tout ce qui fait naître des variétés quelconques de 
forme en un point quelconque de la surface terrestre, 
que ce soit une chaîne de montagnes, un plateau, un 
g;rand lac, une steppe verdoyante, que ce soit même 
un désert, bordé, comme un rivage, d'une lisière de 
forêts , tout accident du sol, en un mot, imprime uji 
cachet particulier à Tétat social du peuple qui l'habite. > 
(Humboldt, Cosmott t. I, trad. de Paye.) 

Messieurs, 
La géographie et réconomie politique sont deux 
sciences unies par d'iûtimes rapports naturels, toutes 

(1) Une partie sealement du discours suivant a pu être lu6 en 
séance publique; nous le rétablissons ici dans son entier. 

TI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 1« 12 



( 170 ) 

deux trop délaissées en France par la faveur publique, 
toutes deux dignes de prendre rang parmi les plus 
utiles. Un des meilleurs moyens d'obtenir pour elles 
cette sympathie de Topiniony ne serait-il pas de doubler 
leurs forces en les associant? Les deux sciences étu- 
dient avec le même soin, quoique avec des méthodes 
et des vues différentes, le globe, ses produits, ses habi- 
tants, les rapports des zones et des climats, les œuvres 
du travail humain, les sociétés politiques : en se com- 
muniquant leurs observations, eUos s'agrandiraient et 
se compléteraient sans se confondre. A ceux qui mé- 
connaîtraient la fécondité de ses recherches, la géogra- 
phie révélerait les précieuses informations qu'elle pos- 
sède sur la puissance productive des divers pays ; de 
son côté, l'économie politique, en étendant ses regards 
aux diverses contrées de la terre, embrasserait dans ses 
théories l'infinie variété des faits économiques, dont 
elle néglige aujourd'hui un trop grand nombre, par la 
contemplation exclusive des sociétés européennes. 

Cette voie que j'indique dans la science inépuisable 
des rapports de la terre et de l'homme, si elle est peu 
frayée, n'est cependant pas nouvellement ouverte. Sur 
les traces d'Hippocrate dans l'antiquité, de Bodin et 
de Bacon dans les temps modernes, Montesquieu es- 
saya, au xvm' siècle, de fixer les principes et les 
règles de la réciproque influence de l'homme et du 
milieu où il vit, dans ses fameux chapitres sur les 
climats, dont l'esprit plus rigoureusement scientifique 
de notre époque n'a guère respecté que l'idée générale ; 
Buffon éclaira le même sujet des splendeurs de son 
imagination et de son style. Quelques années plus tard, 



(171) 

IHii^ot ébaucha, dans le m6me esprit, un programme 
de géographie politique, dont Tamplenr de vues étonne 
aujourd'hui encore. Cabanis et tous les philosophes de 
Véoole sensualiste s'attachèrent à la doctrine de M(m« 
tesquieu, en l'exagérant même dans ses applications» 
mais en la rapportant à l'homme physique et moral 
plutôt qu'aux conditions économiques des sociétés. 
C'est en Allemagne surtout, et au xix* siècle, que 
l'alliance entre la géographie et l'économie politique a 
été scellée; citons seulement deux grands noms : 
Alexandre de Humboldt et Cari Ritter. 

De DOS jours, l'utilité de ce rapprochement est de 
nouveau appréciée en France ; elle est affirmée par 
quelques économistes (1); elle point chez plusieurs 
géographes. Un des plus éminents parmi eux, dont 
vous venez d'entendre la voix (M. Vivien de Saint- 
Hartin), a écrit récemment dans un livre destiné à 
populariser la géographie (2) : 

« Il y a entre la terre et l'homme des rapports qui 
iofluent tout à la fois sur le développement des indi- 
vidus et sur le rOle des sociétés; la géographie, em- 
brassant du même regard l'homme et la nature, doit 
connaître ces rapports et en déterminer les éléments. » 
Je partage entièrement cette conviction et j'y obéis 

(1) M. Hippolyte Passy, Mémoire sur Us oéuses qui ont (nfiné sur 
la inarche de la civilisation dans les diverses contrées du globe {Mé-' 
moires de V Académie dfis sciences morales et politiques ^ t. V); et article 
GuKAT dans le Dictionnaire d* économie politique de GuillaamJQ; 
M. Baudrillart, en ses Éludes de philosophie morale et d'économie po- 
^ue, etc. 

(3) Année géographique, lêSS, p. 4« 



(172) 

en edsayant d'esquisser^ âan& un premier chapiM^ 
quelques aperçus de la solidarité des faits ëconomiqaes 
et des faits géographiques, et d'appliqner ces vues, 
dans un second chapitre, à la solution rapide de quel- 
ques-unes des questions qui occupent nos contempo- 
rains. Dans ces aperçus, je laisse entièrement de côté 
le développement des individus sous le rapport phy- 
sique ou moral, cette étude appartenant à des sciences 
particulières ; je me bornerai aux faits assez généraux 
pour rentrer dans le cadre de l'économie politique ou 
sociale, deux qualifications que, pour l'objet de ce dis* 
cours, je puis confondre sans inconvénient. 



CHAPITRE PREMIER. 

RAPPORTS NATURELS ENTRE LES FAITS GÉOGRAPHIQUES 

ET LES FAITS ÉCONOMIQUES. 

Ces rapports s'observent, sur quelque trait tant soit 
peu caractéristique de la surface du globe que l'atten- 
tion se porte, sur les terres comme sur les mers, au 
voisinage du pôle comme sous l'équateur, en Orient 
comme en Occident : un rapide examen de chacun de 
ces traits l'établira. 

§ 1. — Les Continents. 

La division du globe terrestre en deux continents a 
exercé sur les destinées éconpmiques du genre humain 



(178) 

l'iùfltience la plus décisive. Que sous Tacâon des causes 
qui ont formé notre planète, elle eût été agglomérée 
en une masse continue, au lieu d'être partagée en deux 
grandes sections séparées par le vaste Océan, la vie 
des sociétés humaines eût été très-différente de ce 
qu'elle est devenue, au point de vue du commerce non 
moins que de la politique. Tous ces grands courants 
d'échange qui, depuis quatre siècles seulement, ont 
rapproché l'ancien et le nouveau monde, eussent com- 
mencé quarante siècles plus tôt. Les colonies euro* 
péennes, au lieu de se concentrer aux bords de la Mé- 
diterranée, et les colonies asiatiques au bord de l'océan 
Indien, se fussent disséminées sur d'autres terres et 
sous d'autres climats qui auraient versé leur contin- 
gent de produits dans la circulation générale. On peut 
dire que jusqu'à la grande découverte de Christophe 
Colomb, l'Amérique n'a pas existé pour l'humanité, 
dont l'existence subissait ime sorte de mutilation : en 
loi restituant un organe essentiel, cette découverte l'a 
dotée d'une plénitude de forces et d'un équilibre d'acti- 
vité qui jusqu'alors lui manquaient. 

La direction même des continents a exercé une 
influence propre : « Combien, dit Humboldt, la tem- 
pérature actuelle de la terre, l'agriculture, la civilisar 
tien même auraient été différentes, si les axes de l'an- 
cien et du nouveau monde avaient reçu une même 
direction. (1) » 

La grande distance qui sépare les deux moitiés in-* 
égales de la planète, après avoir été pendant une si 

(t) CosmoSf 1. 1, p. 345 et saiv. 



(174) 

longue période un obstaele absolu à leurs mutuelles 
commuuicatioûs, est au contraire devenue, dès que le 
génie de Thoaune a pu la franchir, une source de tra^ 
vail et une cause de puissance. Source de travûl, par 
la navigation, la première de toutes les industries pour 
la difficulté vaincue et la fécondité des efforts ; cause de 
puissance pour les nations qui se sont aventurées sur 
l'Atlantique avec le plus d'audace et de succès : tour à 
tour le Portugal, l'Espagne, l'Angleterre, la Hollande, 
la France, ont engagé sur cette arène liquide le combat 
de leurs passions et de leurs intérêts; elles lui ont dft 
leur plus haute prospérité. Et si l'Angleterre a con^ 
serve, mieux que ses rivales, les longues et lucratives 
faveurs de la fortune, elle le doit surtout ii l'indomp- 
table persévérance de ses colons poursuivant l'Amé^ 
rique, et de ses marins Pilonnant l'Atlantique, devenu 
bientôt aussi la voie maritime vers l'Orient asiatique 
et l'Océanie. Les efforts combinés de ses marins et de 
ses colons lui ont valu quelquefois le monopole, depuis 
longtemps la prépondérance sur les mers, qui est le 
pivot de sa suprématie commerciale et de son grand 
rôle politique. La division de la terre en continents et 
en mers lui a ménagé cette haute destinée, de concert 
avec d'autres conditions que nous aurons à indiquer, 
Franchie et amoindrie par la navigation» la distance 
eotre les deux continents s'est révélée de nos jour? 
comme un obstacle invaincu, pour un mode de com- 
munication plus rapide que le vent et la vapeur, pour 
l'électricité. L'échec du câble sous-marin, vainement jeté 
en 1858 entre l'Irlande et Terre-Neuve, n'a pas jusqu'à 
présent été réparé, car on est encore à des projets pour 



( 476 ) 

la ligne à établir entre le nord de TEnropeet le Groen- 
land, comme pour celle qui prendrait appui sur les lies 
africaines, dans la eone équatoriale. Dans ce simple 
fait brut, une distance d'environ 700 lieues sous mer, 
se condensent tant de difficultés, que l'esprit d'entre- 
prise aime mieux se retourner vers TOrient par une 
double voie, Tune au ncvd, qui traverse la Sibérie, 
l'autre au sud, s'inflécbissant vers l'Inde et l'Indo* 
Gbine, pour remonter à l'est vers la Chine et le Japon, 
et atteindre, par le double cordon des lies Kouriles et 
des îles Aléoutiennes, et même par le détroit de Beh- 
ring, le littoral de l'Amérique. Le jour où les deux 
continents échangeront leurs signes écrits en quelques 
heures, quel progrès dans le perfectionnement de la 
sociabilité humaine I 

Considérés dans leur masse et leur volume, les deux 
continents présentent une très-grande disproportion : 
l'Amérique ne dépasse guère, sous ce double rapport, 
la moitié de l'ancien monde, même en ne tenant pas 
compte de TOcéanie, où il est permis de voir les som- 
mets émergents d'un troisième continent. Y a-t^îl 
quelque lien entre ce fait purement physique et cet 
autre, principalement physiologique, qui montre dans 
le nouveau monde la vie animale et la vie végétale 
traipérées en quelque sorte, dans les formes et dans les 
forces f les végétaux plus prompts à se désorganiser 
sous la hache du défricheur, les animaux plus petits 
et plus faibles, les indigènes mêmes (Peaux-Rouges) 
d'une organisation moins virile que les fortes races de 
l'Europe? Qu'il y ait quelque intime corrélation entre 
le volume d'un continent et l'intensité de ses forces 



(176) 

plastiques, on le conçoit, on l'entrevoit ; mais des W' 
vestigations approfondies seraient nécessaires pour 
élever ce soupçon à la hauteur d'une hypothèse plau- 
sible, et surtout d'une vérité certaine. 

D'autres considérations naissent de l'examen des 
contours des continents et du plan de leurs surfaces ; 
mais comme elles s'appliquent avec plus de précision 
aux diverses parties du monde entre lesquelles on a 
coutume de diviser le globe , pour la commodité du 
discours nous les rapporterons à ce titre. 

S 2. — Les Parties du monde. 

Les cinq parties du monde aujourd'hui admises de- 
vraient être portées à six, en distinguant l'une de 
l'autre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, 
réunies par un isthme plus étroit que celui qui joint 
l'Afrique et l'Asie. 

En chacune d'elles la surface, qui est le premier des 
caractères géographiques, a des propriétés écono- 
miques révélées par l'histoire. Lasurface est-elle plane, 
ouverte, se prolongeant sans barrière jusqu'aux lom-' 
tains horizons, les familles humaines s'y mouvront avec 
aisance : au lieu de se grouper, elles se disperseront ; 
niarchant à l'aventure, elles émigreront facilement de 
région en région, se constituant plutôt en peuplades 
errantes qu'en peuples fixes. Chez elles, la vie nomade 
l'emportera sur la vie sédentaire, à moins qu'il ne sur- 
vienne des causes directement contraires ; les nationa- 
lités aux fermes contours seront difficiles à organiser. 

Propices à l'expansion, les vastes espaces le seront 



(177) 

aussi à l'invasioD si quelque richesse locale tente l'es- 
prit de conquête. Aucune frontière naturelle ne bar- 
rera le passage aux envahisseurs. La cohésion, qui 
manquera pour le travail et F existence commune, man- 
quera aussi pour la résistance ; mais le vainqueur sera 
plus maître des lieux que des hommes qui fuiront de- 
vant lui. 

Le retard en sociabilité qui résultera de ce défaut 
de consistance et de centralisation, annulera les avan- 
tages naturels qui naîtraient de la facilité des commu- 
nications. A défaut de bonnes routes, que i)eut seul 
exécuter un peuple civilisé, les échanges seront lents, 
coûteux, opérés à l'aide de longues caravanes et de 
lourds chariots, instruments de l'industrie rudimen- 
taire des transports. Veut-on un jour, à l'instar des 
peuples voisins^ raccourcir ces immenses étendues par 
des voies solides et des chemins de fer, la dépense 
effraye, car elle est proportionnelle à l'étendue du pays, 
et le revenu probable n'encourage pas, car il se mesure 
au bien-être et à la densité des populations. 

A ces traits, on reconnaît les vastes plateaux de l' Asie 
centrale et septentrionale» et les plaines de la Syrie 
prolongées en Arabie, et les solitudes sahariennes, 
et toutes les localités favorables au parcours nomade 
des tribus et à leurs migrations. Ces traits conviennent 
à la Russie d'Europe et d'Asie, montant si lentement 
de la barbarie à la civilisation, tant elle est affÎEdblie 
par l'immensité même de ses territoires non peuplés 
et mal cultivés; ils s'appliquent à la Pologne, dont 
l'héroïque infortune lutte contre le vague de ses fron- 
tières indécises et mobiles; ils s'appliquent à l'Europe 



( 178 ) 

orientale totit entière, inférieure en poissanee, en ri- 
chesse, en civilisation à l'Earope occidentale» au relief 
si accentué, aux contours si découpés. Ils s'appliquent 
même à la région centrale de l'Europe, où les vastes et 
uniformes étendues qui se déroulent depuis les plainea 
interposées entre la mer Caspienne et les monts Ourals 
jusqu'à l'Océan, ont longtemps retardé la fixation des 
races slaves et germaniques, sans cesse traversées, 
déplacées et renouvelées par les courants des migrai 
tiens asiatiques (1). 

« Les articulations nombreuses, dit Humboldt, la 
forme richement accidentée d'un continent , exercent 
une grande influence sur les arts et la civilisation des 
peuples qui l'occupent (2). C'est, de conçut avec le 
climat, qui en dérive même partiellement, la cause qui 
a le plus aidé, après le génie naturel de la race blanche, 
à la suprématie de l'Eutx^pe, et qui en a fiait la tète de 
l'humanité, quoiqu'elle soit une partie relativement 
petite du globe, comme la tète du corps humain est 
moindre de volume que le tronc et les extrémités^ mais 
supérieurement organisée. Bien que l'esprit commande 
à la matière, la {ùrce à la forme, la qualité à la quan- 
tité, et que dans l'humanité, comme dans l'homme, il 
soit vrai de dire : 

cependant, ici et là, des organes bien trempés, bien 

(1) Voyez le lavaot mémoire de M, Migoet : Cammont Vttnoidtm» 
Germanie est entrée dans la société civilisée de V Europe occidentale et 
lui a servi de barrière contre les invasions du Nord ( Mémoires de 
V Académie des sciences morales et politiquesj t. UI). 

(2) CosmoSy t. I, p. 340. 



( *'• ) 

coordonnés, sont de précieux instruments pour la puis» 
sance de Tesprit» et l'Europe, par le bel agencement 
de ses terres et de ses mers, de ses montagnes et de 
ses plaines, de ses fleuves et de ses valléesi favorise 
admirablement l'essor des races humaines qu'une tor^ 
tune propice y a conduites. 

En soumettant à une observation plus précise les 
contours des régions terrestres, nous allons y saisir de 
plus près le lien intime de la géographie et de Téco* 
nomie politique. 

g S. ^^ Les CaïUaurs. 

Qu'il s'agisse des coniinents, des parties du mondet 
ou des cmtrées moins étendues, le contour exerce 
une influence manifeste sur la destinée des habitants ; 
suivant qu'il est entier ou échancré, anguleux ou ar- 
rondi, suivant la proportion respective de ces divers 
traita, les efiets économiques et politiques sont eux- 
mêmes très-*divers. 

Une terre au contour entier, continu, sans écban-- 
crure, lors même qu'il se déploie en longues sinuosi-* 
tes, est difficile à aborder, difficile à quitter, faute 
d'abri pour les navires. Une , terre ainsi limitée est 
fermée à la féconde pénétration du commerce et de la 
civilisation exiérieure. Ses peuplades autochtones 
doivent faire à elles seules leur éducation , œuvre 
toujours difficile et incertaine, qui avorte très-sou- 
vent. 

Tel est le sort de l'Afrique, et Tune des principales 
causes de son retard en progrès social. Au nord, elle 



< 480 ) 

n*est accessible que. par quelques points, sans large et 
facile ouverture vers l'intérieur , à l'exception d'Alexan- 
drie, où aboutit toute la région du Nil. Sur Fimmense 
côte occidentale, trois àquatre grands fleuves, le Sénégal, 
la Gambie, le Niger, le Congo ; sur la côte occidentale, 
un seul d'une importance pareille, le Zambëze ; voilà 
pour un contour de plus de 20 000 kilomètres (1)! 
Encore Tembouchure de la plupart est-elle défendue 
par une barre et des bancs qui en rendent l'entrée 
périlleuse. Sur le littoral tont entier de Test, du sud 
et de r ouest, la nature a refusé un seul de ces vastes 
ports, abrités et profonds, dont elle a doté les autres 
parties du monde : où la civilisation en a besoin, comme 
à Alger et au Gap, elle a dû en faire presque tous les 
frais. Même avec de tels ports, l'Afrique aurait sans 
doute opposé encore à la curiosité bumaine les ardeurs 
de son climat ; on peut néanmoins assurer qu'une péri- 
phérie plus accidentée eût grandement avancé la civi- 
lisation qui a pu s'ébaucher à peine dans les rares sta- 
tions du littoral. L'intérieur du pays, plus rapproché 
du rivage par des coupures plus profondes, et entraîné 
dans la sphère d'attraction des grands ports, eût livré 
au commerce des produits qui se perdent faute de 
débouchés, et dont la vente eût réveillé au sein des 
populations abandonnées à la nature brute, les besoins 
d'une sociabilité plus raffinée, et avec eux le goût du 

(1) Je préviens une fois pour toutes que les nombres géographiques 
cités dans ce travail sont empruntés au teite dont M. Onésime Reclus 
a accompagné V Allas sphérdidal de M. Garnier; ils m'ont paru d'une 
exactitude suffisante pour Tobjet de ce travail, malgré quelques erreurs 
faciles à relever» et dont la typographie est en partie cause. 



{ «1 ) 

travail agricole et industriel. Rendus par rechange plus 
intelligents, plus avisés, plus laborieux, les noirs au- 
raient été moins aisément réduits en esclavage par une 
minorité de forts et d'habiles; représentant un cs^itid 
productif de richesse, ils n'eussent pas été livrés à vil 
prix à l'odieuse exploitation de la traite ; valant et coû- 
tant davantage, ils n'auraient pu être exportés qu'çn 
moindre quantité. 

A un degré moins prononcé, ce manqiie d'échan- 
crures profondes et nombreuses se retrouve dans la 
côte sud-ouest de l'Asie (péninsule arabique), entre 
Aden et Mascate, qui se voit par là privée de tout 
rôle maritime et commercial ; sur la côte occidentale de 
l'Australie, où languit isolée la colonie de la Rivière 
des Cygnes. L'Amérique du Sud, sur son double rivage 
oriental et occidental, présente aussi un profil moins 
découpé que l'Amérique du Nord, et ce caractère n'a 
pas été sans action sur son infériorité politique et éco- 
nomique relativement à sa sœur septentrionale. 

Dans celle-ci, au contraire, depuis le Saint-Laurent 
jusqu'au bord méridional du golfe du Mexique, et 
même sur le bord opposé, le long de la Californie, 
bien qu'à un moindre degré, quelle admirable variété 
de dentelures qui ouvrent des refuges aux navires, des 
asiles aux émigrants, et pénètrent dans l'intérieur par 
le canal tout creusé de nombreuses rivières ! En met* 
tant à profit ces dons de la nature pour fonder des 
établissements qui sont devenus de Qorissantes colonies, 
et bientôt une puissanteconfédération— jusqu'au jour 
où la guerre civile Ta déchirée, — les colons du nouveau 
monde ont i*ecommencé l'histoire de l'ancien» telle. 



( 182) 

qu'elle se dérooia, avec une incoaipàrable splendeur » 
autour de la Méditerranée et sur lé rivage oriental de 
l'Atlantique (Grèce, Italie^ Ibéiie, France, Scandinavie» 
Bretagne), possédant une multitude de golfes» de baies, 
de rades^ de ports, trop célèbres pour que je les 
nomme, qui devinrent, dès une haute antiquité, dès 
foyers de commerce et de colonisation, et ont, pour la 
plupart, maintenu et développé, à travers les siècles, 
leur lustre premier* < Dans la Méditerranée, dit encore 
Humboldt, dont j'aime à invoquer le témoignage , la 
disposition physique des côtes influe sur la marche des 
événements, sur la direction des voyages et sur les 
vicissitudes de la suprématie maritime. )> 

Aux antipodes de l'Europe, c'est sur la partie la 
plus accidentée de l'Australie et des grandes fles qui 
l'entonrent, que ce sont q>ontanément fondées, par 
l'initiative des éâiigrants, des villes déjà célèbres t 
Sydney, Melbourne, Adélaïde, Hobart-town, Aukland« 

On peut donc accepter, comme une loi générale 
confirmée par l'histoire, que la disposition physique 
des côtes des continents influe sur la direction et le 
succès des voyages d'exploration, sur le choix des éta* 
blissements, sur les relations extérieures, sur la con« 
dition des sociétés. L'énergie de cette loi se mesure au 
rapport mathématique des lignes de côte à l'étendue 
superficielle, qui a été calculé comme suit : 

Europe . . . • é • . 1 kitom . de côCe pour 2S9 Ictlom . car. de luperfleie. 

Nord-'Amérique. 1 — 407 — 

Australie l — 534 — 

Sud-Amérique.. 1 — 689 — 

Ade < - 763 - 

Afki<|oe.e 4 — 4^W -^ 



( iss ) 

Ce ample tebleati du rapport oôtier traduit, en un 
langage lumineux, l'aptitude comparative des grandes 
parties du monde à la oivilisation. Il éclaire toute 
rbÎBtoire. 

Sur le pourtour des continents se rencontrent des 
traits de configuration terrestre» dignes par leur 
fonction économique d'une analyse spéciale : ce sont 
les isthmes, les caps* les péninsules. 

S A« -^ Les lsthme$. 

Les isthmes jouent un double rôle : ils unissent les 
terres, ils séparent les mers; d'où Ton peut induire 
que, dans les âges où dominent les communications 
par terre, les isthmes seront envisagés comme utiles ; 
tandis que dans les âges où dominent les communica- 
tions par mer, on sentira le besoin de les couper par 
des canaux qw des chemins de fer qui continuent la 
route maritime» 

Les plus rapides aperçus justifient cette théorie. 
L'isthme de Suez ouvrit l'Asie aux armées de Ramsès, 
de Bonaparte, de MéhémeirAli, et il ouvrit l'Egypte 
aux émigrations asiatiques, aux invasions des Perses, 
des Grecs conduits par Alexandre, des Arabes, des 
Turcs* Au moyen âge, l'isthme de Suez servit le cou- 
rant commercial qui s'établit, à travers l'Egypte, 
entre l'Orient et l'Occident, et procura l'opulence aux 
villes d'Italie. Aujourd'hui cet isthme, qui condamne 
la navigation à faire le tour de l'Afrique par le cap de 
Bonne-Espérance pour passer d'Europe en Asie et en 
Océanie, et réciproquement, nous importune comme un 



( 184 ) 
obstacle avec lequel il faut en finir. Nous 'en finirons» 
n'en doutez pas. Le jour où la mer Rouge et la Médi- 
terranée confondront leurs eaux sillonnées par des 
milliers de navires, quel changement dans la condi- 
tion politique et économique du genre humain I Sur les 
bords du canal de Suez, l'Orient et l'Occident, le Sep- 
tentrion et le Midi, mêlant leurs peuples, leurs races, 
leurs langues, leurs costumes, leur culte, leurs mœurs ; 
les distances entre les villes de l'ancien monde réduites 
de moitié ; l'Asie extrême, l'Afrique orientale, l'Océanie 
occidentale, entraînées dans le courant des affaires 
européennes ; toutes les cités maritimes, assises sur les 
bords de la Méditerranée et de la mer Noire, renaissant 
à leur antique splendeur et décuplant leur commerce ; 
toutes ces merveilles, la coupure d'un isthme par un 
canal les aura accomplies. 

Le percement de l'isthme de Panama et de Tehuao- 
tepec, en évitant aux navires qui, d'Europe, se rendent 
dans le Pacifique, l'immense détour du cap Hom, 
exercerait une influence considérable, sinon aussi déci- 
sive, sur la direction des routes maritimes et commer- 
ciales. Dès aujourd'hui, la circulation établie d'un bord 
à l'autre par un chemin de fer, montre comment les 
isthmes s'aplanissent devant la volonté de l'homme. 
C'est la Californie qui a recueilli, dans l'afQuence des 
chercheurs d'or et dans l'exportation de ce métal en 
Europe, le principal bénéfice de ce progrès local dans 
la viabilité du globe : prélude de communications plus 
complètes qui s'établiront par le lac de Nicaragua, si 
les isthmes montueux de l'Amérique centrale opposent 
trop de résistance. 



(185) 

Un autre isthme qui, en Europe, appelle une pareille 
réforme, est celui de Gorinthe, dont l'ouverture per* 
mettrait aux navires d'éviter la traversée toujours pé- 
nible et souvent dangereuse de l'archipel grec. Le 
percement de l'isthme de Tenaiiserim, qui ferme la 
presqu'île de Malacca, aurait, en Asie, des consé- 
quences économiques non moins importantes. 

§ 5. — Les Caps. 

La fonction des caps, conmie celle des isthmes, se 
tourne tour à tour en utilité et en dommage. Par leur 
avancement en mer, et lorsque les roches dures qui 
forment leur charpente sont associées à des roches 
plus friables que sapent et démolissent les eau'x, ils dé- 
terminent des enfoncements et des érosions de rivage 
éminemment favorables à la sécurité de la navigation ; 
mais se projetant en travers des vents et des courants, 
ils provoquent ces remous violents qui font un peu de 
tout promontoire, comme du plus fameux de tous, un 
cap des tempêtes. Dans les ténèbres de la nuit, leurs 
bases, prolongées sous les flots, sont de redoutables 
écueils jusqu'à ce que leurs sommets, couronnés de 
phares , éclairent au loin la route des navigateurs. 

Un caractère général, dont l'effet sur l'industrie 
humaine mérite d'être observé, c'est la forme pyrami- 
dale et conique, avec prolongement dans le sens du 
méridien, de la plupart des grandes terres, l'Afrique, 
l'Amérique, les deux presqu'îles de l'Inde. Gomme les 
sociétés humaines répandues d'abord dans la zone 
tempérée, tendaient à commumcjner suivant Taxe de 

VI. SEPTEMBBE ET OCTOBRE* 2. 13 



186) 

l'ancien continent, d'Occident en Orient, leurs navires 
furent amenés, pour tourner les obstacles, à pousser 
fort avant dans le sud, dans les profondeurs inconnaes 
de rhémisphère méridional. C'est en longeant, d'es- 
cale en escale, la cMe occidentale d'Afrique, que le 
Portugal a préparé la gloire de Vasco de Gama, dou- 
blant enfin le cap de l'Afrique australe ; et c'est pour 
atteindre les Moluques que Magellan, de son côté, 
doubla le cap Horn et s'aventura dans l'océan Pacifique. 

§ 6. — Les Presqu'îles ou Péninsules, 

Ne sufiSt-il pas de nommer la Grèce, l'Italie, l'Es- 
pagne, pour faire entrevoir le rôle des terres de toutes 
parts entourées par la mer, sauf d'un seul côté? Ce 
caractère dit leur destinée : vocation maritime, indé- 
pendance politique, isolement ou faible communication 
avec les voisins, suivant que la ligne de contact est 
plane ou montueuse ; en tout cas, personnalité forte-- 
ment dessinée. 

En Asie, l'Arabie forme une péninsule non moins 
célèbre que celles de l'Occident, car elle fut le berceau 
de l'islamisme et le point de départ de 3es apôtres 
guerriers s' élançant à la conquête du monde. Cet élan 
soudain et violent ne fut pas le fruit improvisé du 
génie audacieux de Mahomtet, livré à la force de ses 
seules inspirations : le prophète put féconder de sa 
parole des germes préeustants, et qui devaient leur 
formation première aux conditions géogr^Lpbiqu^s de 
l'Arabie. Comprise entre les golfes Arabique et Per- 
flique^ entre l'fiuphrate et la mer iniérieure qm bai^ 



( 187 ) 

goait la SyriCt voisine de TÉgypte, de l'Europe» de h 
Perse, placée sur h route de Tlnde, elle avait de tout 
temps pro0té, pour s» politique et 9on commerce, des 
privilèges de sa position iqt^r||lédi4ir6, Pendant de 
longs siècles, T Arabie avait a<;cuqiulé| en langage 
économique, un capital de connaissances, de popula- 
tions, de relation3, qiie la parole enflatamée de Maho- 
met et l'ambition d^ ses disciples firent servir à l'asspr 
jettissedi^t d'une partie considérable du monde. 

S 7. — Les Mers. 

Les fonctions économiques de la mer, considérée 
dans ses traitai les plus généraux, ne soqt pas moins 
importantes que celles de la terre* Elle sépare les 
sociétés rudimentaires ; elle unit les sociétés avancées. 
Le sauvage sur sa pirogue se livre à un court et ti^^iida 
cabotage ; sur ses vaisseaun dç commerce ou de guerre, 
le civilisé parcourt le monde : la mer lui est la route 
la plus facile pour l'exploration du globe. Grâce à cette 
propriété si favorable à la civilisation, la mer Rouge 
portait les Phéniisiens vers les terres de l'encens, de la 
myrrhe, du baume et de l'or ; la Méditerranée apparaît, 
dès les premiers âges historiques, comme le berceau 
des peuples de l'Occident, le centre de leur politique 
et de leur commerce* D'une étendue médiocre, et ré- 
duite encore par la multitude d'Ues dont elle est parr 
semée, livrée à des vents et à des courants qw ji^vent 
utiliser les pilotes, entourée de terres accessibles, sur» 
tout le long de son rivage septentrional, où«ellepér 
Qètre au cœur des terres par des écfaancrures m^ljti- 



( *»8 ) 

pliées, la Méditerranée devient dès l'antiquité la mobile 
arène de la paix et de la guerre, où se dispute le sort 
des républiques et des empires. Au moyen âge, elle 
s'ouvre aux croisades qui révèlent, l'un à l'autre, face 
à face, deux mondes qui s'ignorent, opposés, ennemis, 
celui de l'Évangile et celui du Coran. Depuis trois 
siècles dépossédée du premier rang, elle reprend de 
nos jours, sous l'haleine de la vapeur, son rôle provi- 
dentiel de grande route de l'Occident vers l'Onent, et 
rachetant par Tintensité du travail l'inégalité des di- 
mensions, elle entend faire contre-poids, dans la ba- 
lance du commerce, à l'océan Atlantique. 

Quant à celui-ci, après avoir été, pendant une longue 
suite de siècles, le mare tenebrosum^ épouvantail des 
navigateurs d'Europe par la nuit profonde dont l'ima- 
gination populaire l'entourait et par les spectres dont 
elle le peuplait, il est devenu à son tour la mer lumi- 
neuse, la mer civilisée. Puisse-t-il, mieux que par le 
passé, mériter le beau nom d'océan Pacifique, réservé 
jusqu'à ce jour à une mer plus éloignée de nos querelles! 

Les noces du doge de Venise et de l'Adriatique sont 
le poétique symbole de la féconde alliance de l'huma- 
nité avec toute mer, d'où naissent, comme nous l'avons 
déjà indiqué, les villes maritimes au fond des havres, 
au sein des rades, au bord des golfes. Dans ces nids 
abrités, la barbarie cache ses pirates ; tandis que les so- 
ciétés régulières y établissent leurs sécheries de pêche, 
leurs entrepôts de commerce, leurs stations de refuge, 
de réparation, de ravitaillement, leurs bains de santé 
ou de plaisir, quelquefois leurs capitales politiques ! 

Aussi voit-^on le sort de certaines localités dépendre 



(18Ô) 

de la proximité ou de Féloignement de la mer, dont le 
niveau s'élève ou s'abaisse^ tantôt subitement et tantôt 
lentement, d'une manière chronique : Aigues-Mortes, 
pour ne citer qu'un exemple de ce divorce. 

Ces oscillations ont amené des déluges dont les 
sociétés humaines n'ont pas été moins bouleversées 
que la nature. Chassés de leurs demeures inondées, les 
peuples ont émigré de leur pays natal et sont devenus 
colons sur la terre étrangère. L'antiquité a conservé 
des traces profondes et répétées de ces changements 
de condition, et, en des temps bien rapprochés de nous, 
d'infortunées populations Scandinaves ont été en- 
glouties par les débordements de la mer, franchissant 
le cercle fatal auquel on la suppose, bien inexacte- 
ment, enchaînée. 

Le fond de la mer était depuis longtemps étranger 
aux destinées humaines, lorsque la télégraphie élec- 
trique nous a appris qu'il faut compter avec lui. Sui- 
vant sa profondeur, suivant qu'il est uni ou hérissé de 
rochers, les câbles sous-marins sont faciles ou difficiles 
à poser^ ils se conservent ou se rompent. Telle mon- 
tagne cachée sous les flots et tel abîme insondable 
grèvent lourdement les budgets des États, ruinent les 
compagnies, empêchent ou renchérissent les communi- 
cations des peuples. 

Sous un aspect plus saisissant, les forces vivantes 
qui agissent dans le sein des mers avaient depuis 
longtemps révélé les lois qui subordonnent l'homme 
aux nappes liquides qui l'entourent. Il est des îles dans 
l'océan Pacifique qui doivent leur existence au travail 
des myriades de madrépores et de coraux dont les édi- 



(100) 

fices , accumulés par une iticakulable associatioD 
d'efforts microscopiques^ ont à la longue formé des 
hatts-fonds qui, exhaussés jusqu'au niveau de la mer, 
se sont recouverts de végétaux et peuplés d'animaux, 
paritli lesquels Thomme est bientôt venu prendre place. 
Suivant quelques décimètres d'épaisseur de plus ou de 
ttiôinsf le banc de corail reste un écueil ou devient uoe 
bàbltatlon humaine. De nos jours encore et sous nos 
yciU3t , le patient labeur des zoophytes entoure les îles 
déjà formées d'un cordon de récifs favorables ou con- 
traires à la navigation, Suivant qu'ils sont entrecoupés 
dé passes ou dressés en muraille continue : simple 
détail géographique d'où peut dépendre l'avortement 
ou le Succès d*une fondation colonialei 

§ 8. — Les Détroits. 

Parmi les traits spéciaux de l'aspect des mers, les 
détroits Ont une fonction de premier ordre « l'inverse 
de celle des isthmes. 

Pour les marins, ils sont une aide^ un obstacle, un 
périls suivant les lieux et la direction des itinéraires^ 
Au point de vue militaire, ils donnent une grande 
valeur stratégique aux terres latérales, quand elles 
peuvent en maîtriser le passage. La politique de paix 
eti reconnaît si bien le prix, qu'elle a interdit l'entrée 
du Bosphore aux navires de guerre, et qu'elle recom- 
mande la neutralité des détroits et leur libre parcours 
par les seuls navires de commerce, comme une condi- 
tion essentielle de l'accord entre les nations. Le rachat 
du péage du Sund aux mains du Danemark est une 



< 191 ) 

application de ce principe. Rétréci ou élargi^ sous les 
nom de canal ou de manche^ tout détroit exerce sur 
les pays riverains une action analogue à celle du Sund, 
de Gibraltar, de Bab-eKMandeb, et pour devenir inôf- 
fensif , doit être dégagé de tout tribut et de toute 
menace* 

8 9. — Les Iles. 

IjBs lies représentent l'union la plus intime des 
terres et des mers, et cette étroite connexité géogra- 
phique les prédispose» mieux qu'aucune autre terre, à 
l'essor de toutes leurs forces productives. Le rapport 
des côtes à la surface y est plus grand que sur les con- 
tinents et les parties compactes du monde, ce qui 
accroît la chance d'une plus riche dotation en baies et 
eu golfes. 

Dès l'enfance, le spectacle quotidien des vagues 
agitées familiarise l'œil et le cœur avec des périls que 
l'habitude de la pèche apprend bientôt à braver ; la 
pêche elle-même devient rapidement cabotage pour 
vendre le poisson, navigation au long cours pour 
échanger les produits locaux contre les marchandises 
exotiques. Le voisinage du continent a d' abord appelé des 
hommes dans l'île par la curiosité ; le profit les y retient. 
Dans la fréquentation des pays lointains, les insulaires 
acquièrent, avec l'habileté nautique, des connaissances 
sur les terres et les mers qu'ils emploient à leur profit. 
La vie d'aventures hardies développe les aptitudes ma- 
ritimes qui font le matelot, et les aptitudes commer- 
ciales qui font le marchand. Matelot et marchand. 



( 192 ) 

activité et richesse» n'est-ce pas eh quatre mots le por- 
trait de beaucoup d'insulaires? Mentionnons seulement 
les Grecs de la mer Egée, les Anglo-Saxons des Iles 
Britanniques, les Malais des lies de la Sonde, enfin les 
Japonais, dont l'archipel reproduit, avec de si remar- 
quables analogies, sur les flancs de l'Asie, le groupe de 
la Grande-Bretagne et de l'Irlande sur les flancs de 
l'Europe. 

Dans les habitudes d'une libre et fiëre existence, la 
personnalité grandit, pour peu que la race et le climat 
lui viennent en aide ; l'homme se sentant fort par sa 
propre valeur, prend conscience de son droit comme 
de sa puissance ; il s'attache d'un amour, exclusif jus- 
qu'à l'égoïsme, à sa patrie isolée, dont il s'applique à 
asseoir l'indépendance sur la marine. A la difiTérence 
de l'habitant de terre ferme, l'insulaire n'a pas à diviser- 
ses eflbrts entre des tendances diverses et quelquefois 
opposées ; sa voie lui est toute tracée : la mer, qui est 
son milieu, est l'instrument de sa richesse, le gage de 
sa sécurité , son champ de commerce et de bataille. 
Aussi l'économie sociale des nations insulaires est-elle 
d'une simplicité et d'une fermeté de plan qui manquent 
aux nations continentales, partagées entre plusieurs 
tendances et indemnisées par d'autres avantages. 

La fortune des îles que nous avons nommées indique 
l'avenir réservé à celles que, à raison de leur éloigne- 
ment, la civilisation n'a pas encore visitées, ou n'a 
qu' effleurées de son souffle. Ce sera un jour le tour de 
l'Australie, bien qu'elle soit grande comme un conti- 
nent ; ce sera le tour de Madagascar, où la France, sans 
abandonner ses droits diplomatiques, préfère une ami- 



( 103 ) 
cale initiatioû à l'emploi de la force (1) ; ce seront toutes 
ces multitudes d'Iles et d'îlots disséminés dans l'océan 
Pacifique ; enfin les colonies des Antilles lorsque, mises 
en possession d'une autonomie plus complète, elles 
uniront aux profits de l'agriculture ceux de l'industrie, 
du commerce et de la navigation. 

Il est des lies que leur position sur la route des na- 
vires prédestine au rôle d'étapes ou échelles maritimes, 
de stations de voyage, de dépôts de charbons ou de 
vivres : précieux avantage pour leur prospérité maté- 
rielle. Dans la Méditerranée, la Sardaigne, la Sicile, 
Malte et Syra ; dans l'océan Indien, Maurice et Geylan ; 
dans l'Atlantique, les Açores, Madère, les Canaries, les 
lies du cap Vert, doivent beaucoup de leurs bénéfices à 
l'hospitalité qu'y trouvent les navires allant et venant à 
•travers l'immensité des mers, comme dans des hôtelle- 
ries ouvertes aux nations. Sans leur situation sous une 
trop froide latitude, les îles Feroê et l'Islande, qui, dès 
le IX® siècle, facilitèrent aux Normands l'accès du Groên- 
land, auraient attiré un courant d'excursions qui eût 
révélé l'Amérique au monde six cents ans plus tôt ; mais 
il paraît que, vers le xiii'* siècle, les glaces avançant au 
sud interrompirent les communications, et ce simple 
accident météorologique donna un autre cours aux 
recherches de l'esprit humain, y compris celui de Chris* 
tophe Colomb qui visita l'Islande, en février 1477, et 
ignora le succès des expéditions antérieures exécutées 
dans la direction de l'ouest. 

On ajustement comparé les îles à des ponts jetés 

(1) Ces lignes étaient écrites avant Thorrible attentat qui a privé 
de la vie le roi Radama et une trentaine de ses principaux soutiens. 



( 4M ) 

eotre les terres : grâce à elles, les navigateurs font le 
tour du globe, recevant en tous lieux l'assistance dont 
ils ont besoin, et y déposant en retour la semence des 
idées, des instruments, des progrès d'une civilisation 
avancée. Lorsque la vapeur et l'électricité auront enve- 
loppé le globe tout entier d'un réseau plus complet de 
communications, alors se dessinera la fonction aujour- 
d'hui méconnue de certaines îles. Entre l'Australie et 
la côte occidentale de l'Amérique, la Nouvelle-Calé- 
donie, les îles Fidji, Taïti, les Marquises, deviendront 
les escales des paquebots de l'océan Pacifique. Alors 
se révélera l'utilité des Kouriles et des îles Aléou- 
tiennes, qui seront jalonnées de poteaux télégraphiques 
unissant à r Amérique l'Asie et tout l'ancien continent. 
Enfin il est une classe d'îles, réduites parfois à de 
petits îlots ou des rochers, qui touchent presque la 
terre, ou même se soudent à elle» et tirent de ce carac- 
tère amphibie une étpnnante virtualité, Tyr, Venise, 
Bombay, Singapore, Hong-Kong, New-York, on peut 
même y ajouter, quoique tenant de plus près à la terre, 
Cadix et Alger, sont de célèbres exemples de ces posi- 
tions singulières prédestinées au commerce ou à la 
piraterie, suivant les temps et les lieux. 

§ 10. — Les Montagnes^ Vallées^ Plaines, 

En passant des grands traits généraux de la physio- 
nomie des terres et des mers aux caractères topogra- 
phiques, nous avons à interroger le rôle économique 
des montagnes, des vallées, des plaines. 

On sait l'influence que les montagnes exercent sur 



i 



f 106 ) 

les climats, en attirant les vapeurs d'eau qui, autour 
de leurs sommets et le long de leurs flancs, s'assem* 
blent en nuages, se condensent en brouillards et en 
brumes, se consolident en neiges et en glaciers, cou- 
lent en sources, en rivières et en fleuves : par ces elfets 
physiques, les montagnes agissent d'une première ma* 
niëre sur la condition de leurs habitants ; mais nous 
rattacherons cette action à celle des eaux dont elle 
dérive plus directement. 

Par leur soi escarpé, entrecoupé de ravins et de 
rochers, ^généralement peu fertile, baignant dans une 
âpre atmosphère, privé de communications, les mon- 
tagnes imposent aux populations que le sort y a con- 
duites des habitudes simples et sobres, un travail rude, 
une existence pauvre. A ces mâles épreuves, le corps 
et l'âme se trempent ; la force morale s'allie à la force 
physique , l'individualité se marque vigoureusement. 
Indépendant, fier, isolée quelque peu sauvage, le mon- 
tagnard campe avec amour sur les sommets solitaires 
et abrupts qui le protègent contre l'ennemi. Dans ces 
retraites, la foi s'attache forcément aux traditions ; la 
sociabilité s'empreint d'un cachet particulier. La diffi- 
culté des relations personnelles, les vastes étendues 
nécessaires à l'existence y dispersent les demeures ou 
ne les groupent qu'en hameaux ; les communes s'éten-> 
dent et se morcellent au lieu de s'agglomérer ; la cen- 
tralisation et les grands États y sont à peu près impos- 
sibles ; tout pousse, au contraire, au clan, à la tribu, 
à la confédération républicaine. 

L'économie rurale des montagnes, caractérisée par 
les forêts et les pâturages, conseille l'émigration à une 



( 196 ) 

partie de la population, à qui l'hiver interdit les occu- 
pations extérieures de la vie pastorale et forestière ; 
pendant l'été, au contraire, la fraîcheur des herbages 
invite à la transhumance, sorte d'immigration en 
altitude, des troupeaux qui ont passé l'hiver dans les 
plaines que brûle le soleil de la canicule. Souvent 
aussi le chômage prolongé pousse les montagnards à 
inventer ou adopter, là surtout où le bois abonde, quel- 
ques petites industries locales qui les aident à passer 
les mauvais jours. 

Ce tableau sommaire est celui de tous les massifs 
montagneux, en Grèce comme en Ecosse, dans les 
Pyrénées comme dans les Alpes, dans les Karpathes 
comme dans le Caucase. Les Kabyles de l'Afrique, les 
paysans de l'Auvergne et de la Savoie se ressemblent 
par beaucoup de points; et les hautes chaînes des 
monts de l'Inde et de la Chine offrent un refuge aux 
rebelles indigènes, comme jadis l'Atlas aux vaincus 
africains et les Asturies aux compagnons de Pelage. 

Par ces forteresses orographiques, qui se doublent de 
barrières morales, les lignes de montagnes forment, 
après la mer, la frontière la plus naturelle entre les 
États. Ceux à qui manque une pareille protection dé- 
pensent une partie de leurs forces, tantôt à satisfaire 
leur ambition envahissante, tantôt à se défendre contre 
celle de leurs voisins. 

Sous des latitudes ou des hauteurs trop froides ppur 
le travail, les sols violemment accidentés peuvent en- 
core servir aux plaisirs et aux profits des hommes. Les 
Highlands d'Ecosse sont précieux à l'aristocratie an- 
glaise comme pays de chasse au renard ; et les mon- 



(IW) 

tâgnes de la Suisse avec leurs glaciers ne sont pas la 
moins lucrative des richesses, par l'attrait de curiosité 
et de santé qu'elles exercent sur les étrangers. 

Quand les accidents du sol s'amoindrissent, les effets 
aussi s'adoucissent. Les collines et les coteaux, pour peu 
que le ciel soit clément et le terrain fertile, se couvrent 
de demeures riantes, de plantations, de vignobles, de 
cultures faciles et fructueuses, qui attachent les popula- 
tions au sol et les invitent à multiplier avec confiance. 
Les vallées participent aux mêmes avantages. 

En s'élargissant, les vallées deviennent des plaines 
qui offrent aux sociétés humaines le théâtre le plus 
favorable aux luttes destructives de la guerre, comme 
à la féconde activité de la paix. Presque toutes les 
grandes batailles se sont données en des plaines qui 
permettent seules les évolutions de nombreuses troupes; 
aux montagnes est réservée la guerre de guérillas : 
aussi les provinces qui se développent en surfaces 
planes, dans toute l'Europe, sont-elles dévolues, dans 
tous les plans de campagne, aux manœuvres de la stra- 
tégie. Cette condition, défavorable à leur prospérité 
économique, est généralement rachetée par divers 
avantages : les grandes agglomérations y trouvent une 
assiette commode à leurs exigences; la viabilité y 
ouvre plus librement ses chemins. Aussi la civilisation 
délaisse-t-elle de plus en plus les montagnes, qu'elle 
restitue aux forêts et aux pâturages, pour descendre 
dans les plaines et les larges vallées, avec les routes, 
les chemins de fer, les paquebots, avec les villes et les 
fleuves. 

La juxtaposition, à des distances convenables, des 



( 498 ) 

plaines, des vallées, des coteanx et collines, des mon- 
tagnes, constitue un système d'articulations naturelles, 
dont le jeu facile contribue puissamment à la prospé- 
rité d'une région. Alors les influences météorologiques 
très-diverses diversifient les produits végétaux, avec 
des différences de cultures, de besoins et de ressources, 
suivant les latitudes et les expositions : de là des 
échanges très-multipliés. C'est T heureuse condition de 
l'ouest et du sud de l'Europe. 

§ 11. — Les Fleuves^ les Rivières^ les Lacs. 

Le rapport entre la civilisation et les fleuves fat 
constaté dès la plus haute antiquité. La Mésopotamie, 
baignée par le Tigre et l'Euphrate, l'Ethiopie et une 
branche du Nil , dans l'Asie orientale les grands fleuves 
de l'Inde et de la Chine, furent les berceaux des pre- 
mières sociétés florissantes de la race blanche et de la 
race jaune. Le temps n'a fait que confirmer cette loi 
naturelle. De nos jours, il n'est gaère de grand fleuve, 
sauf dans les pays encore inhabités, qui ne soit devenu 
l'axe liquide d'une région industrielle ou agricole, en 
même temps qu'un grand courant commercial (Tamise, 
Rhin, Danube, Rhône, Seine, Elbe...). Il n'est guère 
de grande ville, de capitale surtout, que n'avoisine 
quelque puissante voie liquide, force pour les transports 
et les mouvements, aliment pour la boisson. 

L'histoire raconte et explique ces rapports. 

Aux premiers âges, les tribus nomades s'étendent 
sur les rives couvertes d'herbages, où les troupeaux 
trouvent à s'abreuver, et la vie pastorale y dirige ses 



( 100 ) 

migrations et asseoit sed mobiles campements, qui se 
rapprochent ou s'éloignent du courant, suivant les sai- 
sons et les débordements. Bientôt l'agriculture prend 
possession d'un sol généralement composé de fertiles 
aliuvions, la pèche trouve dans le poisson un aliment; 
les populations deviennent sédentaires : une phase 
nouvelle des sociétés commence, et elle se développe 
en raison du milieu favorable ou contraire. Quelquefois 
le fleuve, par la périodicité régulière de ses crues et 
le limon fertile de ses eaux, impose ses lois aux cou- 
tumes humaines ; exi réglant la vie agricole, il gouverne 
la vie sociale tout entière : c'est le Nil, père de TÉgypte. 
Sur le bord des fleuves et des rivières, le commerce 
établit ses escales et ses comptoirs, premier germe des 
foires les plus célèbres et de certaines colonies. Beau- 
Caire, Francfort, Leipzig, Nijni-Novogorod, sont dans 
cette condition. Le flot se chargeant des marchandises 
d'aller et de retour, le transport fluvial prend nais- 
«aoce ; »i la profondeur des eaux le permet, la naviga- 
tion iQtérieore succédera, et avec elle les péages, 
source de revenus pour les villes et les États, onéreux 
Qt importuns pour ceux qui les payent. La franchise 
des fleuves, complétant celle des mers et donnant aux 
traités de commerce toute leur efficacité, est un des 
vœux des économistes auquel les géographes doivent 
s'associer, eux qui apprécient dans ces puissantes voies 
naturelle une des meilleures routes pour pénétrer dans 
Imtériepr des continents. 

Le cours des fleuves se recommande à l'économie 
politique sous un double rapport : les irrigations et la 
force motrio^. Ce que créent de richesses les dérivax- 



( 200 ) 

tlons de cours d^eau, les agriculteurs ne se lassent de 
le redire en citant la Lombardie, l'Andalousie, leRoas- 
sillon, vingt autres contrées ; ce que la mer engloutit 
d'eaux et de limons qui, surtout dans les climats secs 
et chauds, pourraient se convertir en trésors, est incal- 
culable : un réseau général d'irrigations fluviales accroî- 
trait dans des proportions colossales la fortune pu- 
blique, nous ne devons ici que l'indiquer. Quant aux 
chutes d'eau, ou plutôt les pouvoirs d'eau^ comme 
disent plus heureusement les Anglais, leurs services 
sont recherchés par l'industrie comme les moins coûteux 
de tous : elles facilitent surtout l'installation primitive 
des sociétés par la scierie qui débite le bois du défriche- 
ment, par le moulin à eau qui réduit le grain en farine. 

L'embouchure des fleuves est, comme tout leur cours, 
en relation directe avec l'ordre économique des sociétés. 
L'accès en est-il empêché par la violence de la barre, 
par des hauts-fonds, par des rochers ? la navigation et 
le commerce en soufiriront. L'accumulation séculaire 
des alluvions est-elle assez abondante pour exhausser 
le lit et créer des deltas? alors des terres d'une exubé- 
rante fécondité seront livrées à la culture, en même 
temps que se creuseront, des deux côtés des deltas se 
prolongeant en mer, des baies et des rades. Aux 
bouches des fleuves et sur leur parcours, les eaux, en 
débordant, s'extravasent-elles en nappes stagnantes ? les 
fièvres intermittentes, la fièvre jaune, ailleurs le choléra, 
accuseront et puniront la négligence que met l'homme 
à purifier son domaine de ces influences délétères. 

Les lacs participent à ces diverses propriétés des 
fleuves et des rivières. Gomme eux, ils portent les na-* 



( m ) 

vires chargés de marchandises et facilitent les commU'^ 
nications; ils sont peuplés de poissons, aliment des 
riverains 5 ils rafraîchissent l'atmosphère i^^ embellis- 
sent le paysage , et entrent, par ces divt;*^ services, 
dans l'économie des peuples, moins pourtant que les 
fleuves, parce que, privés en général d'issue, ils ne 
sont pas comme ceux-ci des voies qui circulent à tra- 
vers des pays éloignés, ni des courants qui irriguent. 
Dans l'intérieur de l'Afrique, où le sel manque, les 
lacs salés sont des nœuds importants du réseau des 
communications et du commerce. Les caravanes s'y 
rendent du plus loin pour en extraire et emporter un 
condiment plus nécessaire que l'or aux indigènes ; les 
puits, qui communiquent avec les nappes souterraines, 
sortes de lacs cachés, marquent les étapes de leur 
route à travers le désert . 

Rapprochons des lacs les marais et nappes d'eau 
extravasées, qui engendrent les maladies, la fièvre, la 
malaria chronique, raréfient les habitants et les cul- 
tures, font la vie pauvre, chéiive, nomade, et pèsent 
sur les budgets par l'accroissement des frais de médi'> 
cation et par une mortalité supérieure à la moyenne. 

C'est ainsi que, sous tous les climats, le système 
hydrographique d*un pays est l'un des principaux élé- 
ments, et peut-être le premier, de l'activité produc- 
tive des populations. 

§ 12. — Les Forêts. 

Les forêts approchent de ce degré d'importance. 
Dans leurs profondeurs, les sauvages trouvent des 

VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 8. 1& 



( 202 ) 

fruits et des baies comestibles, du bois pour leurs 
flèches, leurs arcs, leurs canots, des fibres pour leurs 
bamacs; dans les clairières, ils sèment quelques 
graines, ébauche d'une agriculture naissante. Les 
peuples pasteurs, incapables d'exploiter les forêts, les 
détruisent par Fincendie pour étendre les pacages, ra- 
jeunir les branchages que broutent leurs troupeaux, 
chasser les bêtes féroces. Aux colons civilisés, les pays 
couverts de forêts offrent, malgré le défrichement et 
Vabattis nécessaires, des avantages bien supérieurs aux 
inconvénients. La construction facile, rapide et peu 
coûteuse des maisons de bois, affranchit les émigrants 
de la servitude des ouvriers d'industrie (maçons, char- 
pentiers, menuisiers, etc.) qui pèse sur eux en tous 
pays non boisé : c'est une des causes de supériorité 
du Canada sur T Algérie. Du même coup de hache qui 
débarrasse un champ, le colon se procure le bois de 
chauffage et de construction, et bientôt après le charbon 
pu la, potasse, produits de son industrie qui lui four- 
nissent sans retard le premier argent. La sit«<ition éco- 
nomique du pays tout entier se ressent bien vite de 
cette libéralité de la nature qui était jadis le partage 
de toute l'Europe et en a facilité la colonisation, et qui 
survit encore en Norvège, en Russie, dans les Alpes et 
dans les contrées plus lointaines qui fournissent à 
l'Europe, outre les bois de marine, les bois d'ébénis- 
terie et de teinture (ébène, campêche, acajou, santal 
et cent autres). Il est enfin quelques arbres d'une uti- 
lité exceptionnelle, comme Tolivier, le dattier, le bam- 
bou, le cocotier, divers autres palmiers, qui impriment 
ua caf^çtèJTÇ partic;ulier aux b^it^âcis, à l'induatrie. 



( SOS ) 

et en quelque sorte à Texistence tout entière des peu* 
pies qui les possèdent, comme à l'aspect du pays lui- 
même. 

Le plaisir de la chasse, et c'est un titre à notre re- 
connaissance, a mieux conservé les forêts qu'aucune 
vue de sagesse intelligente. Grâce à la passion des sei- 
gneurs et des rois pour les exercices de la grande vé- 
nerie, ils ont protégé les forêts qui abritaient les daims 
et les cerfs, et c'est à leur égoïste prévoyance que doi- 
vent leur bon état la plupart des grands et beaux 
massifs qui survivent encore dans les pays civilisés d' Eu- 
rope, et jusqu'aux portes des capitales. Mais en se pre- 
nant de zèle pour les plantations par des motifs d'uti- 
lité et d'agrément, la civilisation ne répare qu'une 
faible partie des dommages qu'elle cause en maints 
endroits par les déboisements. 

Rédciites à une étendue modérée, les forêts con- 
courent, par leurs propriétés hygrométriques, à la ré- 
gularité des sources liquides et des météores atmosphé- 
riques, dont nous aurons bientôt à signaler l'influence 
sur les sociétés humaines. En proportion excessive, les 
forêts entretiennent une froidure malsaine, les maré- 
cages, les climatares humides, aussi funestes à l'agri- 
culture qu'à la santé publique. En proportion insuffi- 
sante, elles favorisent une sécheresse fatale aux cultures 
et aux herbages ; et les pluies tombant par averses ora- 
geuses, ne trouvent plus d'obstacles, roulent en tor- 
rents ou débordent en inondations. Grâce à ce rôle 
complexe, tantôt utile ou nuisible, suivant les cas, 
les forêts, jadis consacrées aux dieux et ombrageant les 
temples, ont mérité de devenir en tout pays une 



( 204 ) 

branche de l'administration publique; et par elle, dé- 
boisements et reboisements ont trouvé place dans les 
codes et les budgets. 

Le diminutif de la forêt est la broussaille ou maki^ 
fourré, jungle, qui a aussi son rôle dans l'économie rurale 
d'un pays. Pour se couvrir de récoltes, elle doit être 
défrichée, et le défrichement exige un emploi de forces 
physiques et morales qui en font le privilège de bras 
vigoureux et de volontés fortes, dont le succès est 
grandement aidé par des capitaux et des machines. De 
ce rude travail qui rompt la glèbe, auquel l'esprit reli- 
gieux s'associa dans une partie de l'Europe, le roturier 
a tiré son nom, titre d'honneur pour la majorité des 
nations, si l'étymologie en était plus connue : ruptu- 
rariuSj le défricheur. Après avoir recueilli le bois, la 
potasse, les cendres, le charbon, il trouve dans la fer- 
tilité de ses terres une récompense des travaux. 

§ 13. — Les Steppes. 

La végétation simplement herbacée ou frutescente, 
couvrant de vastes étendues, constitue la steppe (1), 
qui, suivant les lieux et les végétaux, s'appelle aussi 
savane, pampa, prairie^ llanojande^ bruyère : nouvel 
aspect de la superficie des terres qui a des corrélations 
intimes avec les sociétés humaines. Tantôt sèche et 
sablonneuse, tantôt parsemée de flaques d'eau et de 
marécages, la steppe détermine la vie nomade et pas- 
torale qui conduit les troupeaux de proche en proche, 

(I) Od dit aussi le steppe, d*après rAcadémie. 



( 205 ) 

d'un pâturage brouté, desséché ou bruIé, à un autre 
qui soit encore frais et iutact , sans demander à l'homme 
aucun soin, à la société aucun progrès, pas même l'art 
de couper du foin pour Tapprovisionnement du bétail. 
C'est le vagabondage en commun, périodique suivant 
le cours des saisons, et circonscrit d'ordinaire à une 
étendue déterminée. La mobilité des troupeaux et la 
succession des pacages imposent la mobilité de la de- 
meure ; le berger nomade ne peut habiter que sous la 
tente. De toute antiquité, les hordes parcourent les 
immenses et froides steppes de la zone centrale et 
septentrionale du continent asiatique, incapables de 
se condenser en une compacte population, de se grouper 
en villes; stimulées par la soif et une vague ambition, 
elles débordent au sud-est sur la Chine, au sud vers 
l'Inde, à l'ouest vers la Moscovie et la mer Caspienne , 
portant vers l'Europe leurs yeux avides et leurs pas 
errants. Dans ces sociétés aux limites indécises, l'occu- 
pation du sol est une possession temporaire et utile« 
exempte de cet amour de la terre, fruit du travail, qui 
suggère le désir d'une propriété pleine et entière. Le 
pillage des voisins ou vol extérieur, inspiré par le 
besoin, passe dans les habitudes et la conscience. La 
richesse, qui est purement mobilière, comprend, outre 
la tente et les bestiaux, les femmes, les bijoux, les 
vêtements. La vie à cheval ou à chameau, la chasse au 
lévrier et au faucon, entretiennent le goût de l'indé- 
pendance et des aventures. L'existence est simple jus- 
qu'à la pauvreté, mais libre ; le nomade rejette, comme 
des chaînes, la maison et la ville. Si les longs loisirs 
se joignent à une douce sérénité du ciel, les âmes d'élite 



ses besoins. Le commerce s'est approprié le chameau, 
que la nature avait admirablement doué pour être le 
navire du désert, et grâce à lui de longues caravanes 
ont pu traverser la mer de sable. La protection des 
caravanes amies» le pillage des autres, ont procuré aux 
habitants du désert les revenus que leur refuse le tra- 
vail. La douane s'est installée au désert, sous la forme 
qu'i'^diquait la nature du transit, et elle s'y accom- 
mode d'un prélèvement en nature, volontaire ou con- 
traint, substitué à Targent. 

Quel que soit le gain obtenu par cette intervention, 
il ne fournit pas les vivres que le Saharien doit de- 
mander surtout au lait des chamelles, réduites elles- 
mêmes à brouter des herbes rares et des buissons secs* 
L'existence tout entière s'en ressent. Sobre, maigre, 
nerveux, agile, trop disséminé dans l'espace pour con- 
stituer des corps compactes de sociétés, le Saharien, 
comme l'ancien Scythe, comme le moderne Turcoman 
ou le Tartare, forme des confédérations aux limites peu 
précises, et des alliances extérieures qu'il resserre vo- 
lontiers par des mariages multiples échelonnés sur les 
principaux points de sa route. Les puits» ainsi que 
nous l'avons dit, creusés dans le sable, marquent les 
étapes des voyages et deviennent le rendez-vous des 
marchands, qui se transmettent, par un accord tacite» 
le soin de les protéger contre l'invasion des sables. 

Le désert encadre l'oasis qui verdoie splendidement, 
même sous un ciel de feu. Nul autre détail sur le globe 
ne montre mieux le lien intime des hommes et des 
lieux, de la force sociale et de la forme géographique. 
Au milieu de ces affreuses solitudes où s'est réfugié 



( aw > 

rbomïue libre refoulé par Tinvasion, poursuivi par 
Tennemi» qu'une source soit découverte, qui coule tant 
soit peu abondante, aussitôt la tribu fixe ses tentes 
alentour pour cultiver les grains et les légumes, pour y 
planter des arbres fruitiers, que les eaux vivifient. 
Bientôt la tente est remplacée par la maison de terre 
ou de pierre ; avec elle la vie sédentaire succède à la 
vie errante, le travail à T oisiveté, la culture intensive 
au parcours pastoral, l'aisance aux privations. Riante 
comme un jardin et un verger, abritée comme une 
cachette, l'oasis devient le magasin de dépôt, l'entrepôt 
commercial, le marché des vivres des peuplades res- 
tées nomades. Un voyageur croirait voir deux races, 
comme deux sociétés opposées : un simple filet d'eau 
a opéré cette transformation. Ce phénomène s'observe, 
aussi bien qu'en Afrique, en Arabie, en Perse, dans 
toute l'étendue de l'immense zone de sables qui prend 
en travers l'ancien continent, depuis l'extrémité occi-* 
* dentale de l'Afrique jusqu'au voisinage des confins 
orientaux de l'Asie, sur 132 degrés de longitude, avec 
une largeur variable. Sous la fécondation des eaux 
jaillissantes, l'Algérie voit tous les ans naître des oasis, 
bientôt après peuplées et cultivées par des nomades, 
heureux de se fixer au sol et d'y planter des dattiers, 
dont le produit est tel, que chaque pied supporte aisé- 
ment un impôt de 30 centimes, plus que ne fait une 
lieue de steppe ou de désert. Les charmes et les profits 
de ces séjours délicieux attirent même les Européens 
que Ton a vus, en 1863, prendre part aux enchères 
d'une oasis mise en vente, et en porter le prix, con- 
curremment avec les indigènes, à 3000 francs l'hectare. 



< «10 ) 

Le Touât, les pays de Gbadamès et de R'at,le 
Fezzàn, sont des oasis dans le grand désert, comme, 
pins à Torient , Atigilah et Syouafa ; T Egypte tout 
entière n'est qu^une longue et étroite oasis créée parle 
Nil entré le désert dé Libye et ceux d'Arabie et de 
Syrie, qui se prolongent à traVffl^ la Perse et l'Afgha- 
nistan, le Turkestan et le Tbibet jusqu'à la Mongolie, 
où ils prennent le nom de désert de Gobi. Partout, sur 
cette immense bande de terre d* une stérilité désolante, 
on voit des ôtlltivatetirs groupés autour d'un puits» 
â*une source, d'un mince cours d'eau, veillant sans 
cesse contre les pasteurs et les chasseurs, à qui la sté^ 
rlllté du désert fait du pillage une condition d'exis^' 
tence. Lutte plus difficile encore et plus continue» ils 
ont à combattre les sablés que le vent accumule autour 
de leurs cultut^s et de leurs demeures* Malheur aux 
populations imprudentes qui se distraient de ce soin t 
Peu à peu les sables empiètent, débordent ; ils enseve- 
lissent la demeure des hommes. Un Jour Palmyre» 
Niâive, Babylone, Ecbâtane, dorment de l'éternel som- 
meil des ruines. Des sociétés déjà civilisées et séden- 
taires ont par là reculé vers la barbarie. La borde s'est 
reformée. Depuis les temps historiqqes, TÉgypte a été 
diminuée d'étendue latérale par le progrès de l'ensa- 
blement, et sans d'incessantes précautions, elle serait 
englodtie à son tour. C'est une des raisons majeures 
qui font du travail forcé l'une des lois fondamentales de 
l'Egypte, et cette loi trodve un second appui dans le Nil, 
dont les eaux entraînent un limon qui, mêlé au sable, le 
fertilise et le fixe : non retenues, elles ravageraient tout. 
Quand des rivières traversent le désert, des villes 



(211 ) 

peuvent y naître, parce que l'eau et la chaleur assu- 
rent, en fertilisant les terres, l'abondance des vivres; 
tandis que les steppes, couvertes d'herbages plus pro- 
pices à l'élève du bétail, prolongent la dispersion des 
familles et des tribus. C'est ce qui explique comment 
l'Arabie, malgré l'aridité générale de son sol, doit aux 
montagnes qui la traversent et aux sources qui en dé- 
rivent, de posséder plus de villes que la steppe des 
Kirghis tout entière, avec ses âOOOOO tentes (1). 



§ 15, — Les Bancs sans-marins. 



En passant du domaine des terres dans celui des 
mers, nous avons à signaler, dans certains bancs 
formés par des amas de matières hétérogènes, de re- 
marquables propriétés économiques. A ne parler que 
du plus important, le banc de Terre-Neuve, quelle 
action n'exerce-t-il pas depuis quatre siècles sur la 
marine, le commerce, la consommation des peuples ! 
Après avoir mis les pécheurs sur la voie de l'Amérique 
du Nord, il a provoqué des guerres, inspiré des traités, 
créé dans des îles presque inhabitables dès pêcheries 
florissantes, développé l'industrie, le génie et la puis* 
sance maritimes. Ce banc inscrit dans nos budgets 
annuels des primes aux armateurs, assure aux matelots 
des salaires, et fournit aux deux mondes un excellent 
aliment à bon marché, l'humble et populaire morue. 

(1) Humboldt, Cosmos^ U, 251. 



( 212 ) 

§ 16« — Les Courants maf*ùis. 

La fonction économique des courants maritimes est 
des plus manifestes, à la fois très-intense et très-géné- 
rale. Les courants maîtrisèrent la marche des navires 
primitifs et firent découvrir, sans intention de recher- 
ches, les terres inconnues. Ils sont toujours de puissants 
auxiliaires ou obstacles pour la navigation ; et c'est en 
accélérant ou retardant la marche des bâtiments, suivant 
qu'ils sont connus ou ignorés, qu'ils influent sur la con- 
dition des peuples. Des effets de ce genre peuvent 
atteindre des proportions surprenantes. C'est ainsi que 
le lieutenant Maury, de l'observatoire de Washington, 
a accru, de quantités presque incroyables, la richesse 
des nations en découvrant les lois de la géographie 
caractérisée principalement par la direction, l'intensité, 
la température des courants. L'économie due à l'usage 
de ses cartes était évaluée, en 185A, à 2 250 000 dol- 
lars pour le seul commerce d'exportation des États- 
Unis. Grâce à lui, la traversée de Washington à l'équa- 
teur a été abrégée de dix jours ; celle de Californie a 
été réduite de 185 jours à 135. Tous les peuples re- 
cueillent de cette découverte leur part de bénéfice. 
Entre l'Angleterre et l'Australie, la traversée moyenne, 
qui était de 125 jours à l'aller et autant pour le retour, 
n'est plus que de 97 jours pour aller et 63 pour re- 
venir : 160 jours au lieu de 250. Avec une épargne de 
90 jours de temps, quelle épargne de frais d'arme- 
ment, de risques, d'assurances, de travail, de salaires 
et de capitaux ! 




( 213 ) 

Le plus célèbre de tous ces courants, le Gulf-Stream^ 
non-seulement exerce une action bien connue sur les 
températures des régions de rAmérique et de T Europe 
qu'il avoisine, mais il étend son influence à la politique 
générale. Tant que les marins n'en connurent pas bien 
la nature et les mouvements, ils furent contrariés dans 
leur navigation vers les ports de la Nouvelle-Angleterre, 
Boston, New- York, et les ports du Sud bénéficièrent 
du coarant qui leur amenait les navires; Gharleston, 
qui est le plus rapproché du Gulf-Stream^ devint un 
des entrepôts de la route. Dès que les lois de la navi- 
gation dans ce fleuve d'eau chaude furent connues, la 
traversée d'Europe aux colonies du Nord fut abrégée 
de moitié, tandis que celle aux ports du Sud restait à 
peu près la même. Les premières devinrent accessibles 
l'hiver comme l'été ; au lieu d'être une étape presque 
obligée de la route, Gharleston ne fut qu'un port exté- 
rieur et écarté (1) ; la suprématie commerciale et éco- 
nomique de New-York fut assurée, et la prépondérance 
du Nord renforcée. 

§ 17. — Les Climats^ la Température, 

En nous élevant par la pensée de la terre et des eaux 
dans l'atmosphère, nous avons à étudier divers phéno- 
mènes dont l'action, tantôt isolée, tantôt combinée, se 
fait sentir à tous les êtres organisés, aux végétaux et 
aux animaux, aussi bien qu'aux hommes ; ce qui en fait 
autant d'agents de la condition économique des so- 

(1) Manry, Géographie physique d$t men^ 



( 2ià ) 

ciétés. Leur ensemble constitue le climat des diverses 
localités, et la température en est le principal élément. 

En déterminant les végétaux et les animaux propres 
à chaque région, la température détermine du même 
coup les cultures et les aliments, qui, à leur tour, 
règlent le régime du travail et les habitudes. Par cette 
solidarité de rapports, la division populaire du globe 
en zones torride, tempérée et glaciale, entre lesquelles 
il conviendrait peut-être d'intercaler deux zones inter- 
médiaires, la, froide (0° à + 10° de température moyenne) 
et la chaude (20° à 25°), révèle à première vue Tune 
des harmonies fondamentales de la nature avec les 
sociétés humaines. 

Dans la zone glaciale du nord, la seule habitable 
( — 0° de température moyenne), le froid extrême ra- 
bougrit les arbres, qui finissent par disparaître entière- 
ment ; les mousses et les lichens, seuls végétaux qui 
résistent, ne peuvent nourrir que le renne; faute de 
chaleur qui mûrisse les fruits de la terre, Fagriculture 
est impossible , et l'industrie, quoiqu'elle ait à sa dis- 
position des minéraux et quelques bois, se réduit à là 
pêche, à la chasse, au transport sur traîneaux tirés par 
des chiens; le commerce est borné aux fourrures et 
pelleteries, à la graisse et à l'huile des poissons. 
L'homme se creuse des tannières ou s'abrite sous des 
huttes demi-souterraines; les familles vivent à l'état 
sauvage, plus isolées par le froid que rapprochées par 
le besoin, et croupissent dans une incurable misère qui 
leur enlève même la force morale nécessaire pour 
émigrer de ces affreuses solitudes. 

La zone froide (0° à + 10° de température moyenne) 



(216) 

se montre beaucoup plu9 propre aux arbresi et permet 
une agriculture à herbages et racines^ complétée par 
quelques céréales, quelques légumes, quelques plantes 
textiles bien rustiques. Son cadre est réduit par la 
nécessité de réserver beaucoup de bois pour le chauf- 
fage, par le peu de journées de travail, par les faibles 
rendements des récoltes. C'est assez néanmoins pour 
que, dans les endroits les plus fertiles et les mieux 
exposés , la vie sédentaire avec ses divers agréments 
succède aux misères de la zone glaciale. 

Les zones tempérées (-f- 1 0* à + 20' de température 
moyenne) réunissent les conditions les plus favorables 
au travail humain. Les herbages et les arbres, les ce* 
réaies, les légumes, les racines, les fruits, la vigne» 
s'y succèdent dansw la plus agréable variété. L'alter* 
nance bien marquée des saisons ramenant le froid et le 
chaud par intermittences régulières, habitue les mé"* 
nages à la prévoyance et à l'épargne, sans imposer 
d'effort excessif. Les impressions de l'atmosphère sont 
rudes en hiver mais toniques, et douces dans les 
autres saisons sans être énervantes. Bien dotées par 
la nature et enrichies par leur propre labeur, les so- 
ciétés des zones tempérées s'élèvent aux arts, aux 
sciences, à la politique, à tous les attributs de la civi- 
lisation. Tant de privilèges font de ces régions bénies 
an objet de convoitise pour les habitants des zones 
froides, que l'on a vos de tout temps, dans notre hémi- 
sphère, se précipiter vers le sud. On constate qu'à 
mesure que les zones tempérées se réehauiTent en 
avançant vers Téquateur, l'indolence apparaît : le lazza^* 
rone de Naples, l'Arabe d'Aigrie. 



( 206 ) 

86 portent à la contemplation des astres, à l'observation 
de la nature, aux méditations pieuses : la science et la 
religion se concentrent autour des puits et des sources, 
stations de ralliement pour l'étude et la prière comme 
pour le commerce. Sous des cieux voilés par les nuages 
et les brumes, la même tendance religieuse se mani- 
feste ; mais les fantômes et les dieux y prennent un 
aspect mélancolique ou terrible, comme l'impression 
qui naît du paysage. 

Lorsque les tribus, primitivement nomades au hasard, 
se sont mutuellement limitées dans des espaces plus 
circonscrits, elles conservent longtemps l'usage de la 
tente et la mobilité de leurs stations. Cette coutume, 
qui s'observe dans nne grande partie de l'Algérie et 
correspond à tout un système d'existence, tient à des 
causes matérielles et à des causes sociales. Quand les 
territoires à cultiver sont insalubres, les indigènes n'y 
descendent que pour les semailles et les moissons, et 
passent sur les hauteurs avoisinan tes le reste de l'année : 
la tente senle se prête à une telle alternance de cam- 
pements. A défaut de fumier qu'on ne sait pas amasser, 
le parcage du bétail autour ou à l'intérieur du douar 
fertilise tour à tour les diverses parties du territoire. La 
jachère^ dont ne peut se passer une agriculture rudi- 
mentaire, déplace d'année en année les labours et les 
récoltes : de grands espaces lui sont nécessaires pour 
nourrir une petite population. Trop peu industrieux 
pour dominer ces influences, l'Arabe trouve plus de 
facilités dans l'existence mobile que l'habitude remplit 
d'attraits. A ces raisons économiques, d'autres s'allient: 
le défaut de sécurité politique, l'absence de propriété 



( 207 ) 

privée. Menacé par la cupidité oppressive de ses chefà, 
il donne à sa fortune la forme qui lui permet de la mieui 
soustraire à leur confiscation, et il ne s'attache pas à 
un sol dont il n'a pas la libre disposition. 

§ 14. — Les Déserts^ les Oasis. 

Les déserts sont des steppes réduites au demîetdegi'é 
de productivité, c[ui n'est pourtant pas la stérilité ab- 
solue; même dans celui qui passe justement pour le 
type du genre, le Sahara africain, il y a, sauf quelc[ues 
larges traînées de dunes purement sablonneuses, une 
courte végétation, nourrissant quelques animaux sau- 
vages ou domestiques, et une population humaine qui 
vague avec ses troupeaux au travers des solitudes. Au< 
points où se dressent des montagnes d'une certaine élé- 
vation, comme le djebel Hoggar, il pleut, des sources 
coulent et rafraîchissent des arbres et des prairies : la vie 
nomade s'y combine avec un germe de vie sédentaire. 

De l'aridité des déserts, due aux sables qui les con- 
stituent, dérive leur fonction économique, malfaisante 
dans son essence. Plus que les mers, plus que les mon- 
tagnes, les déserts séparent les familles humaines. 
L'agriculture des zones voisines en subit l'influence. 
Du sein des plages ardentes comme des fournaises, 
s'élèvent des vents qui brûlent au loin les jeunes 
pousses des arbres et dessèchent les récoltes sur pied : 
de là s'élancent aussi des nuées de sauterelles dévas- 
tatrices écloses au soleil des tropiques. Mais comme 
nulle part, sauf auprès du pôle, l'homme n'est vaincu 
par la nature, le désert lui-même a dû se prêter à servir 



(2p8) 

ses besoins. Le commerce s* est approprié le chameau, 
que la uature avait admirablement doué pour être le 
navire du désert, et grâce à lui de longues caravanes 
ont pu traverser la mer de sable. La protection des 
caravanes amies, le pillage des autres, ont procuré aux 
habitants du désert les revenus que leur refuse le tra- 
vail, La douane s'est installée au désert, sous la forme 
qu'i'^diquait la nature du transit, et elle s'y accom- 
mode d'un prélèvement en nature, volontaire ou con- 
traint, substitué à l'argent. 

Quel que soit le gain obtenu par cette intervention, 
il ne fournit pas les vivres que le Saharien doit de- 
mander surtout au lait des chamelles, réduites elles- 
mêmes à brouter des herbes rares et des buissons secs. 
L'existence tout entière s'en ressent Sobre, maigre, 
nerveux, agile, trop disséminé dans l'espace pour con- 
stituer des corps compactes de sociétés, le Saharien, 
comme l'ancien Scythe, comme le moderne Turcoman 
ou le Tartare, forme des confédérations aux limites peu 
précises, et des alliances extérieures qu'il resserre vo- 
lontiers par des mariages multiples échelonnés sur les 
principaux points de sa route. Les puits, ainsi que 
nous l'avons dit, creusés dans le sable, marquent les 
étapes des voyages et deviennent le rendez-vous des 
marchands, qui se transmettent, par un accord tacite, 
le soin de les protéger contre l'invasion des sables. 

Le désert encadre l'oasis qui verdoie splendidement, 
même sous un ciel de feu. Nul autre détail sur le globe 
ne montre mieux le lien intime des hommes et des 
lieux, de la force sociale et de la forme géographique. 
Au milieu de ces affreuses solitudes où s'est réfugié 



( aw > 

rhomïne libre refoulé par l'invasion, poursuivi par 
rennemi» qu'une source soit découverte, qui coule tant 
soit peu abondante, aussitôt la tribu fixe ses tentes 
alentour pour cultiver les grains et les légumes, pour y 
planter des arbres fruitiers » que les eaux vivifient. 
Bientôt la tente est remplacée par la maison de terre 
ou de pierre ; avec elle la vie sédentaire succède à la 
vie errante, le travail à l'oisiveté, la culture intensive 
au parcours pastoral, l'aisance aux privations. Riante 
comme uu jardin et un verger, abritée comme une 
cachette, l'oasis devient le magasin de dépôt, l'entrepôt 
commercial, le marché des vivres des peuplades res- 
tées nomades. Un voyageur croirait voir deux races, 
comme deux sociétés opposées : un simple filet d'eau 
a opéré cette transformation. Ce phénomène s'observe^ 
aussi bien qu'en Afrique, en Arabie, en Perse, dans 
toute l'étendue de l'immense zone de sables qui prend 
en travers l'ancien continent, depuis l'extrémité occi- 
dentale de l'Afrique jusqu'au voisinage des confins 
orientaux de l'Asie, sur 132 degrés de longitude, avec 
une largeur variable. Sous la fécondation des eaux 
jaillissantes, l'Algérie voit tous lesans naître des oasis, 
bientôt après peuplées et cultivées par des nomades, 
heureux de se fixer au sol et d'y planter des dattiers, 
dont le produit est tel, que chaque pied supporte aisé- 
ment un impôt de 30 centimes, plus que ne fait une 
lieue de steppe ou de désert. Les charmes et les profits 
de ces séjours délicieux attirent même les Européens 
que Ton a vus, en 1863, prendre part aux enchères 
d'une oasis mise en vente, et en porter le prix, con- 
curremment avec les indigènes, à 3000 francs l'hectare. 



(tid ) 

Le Touftt, les pays de Ghadamès et de R'at, le 
Fezzan, sont des oasis dans le grand désert, comme, 
plus à Torieût , Atigilah et Syouah ; l'Egypte tout 
entière n'est qu^une longue et étroite oasis créée par le 
Nil entré le désert de Libye et ceux d'Arabie et de 
Syrie, qui se prolongent à travers la Perse et l'Afgha* 
nistan, le Turkestan et le Tbibet jusqu'à la Mongolie, 
où ils prennent le nom de désert de Gobi« Partout, sur 
cette immense bande de terre d* une stérilité désolante, 
on voit des ôultivatetirs groupéd autour d'un puita, 
d'une source, d'un mince cours d'eao, veillant saas 
cesse contré les pasteurs et les chasseurs, à qui la sté' 
rilité du désert fait du pillage une condition d'exîB*' 
tence. Lutte plus difficile encore et plus continue^ ils 
ont à combattre les sablés que le vent accumule autour 
de leurs cultures et de leurs demeures. Malheur aux 
populations imprudentes qui se distraient de ce soin 1 
Peu à peu les sables empiètent, débordent ; ils enseve* 
lissent la demeure des hommes. Un jour Palmyre, 
Niâive, Babylone, Ecbatane, dorment de l'éternel som- 
meil des ruines. Dés sociétés déjà civilisées et séden- 
taires ont par là reculé vers la barbarie. La horde s'est 
reformée. Depuis les temps historiques^ l'Egypte a été 
diminuée d'étendue latérale par le progrès de l'ensa- 
blement, et sans d'incessantes précautions, elle serait 
engloutie à son tour. C'est une des raisons majeures 
qui font du travail forcé l'une des lois fondamentales de 
f Egypte, et cette loi trodve un second appui dans le Nil, 
dont les eaux entraînent un limon qui, mêlé au sable, le 
fertilise et le fixe : non retenues, elles ravageraient tout. 
Quand des rivières traversent le désert, des villes 



(211 ) 

peuvent y naître, parce que l'eau et la chaleur assu- 
rent, en fertilisant les terres, l'abondance des vivres; 
tandis que les steppes, couvertes d'herbages plus pro- 
pices à l'élève du bétail, prolongent la dispersion des 
familles et des Iribus. C'est ce qui explique comment 
l'Arabie, malgré l'aridité générale de son sol, doit aux 
montagnes qui la traversent et aux sources qui en dé- 
rivent, de posséder plus de villes que la steppe des 
Kirghis tout entière, avec ses 400 000 tentes (1). 



g 15. — Les Bancs saus-marins. 

En passant du domaine des terres dans celui des 
mers, nous avons à signaler, dans certains bancs 
formés par des amas de matières hétérogènes, de re- 
marquables propriétés économiques. A ne parler que 
du plus important, le banc de Terre-Neuve, quelle 
action n'exerce-t-il pas depuis quatre siècles sur la 
marine, le commerce, la consommation des peuples ! 
Après avoir mis les pêcheurs sur la voie de l'Amérique 
du Nord, il a provoqué des guerres, inspiré des traités, 
créé dans des îles presque inhabitables des pêcheries 
florissantes, développé l'industrie, le génie et la puis- 
sance maritimes. Ce banc inscrit dans nos budgets 
annuels des primes aux armateurs, assure aux matelots 
des salaires, et fournit aux deux mondes un excellent 
aliment à bon marché, l'humble et populaire morue. 

(1) Humboldt, Cosmos, U, 251. 



( 212 ) 

§ 16« — Les Courants mariîis, 

La fonction économique des courants maritimes est 
des plus manifestes, à la fois très-intense et très-géné- 
rale. Les courants maîtrisèrent la marche des navires 
primitifs et firent découvrir, sans intention de recher- 
ches, les terres inconnues. Ils sont toujours de puissants 
auxiliaires ou obstacles pour la navigation ; et c'est en 
accélérant ou retardant la marche des bâtiments, suivant 
qu'ils sont connus ou ignorés, qu'ils influent sur la con- 
dition des peuples. Des effets de ce genre peuvent 
atteindre des proportions surprenantes. C'est ainsi que 
le lieutenant Maury, de l'observatoire de Washington, 
a accru, de quantités presque incroyables, la richesse 
des nations en découvrant les lois de la géographie 
caractérisée principalement par la direction, l'intensité, 
la température des courants. L'économie due à l'usage 
de ses cartes était évaluée, en 1854, à 2 250 000 dol- 
lars pour le seul commerce d'exportation des États- 
Dnis. Grâce à lui, la traversée de Washington à l'équa- 
teur a été abrégée de dix jours ; celle de Californie a 
été réduite de 185 jours à 135. Tous les peuples re- 
cueillent de cette découverte leur part de bénéfice. 
Entre l'Angleterre et l'Australie, la traversée moyenne, 
qui était de 125 jours à l'aller et autant pour le retour, 
n'est plus que de 97 jours pour aller et 63 pour re - 
venir : 160 jours au lieu de 250. Avec une épargne de 
90 jours de temps, quelle épargne de frais d'arme- 
ment, de risques, d'assurances, de travail, de salaires 
et de capitaux ! 



( 213 ) 

Le plus célèbre de tous ces courants, le Gtilf-Stream^ 
non-seulement exerce une action bien connue sur les 
températures des régions de TAmérique et de l'Europe 
qu'il avoisine, mais il étend son influence à la politique 
générale. Tant que les marins n'en connurent pas bien 
la nature et les mouvements, ils furent contrariés dans 
leur navigation vers les ports de la Nouvelle- Angleterre, 
Boston, New-York, et les ports du Sud bénéficièrent 
du courant qui leur amenait les navires; Gharleston, 
qui est le plus rapproché du GulfStream^ devint un 
des entrepôts de la route. Dès que les lois de la navi- 
gation dans ce fleuve d'eau chaude furent connues, la 
traversée d'Europe aux colonies du Nord fut abrégée 
de moitié, tandis que celle aux ports du Sud restait à 
peu près la même. Les premières devinrent accessibles 
l'hiver comme l'été ; au lieu d'être une étape presque 
obligée de la route, Gharleston ne fut qu'un port exté- 
rieur et écarté (1) ; la suprématie commerciale et éco- 
nomique de New-York fut assurée, et la prépondérance 
du Nord renforcée, 

§ 17. — Les Climats^ la Température. 

En nous élevant par la pensée de la terre et des eaux 
dans l'atmosphère, nous avons à étudier divers phéno- 
mènes dont l'action, tantôt isolée, tantôt combinée, se 
fait sentir à tous les êtres organisés, aux végétaux et 
aux animaux, aussi bien qu'aux hommes ; ce qui en fait 
autant d'agents de la condition économique des so- 

(1) Maary, Géographie phy$iqu9 des fn«r«« 



( Uà ) 

ciétés. Leur ensemble constitue le climat des diverses 
localités, et la température en est le principal élément. 

En déterminant les végétaux et les animaux propres 
à chaque région, la température détermine du même 
coup les cultures et les aliments, qui, à leur tour, 
règlent le régime du travail et les habitudes. Par cette 
solidarité de rapports, la division populaire du globe 
en zones torride, tempérée et glaciale, entre lesquelles 
il conviendrait peut-être d'intercaler deux zones inter- 
médiaires, la, froide (0° à +10"" de température moyenne) 
et la chaude (20* à 25**), révèle à première vue Tune 
des harmonies fondamentales de la nature avec les 
sociétés humaines. 

Dans la zone glaciale du nord, la seule habitable 
( — 0** de température moyenne), le froid extrême ra- 
bougrit les arbres, qui finissent par disparaître entière- 
ment ; les mousses et les lichens, seuls végétaux qui 
résistent, ne peuvent nourrir que le renne ; faute de 
chaleur qui mûrisse les fruits de la terre, Tagriculture 
est impossible , et l'industrie, quoiqu'elle ait à sa dis- 
position des minéraux et quelques bois, se réduit à là 
pêche, à la chasse, au transport sur traîneaux tirés par 
des chiens; le commerce est borné aux fourrures et 
pelleteries, à la graisse et à Thuile des poissons. 
L'homme se creuse des tannières ou s'abrite sous des 
huttes demi-souterraines; les famiUes vivent à l'état 
sauvage, plus isolées par le froid que rapprochées par 
le besoin, et croupissent dans une incurable misère qui 
leur enlève même la force morale nécessaire pour 
émigrer de ces affreuses solitudes. 

La zone froide (0° à + 10** de température moyenne) 



(116) 

se montre beaucoup plus propre aux arbres» et permet 
une agriculture à herbages et raciuest complétée par 
quelques céréales, quelques légumes, quelques plantes 
textiles bien rustiques. Son cadre est réduit par la 
nécessité de réserver beaucoup de bois pour le chauf- 
fage, par le peu de journées de travail, par les faibles 
rendements des récoltes. C'est assez néanmoins pour 
que, dans les endroits les plus fertiles et les mieux 
exposés , la vie sédentaire avec ses divers agréments 
succède aux misères de la zone glaciale. 

Les zones tempérées (+ iO** à + 20* de température 
moyenne) réunissent les conditions les plus favorables 
au travail humain. Les herbages et les arbres, les cé« 
réaies, les légumes, les racines, les fruits, la vigne» 
s*y succèdent dans, la plus agréable variété. L'alter- 
nance bien marquée des saisons ramenant le froid et te 
chaud par intermittences régulières, habitue les mé- 
nages à la prévoyance et à l'épai^ne, sans imposer 
d'effort excessif. Les impressions de Tatmosphère sont 
rudes en hiver mais toniques, et douces dans les 
autres saisons sans être énervantes. Bien dotées par 
la nature et enrichies par leur propre labeur, les so* 
ciétés des zones tempérées s'élèvent aux arts, aux 
sciences, à la politique, à tous les attributs de la civi- 
lisation. Tant de privilèges font de ces régions bénies 
an objet de convoitise pour les habitants des zones 
froides, que Ton a vos de tout temps, dans notre hémi- 
sphère, se précipiter vers le sud. On constate qu'à 
mesure que les zones tempérées se réchauffent eu 
ayançant vers Téquateur, l'indolence apparaît : le lazza^ 
rone de Naples, l'Arabe d'Algérie. 



(216) 

Les zones chaudes (20'' à 25'') reproduisent les 
mêmes avantages, avec une exubérance de sève végé- 
tale et animale qui satisfait les besoins moyennant peu 
de travail. Par une disposition générale chez tous ses 
habitants, ils inclinent à la paresse en proportion même 
de ce que la nature a fait pour eux, et cette disposition 
se montre avec toute sa franchise dans la zone torride 
(26** à 28" de température moyenne). Ici les aliments 
abondent ou s'obtiennent par le plus léger effort. 
La chaleur dispense des vêtements et réduit T instinct 
de la pudeur à sa plus simple expression, et quelque- 
fois même Tanéantit en entier. L'habitation peut se 
borner à une hutte de feuillage et de branchages. 
Amollies encore plus que les corps par cette libéralité 
de la nature, les âmes languissent,, indolentes dans la 
liberté, ou subissent l'esclavage sans révolte. Dans ces 
embryons de société qui sont incapables de s'élever 
seuls à la civilisation , faute d'industrie et de pré- 
voyance, d'affreuses disettes sévissent pour peu qu'un 
accident emporte les vivres ou que la population dé- 
passe les subsistances. De là cette abominable coutume 
que la zone torride connaît presque seule, du canniba- 
lisme, qui remplace par la chair de l'homme la nourri- 
ture qui manque. Puisque la facilité de vivre sans 
travail restreint la production dans la zone torride, 
l'intervention fraternelle des sociétés supérieures doit 
raffiner les besoins matériels, susciter les besoins mo- 
raux, mettre en jeu des ressorts qui donnent au travail 
quelque attrait. C'est faute d'avoir employé de tels mo- 
biles que le régime colonial s'était constitué sur l'escla- 
vage ou travail forcé qu'une partie de la confédération 



(217) 

américaine défend avec des sophismes qui sont un 
scandale. 

Dans Taperçu qui précède des rapports naturels 
entre la température et l'économie productive des so- 
ciétés, nous avons marché des pôles vers Féquateur. 
Pareille correspondance se renouvelle dans la série des 
altitudes. Sur l'échelle des hauteurs inégales qui for- 
naent lesmonU^nes, de leur base au sommet, les races 
et les sociétés humaines se montrent diverses comme 
les climats» comme les produits végétaux. Du Mexique 
au Chili, la chaîne des Andes présente le spectacle de 
ces contrastes. Sur le littoral et dans les plaines basses, 
les débris de la race indigène ou les noirs qui l'ont 
remplacée, les uns et les autres invulnérables au climat ; 
à mi-hauteur les métis; tandis que, sur les cimes et les 
plateaux élevés , anx indigènes et aux métis s'entre- 
mêlent les blancs, ou créoles ou natifs d^Europe, qui 
retrouvent dans la zone intertropicale, au pied de pics 
couronnés de neiges éternelles, à plusieurs milliers de 
mètres d'élévation, le climat d'Europe. Les sociétés 
qui possèdent ces variétés de populations et de pro- 
duits favorables aux échanges, avanceraient rapidement 
vers une haute civilisation, si elles n'avaient d'autres 
obstacles à vaincre ; entre autres les difficultés des 
communications et d'ordinaire Téloignement de la mer. 

La température s' élevant du pôle à l'équateur, tandis 
que les lignes isothermes vont de l'est à l'ouest, cette 
loi naturelle a pour conséquence de multiplier davan- 
tage la diversité des produits, et par suite les échanges, 
dans le sens des méridiens que dans celui des paral- 
lèles : considération qui peut trouver sa place dans les 

VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. A. 15 



• ( 248 ) 

queslioos de viabilité , de traités de commerce et d« 
colonisation. 

§ iS.—Les Vents. 

Gomme agents de chaleur et de froid, et comme 
forces motrices, les vents interviennent dans T économie 
des sociétés humaines. De tout temps leur souffle 
poussa les navigateurs vers les hautes mers et les terres 
inconnues ; et lorsque leur direction, avec toutes ses 
variations, eut été bien observée, ils devinrent les puis- 
sants auxiliaires de la navigation et du commerce. 
Éole ne déchaîna pas seulement d'aveugles tempêtes : 
il enfla d'une haleine intelligente les voiles qui ne tar- 
dèrent guère à compléter et remplacer les rames. Les 
moussons de Tocéan Indien, connues peut-être des 
Hébreux et des Phéniciens, certainement des Arabes, 
rapprochèrent l'Afrique orientale de TArabie, du golfe 
Persique, de Tlnde et de Ceylan. Sans les moussons, 
un iman n*eût pas songé à soumettre à la même auto- 
rité le pays de Mascate, en Asie , et celui de Zanzibar, 
en Afrique, séparés par plus de 600 lieues que les vents 
favorables font parcourir en quelques jours. C'est pro- 
bablement la mousson du nord-est qui a conduit à 
Madagascar la tribu malaise des Hovas laquelle s'y est 
rendue maîtresse du pouvoir-; c'est elle encore qui 
conduit les banians de l'Inde dans toutes les stations 
de l'Afrique orientale, dont ils sont les principaux 
marchands et les seuls banquiers, et c'est la mousson 
du sud-ouest qui les rapatrie. 

DansVocéan Atlantique, les vents alises, qui soufflent 



(210) 

de Test à Touest, eussent fait de bonne heure décou- 
vrir r Amérique, si elle eût été moins éloignée; ils ont 
poussé les pêcheurs basques vers les eaux du Gulf-- 
Stream^ qui les ont entraînés vers Terre-Neuve ; quand 
le nouveau monde a été enfin découvert, ces courants 
atmosphériques, portant rapidement d'Afrique en Amé- 
rique, ont singulièrement aidé, par la facilité des tra- 
versées, les traitants d'esclaves. 

A terre, les vents influent sur l'agriculture, dont ils 
favorisent ou contrarient les récoltes, suivant les cas ; 
sur l'industrie, dont ils meuvent les moulins, l'un des 
premiers instruments qui aient allégé la servitude de 
la femme et servi à épuiser les eaux stagnantes et sou- 
terraines. Leur action donne une valeur à des loca- 
lités qui n'ont d'autre mérite que d'être situées en des 
lieux découverts et au bord de la mer, et soumises aux 
brises alternatives de jour et de nuit. Mais, sans entrer 
dans des détails, contentons^nous de signaler les con- 
séquences économiques du système général de circu- 
lation aérienne. Sous la zone torride, les couches d'air 
échauffées s'élèvent dans le haut de ratmosphère et 
sont remplacées par des couches d'air plus froid venues 
de la mer ambiante ou des pôles. Celles-ci, par leur 
déplacement progressif du nord au sud dans notre 
hémisphère, établissent un courant d'air froid, allant du 
pôle vers l'équateur, qui refroidit la température dans 
la moitié nord de l'Europe et la rend glaciale dans la 
Russie entière, car toute cette immense zone est ouverte 
sur le pôle boréal sans aucune barrière transversale 
de chaînes montagneuses. Agriculture impossible ou 
médiocre^ industrie difficile, population rare, commu- 



( 220 ) 

nications coûteuses, puissance économique et politique 
faible relativement à l'étendue ; telles sont, dans une 
certaine mesure, les conséquences d'une disposition 
géographique qui livre une vaste contrée à l'action 
prédominante sans correctif des vents polaires. 

Les vents sahariens exercent une influence tout autre 
en Afrique, la partie du monde la plus exposée aux 
feux du soleil, dont le grand désert redouble l'ardeur. 
Le simoun dessèche les herbes et condamne les popu- 
lations à la vie nomade, parce qu'il leur faut changer 
de pâturages pour nourrir leurs troupeaux de mou- 
tons, de chèvres, de chameaux. Ses tourbillons enseve- 
lissent dans uu linceul de sable les caravanes surprises, 
ou, comblant les puits, changent les routes commer- 
ciales du désert. S' avançant sur la lisière du nord et 
changeant de nom, le sirocco enflamme l'air, dessèche 
les arbres, les récoltes, les poumons des animaux : il 
est un des fléaux de la Berbérie. Quand il franchit la 
Méditerranée, son influence est tantôt funeste aux mois- 
sons qu'il brûle, tantôt favorable aux cultures. Le plus 
souvent il est agréable et même utile , par la tiédeur 
que lui ont donnée les eaux fraîches de la Méditerranée. 
Sous le nomde fâhn (peut-être le favonius des Latins), 
il favorise en Suisse la fonte des neiges et des bords 
des glaciers, et rend possible l'agriculture en des 
temps et des lieux où elle serait impossible sans cette 
aide bienfaisante. Il n'est pas rare que l'Autriche et le 
midi de l'Europe orientale ressentent de même le 
souffle des vents chauds d'Afrique et quelquefois 
d'Arabie. 

L'industrie humaine a su tirer parti de ces pro- 



( 221) 

priétés desséchantes en recueillant la gomme qui dé- 
coule des arbres dont les vents sahariens fendent 
récorce. L'harmattan est le vent né sur la lisière mé- 
ridionale du Sahara, à qui l'on doit la gomme des aca- 
cias qui poussent entre le désert et le fleuve du Sénégal. 
Elle est d'autant meilleure et abondante que le souffle 
a été plus brûlant ; et comme la température se ressent 
du voisinage du Sahara, cette circonstance, fâcheuse à 
tant d'autres égards, assure à la gomme du Sénégal la 
supériorité sur toutes les similaires récoltées plus loin 
du désert. 

§ 19. — Les Eaux du ciel, les Pluies^ Neiges^ 

Rosées^ Grêles, 

Sous ces diverses formes, l'eau distribuée dans 
l'atmosphère exerce sur le sort matériel des sociétés des 
influences de tout temps remarquées. La vapeur d'eau 
se congèle-t-elle en neiges éternelles et en glaciers, elle 
alimente les fleuves, les rivières, les lacs, dont nous 
avons montré le lien intime avec les conditions de 
l'agriculture et de l'industrie. Les régions qui manquent 
de ces hauts réservoirs ont rarement un système hydro- 
graphique suffisant aux besoins : c'est le défaut de 
l'Afrique, où les neiges permanentes ne s'observent 
que sur un petit nombre de points, sans former nulle 
part de vastes plaines de glace. La vapeur d'eau se 
résout-elle en neige, non pas permanente, mais consis- 
tante pendant quelques mois seulement, elle couvre 
les semailles confiées au sol d'un manteau qui les ré- 
chauffe, et dont la fonte, aux tièdes rayons du prin- 



( 222 ) 

temps, pénètre les terres d'une humidité favorable à la 
végétation, et renouvelle les sources dans les profon- 
deurs du sol. L'eau coule-t-elle en pluies, la terre ra- 
fraîchie en devient d'autant plus fertile que la tempé- 
rature est plus chaude, jusqu'à la mesure où elle serait 
excessive et produirait l'inondation : par là prennent 
place dans nos règlements civils toute une suite de 
dispositions sur la propriété et l'usage des eaux, ainsi 
que les opérations si importantes, au point de vue éco- 
nomique, de l'irrigation, du drainage, de l'endigue- 
ment des torrents et des rivières. Enfin les eaux du 
ciel, en s'infiltrant sous terre, y forment des nappes 
invisibles que la sonde découvre et fait jaillir en puits 
artésiens, précieuse ressource pour la consommation 
domestique, industrielle, agricole. Dans les contrées, 
telles que la plupart des plateaux calcaires, où les 
roches sont superposées à plat, au lieu de se creuser en 
cuvettes, les eaux, s' écoulant par les issues de leur 
pourtour, produisent des sources, des chutes, des cas- 
cades, dont les propriétés alimentaires, motrices et 
fertilisantes, déterminent l'emplacement des villages 
et des usines, et deviennent le principal élément de la 
prospérité. Presque partout, du reste, la populatioa a' est 
rapprochée des cours d'eau pour assurer la boisson 
des hommes et des animaux, et il est une multitude 
de villes qui doivent leur existence à une source abon^ 
dante. Quand les sources possèdent des propriétés mé- 
dicinales, dues à la dissolution de certaines substances 
ou à une haute température, elles provoquent, à titre 
d'eaux minérales et thermales, la création d'établisse*- 
ments sanitaires qui deviennent souvent de riches 



( 223 ) 

cités, et toujours répandent beaucoup d'argent et 
d'animation dans le pays qui en est doté. La simple 
fraîcheur des eaux donne de nos jours, grâce à la faveur 
dont jouît Thydrothérapie, une valeur commerciale à 
des sources et à des courants privés de toute autre 
utilité. Nous avons dit le rôle que jouent les puits dans 
les déserts et comment de simples filets d'eau font 
nattre une oasis. Mentionnons enfin la rosée , comme 
devenant par le rouissage une auxiliaire de la méca- 
nique et de la chimie. 

Considérées dans leurs rapports avec les zones ter- 
restres, les pluies sont un des principes constituants 
des climats. Variables en quantité et en intensité, ré- 
parties à peu près sur toute Tannée par périodes inter- 
mittentes, elles caractérisent les zones tempérées; 
continues et régulières pendant presque toute Tannée, 
elles caractérisent la zone équatoriale et torride. Entre 
ces deux termes, se place toute une série de transi- 
tions, dont la plus remarquable est la division de 
Tannée en deux périodes semestrielles marquées par 
la chute ou Tabsence des pluies, Thivernage et Testî- 
vage. Non-seulement les travaux agricoles, mais les 
mœurs, les lois, les institutions, la santé publique, Tar^ 
chitecture, se ressentent du système régnant des pluies. 

Au-dessus des déserts qui avoisinent le tropique 
d'Afrique en Asie, sur toute la largeur de Tancien con- 
tinent, il ne pleut pas, parce que les sables brûlants 
enflamment Tair ambiant, ce qui empêche la vapeur 
d'eau de se condenser en pluie et en rosée. La 
stérilité du fonds géologique, se combinant avec une 
chaleur violente, écarte le seul remède qu'elle puisse 



( 224 ) 

avoir, rimbibition de Teau pluviale : condamné à une 
incurable sécheresse, le désert devient ainsi étemel, à 
moins de recourir à l'irrigation artificielle. Un phéno- 
mène analogue s'observe, avec les mêmes effets, autour 
des montagnes pelées des pays chauds que le déboi- 
sement a privées de toute végétation : aucune vapeur 
d'eau ne peut se condenser autour de ces sommets 
échauffés ; aucune source ne coule de leurs flancs et à 
leurs pieds. 

Dans les pays méridionaux (nous parlons pour l'hé- 
misphère septentrional) où la sécheresse, sans être 
permanente, est fréquente, elle entraine des pratiques 
agricoles et des combinaisons économiques particu- 
lières. Elle fait préférer aux récoltes annuelles, trop 
chanceuses, les cultures arborescentes et les vignobles ; 
elle écarte le fermage qui suppose une régularité 
annuelle des produits, et recommande le métayage qui 
répartit également les risques entre le propriétaire et 
le cultivateur. 

Les sécheresses accidentelles, comme la surabon- 
dance des pluies ou des brouillards, en détruisant les 
récoltes, entraînent des pertes et des misères qui 
appellent des dégrèvements d'impôts et des secours. 

Les grêles, qui causent les mêmes dommages et 
réclament les mêmes indemnités, pénètrent aussi, par 
les assurances, au cœur de la sphère économique. Les 
localités particulièrement exposées à leurs ravages par 
leur condition topographique, ce que l'expérience ne 
tarde pas à apprendre, trouvent difficilement à se faire 
assurer. L'assurance mutuelle y remplace presque tou- 
jours Tassurance à prime fixe, et l'une comme l'autre 



( 226 ) 

élèvent la prime à payer proportionnellement an 
risque (1). 

§ 20. — La Lumière. 

Les propriétés économiques de la lumière sont moins 
macifestes : ce n'est pas que, par les divisions du jour 
et de la nuit, elle n'influe sur toutes nos habitudes 
sociales ; par la proportion relative d'heures éclairées 
et de ténèbres, elle est de la plus haute considération 
pour l'économie domestique et pour l'édilité ; par sa 
distribution inégale suivant les climats, elle détermine 
la consistance variable des tissus organiques et favorise 
certains êtres de préférence aux autres ^ la coloration 
diverse des races humaines dépend sans doute aussi, 
en quelque chose, des rayons lumineux. Mais ces 
actions rentrent plutôt dans l'ordre physique et phy- 
siologique. Son action la plus directe sur les sociétés 
humaines paraît être dans l'avantage qu'elle assure à 
certaines contrées par la transparence de l'air et la 
sérénité du ciel ; encore l'état hygrométrique de l'atmos- 
phère entre-t-il pour moitié dans ces facilités. C'est 
en effet sous les climats en même temps secs et inondés 
de la lumière du soleil pendant le jour, de la lune et 
des étoiles pendant les nuits tièdes, que l'astronomie 
a pris naissance, en Chaldée, en Syrie, en Egypte; et 
la connaissance des astres a réglé l'agriculture, dirigé 
la navigation, inspiré le culte. De cette contemplation 

(1) Si nous voalions sortir da cercle purement géographique, nous 
terminerions ce paragraphe par la vapeur d*eau, dont le grand rôle 
dans IMndustrie contemporaine n*a besoin que d*étre indiqué. 



( SS« ) 

du ciel an centre d'horizons sans fin, il est résulté aussi 
cette élévation naturelle des âmes vers Dieu et cette 
aspiration à Tinfini, qui ont prédisposé la race sémi- 
tique, campée en Syrie et en Arabie, à la fondatioD 
des trois grandes religions de Thumanité dans TOcci- 
dent : le judaïsme, le christianisme, Tislamisme. 

Ce privilège des belles nuits rayonnantes et limpides, 
propres aux régions subtropicales et chaudes, y appelle 
les observatoires de la civilisation, qui, sous les brumeux 
climats du Norà, ne fonctionnent que par intervalles; 
et ces établissements de la science sont toujours le 
prélude de quelques bénéfices économiques, ne fût-ce 
que par l'étude approfondie du climat local, dont la 
connaissance importe tant à F agriculture. 

§ 21. — Le Magnétisme terrestre. 

Plus certaine et plus matérielle est l'action des cou- 
rants magnétiques : il suffit de nommer la boussole 
pour en résumer d'un trait les incalculables bienfaits; 
à elle doivent leurs premiers progrès la navigation et 
la géodésie. Tune et l'autre si essentielles dans l'éco* 
nomie des sociétés. Mais il reste à découvrir quels 
rapports existent entre la direction et Tintensité des 
courants magnétiques, d'une part, et les produits orga- 
niques ou les richesses minérales distribués sur le 
globe, et dont le feroxydulé-magnétique est un exemple. 
Outre les exploitations industrielles que l'aimant dé- 
termine, y a- t-il d'autres rapports entre le magnétisme 
terrestre et l'état des sociétés humaines? C'est une 
question encore entourée d'un profond mystère. 



(M7) 

g 22. — V Électricité. 

Les services les plus éminents de rélectricité se ré* 
sument aussi en un mot : le télégraphe électrique. 
Sous le louable aiguillon de Témulation internationale 
qui se traduit en profits directs, tous les pays civilisés 
se jalonnent de poteaux de bois unis par des fils mé- 
talliques, avec une ardeur qui promet à notre siècle 
rétablissement d'un réseau universel de communica- 
tions intellectuelles presque instantanées : image exacte 
du réseau nerveux qui distribue la sensibilité et le 
mouvement aux animaux. Quand il sera plus avancé, 
l'unité du genre humain passera du domaine des 
croyances et des théories dans celui des faits, et l'unité 
géographique du globe se fortifiera de l'unité écono- 
mique, conciliée avec une extrême variété de produits. 

C'est ici le lieu de rappeler que la foudre a provoqué 
le génie humain à découvrir le paratonnerre et à con- 
stituer les assurances contre le feu du ciel, qui en ont 
enfanté beaucoup d'autres, gages de sécurité pour les 
assurés , instrument de fortune pour de nombreuses 
compagnies. 

% 28. — Les Tempêtes. 

Le procédé financier des assurances était né, long- 
temps auparavant, comme aussi le contrat à la grosse» 
des risques que courent les navires, et où l'électricité 
joue un grand rôle. Tempêtes, ouragans, raz de 
marée, cyclones, typhons, trombes; sous des noms 



( 228 ) 

divers, ces désordres violents de la mer et de Tatmos- 
phëre causent des désastres pareils ; ils engloutissent 
les navires ou les brisent contre les rivages. Ces dan< 
gers, l'assurance maritime les calcule, les taxe et les 
rachète, le contrat à la grosse les brave. La réparation 
est moins facile sur la terre qui ressent le contre-coup 
de ces accidents par la destruction des récoltes, par le 
renversement des arbres et des maisons, par le boule- 
vei*sement des travaux publics. Malheur aux régions 
placées sur le trajet habituel de ces terribles météores, 
qui ont pour la plupart, entre autres les cyclones et les 
typhons, leur aire normale ! elles inscrivent pour long- 
temps dans leurs annales, en souvenirs de deuil et de 
dépenses extraordinaires, les années marquées par ces 
néfastes épisodes. L'île ou la terre voisine, qui peut 
offrir un refuge aux navires désemparés, acquiert la 
prépondérance sur celle à qui manque un port, et qui 
voit les assurances de sa navigation atteindre à un taux 
écrasant, ou même les navires intimidés s'éloigner de 
ses rives. Ce sont l'île de France et Bourbon , dont la 
valeur respective fut mieux appréciée en 1815 des 
diplomates anglais, versés dans la géographie écono- 
mique, que des Français qui l'ignoraient. 

Sous la menace toujours imminente de ces fléaux 
qui semblent indomptables, le génie humain ne s'est pas 
découragé : il a étudié les mouvements des cyclones, 
il en a découvert les lois dans leurs divers parages, et 
sauvé par là bien des personnes, bien des richesses; 
la science a même, par une heureuse hardiesse, fait 
servir la force du tourbillon à une plus rapide transla- 
tion des navires dans la direction de sa route. 



( 229 ) 

§ 24. — Les Volcans. 

Les volcans montrent sons d'autres aspects les puis- 
sances destructives de la nature et leurs effets écpno* 
miques. Sous les laves et les cendres disparaissent les 
cités avec leurs habitants , les fermes, les routes, les 
plantations, les récoltes : capitaux et revenus pour tou- 
jours détruits et qui ne poarrout être reconstitués que 
par le travail séculaire des générations, coûteux renou- 
vellement d'une œuvre déjà faite. L'archéologie seule 
donne quelque valeur aux ruines. Par la terreur que 
répandent les volcans, les régions avoisinantes restent 
en partie incultes et inhabitées, à moins que leurs éjec- 
tions n'aient produit une fertilité exceptionnelle qui 
fait braver le péril. 

S 25. — Les Tremblements de terre. 

Le danger est moins saisissant avec les tremblements 
de terre, parce qu'il frappe la mémoire plutôt que les 
yeux et qu'il est d'ailleurs plus soudain et plus court; 
et néanmoins il peut entraîner d'immenses catastrophes. 
Depuis Balbeck jusqu'à Lisbonne (1), l'histoire est rem- 
plie de ces malheurs qui ont englouti tant de villes et 
enseveli les populations sous leurs décombres, boule- 
versé quelquefois le sol d'un pays. L'obstruction d'un 
port, une source tarie, peuvent atteindre dans son prin- 
cipe la fortune d'une cité. 

(1) Et Manille, depuis la lecture de ce roémoire, 



( 2S0 ) 

Quelquefois même le tremblement de terre a des 
conséquences politiques : à la suite d'une catastrophe 
de ce genre vers la fin du XYiif siècle, la ville dOran 
fut abandonnée aux Arabes par les Espagnols, fatigués 
d'une occupation sans sécurité. 

De nos jours, tout pays menacé de fréquents trem- 
blements de terre est exposé à se voir fermer tout crédit 
hypothécaire sur ses maisons ou à payer le risque par 
le taux de l'intérêt, à moins qu'il n'adopte un système 
d'architecture propre à atténuer le contre-coup die ces 
commotions : même avec cette précaution, les accidents 
de ce genre resteront toujours en dehors des assurances. 

La stabilité d'une grande partie des établissements 
humains repose sur la rareté des tremblements de terre, 
et c'est pourquoi l'économie politique , personnifiée 
dans l'édilité des villes, en doit tenir grand compte. 

§ 26. — Les Minéraux. 

Après avoir parcouru les milieux liquides, solides 
et gazeux au sein desquels se développent les sociétés 
humaines, et qui sont le domaine propre de la géogra- 

• phie, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les 
grandes catégories de produits qui composent la ma- 
tière du globe terrestre, et que la science géographique 
enregistre suivant leur distribution, la science écono- 
mique suivant leur emploi , sans les étudier spéciale- 

' ment : ce sont les minéraux, les végétaux, les animaux. 

Les matières minérales s'offrent à l'exploitation 

humaine sous deux formes principales : tantôt mêlées 

à une couche plus ou moins épaisse de terre végétale, 



( «84 ) 
elles sont le sujet de Tagricultare ; tantôt réduites à 
elles-mêmes, elles sont Tobjet de Tindustrie : sous ces 
deux formes elles ont les rapports les plus intimes avec 
la condition économique des sociétés* 

a. EmidoiB afriool6B. 

Les roches qui constituent la charpente osseuse du 
globe possèdent, tant par leur composition propre que 
par leur décomposition et leur mélange, des propriétés 
qui établissent entre les diverses contrées géogra- 
phiques» des différences notables et dans la nature des 
cultures et dans le rendement des récoltes. Ici la terre 
fertile récompense libéralement le travail de l'homme , 
ailleurs il use ses forces pour le plus maigre résultat : 
de là des pays naturellement appelés à la richesse ; 
d'autres naturellement condamnés à la pauvreté. Cette 
fertilité dépend de la proportion des éléments chi- 
miques et physiques, suivant des lois que nous n'avons 
pas à étudier ici ; les applications économiques nous 
importent seules. 

La fertilité du sol, assurant des récoltes régulières 
et abondantes, nourrit et enrichit une population vi- 
goureuse et nombreuse, élève de confortables demeures, 
multiplie les villages, suscite et enrichit des villes, 
assure la puissance politique des États. A moins que 
les lois ne s'y opposent, en de tels pays la propriété 
tendra à se morceler entre les familles, dont chacune 
se prendra d'amour pour une terre qui récompense 
généreusement ses peines; et comme les petites et 
moyennes fortunes sont toujours plus nombreuses que 



( 282 ) 

les grandes, les petites et moyennes propriétés ou cul- 
tures deviendront la règle dominante. 

Ces effets, quelque probables qu'ils soient, peuvent 
être neutralisés par le climat, qui, comme nous Favons 
vu, invite à Tindolence sous les tropiques, parce que 
la nature y dispense trop Thomme d'un travail soutenu. 

La stérilité du sol aboutit à des résultats différents : 
populations chétives, rares, disséminées en de rares 
chaumières et de pauvres hameaux, villes distantes 
l'une de l'autre, faible puissance des arts, des sciences, 
de l'administration. Néanmoins, ici encore, le génie 
natif de la race et un milieu qui excite au travail et loi 
ouvre les voies du commerce et de l'industrie, peuvent 
faire contre-poids à l'action naturelle du sol : témoin 
l'Attique dans l'antiquité. 

La composition géologique du sol agit directement 
sur le système des cultures. Dans les terrains calcaires, 
où le sol a peu de profondeur, les eaux, «massées dans 
des excavations souterraines ou arrêtées par des 
couches d'argile, ne sourdent qu'en de rares fissures, 
au pourtour des plateaux et au fond des vallées ; la 
culture extensive des céréales y trouve son théâtre 
naturel; les herbes, courtes mais savoureuses, y con- 
viennent à l'élève du mouton. Ces terrains deviennent 
des pays de grandes fermes, où de gros villages sont 
échelonnés de loin en loin pour les foires, les marchés, 
le commerce de détail et les industries rurales : pen- 
dant l'été, la sécheresse prescrit la transhumance des 
troupeaux, si l'on se trouve au voisinage des hautes 
montagnes. 

Moins fertiles, les pays granitiques et schisteux 



( 53à ) 

poussent aussi à la culture extensive, mais avec d'autres 
caractères : par la multiplicité des sources, éparses à 
de petites distances, par la fraîcheur qu'elles commu- 
niquent aux herbages, ces terrains portent au régime 
pastoral et à la culture des fourrages ; les habitations 
sont disséminées, mais ne constituent que de petites et 
moyennes fermes et de faibles hameaux, parce qu'elles 
sont entourées d'une médiocre étendue de terrains cul- 
tivables; la prédominance des pacages invite à la com- 
mune dépaissance. pour laquelle dévastes terrains sont 
réservés : trop pauvres pour suffire à leurs besoins admi- 
nistratifs, les communes sont réduites à Tétat de sec- 
tions communales, revendiquant toutefois la propriété 
de leurs communaux. 

Enfin les terrains qui sont à la fois fertiles, meubles 
et profonds, appellent la culture intensive, qui peut 
enfouir utilement beaucoup de travail sur un étroit 
espace; tels sont, entre autres, les pays alluvionnaires. 
Pour peu que les autres circonstances en favorisent le 
* développement, les gros bourgs et les villes ne tardent 
guère à y former les centres d'une banlieue agricole 
et horticole riche et bien cultivée (1). 

Un autre classement de terrains correspond à d'au- 
tres attributs agricoles, et notamment à la production 
du bétail. Les terrains primitifs et de transition sont 

(1) a Ea France, c'est la compositioD argileuse des couches végé- 
tales qui a donné à la Bric, à la Beauce, au Vexin, leurs grandes fermes 
à blé; comme c'est leur légèreté et leur prorondrur qui ont donné h 
la Flandre française ses petites et moyennes fermes. » (Hippolyte 
^my , Rapport sur les systèmes de culture, et examen de leurinfiuence 
*«r Véconomie sociale.) 

VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 6. 16 



( 234 ) 

plqs propices à là multiplication du cheval et du ban]{, 
les terrains secondaires et tertiaires & l'élevage de ces 
dpim^ux : de là, toujours en tenant compte des climats, 
UD6 division en deux branches de l'industrie et du 
qoïpmerce ?ootechniques qui réagit sur toute V agri- 
culture (1). 

Le genre des cultures, suivant que le déterminent le 
climat, le sol et les débouchés, exerce également sa 
part d'influences. Les pâturages isolent les populations; 
les céi:éales les dispersent à travers champs ; les vi- 
gnobles les groupent en villages; les cultures dites 
commerciales et industrielles les rapprochent en petites 
fermes contiguës ; les jardins, les vergers, les rattachent 
aux villes voisines qui embellissent et enrichissent la 
campagne environnante,* si stérile qu'elle soit, à Taide 
d'énormes capitaux et engrais. . 

D'après ces rapprochements, la vue d'un pays à vol 
d'oiseau ou son étude à l'aide d'une carte détaillée, 
peut faire pressentir de quels faits géographiques dé- 
rivent la condition économique de ses habitants, et leur 
répartition sur le sol, et réciproquement. 

h. Emplois industriels. 

Rien n'est plus connu que l'application des produits 
minéraux du sol aux besoins de l'industrie humaine, 
et c'est pourquoi il nous suffira de rapides indications. 

L'économie politique, groupant ces; matières à son 
point de vue propre, classe les métaux d'abord en deux 

(1) Voyez Magne, De V influence des terrains sur la division de Viri' 
dustrie zootechnique et sur la production des animaux. 



( 285 ) 

catégories : les métaux précieux et les métaux com- 
muns, les uns et les autres d'une utilité extrême, quoi- 
que bien difiérente. 

Par leurs propriétés physiques et chimiques, qui 
presque de tout temps et eu tout pays les ont fait 
adopter pour monnaie ou instrument d'échange, Tor 
et l'argent furent, dès la plus haute antiquité, les 
amorces primitives du commerce ; ils abondaient alors 
dans l'ancien continent comme aujourd'hui dans le 
nouveau. Leur recherche et leur ti'afic imprimèrent le 
premier mouvement d* émigration, de navigation et de 
colonisation, d'où naquirent la civilisation florissante de 
Tyr, de Cai'thage, de Marseille, et la connaissance 
d'une partie de plus en plus éteudue du monde. Les 
poètes maudirent la soif de Tor {auri sacra fame$)^ 
mais les économistes la bénirent. 

Le même sentiment, relevé cependant par des aspi- 
rations religieuses, couduisit en Amérique Christophe 
Colomb, ses compagnons et ses imitateurs. Du xv"" au 
xvm* siècle, les mines d'or et d'argent du Pérou et du 
Mexique corrompirent les métropoles par les facilités 
données au luxe sans travail et à l'oisiveté des grands, 
en même temps qu elles changèrent les fortunes par la 
baisse générale des valeurs. Eu notre temps, les pays 
aurifères, tels qiie la Californie et l'Australie, ont 
exercé la même attraction sans produire les mêmes 
dommages, parce que les lingots exportés ont été rapi» 
dément entraînés dans le courant d'une circulation 
productive. Au meurtrier travail des mines a succédé 
un état social, très-désordonné sans doute et plein M 
confusion à l'origine, mais qui est devenu, par Vmtofu^ 



\ 



( 2S6 ) 

de la raison combinée avec la force, une société à peu 
près homogène et régulière. 

A faire intervenir les causes finales, on admettrait 
volontiers que la profusion de For sur le globe a pour 
objet de procurer l'exploration, le peuplement et la 
culture des lieux qui, sans cet attrait, resteraient in- 
connus, inhabités et incultes. Uor et l'argent bruts 
sont des aimants qui attirent Thomme ; monnayés, ils 
représentent pour lui la richesse par excellence, la 
puissance, le plaisir. 

Parmi les métaux communs, le fer est devenu d'un 
usage si universel, que Ton peut mesurer le degré de 
civilisation d'un peuple à la quantité de ce métal qu'il 
emploie. Le cuivre, le plomb , en de moindres propor- 
tions l'étain, le zinc, l'antimoine, le manganèse, con- 
courent par d'autres propriétés à satisfaire ses besoins. 

Ce que les mines de métaux ont procuré de travail, 
payé de salaires, accumulé de capitaux, fondé d'usines 
dans les régions que la.nature en a dotées, nous n'es- 
sayerons même pas de l'indiquer : la métallurgie, avec 
tous les arts qui s'y rattachent, forme la moitié de 
l'économie des peuples. Elle crée une classe particulière 
d'ouvriers qui vivent d'une vie exceptionnelle dans les 
profondeurs de la terre, et appelle toujours une légis- 
lation spéciale, dont le premier principe, chez la plu- 
part des nations civilisées, est que les mines sont une 
propriété régalienne réservée à l'État. 

Parmi les minéraux non métalliques, les pierres 
précieuses, le diamant en tête, exercent sur l'humanité 
une fascination égale à celle de l'or et de l'argent ; mais 
bornées à une fonction d'ornement, elles voient leur 



( 287 ) 

importance sociale limitée par leurs emplois. Pour le 
reste, nous nous bornerons à une simple énumération : 
chacun connaît» pour leur rôle dans l'économie indus- 
trielle et sociale, les combustibles minéraux (houille, 
anthracite, lignite, tourbe), les marbres, les pierres à 
bâtir, les pierres meulières, etc. , les ai^iles, pouzzo- 
lanes, etc., les amendements minéraux (chaux, plâtre, 
marne, etc.), le sel marin, l'alun, le salpêtre, etc.-, le 
soufre, etc. 

Toute localité qui possède ces richesses naturelles, 
dans des conditions d'exploitation fructueuse, voit 
bientôt naître de ce voisinage, en tout pays civilisé, 
des mines, usines, ateliers, maisons, routes, des vil- 
lages et des villes quelquefois. 

C'est pourquoi la géographie, qui signale ces pro- 
duits spontanés dans ses descriptions, met l'économie 
industrielle sur la voie de lucratives applications. 

Il est remarquable que la plupart des minéraux 
semblent distribués un peu par tout le globe, sans 
aucun rapport avec les longitudes et les latitudes : 
lorsque sur un même point il s'en trouve réunis plu- 
sieurs entre les plus utiles, la fortune de ce pays est 
assurée. L'Angleterre doit la sienne, pour une grande 
partie, à la possession simultanée de la houille, du fer 
et du cuivre. La houille surtout, qui fournit la* chaleur 
et le gaz, et indirectement la vapeur et le mouvement, 
est devenue la richesse la plus enviée des nations indus- 
trieuses. Découvrir la houille est la première et juste 
ambition de tout chercheur de mines. Si la poésie 
veut compléter la série de ses âges d'or, d'argent et 
de fer, et l'archéologie la sienne (pierre, bronze et 



( 238 ) 

fer), elles devront y Ajouter pour le nôtre Tàge delà 
bouille^ 

^ 27. -'Les Végétaux. 

La géographie constate un plan tout différent de la 
distribution des végétaux. II en est quelques-uns de 
cosmopolites, mais en très-petit nombre ; presque tous 
sont cantonnés dans une aire plus ou moins étendue 
dont le principal caractère se tire de la température , 
et ensuite du sol et de l'exposition. D'après cette loi, 

• 

le voyageur qui va du pôle à l'équateur voit se dérouler 
devant lui^ de degré en degré, de nouveaux tableaut 
de végétation, qui se reproduisent en sens opposé en 
allant de Téquateur au pôle. Le spectacle d'une pareille 
yariôté se représente à chaque étage qu'on monte en 
s' élevant du niveau des mers au sommet des montagnes. 
Au terme extrême du froid, on ne voit qu'une herbe 
courte et d'aspect monotone ; au maximum de la cha« 
leur, sous l'équateur, les végétaux accablent notre peti- 
tesse parleur taille colossale de hauteur et de diamètre. 
Entre ces extrêmes se placent de nombreuses séries 
que la science botanique groupe par familles, et dont 
l'industrie humaine interroge surtout les emplois utiles. 
Terrains, contrées, zones, climats, jugés d'après leur 
végétation, se montrent inégaux en richesse, et leur 
aptitude à la civilisation dépend beaucoup de ce qu'ils 
possèdent en ce genre ; mais il n en est aucun, sauf le 
désert, qui n'ait reçu quelque don en surabondance ù 
échanger avec ce qui lui manque. Du nord au midi et de 
l'orient à l'occident, les contrastes se dessinent, d'autant 



( 

( 289 ) 

plus marqués que rélolgnement est plus grand, sans 
toutefois que la distance cause autant de différenoes 
que Tégalitéde température fait naître d'analogies. 

Dans le groupe des plantes alimentaires, les zones 
tempérées possèdent d'abord les céréales, dont le blé, 
le seigle et l'orge, qui sont les plus nutritives, ser- 
vent d'aliment à toutes les populations sous forme de 
pain. En avançant vers les tropiques, c'est le malSy le 
millet ou sorgho, le riz, le manioc enfin, qui prennent 
ce rôle. Les animaux ont pour leur part l'avoine, l'orge* 

Par une modification pareille en fait de liquides, la 
bière, le cidre, le vin, l'arack ou jus de sucre, le jus 
fermenté de XAgaoe et du palmier, se succèdent du 
nord au sud. L'huile, à titre d'aliment gras^ change de 
même : animale dans la zone glaciale, elle fait place 
aux huiles végétales de colza, d'oeillette, de noyer, 
dans le» climats froids; d'olive, sous les climats sub- 
tropicaux ; d'arachide, de sésame et plusieurs autres, 
sous les zones chaude et torride. 

Le sucre appartient aux pays chauds par la canne, 
aux pays froids par la betterave. Le café, le caoaci, 
sont les privilèges des pays chauds; le thé s'accom- 
Tûode d'une température plus modérée. 

Nous n'essayerons pas même de rappeler les variétés 
bien connues de fruits, de racines et de légumes diversi, 
suivant les zones et les hémisphères. 

Outre les plantes oléagineusss que nous avons 
nommées, l'industrie utilise encore celles de lin et de 
chanvre, originaires de nos contrées, et celles de ricin, 
de toulouconna, d'illipé, de palme, de coco, et bien d'au- 
tres que lui procure l'importation d'Afrique et d'Asie. 



( 240 ) 

En fait de plantes tinctoriales, à la garance que 
nous possédons, le commerce ajoute Tindigo d*Asie et 
d'Amérique, Torseille et le henné d'Afrique, le roucou 
de la Guyane, le cachou de Tlnde, le campêche du 
golfe du Mexique, le safran et le su mac d'un peu partout. 

Les plantes textiles surtout donnent lien à d'in- 
nombrables échanges dont le coton d'Amérique est le 
pivot, aujourd'hui ébranlé. L'Europe y contribue par 
le lin et le chanvre, l'Inde par le jute, la Nouvelle- 
Zélande par le phormium* Des végétaux moins souples 
font des cordages, de la sparterie, du papier : Yalfa^ 
le dis y \% palmier nain^ produits du ciel africain et que 
l'Espagne comprend sous le nom générique de sparte. 

Les BOIS utiles ont aussi des représentants sous 
toutes les latitudes. Nommons, parmi les plus résis- 
tants, le chêne elle teck; parmi les plus élégants, le 
thuya, l'acajou, le palissandre; parmi les plus utiles, 
le bambou, le cocotier, les palmiers. 

En fait d'ÉcoRCES, le liège n'a pas son pareil dans 
le nouveau monde ; mais les écorces tinctoriales et 
tannantes sont loin d'être ainsi limitées àun seul arbre. 

A l'exception du tabac, qui est à peu près cosmopo- 
lite, les plantes aromatiques et les épices sont le pri- 
vilège de l'orient le plus chaud. Là viennent la vanille, 
le girofle, le poivre, la cannelle, la muscade, etc. Il 
est cependant à remarquer que les plantes odorantes 
des pays tempéréwS, rose , jamin , géranium, myrte, 
orangers et citronniers, etc., font des parfums et des 
eaux de senteur très-agréables. 

Des zones intertropicales viennent aussi les gommes 
et les RÉSINES les plus appréciées de l'industrie : caout- 



(241) 

chouc, gutta-percha, gomme arabique, etc., et les 
plantes médicinales aux propriétés les plus énergiques, 
aloës, quinquina, salsepareille, etc. On sait le rôle 
de l'opium en Chine et dans la Halaisie. 

Ce rapide et incomplet aperçu du règne végétal au 
point de vue économique, laisse entrevoir quelles 
infinies ressources la géographie botanique montre à 
l'agriculture, à l'industrie, à la marine, au commerce, 
aux arts, à la médecine : il resterait à suivre ces ri- 
chesses dans les mouvements et les transformations 
propres à chaque pays , mais un tel travail dépasserait 
le cadre de cette esquisse. 

§ 28. — Les Animaux. 

Au lieu de présenter à l'homme une résistance ou 
une aide toute passives, comme les végétaux, les ani- 
maux sont envers lui des ennemis et des victimes, ou 
des auxiliaires et des serviteurs. Chaque région de la 
terre a ses espèces particulières dans l'un et l'autre 
genre, dont la destruction ou l'éducation constitue, en 
tout pays, une des principales occupations des habitants. 

Mais tandis que, avec le cours du temps, la chasse 
devient un amusement plutôt qu'une nécessité ou une 
spéculation pour les peuples civilisés, la pêche reste une 
branche considérable de production : à la poursuite des 
harengs, des maquereaux, des morues, des baleines, se 
développe la marine, dont les établissements et les arme- 
ments suivent les migrations du poisson (1); à elle 

(1) n Le commerce du Nord a constamment suivi la direction que 
loi tracèrent les bancs de harengs, en obéissant au changement 



( 242 ) 

surtout profitent les courageuses explorations des 
voyageurs géographes à travers les océans et au cœur 
des régions polaires. 

La présence en un pays d'animaux dangereux par 
leur férocité on leurs ravages a fait imaginer, pour 
s'en défendre ou les attaquer, des armes qui sont 
devenues un instrument de sécurité, de bien-être, et 
trop souvent d'agression contre les hommes. Le danger 
a aiguisé l'intelligence, uni les efforts, développé la 
sociabilité. Ce qui reste aujourd'hui d'animaux sau- 
vages est plutôt poursuivi, sauf en quelques cas excep- 
tionnels, pour ses dépouilles que pour le mal qu'il fait. 
Tel est le cas pour le lion, le tigre, la panthère, recher- 
chés pour leurs peaux; l'éléphant, l'hippopotame, le 
rhinocéros, sont appréciés pour l'ivoire de leurs dents 
et de leur corne; l'autruche pour ses plumes et ses 
œufs; une multitude d'oiseaux aquatiques pour leur 
plume et leur duvet , les tortues pour leur écaille. Les 
zones glaciale et froide sont peuplées d'animaux aux 
épaisses fourrures, dont la poursuite remplit la vie des 
trapeurs à demi sauvages eux*mêmes : ce trafic donne 
son cachet propre au commerce des régions boréales. 

Les animaux domestiques sont moins cantonnés 
dans des régions spéciales. Chevaux, bœufs, moutons, 
chèvres, porcs, volailles, sont cosmopolites comme 
l'homme ; l'éléphant seul n'est domestiqué qu'en Asie, 
et le chameau à la fois en Asie et en Afrique. Ils ont 
été partout de précieux auxiliaires des hommes, et là 

imposé par la migration successive de ce riche produit de la mer. » 
(Wolowski, Rapport sur le concours pour lepriœ Léon Faucher sur 
VMitoire de la ligtte haméatique.) 



(248 ) 

OÙ les principaux manquèrent, comme le cheval et la 
bœuf en Amérique avant l'arrivée des Européens (tout 
animal porteur manque encore aujourd'hui à Mada- 
gascar), ce fut une cause de retard en civilisation, et la 
source d'un sentiment de terreur et d'infériorité en 
présence des cavaliers européens. 

Le cosmopolitisme le plus complet est celui des 
abeilles qui, sous des variétés de taille et de forme, 
donnent de la cire et du miel à peu près sur tout le 
globe ; tandis que la cochenille et le ver à soie sont 
localisés dans les pays tropicaux et tempérés. 

Dans les rangs inférieurs de l'animalité, l'industrie 
demande des coraux et des éponges aux rochers sous-* 
marins, des perles et de la nacre à certaines coquilles, 
des cauris aux rivages d'Afrique et d'Asie, pour servir 
de monnaie; du guano «aux îlots du littoral péruvien, 
arabe, aMcain , des huîtres aux côtes de nos conti-^ 
nents : chaque coin du globe, sur terre et sur mer, 
possède ainsi quelque don particulier qui le doue de 
valeur. Malgré leur prix, ces spécialités locales sont 
dépassées en importance par les produits animaux plus 
communs, mais d'un emploi universel, tels que laines, 
poils, cuirs, os et cornes, graisses et huiles, etc. Par 
le surcroît de richesses que ces issues et sécrétions 
ajoutent au travail et à la chair des animaux domes- 
tiques, par le tribut quotidien que nous payent les 
femelles de quelques-uns en lait et en œufs, le règne 
animal fait équilibre au règne végétal, et tout pays qui 
serait pauvre sous ce rapport s'en ressentirait directe- 
ment dans l'ensemble de son économie domestique, 
rurale et sociale. Il en est, au contraire, comme les 



( Uk ) 

pampas de l'Amérique du Sud, que la richessse animale 
semble dispenser de toute autre. 

I 
§ 29. — L'Homme. — Les Races humaines. 

Au sommet du règne animal s'élève l'homme, divisé 
entre plusieurs races qui ont avec les régions où elles 
vivent de manifestes affinités. Avant de déborder sur 
l'Amérique, la race blanche occupait exclusivement 
l'ancien continent à l'ouest de l'Asie centrale; la race 
jaune s'étend à l'est et au sud du même point de départ 
et pénètre dans les îles de la Malaisie ; la race nègre 
peuple toute l'Afrique à partir du Sahara; la race 
rouge est confinée dans l'Amérique. Que le genre 
humain dérive d'un seul foyer de création ou de plu- 
sieurs, les harmonies les plus éclatantes rattachent 
chacune de ses familles principales aux terres et aux 
climats où elle s'est développée. Rechercher les causes, 
les caractères, les limites de cette étendue, est du 
domaine d'une science nouvelle, l'ethnographie; mais 
pour nous en tenir aux points où elle s'embranche sur 
la géographie et l'économie politique, nous nous borne- 
rons à un petit nombre d'indications afférentes à notre 
sujet. 

La race blanche en Occident, la race jaune en Orient, 
ont acquis une supériorité incontestable sur les races 
noire et rouge dans tous les arts qui concourent à 
l'économie matérielle des sociétés. A cet égard, on 
pourrait qualifier les premières de races majeures, les 
secondes de races mineures. 

La race blanche et la race jaune exercent l'une et 



( âi5 j 

l'autre, avec les qualités qui leur sont propres, Tagrî- 
culture et Findustrie, et même les progrès de la se- 
conde dans cette direction paraissent avoir chronologi- 
quement devancé les progrès de la première. 

La race 'blanche, au contraire, a pris les devants 
pour le commerce : douée d'instincts plus cosmopolites, 
elle a exploré le globe, au lieu de se cantonner dans 
son pays natal, inventé la navigation, fondé partout 
des établissements, pratiqué des échanges, acquis par 
cet esprit d'initiative et de progrès la richesse, la puis- 
sance et la science, ce qui lui a valu la supériorité défi- 
nitive dans les affaires de l'humanité. 

L'échange est en effet le signe suprême de la socia- 
bilité dans Tordre matériel. Certains animaux tra- 
vaillent, l'homme seul échange et commerce. ^ 

Le travail et l'échange, tels sont les deux pôles de 
l'activité humaine. 

C'est en dressant Tinventaire complet de toutes les 
forces naturelles à exploiter et des produits à échanger, 
pays par pays, que la géographie rend de précieux 
services à l'économie politique. 

Au travail humain, elle signale les terres à habiter, 
les mers à sonder, les forêts à abattre ou aménager, 
les plantes et les animaux à élever ou à acclimater, les 
forces motrices à utiliser, les richesses souterraines à 
fouiller. Elle guide chaque race dans l'établissement de 
ses colonies. 

A l'échange humain, elle signale les infinies res- 
sources qui résultent de la diversité de tous les éléments 
terrestres et sociaux dont elle dresse l'inventaire (i) ; 

(1) Voyez le tableau joint au procba'm numéro. 



( 2A6 ) 

chaque objet n'est qu'un fragment de la nature insuffi- 
sant aux besoins même les plus restreints, et doit se 
compléter par d'autres fragments. 

La nature a ménagé l'échange en tout et partout : 

Entre les hémisphères septentrional et méridional, 
oriental et occidental ; 

Entre les mers, entre les terres; entre les mers et 
les terres ; entre les bassins des fleuves , entre les ver- 
sants ; 

Entre les climats, entre les latitudes, les longitudes, 
les altitudes ; 

Entre le littoral et l'intérieur des continents ; ent^-e 
les sols, entre les profondeurs et les surfaces 5 

Entre les races, entre les diverses formes de sociétés, 
entre les divers âges de civilisation , entre industries 
différentes, même entre produits similaires de genre, 
par des nuances d'espèces et de variétés. 

La société, à son tour, a institué des règlements 
divers d'échange entre les métropoles et les colonies, 
entre les peuples unis par des traités, etc. 

Dans cette alliance des forces humaines, la géogra- 
phie indique les échanges, le commerce les exécute 
et l'économie politique en découvre les lois. 

Ce mouvement, qui couvre les terres et les mers 
d'un réseau de courants commerciaux, s'opère à l'aide 
de trois moyens d'action : les langues, pour stip'ilerles 
conventions; les monnaies, poids et mesures, pour les 
régler en signes matériels ; les routes, pour le transport 
des produits échangeables ou échangés. 



(247) 

§ 30. — Les Langues. — Les Monnaies^ poids et 

mesures. — Les Routes. 

Sur ces trois points les notions géographiques se 
rapprochent des notions économiques au point de se 
confondre parfois. 

Les vocabulaires des langues, suivant leur parenté 
ou leur divergence, facilitent ou entravent les échanges. 
Au cœur de l'Afrique, le long du Niger, les idiomes 
varient tellement d'une peuplade à l'autre, qu'ils 
opposent un sérieux obstacle au commerce indigène, 
et surtout au commerce étranger. 

Les monnaies ne diffèrent pas moins, soit qu'elles 
consistent en une matière d'une utilité domestique, 
comme les toiles bleues ou guinées de l'Inde ayant 
cours au Sénégal ; soit en signes de convention, comme 
les coquillages (cauries) en Afrique ; soit en une ma- 
tière utile frappée d'une marque conventionnelle (es- 
pèces métalliques). Plus confuse encore est la diversité 
des poids et des mesures. Pour tous ces usages locaux, 
la géographie guide le commerce. 

Elle le guide encore plus pour les routes, dont la 
direction et la sécurité forment, avec le prix des trans- 
ports, des éléments si essentiels de l'économie maté- 
rielle des nations. Toute voie de terre a ses caractères 
propres qui dérivent de la constitution et du relief des 
terrains, de l'étendue du parcours, des peuples qu'elle 
dessert, du pays qu'elle traverse, des garanties ou 
des risques qu'elle trouve, des péages qu'elle subit, 
des communications qu'elle établit, des débouchés 



{ 2/iB ) 

qu*elle ouvte, des termes où elle aboutit, des embran- 
chements qui se greffent sur son axe. A considérer les 
résultats, on peut dire des routes^ comme des terres, que 
les unes sont stériles, que les autres sont fertiles. Les 
voies de mer ont pareillement à compter avec les dis- 
tances, les vents, les courants, les troubles atmosphé- 
riques, les pirates, les étapes de la traversée. Suivant 
Tétat de la nature ou des sociétés, les véhicules se 
modifient comme les routes : tour à tour caravanes, 
voitures, navires à voile, chemins de fer, paquebots. 
En combinant ces divers moyens, les voyages et les 
explorations géographiques révèlent au commerce ce 
qu'il doit préférer, et l'instruisent sur l'avenir parles en- 
seignements du passé. La route d'Occident en Orient par 
terrie, à travers l'Egypte et la Syrie, enrichit les répu- 
bliques italiennes, dont la fortune déclina rapidement 
par la découverte du passage au sud du cap de Bonne- 
Espérance, et renaîtra par l'ouverture du canal mari- 
time de Suez. La route de terre entre la Chine et la 
Russie, par Kiachta, établit entre la race jaune et la 
race blanche des rapports, fondés principalement sur 
le commerce du thé, un produit de luxe, qui rap- 
proche l'Orient et l'Occident extrêmes. Les routes 
sahariennes rallient le centre de l'Afrique aux villes de 
l'Europe, qui peut-être préféreront bientôt, pour com- 
muniquer avec le Soudan, les voies du Sénégal, du Niger 
ou du Nil. Si l'Amérique etl'Océanie ne sont accessibles 
que par mer, comme les pourtours des autres parties 
du monde, des centaines d'itinéraires, plus longs ou 
plus courts, plus sûrs ou plus menacés, s'offrent au 
choix du navigateur, avec des conséquences écono- 



( SA9 ) 

mîquês les plus diverses pour le navire, pour la mar- 
chandise, pour les ports d'embarquement, d'escale et 
de débarquement; et ce choix à faire, il appartient à la 
géographie mieux qu'à toute autre science de l'éclairer. 

§ 31. — Les Centres de population. 

Nous signalons une dernière fusion des connais- 
sances géographiques et des intérêts économiques dans 
les centres de population, qui naissent d'ordinaire au 
nœud des courants commerciaux, et sont comme les 
ganglions du système de la viabilité. Les causes de 
leur naissance, de leur développement, de leur déclin, 
les effets proches ou lointains de leur rayonnement, 
appartiennent à la fois aux deux sciences : à la géogra- 
phie comme faits, à l'économie sociale comme lois. Ces 
curieux et saillants phénomènes jettent à la surface du 
globe une féconde animation, et rehaussent le drame 
un peu vulgaire des besoins matériels qui s'y agitent 
par le noble essor des arts et des sciences, sous la haute 
direction de la politique et de la religion. Ne pouvant 
en scruter aujourd'hui la profondeur, nous les nomme- 
rons seulement dans l'ordre de leur développement 
historique. 

Au premier degré ce sont : des marchés éphémères, 
des foires de peu de jours ; bientôt après des comp- 
toirs durables, factoreries, bazars, escales suivant les 
lieux , qui ne tardent pas à devenir des villages, des. 
bourgades, des bourgs, d'une importance proportion- 
nelle à l'intensité du trafic dont ces stations sont lo 
siège. 

VI. SEPTEMBRE ET OGTOBBfi« 6« 17 



A I 



( 260 ) 

A un degré supérieur, aux carrefours où s'entre- 
croisent les routes multiples, aux rendez-vous préférés 
des commerçants et des producteurs d'une vaste et 
fertile circonscription, les bourgs deviennent des cités 
florissantes, où les richesses s'entassent, et dont l'in- 
fluence établit des coutumes ou obtient des privilèges 
favorables à une prospérité toujours croissante. 

La géographie les nomme et les décrit ; l'économie 
politique les étudie, comme les plus instructifs théâtres 
des progrès, des splendeurs, et trop souvent aussi des 
misères matérielles et morales de l'humanité, 

^J^La fin au prochain cahior,) 



im^i'^mmmm^' 



COUP D'OEIL 



SUR LA RÉCENTE EXPLORATION DES CAPITAINES 



SPEKE ET GRANT. 



Nous avons annoncé dans le Bulle tiii de juin» 
page 493, l'arrivée à Londres des capitaines Speke et 
Grant, à la suite de leur grande exploration dans 
l'Afrique orientale, de Zanzibar à Gondokoro, par le 
grand lac Victoria Nyanza. Nous avons succinctement 
fait connaître leur itinéraire, ainsi que les principaux 
résultats qu'ils avaient obtenus. Cette mémorable expé- 
dition est destinée à tenir une place importante dans 



(261 ) 

l'histoire, déjà si riche, des découvertes géographiques 
au XIX* siècle. 

A leur arrivée à Londres, les heureux explorateurs 
ont été accueillis avec enthousiasme par leurs conci- 
toyens *, dans deux séances extraordinaires tenues en 
leur honneur. Tune à la Société royale géographique 
de Londres, l'autre à la Société ethnographique, ils ont 
été invités à donner de nouveaux détails sur leur 
voyage, et ils y ont captivé pendant plusieurs heures 
l'attention d'un auditoire d'élite. Nous profiterons de 
ce que nous avons appris de leurs allocutions pour com- 
pléter ce que nous avons déjà dit de leur voyage. On 
pourra d'ailleurs suivre leur itinéraire sur la petite 
carte que nous donnons avec ce Bulletin^ elle est 
extraite de la carte publiée par l'éditeur Edward Stan- 
ford avec l'approbation de Speke (1). 

On peut, d'après les caractères physiques généraux, 
partager le pays parcouru par les voyageurs anglais 
de la côte orientale d'Afrique à Gondokoro , principal 
point de station des explorateurs qui ont jusqu'à présent 
remonté le fleuve Blanc, en onze régions distinctes : 

1° La contrée qui s'étend des bords de la mer des 
Indes jusqu'aux premières montagnes qui longent la 
côte, et que l'on appelle Uzaramo ; 

2* Les montagnes et les hautes vallées qui bordent 
le plateau intérieur, c'est-à-dire l'Uzagara; 

3* Le pays plat et à moitié désert d'Ugogo; 

4" Le pays fertile et onduleux d'Unyamoezî, dont les 

(I) Cette carte a été «nie foos les jeu ëele Gemart i ii on centrale 
^ aotre coBfrèceH. de la Boqnette, dai» la séaoce éi 17 Juillet 
dernier. 



( 2o2 ) 

pentes sonl boisées et les vallées riches en pâturages: 
c'est une région en partie pastorale et en partie agricole ; 

5° L'Uzinza, pays beaucoup plus sauvage et acci- 
denté, non moins peuplé que le précédent et comme 
lui propre à la vie pastorale et agricole ; 

6° Le Karagweh (Karagouéh), pays montagneux sans 
arbres, présentant d'immenses prairies et qui rappelle 
les sites gracieux et les collines qui environnent le 
lac de Grasmere, dans le Westmoreland ; 

7° L'Uganda, qui offre l'apparence d'un fertile jardin 
entrecoupé de vallons fangeux qui sont couverts de 
fourrés impénétrables et de collines peu élevées : il y 
pleut toute l'année ; 

8° L'Unyoro, triste répétition de la précédente con- 
trée : le pays est plat à l'exception de collines coniques, 
il est couvert de forêts, de pâturages, de tristes marais ; 
çà et là s'élèvent quelques plateaux ; la partie nord- 
est que traversèrent les voyageurs leur parut relative- 
ment peu peuplée ; 

9° La contrée située entre l'Unyoro et la rivière Asua 
offi'e alternativement à la vue des marais et des plaines ; 
çà et là le granit perce le sol et forme des rochers qui 
accidentent le pays ; 

10'' Le pays depuis les bords de l'Asua jusqu au 

voisinage de Gondokoro, y compris les districts habités 

par les Mâdi et les Barry, présente de vastes plaines 

ivrées à la culture et entrecoupées de collines assez 

élevées ; 

11° Enfin les environs de Gondokoro et les bords du 
fleuve Blanc au-dessous de cette station, n'offrent 
qu'une vaste plaine sans intérêt. 



( 253 ) 

L'Uzaramo, qui s'étend entre la côte et TOzagara, 
s'élève par une pente insensible jusqu'à environ 100 mè- 
tres au-dessus du niveau de la mer. Untiersdel'Uza- 
gara est cultivé, le reste offre l'apparence d'un parc 
immense avec ses plaines, ses bois et ses allées, 
où s'ébattent les antilopes ; on y trouve des sources 
ferrugineuses. Ce pays, avec ses vertes vallées et ses 
collines couvertes de gras pâturages, rappelait aux 
Hottentots qui faisaient partie de l'expédition la l'égion 
frontière du leur, où ils avaient combattu contre les 
Cafres. 

L'Ugogo est un plateau généralement désert jusqu'à 
environ vingt journées de marche de l'est à l'ouest et 
une altitude d'environ 1000 à 1200 mètres au-dessus 
du niveau de la mer. Lorsque les pluies périodiques 
ont été abondantes, il se couvre de pâturages et de 
quelque verdure ; ses rares habitants y récoltent alors 
le grain nécessaire à leur subsistance. 

Vient ensuite la belle et fertile contrée de l'Unya- 
moezi ou Terre de la Lune^ qui abonde en productions 
et est bien arrosée. Ses collines et ses hauteurs se cou- 
ronnent de roches escarpées entassées pittoresquement 
les unes sur les autres ; ses belles vallées présentent 
de riches pâturages pour le gros bétail, aussi y voit-on 
des troupeanx de deux cents et de trois cents têtes. Dans 
les forêts errent des zèbres et différentes variétés d'anti- 
lopes. Les essences qui composent ces forêts sont très- 
variées et leurs bois sont propres à divers usages ; le 
capitaine Grant assigne à la flore de l'Unyaraoezi un rang 
à part. La population se ressent de l'heureuse influence 
de ce beau pays, ses procédés de culture lui parurent 



{ 26â ) 
plus avancés que ceux des peuplades qui babitaiept les 
coQtrées voisines. 

Le Karagweb est un magnifique pays de montagnes 
que baigne un beau lac, son climat pendant toute 
l'année rappelle l'été en Angleterre ; ses sommets sont 
nus et déserts, de telle sorte qu'ils se découpent nette- 
ment au loin sur l'borizon; il n'y croit qu'une herbe 
rare qui atteint quelquefois trois pieds de bauteur, ce 
qui n'empécbepas d'y distinguer les légères et gra- 
cieuses antilopes qui viennent y cbercber leur pâture. 
Certaines parties du pays étaient tellement accidentées, 
que les membres de réexpédition avait quelquefois peine 
à trouver un sol asses uni pour y établir leur campe^ 
ment. En suivant les chemins ou, pour mieux dire, les 
longs sentiers qui serpentaient dans les vallées ou con- 
tournaient les hauteurs, on rencontrait fréquemment des 
torrents d'eau douce et limpide. Les pâturages occupent 
le fond de la vallée, c'est là que les habitants envoient 
leurs troupeaux. La flore du Karagweb est à la fois riche 
et 1res- intéressante à étudier; ses principales produc- 
tions senties pois anglais, les haricots, la canne k sucre, 
les bananes, les tomates, le tabac, etc, etc. 

On ne saurait parler de l'Uganda qu'avec entbou* 
siasme , c'est le véritable jardin de l'Afrique équato- 
riale, toujours largement arrosé, Sa fertilité, qui est 
d'ailleurs celle des régions tropicales, est merveilleuse! 
il n'y a rien qui ne vienne, Les plus beaux arbres se ren* 
contrent dans d'ombreuses vallées ; on voit d'immenses 
étendues de champs plantés de bananiers, dont les 
fruits sont la principale nourriture des habitants ; le 

café y est prisr pour stimulant et la datte y croît i l'état 



( 256 ) 

sauvage ; là encore on peut vérifier cette grande loi 
naturelle de l'influence du sol sur Thabitant. Le peuple 
de l'Uganda est à la fois fier et heureux de son pays^ 
malgré la cruauté et le despotisme de son roi ; un petit 
jardin habilement cultivé y suffit à la nourriture de 
toute une famille; chacun y ressent une sorte de fière 
indépendance vis-à-vis des besoins matériels de l'exis- 
tence, si difficiles à satisfaire dans d'autres contrées de 
l'Afrique. Une particularité de ce pays, ce sont^lea 
collines coniques qui le couvrent en grand nombre et 
en font une sorte d'immense taupinière dont les som- 
mets s'élèvent d'environ 100 mètres au-dessus du 
niveau de la plaine. Les cours d'eau disparaissent sous 
des fourrés épais ou sous le feuillage des arbres qui les 
jalonnent. Sur la pente des collines s'élèvent les babi« 
tations et les plantations ; leurs sommets sont couverts 
d'herbes hautes de plus d'un mètre. 

Au nord de l'Uganda s'étend TUnyoro , on y trouve 
du bétail blanc et sans cornes broutant par centaines 
de têtes dans de belles prairies. L'Unyoro présente 
d'ailleurs un grand contraste avec l'Uganda : il est 
d'une très-grande étendue; les voyageurs n'en fran« 
chirent du reste que l'extrême frontière orientale. 
Cette partie du pays était faiblement peuplée par des 
nègres à l'intelligence bornée, niai vêtus et donnant 
peu ou point de soins à la culture des bananes, se 
contentant pour vivre de quelques graines et de quel- 
ques patates. On ne voit guère de collines dans l'Unyoro, 
le voyageur y traverse d'interminables forêts et des 
herbages tellement hauts et touffus, qu'ils sufiisent sou* 
vent pour y cacher l'éléphant. A peine y rencontie-t-on, 



( 256 ) 

de loin en loin (6 à 10 kilomètres), dans une clairière, 
quelque pauvre habitation entourée d'une maigre 
culture où viennent des fèves et des patates. Avant 
d'arriver à la résidence royale, on traverse un grand 
plateau aride de 16 kilomètres de longueur dépourvu 
d'arbres et couvert de marais, en un mot, rien de plus 
triste que l'ensemble général de l'Dnyoro. 

Les trois autres régions qui s'étendent entre rUnyoro 
et Gondokoro, le pays des Kidi, des Mâdi, des Barry, 
appartiennent à des peuples qui parlent un dialecte 
différent de celui des noirs que l'on avait rencontrés 
jusqu'alors, à ce point que les interprètes dont on avait 
fait usage depuis la côte devinrent inutiles. 

Le fleuve Blanc, qui traverse ce pays, rappelle les 
rivières les plus sauvages de l'Ecosse ; les capitaines 
Speke et Grant le franchirent, en canot, dans le voisi- 
nage des grandes chutes de Karuma, mais ce ne fut 
pas chose facile que de le faire traverser au bétail des* 
tiné à l'approvisionnement de l'expédition. Accompa- 
gnés d'une escorte de quarante noirs de l'Unyoro armés 
de lances, les explorateurs traversèrent la forêt in- 
habitée de Kidi, et, après sept jours de marche, ils 
gagnèrent les habitations des Gani à travers des pla- 
teaux arides et en suivant des sentiers dans lesquels 
eux et leur suite disparaissaient au milieu d'herbes de 
8 pieds de hauteur; bientôt après ils abordaient le 
pays des Mâdi, et une marche de deux jours les con- 
duisait au dépôt d'ivoire de De Bono ; ici le pays était 
très-peuplé, les naturels portaient de village en village 
le bagage et tous offrirent du lait et de la bière (meriça) 
en abondance. Dans le pays des Barry, il n'en fut pas 



( 257 ) 

ainsi; il fallut, jusqu'à Gondokoro, marcher eu troupe 
serrée ; les capitaines Speke et Grant firent d'ailleurs 
cette dernière partie de leur voyage avec les gens de 
De Bono, qui transportaient 200 charges d'ivoire ; le 
pays était du reste magnifique et leur offrit l'apparence 
d'un parc anglais, mais une fois dans la plaine de Gon- 
dokoro, ils n'eurent plus devant eux qu'un pays qui 
leur parut afifreux à côté de ceux qu'ils avaient traversés 
depuis Kazëh. 

Dans ce long voyage, depuis Kazëh, les capitaines 
Speke et Grant n'eurent pas à souffrir du manque de 
vivres, c'est tout au plus si trois ou quatre fois il leur 
fallut emporter des provisions pour plus de six journées ; 
chaque jour apportait la quantité de vivres nécessaires. 
Le pays est généralement bien peuplé, et tous ces 
Qègres, depuis la côte jusqu'à Gondokoro, si l'on fait 
abstraction du langage, des marques particulières i 
chaque .tribu, des vêtements, paraissent taillés sur le 
même patron et appartenir à la même race. 

Des troupeaux d'éléphants, qui quelquefois comp- 
taient de deux cents à trois cents têtes, des lions, diffé- 
rentes espèces de léopards, des zèbres, des girafes, des 
buffles et une grande variété d'antilopes, des lièvres, 
des perdrix composent la faune de cette partie de 
l'Afrique ; mais nos voyageurs n'eurent jamais l'occa- 
sion de voir sous cette latitude des troupeaux d'anti- 
lopes aussi nombreux que ceux que Livingstone signale 
daos les plaines du Zambèse. 

Dans les différents pays que traversèrent les voya- 
geurs anglais, chaque chef de famille cultive le holcus, 
des patates douces, des légumes, du blé indien et d'autres 



( 258 ) 

productions des tropiques» mais la quantité seule néces- 
saire aux besoins de la famille. Pour ces soins agricolesi 
ils n'ont ni charrue ni bètes de somme ; aussitôt que la 
pluie a détrempé le terrain, les nègres le grattent plutôt 
qu'ils ne l'entament avec une espèce de houe touts 
primitive; c'est généralement aux femmes que sont 
dévolues ces occupations ; au contraire de ce qui se 
fait dans d'autres contrées de l'Afrique, les hommes 
de rUnyamoezi ont parmi leurs occupations celle de 
moudre le grain, qui ailleurs est l'apanage des femmes. 
Les Wahuma et une partie des Watusi mènent la 
vie pastorale, ils se nourrissent principalement de lait, 
ils se frottent le corps de beurre et se vêtissent de 
peaux de vaches; rarement ils emploient les grains, 
mais ils boivent, et souvent jusqu'à l'ivrasse, le vio 
de bananes, ce qui les rend turbulents et querelleurs; 
quelques<-uns d'entre eux sucent la viande, mais jamais 
ils ne la mangent. Tous ces peuples font un grand usage 
du tabac. Le roi des Wahuma juge tous les crimes et 
délits qui se commettent dans son royaume, il ne sort 
jamais qu'accompagné d'une troupe de musiciens ; leur 
harmonie se mesure au bruit qu'ils font. Les llnyaonoe^i 
sont bons chanteurs et encore meilleurs tireurs; ils 
traversent une feuille désignée à la distance de 30 ou 
AO mètres et envoient leurs flèches jusqu'à 1 50 mètres* 
Les habitants du Karagwèb ont des arcs de 2 mètre? 
environ garnis de nerf de bœuf pour corde ; ils sont 
adroits archers et dès leur bas âge ils s'exercent à tirer 
de petits oiseaux. On trouve du fer dans tout l'Unya- 
moezi, et du cuivre depuis le sud de ce pays jusqu'au 
lac de Tanganyika , le laiton ou cuivre jaune est apporté 



r' 



( 25i) ) 

de la côte ; ces trois métaux sont travaillés et étiré$ 
ensemble en colliers par les Waganda qui font app»*^ 
raltre chaque métal séparément, ce qui donne lieu à 
des combinaisons d'ornements qui ne manquent pas 
d'une certaine grftce. C'est dans les villages que s? 
fabriquent les objets en fer ou en fonte, le métal est 
mis en fusion à l'aide du charbon de bois et de quel* 
ques soufflets mis en mouvement dans une direction 
centrale par des enfants ; les ouvrages que produisent 
ces fontes ne sont pas sans élégance. Le tissage parait 
moins avancé, aussi les vêtements qui sont faits en 
coton laissent-ils beaucoup à désirer ; les vêtements 
d'écorce et de peau de daim leur sont préférés. Toute 
la poterie employée dans ces pays est très-grossiére , 
elle est faite h la main ; la vannerie et la boissellerie sont 
plus avancées, les paniers, les coupes de bois, les mor* 
tiers, les tambours, les canots sont assez habilement 
confectionnés! Enfin, dans rUnyamoen, on obtient une 
espèce de sel noirâtre en brûlant certaines plantes; 
d'antres le recueillent sur le sol même. Ce n'est que 
dans rUnyoro que les voyageurs purent se procurer 
du sel blanc. 

Le capitaine Speke regarde le Nyonu comme le véri* 
table réservoir du Nil. 11 est principalement alimenté 
& l'ouest par la rivière Kitangulé, canal de déverse* 
ment de plusieurs petits lacs situés dans le voisinage 
et sur le versant oriental de la hante montagne de 
M'fumbira, appartenant au groupe des monts de la 
Lune et qui a plus de 3000 mètres d'élévation. Tels 
sont le lac Luero White ou lac d'Urigi, situé sur les 
confins de l'Urundi, qui parait avoir été anciennement 



( 260 ) 

beaucoup plus étendu ; le lac Akenyard, dans TUrundi, 
les lacs Lukurow, Ingerzi, Karagimé et le petit Winan- 
dermere, car ces lacs sont bien loin d'approcher par 
leur étendue de celle du Nyanza; cependant lorsque le 
Ritangulé a successivement reçu toutes leurs eaux, il 
offre un canal profond, d'une largeur d'environ 75mè- 
tresy et dont les eaux courent avec une vitesse de 6 à 
7 kilomètres à l'heure. 

Ces lacs sont situés dans la région élevée que Speke 
avait appelée montagnes de la Lune lors de son pre- 
mier voyage ; ils sont alimentés par les pluies inter- 
tropicales qui, pour cette zone voisine de l'équateur, 
n'ont pas été moins de deux cent trente-huit jours 
en 1862. 

C'est de Mashondé, au nord de l'Uganda, que Speke 
vit pour la première fois, dans cette seconde expédition, 
le lac Nyanza. Plus au nord, le lac porte le nom de 
Luerù White Lutà N'zige ou lac des sauterelles mortes^ 
parce que Ton raconte que des sauterelles tombèrent 
toutes de fatigue et se noyèrent en essayant de tra- 
verser ce lac. Les pêcheurs Waganda (de l'Uganda) 
s'aventurent, vers le sud, sur le grand lac Nyanza jus- 
qu'à l'île de Kéréwé, entrevue par Speke lors de son 
premier voyage, et, vers le nord-est, au delà de la sortie 
du grand fleuve, jusqu'à une espèce de canal qui, 
disent-ils, les conduit dans un autre lac où ils vont 
chercher du sel ; probablement dans des^iles. Speke 
pense que ce nouveau lac pourrait bien être le lac salé 
signalé par le D' Krapf sous le nom de Baringo^ un 
peu au nord-ouest du Kénia. 

Le lac Nyanza, ainsi que nous avons déjà eu occa- 



( âéi ) 

sion de le dire, occupait autrefois une bien plus grande 
étendue; on en peut juger par l'inspection de ses rives, 
qui sontencore sillonnées par des déchirures à travers 
lesquelles s'écoulent les dernières eaux des marécages 
qui les couvrent. En remontant les bords du lac à partir 
de Mashondé, on rencontre les petits cours d'eau de 
Katonga, de Mworengo ou de Thafa, et le Luageri. Ces 
deux derniers, au lieu de couler dans le lac, s'en échap- 
pent au contraire pour aller porter une partie de leurs 
eaux vers le nord; vont-elles rejoindre le canal prin- 
cipal de déversement du lac, la branche mère du Nil, 
comme le dit Speke, ou bien s'égarent-elles ailleurs? 
C'est là une question importante qui a provoqué en 
Angleterre, en France et en Allemagne, de graves 
objections, car il semble inadmissible, en géographie 
physique, qu'un lac ait plusieurs déversoirs voisins se 
réunissant, non loin de leur sortie, en un seul; cepen- 
dant le capitaine Speke n'a pas pu se tromper dans la 
direction du cours de ces rivières de Mworango et 
Luageri. Ce trait, propre à la géographie du continent 
africain, viendrait-il s'ajouter à ceux qui distinguent 
d'une manière si tranchée la condition physique de ce 
continent ? 

Plus à l'est, s'ouvre l'estuaire auquel Speke a atta- 
ché le nom de canal Napoléon ; du fond de ce canal 
s'échappent en franchissant une chaîne de rochers gra- 
nitiques, d'où elles se précipitent d'une hauteur de 
A mètres, les eaux du Nyanza, Cette chute, à laquelle 
la reconnaissance de Speke a attaché le nom de l'ho- 
norable comte de Ripon, qui présidait la Société géo- 
graphique de Londres à l'époque de l'organisation de 



( 262 ) 

rexpédition» donne naissance à une importante rivière, 
à laquelle Speke a attribué le nom de Nil^ qui coTirt 
torrentueusemeot entre deux lignes de collines cal* 
caires, puis dans une plaine unie» où elle amortit la 
vitesse de ses eaux de noanière i reprendre Tapparefice 
d'un lac jusque dans rUnyoro, où elle reçoit, selon 
Speke, les deux cours d'eau de Mworango et du Lua- 
geri échappés du lac. Sur les confins du pays desCbopi, 
elles fornuent de nouvelles chutes, celles de Karuiua, 
que Miani croit devoir identifier avec celles de Meri de 
sa relation , ces eaux redeviennent torrentueuses et, 
changeant brusquement de direction, elles coulent en 
faisant un grand détour vers l'ouest. 

C'est en ce point que Speke et Grant quittèrent le 
grand fleuve sorti du Nyanza pour continuer leur route 
vers le nord et le retrouver, à 25 ou SO lieues pins loin, 
sous le nom, pour nous familier, de fleuve Blanc. 

Il est bien à regretter que les explorateurs anglais 
n'aient pu continuer à suivre la rivière à partir des 
chutes de Karuma. Nous saurions à quoi nous en tenir 
sur la pente du terrain, sur ce petit lac Luta N'zigè et 
sur son basdn , tandis que noas en sommes réduits aux 
informations que les voyageurs purent recueillir des 
indigènes; or nous savons combien elles sont vagues, 
surtoutlorsqit'il s'agitdecours d'eau ou d'étendue d'eau. 

C'est dans le pays des Mâdi, peuplade que nous ont 
déjà nommée les explorateurs venus en remontant le 
fleuve Blanc, que Speke et Grant disent avoir retrouvé 
la rivière qu'ils avaient quittée aux chutes de Karuma : 
elle coulait en cet endroit torrentueusement; cependant 
elle était navigable à l'époque des hautes eaux. It» virent 



r 



( 263 ) 

le eonflueDt de la rivière Asua, probablement VAscia de 
Miani, qui, selon les informations, s'échapperait du 
lac jumeau (peut-être le Baringo?), situé au nord-est 
du Nyanza. 

C'est vers le S"" 35' de latitude nord et bien sur la rive 
droite du fleuve (rive orientale), que Speke place le 
tamarinier sur lequel M iani grava sou nom lors de son 
expédition en 1860 ; ce serait aussi dans son voisinage 
que se trouverait le village de Galuffi. Il y a loin de là 
au 2'' degré de latitude nord que Miani prétend avoir 
atteint dans son voyage de quinze jours de marche, 
à raison de quatre & cinq heures de marche en 
moyenne (1). Malheureusement pour M. Miani, M. le 
Jy Peney et Andréa De Bono, dont les témoignages 
sont importants, pensent qu'il n'a pas dépassé le 
3* degré. Ajoutons que M, Miani ne marchait pas direc- 
tement du nord au sud, et que par conséquent la lon« 

(1) Noo» rappelons ritioéraire de Miani, qae nous troavons men- 
lionne dans une lettre par lui adressée à sir Roderick I. Marcbison, à 
propos d« la sttaation da fameox tamarinier, et reproduite dans VOs- 
strvatora triestino do landi 17 août : 

« Partendo da Condokoro nella direzioneS. E., e non di sud, per- 
» oorsi i paesi detti : Gnonkif Bajw^ Diparian, Gnienciukj Ongos^ 
» Lori, Lagora, Orighi, Ghumaki, Mughi è Lahorè^ città di frontiera 
»fra la iribù Bari e quella Accidi (non già Ukidi di Speke), il quai 
9 popolo parl« una Itngaa affato diffcrentc dai Bari. Da Laborè sono 
■ passato per Accidi (capitale) Madi, cbe distrussi nel ritorno, sola 
9 città menziooata da Speke. Indi passai a Odiquà, sotto il quaie scorre 

• il fiume Acioà cb' io scopersi (e non Asaa di Speke) air est del Nilo. 
» Passato V Acioà (da me scoperto), bo veduto le imponenti cascate di 

• Mûri (obegrioglesi battezzarono per Karuma) e di là, gionsi a Ga- 
s laffi e ho già detto più volte cbe in questo paese la catena Gnir 



( 264 ) 

gtieur de ses marches obliques (vers le sud-est) s*est 
trouvée réduite en latitude. Nous conclurons avec le 
voyageur vénitien, dont nous ne repoussons pas toutes 
les informations, sans pour cela nous porter son garant, 
que c'est encore à l'avenir qu'il appartient de constater 
la véracité de ses allégations. 

Laissant de côté le fleuve Bleu et ses affluents, qui 
nous paraissent avoir des caractères hydrographiques 
particuliers, nous dirons que nous pensons que c'est 
vers le Saubat et le Bahr Djour qu'il serait utile de porter 
désormais les recherches ; le débit du premier a été 
trouvé aussi considérable que celui du fleuve Blanc et 
l'on n'en a pourtant étudié qu'une des branches. Le Bahr 
Djour mérite plus d'attention que le Bahr el Ghazal. 
M. Lejean et les voyageurs qui ont étudié ce dernier n'y 
voient guère que le canal de déversement du Bahr 
Djour, de plusieurs autres rivières, et des lacs maréca- 

» (lunga 150 miglia che gringlesi non vedere) è tagliata perpendioo- 
» larmcnte, ed ivi ho veduto il Nilo che si chiama Meri scendero naTi- 
n gabile dalPonest aU'est, 

c Da Condokoro a Galaffi occupai 15 gioroi dl marda, altrettaDti 
» per ritornare, e dieci di fermata. Per conseguenza ora cbiedo : na 
» uomo che cammina da 4 à 5 ore al giorno ncllo spazio di i5 giorni, 
» deve fare un solo grado? rnentre qd gioroo si camminô 8 ore e 
» mezza ? 

» lo dichiaro che lamia ripatazione subira le conseguenze, se non 
» troveranno il mio nome inciso sopra il tronco d'an tamarîndo dirim- 
» petto al fiame a Galuffl 2 grado latitude N. » 

Voyez aux Nouvelles Annales des Voyages de septembre, la relation 
de Texcursion de Miani. — Voyez notre Esquisse du fleuve Blanc 
donnée au cahier des Annales de septembre 1861; toute la partie 
située au sud du 4*' degré de latitude nord est la reproduction d6 
la carte de M* Miani. 



( %'o ) 

getix qui doivem leur importance à la liaison des pluies. 
Le Bahr Djour est identifié par le D' Peney, dans son 
cours supérieur au sud-ouest, avec le Gieï, Tltie! ouïe 
Yiéh , de Bliani, de Petherick et de Poncet. Ce Yiéh 
sortirait, selon le docteur français, du fleuve Blanc, en 
amont de la cataracte de Makédo et du pic Gniri. — 
M. Jules Poucet n'est pas de cet avis ; laissant le Bahr 
Djour venir de plus loin vers l'ouest, il donne au bras 
qui s'échappe du iNil au-dessus de la cataracte de Ma- 
kédo et du pic Gniri, le nom de Bahr Djemit ; cette 
rivière vient tomber dans le fleuve Blanc à travers des 
marécages, vers le 7^ degré de latitude nord. Il la 
représente comme navigable pendant la saison des 
pluies et conseillerait de la remonter, de préférence 
au fleuve Blanc, pour éviter les rapides et les cata- 
ractes de Garbo et de Makédo. 

On voit donc que la question des sources du Nil se 
simplifie et se localise ; ce sera la gloire de Speke et de 
son compagnon d'en avoir puissamment hâté la 
solution. 

Lors de son premier voyage, le capitaine Speke 
avait trouvé que l'altitude des eaux du Nyanza ou lac 
d'Ukeréwé était d'environ 1200 mètres au-dessus du 
niveau de la mer; le D' Peney a trouvé que celle de 
Gondokoro était de 630 mètres environ : la difiérence 
est de 570 mètres, à répartir sur un cours de 6 degrés, 
soit 125 lieues en ligne droite, mais qui, en tenant 
compte des sinuosités, paraît approcher de 180 lieues; 
cela donne donc une pente d'environ 3", 60 par lieue, 
ce qui n'a rien d'exagéré, la pente des cataractes et 
celle des rapides compensant les parties où, parfois, le 

VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 7» 18 



( 266 ) 

fleuve, comme on Ta appris, coulait lentement avec 
l'apparence d'un grand lac. 

Nous attendons avec un vif intérêt de curiosité la 
publication, qui ne saurait désormais tarder, de la 
relation des capitaines Speke et Grant ; elle contribuera 
certainement à beaucoup élucider la géographie de 
l'Afrique orientale et du bassin du Nil supérieur. 

Mais les sources du Nil sont-elles découvertes! 
Nous ne le croyons pas. Les capitaines Speke et Grant, 
et cela doit suffire à leur gloire, ont fait faire un graod 
pas à la question en la circonscrivant et en détermi- 
nant l'origine probable d'une des branches du fleuve 
mystérieux. Cependant il reste encore bien à faire : il 
faut étudier le système hydrographique qui, sur la rive 
occidentale du Nyanza, détermine la rivière Ritangulé; 
il faut comparer le débit de cette rivière à celui des 
autres cours d'eau qui pourraient venir affluer dans le 
Nyanza, par sa rive orientale, encore inconnue ; achever 
l'entière reconnaissance du coude que fait vers l'ouest 
le grand fleuve (le fleuve Blanc, le Nil, selon Speke) 
sorti du lac Nyanza, au delà des chutes de Ranima ; et 
explorer le lac Luta-N'zigé, indiqué seulement par 
informations venues des nègres ? Il faut enfin recon- 
naître le Baringo (?), VAsua, et surtout la région 
située à l'ouest et au nord-ouest des monts Kénia et 
Kilimandjaro, dont les pentes peuvent bien aussi, 
comme tout porte à le croire, envoyer quelque branche 
importante au fleuve Blanc ou au Nyanza. 

V. A. Malte-Brun. 



( 267 ) 



Analyses, Rapports, ete* 



ESSAI 
GRAMMAIRE DE LA LANGUE TAMACHEK* 

RenrennaDt les priocipes du langage parlé p«r les Imoufhar* ou 
Touareg, des conversations en tamachek\ des fac-similé d*écriture 
en caractères tifioar\ et ane carte indiquant les parties de T Algérie 
où la langue berbère est encore en usage, par M. A. Hanoteau, chef 
de bataillon du génie, chevalier delà Légion d'honneur, commandant 
supérieur (lu cercle de Drâ-el-raizan. — Paris, 1860. Inip. ioipér. 



Messieurs , 
L'essai grainmatical sur la langue tamachek* iieut 
être considéré comaie k complément de la Grammaire 
kabyle dont M. Hanoteau enrichit déjà auparavant la 
science. L'ouvrage sous nos yeux embrasse principale- 
ment les dialectes des tribus habitant les pays d' Az* 
guer et de Ahaggar (1), et c'est d'après leur dialecte 
que le terme tamacheU est substitué à celui de tama^ 
cher' t. Notons que les Touareg prononcent aussi leur 
propre nom d'une manière différente, selon les loca- 
lités : lmouchar\ Imouhar\ Imajer'en^ Imazir'en^ ce 

(!) Parmi les autres dialectes du tamachek', celqi dei Youlemeden 
(Âttélemmides) ayant ^té mis eo lumière par M, (kirtb (voy, redit* 
allem.), U reste k étudier celui des Kel-iiir, 



( 268 ) 

qui tient à la permutation de certaines consonnes dont 
Fauteur rend compte d^ns le courant de son ouvrage. 

Les travaux modernes de la Commission scientifique 
de l'Algérie, de M. le général Daumas, de M. Baith, 
de M. J. Bouderba, de M. H. Duveyrier, etc., dont les 
Bulletins de la Société ont rendu compte, me dispensent 
d'entrer dans des développements étendus sur la posi- 
tion géographique des Touareg. Dans la carte jointe à 
son travail, M. Hanoteau indique le domaine de la 
langue berbère, d'une part, pour ce qui concerne la 
Kabylie (l), et, de l'autre, il assigne à celle des Touareg 
spécialement les limites que voici : « A l'ouest, une 
ligne courbe qui de Ouaregla se dirige vers Timbouctou 
en passant par les oasis de Touat ; au sud, le cours du 
Niger et les royaumes de Bornou et de Haoussa ; à 
l'est, le Fezzan et le pays des Tebous ; et enfin au 
nord, les régences de Tripoli, de Tunis et les posses- 
sions françaises en Algérie. » 

La liste des tribus d'Azguer et de Ahaggar se trouve 
consignée dans la préface (p. xvi-xvm), où il y a pareil- 
lement des détails fort intéressants sur l'état social des 
Touareg. Je ne dois guère glisser sur un fait signalé 
par l'auteur (p. xxi), c'est que le chameau et tout ce qui 
s'y rapporte ont dans le tamachek' des termes qui ne 
sont nullement empruntés à l'arabe. Il s'ensuit que les 
Berbers possédaient cet animal avant leur contact avec 
les Ismaélites. 

(1) On y remarquera rimmense ëtendue de terrain que, dans les 
temps historiques, Tarabe a gagné sur le berber. Notons également 
que le phénicien et d*autres idiomes appartenant aux anciens conque- 
rants de l'Afrique septentirionale ont complètement disparu. 



( 269 ) 

Si le mélange avec Fidiome arabe a envahi le kabyle, 
letamachek' est resté (relativement) pur (1), et il a son 
système d'écriture propre (tifinar'), dont la ressem- 
blance avec les caractères des anciennes inscriptions 
appelées libyques (2) est mise hors de doute. 

Ajoutons encore à ces notes préliminaires, que c'est 
un nègre, Salem ag Mohammed, originaire de Tague- 
lalt, dans le Haoussa, où l'on parle le tamachek' en 
même temps q}\e la langue du pays, qui fournit d'abord 
àM. Hanoteau les données principales pour composer 
son Essai et pour recueillir grand nombre de récits et 
de contes. Les doutes restés dans l'esprit de l'auteur 
sur des points importants de la grammaire furent dis- 
sipés plus tard par les Imouchar' arrivés à Laghouat, 
surtout par le nommé Bedda ag Idda. 

Grammaire. 

Livre I, chap. i. — Bien que basé sur le même prin- 
cipe, le système Récriture est, en tamachek', encore 
plus imparfait que chez les Sémites. Les caractères se 
tracent de droite à gauche ; aucun signe n'existe pour 
différencier les voyelles. Même le redoublement des 

(1) Notons toutefois que le dialecte des Yonlemeden est rempli de 
termes arabes. M. Newmann remarque à cet égard que les Touareg en 
ODt introduit d*un autre ordre que les Kabyles. 

(2) Voyez M. A. Judas, dans la Rev. archéol.f VI, p. 157-178. 
Ce savant retrouve dans le rapprochement de ces deux alphabets 
non-seulement « un précieux anneau dans la chaîne des temps, » 
mais il remonte, en les comparant avec Thimyarique et Téthiopien, 
jusqu*à Torigine de Taucien alphabet libyque. 



( 270 ) 

consonnes n'y est indiqué, pas pins que la dernière cod- 
sonne d'un mot quand le suivant comsoence par la même. 
Point d'interpoDction. Quoique la plupart des femmes 
Touareg connaissent et pratiquent l'écriture, les Imou*> 
char' eux-mèofies ont la plus grande difficulté de com- 
prendre, par exemple, une lettre écrite par un troisième. 

L'alphabet (tifinar') (1) se compose de vingt-quatre 
lettres,y compris le point indiquant a, e, au^ selon le cas: 

a, I, ou; b, ^ rf, ;, z, z\ r, $y g^ g\ /, /, m, «, A, 
k\ r, cA, A, dh (^'), kh^ y. 

On remarque dans cette liste que les dentales et les 
sifflantes occupent une large place dans le cadre pho- 
nétique, bien moins les gutturales, surtout compara-^ 
tivement à l'arabe (2), 

Les mêmes permutations (3) s'observent en tama* 
chek' et en kabyle, surtout entre les sons des mêmes 
organes ou d'organes analogues, comme, par exemple, 
entre 5, z, chy et entre rf, t, n, /, r (p. 14). 

En somme, l'idiome berber possède des lois d'eù- 
pbonie bien suivies et une abondance de voyelles. Bien 

(1) M. Judas (p. 166-167) dérive ce mot de la racine éthiopienne 
tfi (scrtpstO» et de l'affixe nag* (notre). Ainsi Tensemble signifierait 
notre écriture, 

(2) M. Hanoteau (p. 9) écarte le point signifiant a, i, ou et le kh^ 
qai, selon lui. n'appArtienqeQt pas à ralpbjibet primitif. De sorte 
qu*il reste vingt-deax lettres tontes consonnes, comme en bébrea. 

(3) Les permutations les plus fréquentes, du moins chez les Azguer 
et les Abaggar, sont les suivantes : 

chj h, z, j; '-ch : h; z : h\ — d : l^ n, r, par des motifs d'co- 
phtnie; g : j; g : ou; W : r'; t-* suivi de t devient quelquefois »; 
h est souvent introduit. Les sons voyelles se substituent Tun à Tautre 
avec une grande facilité, 



( 271 ) 

que les éléments phoniques s'y écartent peu des égyp- 
tiens et des sémitiques, les langues berbères sont, en 
général, plus adoucies que les dernières et un peu 
moins monotones que Tégyptien. Toutefois, comme 
dans celui-ci, les terminaisons en en y reviennent 
souvent. 

Livre lï, ch. i. Du nom (p. 15). — A part quelques 
exceptions, le singulier des noms masculins commence 
par a, i, ei, ou; le pluriel par L Les noms féminins 
commencent par un t (1) au singulier et au pluriel, et 
la plupart d'entre eux ont en outre un / à la fin. 

Les signes du pluriel sont pour le masculin ou la 
désinence en n ajouté à la racine, ou des changements 
des voyelles initiales ou finales , ou enfin ces deux pro- 
cédés combinés. Le pluriel du féminin se forme par la 
terminaison en in. atin, ouin^ oua; quelquefois le ra- 
dical reste sans désinence. 

Les rapports du nom dans la phrase sont exprimés 
par des prépositions, »u génitif par en ou ne^ préfixe 
qui exprime aussi la possessioi) ou Tappartonance, au 
datif par i (2) et à l'ablatif par s ou der (3) . 

tes préfixes des noms a, i, ou n 'ipdiquapt pa§ un 

(1) On voit que le berber, ainsi qae l'égyptien , le hottentot, les 
langues sémitiques et ariennes, pnssède le système sexuel ; et il va sans 
dire qae les voyelles initiales pour le masculin et let poor le féminin, 
ne sont d'ordinaire que des articles réductible^, comme eu t^nt d'autres 
langues, aux pronoms démonstratifs {oua, ta^ en tam^chek'}. 
. (2) Ye chez les Youlmeden. 

(3) Les moyens d'inflexion étant pour ainsi dire épuisés par )a 
détermination des genres et des nombres, le berber a natqroUcment 
dû recourir aux particules pour lier les idées. 



( 272 ) 

objet concret, on recourt au démonstratif en y joignant 
la particule n (du génitif) pour déterminer nettement 
l'objet désigné (1), 

Le diminutif des noms masculins se forme comme le 
féminin de ces noms. 

Suit une liste de noms propres d'hommes et de 
femmes qui sont, en tout cas, plus entremêlés de 
termes d'origine arabe que ne parait penser Fauteur. 

Chap. II. — Les pronoms personnels ^ conmie sujets, 
sont exprimés par des mots isolés , comme régimes, 
par des affixes. Par une espèce d'inversion, ces pro- 
noms régimes précèdent quelquefois leurs ag^ts. 

PRONOMS SUJETS. 

SiRG. 1. Nek, — 2. Kai^ kem (fëm.). — 3. Enta^ entai (fém). 
PLUR. 1. Nekkenidh^ nehhmetidh (fém.). 

2. Kaouenidhy kameiidh (rém). 

3. Entenidh, ententidh (fém). 

AFFIXES RÉGIMES. 

D'un nom. 

SniG. 1. t, m, in, hin, ni. Plui. 1. ner^, nener\ 

2. k.ennek;m^ennem{t.). 2. notiez, ennotien; enJ»- 

met (f.) . 

3. s, ennit; ennes. 3. nesen; nesenet (f.). 

D'un verbe régime direct. 

SiHG. 1. t. Plub. 1. ner\ 

2. fc, kai; kem, m (f.). 2. koun, ouen; kemet (f')« 

3. t; tel (f.).l 3. ten; tenet (f.). 

(1) Ceci produit au fond un véritable pléonasme, et nous verrou 
plus tard que le berber trahit en toute occasion la tendance à cu- 
muler les formes grammaticales. 



( 273 ) 

D'un verbe régime indirect (1). 

S«6, 1. f, fti. Plui. t. ner\ aner\ hawr\ 

2. ik, akf hàk; m, am, 2. aoun^ haoun; àkemei^ 

ham (f.). hakemet (f«). 

3. SfOs^has. 3. asen^ hiuen ; oientt^ h(h 

senet (f.). 

Ponr ne pas noyer dans les détails cette petite 
esquisse, je passe sous silence les pronoms démonstra* 
tifSy possessifs f indéfinis et interrogatifs. Marquons 
pourtant quelques particularités du berber en ce qui 
concerne ces pronoms. Et d'abord le tamachek' forme 
avec les démonstratifs qui occupent dans la phrase la 
même place que chez les Sémites, les possessifs. Quand 
les démonstratifs sont employés comme relatifs^ la 
préposition les stàt , ce qui est absolument contraire à 
l'esprit des langues sémitiques ; et enfin, bien qu'avec 
le régime indirect il y sût le même pléonasme (2) comme 
en arabe, le nominatif attire, en tamachek', le régime 
indirect, qui se place chez les Sémites infailliblement 
après le verbe. 

Chap. m. De la qualification et des degrés de com- 
paraison. — Comme chez les Kabyles, il n'existe, en 
tamachek', point de formes spéciales pour les adjectifs 
qui sont remplacés par les verbes d'état placés immé- 
diatement après le nom à qualifier. Le comparatif et le 
superlatif s'expriment principalement par des parti- 

(1) Note, — On interpose, entre le régime indirect et son verbe» 
quelquefois la préposition i da datif. — Les pronoms afQies régis par 
une particule sont les mêmes que les précédents. 

(2) Par eiemple : tameCta haa enntr' adtast « la femme laquelle à 
elle )'ai dit de venir. » 



( 274 ) 

cules ; le dernier, quand il est relatif, par le démons- 
tratif placé devant le verbe qualitatif. . 

Livre IlL — Le verbe n*a qu'une seule conjugaison 
admettant un seul mode. On y exprime les différences 
des deux nombres, de trois personnes ; le genre, pour 
la deuxième personne du singulier, et au pluriel pour 
la deuxième et la troisième personne (1). 

Les modifications des temps s'obtiennent ou par des 
préfixes (î2) ou par l'introduction du son a avant la 
dernière articulation du mode unique, comme, par 
exemple, pour former le présent actuel ou d'habitude, 
qu'on emploie aussi pour la négation. 

Les participes jouent un grand rôle dans le berber; 
ils se terminent en n, et, contrairement au kabyle, ils 
prennent, en tamackek' , les genres et les nombres. 
Pour exprimer notre participe présent, on se sert du 
présent actuel; pour le passé, du mode unique, auquel 
on «joutQ la. particule préfixe (arf, ah^ r'a) pour former 

(1) Voici le paradigme de la conjugaison : 
l"pers. r* 

S1NQ.J2® t c{ (masc. et fém.). 

3e f ' » (masc). 

( t » (fém.). 

i'^pers. n » 

^^ p ...... m (masc.) 

3e ( » *^ (masc). 

t » f t . , . 1 nt (fiéni.). 
Ce mode unique nie paraU correspondre de tout point avec Taoriste 
des Sémites. 

(2) Pour les temps passés, il n'y a comme préfixe que kolad^ pour 
le futur^ adf ha, r'a, selon la difîérence des dialectes. 



( -'^à ) 

le paiticipe futur. Le participe s emploie an tamacbek' 
où, en français, le verbe se trouve sous rinfluenced'un 
pronom ou adjectif qualificatif ou interrogatif ; par 
exemple : Thomme lequel ayant mangé. 

Un des traits particuliers du tamachek' consiste en 
ce que la négation our attire le n final du participe 
(par exemple : ma illan, ma our nelli; c quoi étant, 
quoi n'étant pas»), ainsi que les pronoms régimes 
affixes du verbe, etc. 

Enfin le radical du verbe serait, selon Tauteur, re- 
présenté par l'impératif à la deuxième personne du 
singulier (1). Le nombre des consonnes des radicaux 
varie de un à six ; les plus nombreux sont ceux de trois 
consonnes. 

De môme que les langues sémitiques, le berberpos* 
sôde une abondance de formes ou voix verbales, formées 
par l'addition méthodique de certains sons pour donner 
le sens transitif, passif, réciproque, ou pour désigner 
la transition à un état, la fréquence, la persévérance 
dans l'açtioi), etc. (2). 

(1) J'ai quelques doutes à cet égard, car comment s'expliquer que 
tUir* exprime Thabituel par làzer, si 1*0 formait partie de la racine? 
Jecpois, ao contraire, que les voyelles initiales, dans la plupart des 
impératifs, répondent eo tamachek* à 4m formes analogues «n arabe, 
où celte voyelle u'appartieq^ guère au r9dical. 

(2) Ces voix verbales s'obtiennent ou par des syllabes préfixes (s, <ou, 
m, nm) ou par la suffixe r, ainsi que parTintroduction de a,ou^ avant 
ia dernière articulation ; par l'addition à la fin de a, t, ou; par le redou- 
blement de la seconde articulation, et enfin par la combinaison de 
plusieurs de ces moyens; car encore ici le berber aime à envelopper la 
racine de tout un cortège de satellites. Par exemple : essimmessuior- 
^<igh^ «je te souviens. » (Newmaun dans Barth.) 



( 276 ) 

La manière de rendre le passif est assez imparfaite 
en tamachek' et la voix réfléchie nous rappelle de nou- 
veau l'esprit sémitique ; car elle s'exprime par iman 
(âme) , avec le pronom personnel afBxe. 

Le verbe être (ili ) se conjugue comme tous les verbes, 
mais pour exprimer une idée d'état, de position, de 
condition, etc. , on emploie emous ou oumas. Il y a enfin 
encore des termes a part pour désigner être dans, être 
sur^ ce qui nous indique qu'en fait d'abstraction et 
d'analyse le berber est resté au-dessous du sémite. 

La possession se rend ou par ili (être), combiné 
avec r'owr (chez), on par e/ ( posséder ). 

C'est par le futur qu'on exprime l'impératif et le 
subjonctif qui, de même que l'optatif, peut également 
être rendu par le mode unique, tandis que notre infi- 
nitif est remplacé par le futur, par le nom d'action, 
de l'état, etc. 

Ghap. II. — Pour compléter notre esquisse sur le 
verbe tamachek', notons en6n qu'on en dérive des 
noms d'actions, d'agent, de métier, d'habitude, 
d'état, etc. (1). 

Les particules adverbiales ne nous ayant offert 
rien de saillant, jetons un coup d'oeil sur la numéra- 
tion^ et remarquons avant tout que seulement les 
nombres de un à quatre et le terme pour dix sont origi- 
naux, tandis que de cinq à neuf ils sont empruntés ou 
d'accord avec l'arabe. De plus, le berber compte par 
dizaines. Mais, à côté de ce système proprement dé- 

(1) 1** Noms d'aciions :o — ;a — a — ; a — ou; t 1; t— 

— aout;t — —t. — 2° Noms d*agent, etc. : a — a^; am-^a^ ; 
an — a — ; — 



( â77 ) 

cimal, M. LètoufneUx découvrit dans les oasis du Souf ) 
dans le pays des Chambas et dans TOned-ghir, ded 
traces d'un système quinaire dont l'existence fut pluA 
tard constatée par M. Hanoteau, également chez les 
Beni-Mozab (1). 

Outre la grannuaire dopt je viens de tracer l'aperçu 
rs^ide, le volume sous nos yeux contient (p. 132-280) 
un recueil fort étendu de textes divers : fables* 
maximes, contes, histoires, poésies et dialogues, en- 
suite une notice sur la carte mentionnée plus haut, et 
à la fin les noms des tribus berbères habitant Constan- 
tine et Alger, réparties ainsi : 

ConstantÎDe 49S 443 

Alger 350 743 

Oran. 5 973 

Somme 855 159 

A peu près le tiers du nombre total des habitants. 

Conclusion. 

D'accord avec M. Newmann, M. Hanoteau admet 
avant tout l'étroite parenté entre le kabyle et le tama- 
chek', qui, selon le premier auteur, sont des langues 
sœurs différant entre elles à peu .près au même degré 
que le portugais, l'espagnol et l'italien. De plus, notre 
auteur s'exprime ainsi sur les rapports entre le berber 

(1) Voyez M. Reinaud, Notices sur les dictionnaires géographiques 
arabes et sur le système primiHfde la numération chez les peuples de 
race berbère , Paris 1861 , et Bulletins de la Société d'anthropologie de 
Paris, t. Il, p. 457. 



( 278 ) 

« 

et l'arabe (i ) : « La construction de la phrase est la 
» même^ remploi dn verbe et des pronoms présente 
D de grands rapports, et l'expression équivalente, qu'on 
» chercherait souvent en vain dans nos langues^ s'offre 
» à la pensée comme d'elle-même et pour ainsi dire 
*) sans efforts. Le dialecte des Touareg, quoique très- 
» dlffiêrent de l'arabe par le vocabulaire , est surtout 
w remarquable à cet égard. » 

Messieurs, peu de mots suffiront pour apprécier l'heu- 
reuse acquisition que la science vient de faire par les 
travaux de M. Hanoteau. En effet, l'idiome berber était 
peu connu auparavant. La Grammaire kabyle ûeYetit 
de Paradis (18/iâ) forme le premier jalon pour ces 
études. Ensuite M. Newmann donna à Prichard un 
Aperçu sur le verbe berber, et il coordonna plus tard 
les matériaux recueillis sur le dialecte des Auélemmides 
parM.Barth (voy.Tédit. allem.,p. 588-599). M.Slane, 
de son côté, traita les pronoms berbers, etc. , dans 
l'appendice à la traduction d'Ebn Khaldoun, et enfin 
un Vocabulaire français-berber fut publié par une 
commission scientifique à Alger. 

Un coup d'œil comparatif jeté sur les travaux anté- 
cédents et contemporains à l'ouvrage de M. Hanoteau 
nous en fait connaître toute la valeur. En effet, tout est 
fragmentaire chez les prédécesseurs ; notre auteur, par 
contre, a donné une grammaire complète ; par son vaste 
recueil de compositions littéraires, il met le lecteur en 
état de puiser à sa véritable source la connaissance du 
langage berber, et de confronter par suite les induc- 

(I) Voyez Grammaire kabyle, p. xvi-iv!i* 



( 279) 

.tioûs qu'en a dérivées Fauteur lui-même; et nous ne 
doutons guère que ses vues seront confirmées, car il 
s'est limité à donner la morphologie du tamacbek' telle 
qu'elle est, sans s'aventurer dans les sentiers obscurs 
et épineux de la génésJogie des racines, des formes 
grammaticales, etc. Ici presque tout reste à faire. 

De plus, quand on considère les difficultés de toute 
espèce et les moyens restreints dévolus à l'auteur pour 
aller à leur rencontre, on reconnaît avec autant d'em- 
pressement que M. Hanoteau a dû pour ainsi dire tout 
créer par lui-même. Maintenant aux savants anato- 
mistes du langage la tâche d'assigner au berber sa 
place parmi les langues connues. Bien des lacunes 
restent à combler sous ce rapport. 

Toutefois, en nous appuyant sur les données déjà 
connues, nous n'hésitons guère à nous prononcer d'une 
manièi'e générale sur les rapports du berber avec les 
autres langues. En effet, bien qu'il ne soit ni égyptien 
ni sémitique de toute pièce, il prend sa large part aux 
caractères de ces deux classes de langues ; bien que, 
tlans la construction de la phrase, il suive sa marche 
toute particulière, par exemple par la force attractive 
et inversive qui est inhérente à la négation et à d'autres 
particules, il n'emploie cependant au fond, pour éta- 
blir ses formes grammaticales, que les moyens usités 
dans les langues précitées. On dirait que, sous ce rap- 
port, il y ait chez le Berber mariage du Sémite avec 
le Copte^ Toutefois, les formatives homophones ne rem- 
plissent pas chez l'un et l'autre toujours le même but. 
Quant aux concordances du vocabulaire, faisons remar- 
quer avant tout que nous ne possédons jusqu'à présent 



^ I 



( 280 ) 

que deà fragmeùts du berber et de Vàticien égyptieti* 
De plus, abstraction faite de rinfluence arabe moderne, 
le berber, tout en possédant un certain nombre de 
radicaux identiques avec le copte, nous offre une abon- 
dance de termes qui ne sont comparables ni au sémi- 
tique ni à l'égyptien. N'oublions cependant pas qoe, 
dans la comparaison du berber avec le dernier, il faut 
tenir compte du milieu tout différent où se trouvaient 
placées ces deux nations. L'une, massée et sédentaire, 
fixa de bonne heure par récriture son langage; l'autre 
ne forma de tout temps que de petits groupes isolés 
par les accidents du terrain et menant en partie la vie 
nomade. Ainsi, point de littérature d'une part, et de 
l'autre abondance de termes qui se rapportent au jar- 
dinage, à l'élève des troupeaux, etc. Néanmoins, les 
termes [qui désignent l'être suprême, les degrés de 
parenté, les besoins les plus urgents de la vie et les 
fonctions qui s'y rapportent, ainsi que plusieurs pro- 
noms et noms de numération, sont, en tamachek', les 
mêmes que dans l'ancien égyptien. De plus, chez le 
Berber, toute une série d'influences successives ont 
laissé leurs traces dans le langage. Sans parler des 
Arabes, on y découvre les vestiges des Carthaginois, 
des Grecs, des Romains, etc. Ainsi le nombre des 
synonymes pour exprimer /î/s, fille ^ etc., est surpre- 
nant en tamachek' , et les noms des animaux sauvages 
diffèrent d'une tribu à l'autre. En général, le berber 
possède une grande puissance d'assimilation, et s'il 
emprunte encore actuellement aux Arabes un certain 
nombre de termes, il ne refuse pas, d'autre part, même 
ceux qui lui viennent de la Nigritie, en leur imprimant 



( 281 ) 

toutefois le cachet de son phonétisme et de sa gram- 
maire. 

La partie faite à ces éléments qui se sont peu à peu 
accumulés dans le vocabulaire des langues berbères, 
il faut, d'autre part, avouer qu'il y a trop de rapports 
intimes entre elles avec l'égyptien et le sémitique, pour 
ne pas reconnaître des liens de parenté à tous ces 
idiomes, sans qu'on puisse jusqu'à présent préciser le 
degré de cette affiliation. Rien encore ne fait entrevoir 
à cet égard la netteté de concordance si remarquable 
dans les langues ariennes. Comparativement à l'égyp- 
tien qui, tout agglutinatif, ne touche presque jamais à 
ses racines, le berber est éminemment une langue à 
inflexions, soit pour les voyelles radicales, soit pour les 
désinences. Si, enfin, les langues sémitiques ressem- 
blent aux bustes d'airain par leur moule tout achevé, 
le berber, comparable au visage de cire exposé aux 
sables mouvants du désert, parait encore éloigné de 
l'époque qui fixera ses traits d'une façon inaltérable, 
du moins pour ce qui concerne sa phonologie. 

Un dernier mot, messieurs. Si Ghampollion nous légua 
la clef du sanctuaire de la plus haute antiquité, M. le 
colonel Hanoteau nous révéla très-probablement l'an- 
neau du chaînon mystérieux qui relie l'Afrique à l'Asie. 
Serait-ce téméraire de voir du providentiel dans cet 
admirable accord et dans l'alliance intime entre les 
succès du génie guerrier et les aspirations de la science, 
et cela précisément sur le sol africain ? Heureux, en 
tout cas» le pays où Minerve tend sa main à Mars I 

Pruner-bey. 



VI. SEPTEMBRE ET OCTOBRE. 8. 19 



( 282 ) 



IVouvelleft et eomiiiunleatloiis» 



UINSTiTUT PHILOSOPHIQUE DE GANTORBÉRY 

A Là NOUYBIXE-EitAtlDB. 



Notre siècle occupera dans l'histoire une place 
élevée, n'y eût-il d'autres droits que ses généreux 
efforts, ses cotiqiiètes brillantes et rapides dans lé 
doniiaine de la science. Du jour où celle-ci, dégagée 
des limbes de la superstition, put offrir à notre esprit 
altéré de certitude des résultats satisfaisants, l'huma- 
nité Intellectuelle se jeta avec ardeur dans la voie qui 
lui était ouverte ; d'autre part, l'application ayant suivi 
de près la théorie, les intérêts matériels trouvèrent 
leur compte aux satisfactions de l'esprit : ainsi peut 
s'expliquer l'immense progrès scientifique réalisé 
depuis environ quatre-vingt-dix ans. Assurément cette 
période est courte, si l'on envisage les transformations 
auxquelles elle a suffi, et le mouvement n'est pas près 
de s'arrêter. Ces dernières années ont vu se détacher 
du tronc de la science de nouvelles branches actuelle- 
ment en pleine végétation. Nul ne peut dire dès à pré- 
sent les intéressantes découvertes, les bgénieuses 
applications queTavenir réserve au développement de 
l'humanité. Lequel de nous ne s* est parfois senti pris 
d'un regret à l'idée qu'il lui faudrait quitter cette vie, 



( 283 ) 

la veille peut<^être du jour où se produira une de oea 
brillantes solutions, un de ces résultats surprenants 
qui ouvrent à l'esprit de lumineux horizons et lui font 
comme entrevoir le dernier mot des choses? Un sem* 
blable regret part assurément de trop haut pour être 
traité d'attachement aux joies de ce monde. Chaque 
jour le rôle de la science dans l'économie des nations 
acquiert plus d'importance ; c'est un signe des temps 
que de voir, dans une colonie née d'hier, la Nouvelle^ 
Zélande, se constituer une association dont le but est 
de donner de prime saut à l'élément scientifique l'ac- 
tion qu'on en peut espérer ; tel est en effet le but que 
M sont proposés les fondateurs de l'Institut philoso* 
pbique dQ Cantorbéry & la Nouvelle-Zélande. Dans un 
disQOur$ d'ouverture, remarquable à la fois par l'éléva- 
tion des vues et par l'élégance de la forme, le docteur 
Julius Haast, géologue de ]a province et président de 
l'Institut philosophique, expose les premières mesures 
à adopter pour assurer aux efforts communs l'unité de 
direction qui doit les rendre efficaces ; il pose, relative- 
ment a la colonie, un certain nouibre de problèmes dont 
la solution se rattache aux plus hautes spéculations de 
la science. L'orateur débute par le tableau de la solitude 
en présence de laquelle se trouvèrent les premiers 
colons à leur débarquement dans la province de Can- 
îorbéry ; puis il nous montre l'activité de la vie civilisée 
qui commence à se développer de toutes parts. Au 
milieu des plaines cultivées s'élèvent de grandes fermes; 
d'immenses troupeaux de moutons couvrent les pâtu- 
rages, les navires arrivent et repartent chaque année 
plu^ nombreux ; un chemin de fer se construit qui, fran- 



( 28/1 ) 

chissant en tunnel la colline deMountPleasant, relieraati 
port de Lyttelton, la ville de Christchurch, capitale de la 
province; le télégraphe électrique fonctionne déjà dans 
plusieurs directions ; la science aussi doit progresser et 
apporter son noble concours à la poursuite des grandes 
œuvres entreprises ou projetées pour la colonie. Plus 
loin, M. JSaast rend un touchant hommage au souvenir 
du botaniste André Sinclair lequel, âgé déjà, s'est noyé 
dans un torrent en poursuivant avec une juvénile 
ardeur des recherches pour lesquelles ne suffit pas 
toujours la vigueur de Tesprit. L'orateur aborde enfin 
ce qui est relatif au but de l'institution et aux moyens 
par lesquels on doit chercher à l'atteindre. C'est d'abord 
l'acclimatation des espèces végétales et animales qui 
peuplent les zones tempérées. De nos jours, il n'est pas 
besoin de faire ressortir combien ces vues sont pra- 
tiques et quels résultats en peut espérer une colonie 
dont un des caractères est la pauvreté en espèces ani^ 
males. Ajoutons que la ville d'Auckland possède depuis 
quelques années déjà une Société d'acclimatation. 

Le D^ Haast considère ensuite comme étant de pre- 
mière nécessité la formation d'un musée de géologie, 
d'un musée d'histoire naturelle et d'un laboratoire de 
chimie ; puis la formation d'une bibliothèque qui s'en- 
richira par l'échange des publications de l'Institut avec 
les publications des différentes sociétés savantes du 
globe. L'établissement d'un observatoire muni d'un 
séismomètre et de tous les appareils nécessaires à étu- 
dier l'atmosphère , à prévoir les tempêtes et à en 
informer télégraphiquement les divers ports de la 
colonie. M. J. Haast jette ensuite un regard sur les 



( '^85 ) 
explorations et les travaux dont la Nouvelle-Zélande a 
été l'objet depuis qu'elle est colonie de la Couronne 
Britannique. Les principaux qu'il mentionne sont les 
travaux du géologue Diflenbach, l'expédition améri- 
caine sous le capitaine Wilks, l'ouvrage du révérend 
Taylor, les explorations de divers géomètres, le Pilote 
de la Nouvelle-Zélande, rédigé par l'amirauté anglaise, 
la Flora Novœ-Zelandiœ du D' Hooker , les explora- 
tions du D' Hochstetter, géologue attaché à l'expédi- 
tion de la Novara ; enfin l'atlas géologique et topogra- 
phique qui s'élabore en ce moment à Gotha sous la 
direction du D' Aug. Petermann ; à quoi nous devons 
ajouter que la bibliographie de la Nouvelle-Zélande se 
compose actuellement de près de trois cents volumes 
ou brochures dont la majeure partie sont indiqués à la 
fin de l'ouvrage de Thomson sur ce pays. 

Les explorations du D' Hochstetter ont mis sur la 
voie d'anomalies géologiques dans le détail desquelles 
nous n'avons pas à entrer ici. Nous devons également 
passer sur la partie du discours où l'orateur, bien que 
spécialement géologue, traite en homme versé dans 
toutes les branches des sciences naturelles, la question 
des faits acquis, des desiderata et des hypothèses 
relatifs à la connaissance de la faune et de la flore 
néo-zélandaise. 

Nous nous bornerons à citer quelques-uns des pro- 
blèmes les plus généraux sur lesquels le D'' Haast 
attire l'attention des membres de l'Institut philoso- 
phique. A. une époque géologiquement récente, la Nou- 
velle-Zélande fut submergée sous une hauteur d'eau 
qu'on peut évaluer à 5000 pieds. Quelle fut la cause 



( 286 ) 

de cette fiubmersion? Le pbétiomène pout*m«-t41 se 
reproduit'e dans l'avenir? Peut-être y Aurâit-il lieu 
d'essayer d'appliquer ici la théorie d'Adhémiir sur 
l'époque glaciale et sut* les déluged. Le soulèVemefit 
s'esMl opéré en une fois ou par exhaussements sucoes^ 
sifs pendant la période post-pliocène 7 Lo D* Baftèt se 
prononce en faveur de cette dernière hypothèse. A 
quoi est due l'existence des immenses glaciers de la 
Nouvelle-Zélande? quelle est la quantité de pluie et de 
neige qui tombe sur les plaines et sur les montagnes? 
quelle est la limite des neiges éternelles sur les diffé^ 
rents versants des Alpes néo-Hélandaidee? de qtielle 
quantité avancent les glaciers principaux, et ce phéfio^* 
mène se produit^il de la même façon que pour les 
glaciers d'Europe? les Maoris ed artivant trouvé» 
rent-ils la Nouvelle-Zélande déjà habitée» • • f Exprimons 
ici le regret qu'aucune de ces questions ne se rappcNte 
à l'anthropologie et à la philologie. On m doit pas 
oublier que la race polynésienne s'en va. Dans un ce^ 
tain nombre d'années, ce sera une langue morte que 
celle qui, avec des différences de dialectes il est vm^ 
se parle aujourd'hui depuis les lies Sandwich jusqu'au 
groupe nouveau'zélandade. Gomme il arrive générale» 
ment pour les pays éloignés du centre ou de l'axe 
d'une émigration, la Nouvelle-Zélande aura sans doute 
conservé presque sans altération le dialecte qu'y appor- 
tèrent il y a quelque cinq cents ans les premiers émi* 
grants malais. Négliger l'étude encore possible, et il 
faut le dire, encore bien incomplète de ces questionsi 
n'est-ce pas laisser tarir une source précieuse pour 
l'histoire des origines et des évolutions de l'espèce 



( 287 ) 

humaine? Si la rapide analyse qu'on vient d'entendre 
n'a pas un cainfitèra purement géographique, c'est que 
le discours même est conçu à d'autres points de vue. 
Toutefois nous n'avons pfts voulu qu'il passât inaperçu. 
Rien de ce qui touche à l'étude de la terre ne saurait 
être indifférent à une Société géographique. L'Institut 
philosophique de Cuntorbéry produira, n'en doutons 
pas, des résultats qui contribueront à agrandir le champ 
de nos connaissances, et si les commencements signi- 
fient quelque chose quant à l'avenir des institutions, 
le discours de M. Haast est un début qui promet. On 
y sent un amour éclairé et profond pour la science» un 
noble désir de la voir contribuer à élever les destinées 
de l'humanité. 

G. Maunoir. 



>Mi-«^Mirfi»4M^ 



( 288 ) 



JLeteft de la (ieelété. 



EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX D£5 SÉANCES. 



Séance du 7 août 186S. 

PRÉSIDENCE DE M. D*AVEZAC, VICE-PBBSIDENT. 



Le procès -verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. de Quatrefages écrit à la Commission centrale 
que, forcé de s'absenter, il ne pourra présider la 
séance. Il prie M. d'Avezac, vice-président, de vouloir 
bien le remplacer. 

M. Vallon, capitaine de frégate, et M. le duc d'Acqua- 
viva remercient, par lettre, la Société de les avoir 
admis au nombre de ses membres. 

M. John Bigelow, consul des États-Unis, écrit à 
M. le Président pour lui annoncer l'envoi fait à la 
Société par le Département de la marine de l'État 
qu'il représente, d'une série de cartes hydrogra- 
phiques. Des remercîments seront adressés à M. Bige- 
low pour qu'il les transmette à qui de droit. 

M. le marquis de Turenne écrit à la Société qu'il 
tient à sa disposition plusieurs instruments d'observa- 
tion, parmi lesquels se trouve un baromètre de Gay- 
Lussac, afin que la Société puisse en disposer ulté- 
rieurement dans un but utile à la science. L'offre de 



( 289 ) 

M. le marquis de Turenne est acceptée avec reconnais- 
sance , et une lettre de remerclments lui sera adressée 
par le secrétaire général. 

H. Rohlfi Gérard, voyageur au Maroc et dans le 
Sahara marocain, se propose d'entreprendre le grand 
voyage de T Algérie au Sénégal en passant par Tom^ 
bouctou, pour lequel la Société a promis un prix. En 
faisant part de son projet, M. Gérard demande à la So- 
ciété de l'aider soit pécuniairement, soit par le don des 
instruments nécessaires ; il lui sera répondu que les 
ressources de la Société ne permettent pas de lui ve- 
nir en aide d'une manière effective, comme il le désire, 
mais qu'elle appuie volontiers moralement les voya- 
geurs dont les efforts semblent devoir être utiles à la 
science. 

H. Genteur, secrétaire général au ministère de 
l'instruction publique, annonce par lettre que M. le 
Ministre met à la disposition de la Société les ouvrages 
suivants : Les conférences de Loudun et le Cartulaire 
de Redon. En accusant réception de cet envoi, on 
demandera à M. le secrétaire général du Ministère de 
l'instruction publique le don d'un exemplaire de la 
Revue des Sociétés savantes. 

M. Latino Goelho offre également plusieurs ouvrages 
au nom de l'Académie royale des sciences de Lisbonne, 
dont il est secrétaire général. 

Des remerciments seront adressés à cette Académie. 

M. de La Roquette donne lecture d'une lettre écrite 
par M. Miani à sir RoderickMurchison, dans laquelle 
ce voyageur proteste contre la découverte des sources 
du Nil de MM. Speke et Grant. Une discussion, à laquelle 



( 290 ) 

pfeutieât part MM. d'Avèzfto, de La Roc[uette, Malté- 

Branéi Vivien de Saint^Martin^ ^'engage à ce sujet. 

M. Vivien de Saint-Martin côntidue enauite la lecture 

d^uii mémoire du D' PouMel sur l'État de Gatamarca, 
appartenant à la République des Étate<«Unis de Ift 
Platâ. 

M. Roth de Beauval est présenté pour être admis 
au nombre des membres de la Société par MMé Mftlte^ 
Bmu et Barbie du Bocage. 

Le secrétaire général donne lecture de la liste déS 
ouvragés oflTerls. 

M. Malte-Brnu lit ensuite une notice snr la seconde 
exploration du D' Alfred PôUey, dirigée jusqu'au delà 
de la cataracte de Makédo. 

La séance est levée à dix heures et demie. 



Sullriii, Jr S,fUmhn - Ortobrr l»6:K 





\ 




■% 1 






\ 


■ \ 




^»; ^^, 




l 




,1. • 



Jj 






1 






1- 1 



( 291 ) 

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ 
HÊAIVQB d'octobre 1808. 



EUROPE. 

Trafaro délie Alpilfh Baitlonnècbe e Modaoe. RélaiioiM dalla diteiione 

tecDica alla direzione générale délie strade ferrate dello stato. To- 

rlQo 1863. 1 Vol. in-i. 
ObsenratioDs météorologiqaes faites à NjjQé-TaguiUk (monta Oural f» 

goayernement de Perin, anoées 1â61 et 1862. Paris 1863. 2 brocb. 

iD-4. 

AFRIQUE. 

I^otice sur lés lies de Bomba et Plate, le golfe de Bomba et se§ eoYi* 
rons , avec la relation d^un Voyage sur là (Ait de Test et sur celle 
<Ée Touest de la Régence trlpotiutnd, par Bt. dbatles Edouard GU^s. 
Marseille iS63. 1 btoeh. in-8. kl. CttAaLM ËboDA&b GtiTS. 

L'tsthine de Snei, par li. À. Nolrot. Parll 1863. i broch. ln-8. 

H. A. NoiAoT. 

On récent discoTery in eastern Africa and ** the adTébtures ôf eàp- 
tAIn Singlélon** (de Foe), by assistant Surgeon Birdwood. II. b. 
honorary secretdry Boinbaf Branch Royal Asiatic S^odety. 1 feuille 
in-8. 11. BiabtTbob. 

AMÉRIQUE. 

Guida générale d(Klla naVigazione p6t le coite àettentrionall cd orietl- 
tali deirAinerica del Sud dal Rio délia Plata al Pafà, accompAgnata 
dalli deseHzione de |>rinclpall gruppi di lladera, délié Caliarie, 
délia Azore e del capo Verde, délie isole di Fernando Noroûha, délia 
Triuità, del Penedo di San Pedro, et délie Rocche di Martino Vax, 
per Eugénie Rodriguez, capitano di fregatà dellè niariba fiapoliti. 
part. I et 11 ; accompagné d*un attas. 2 fol. in-i eti vol. fii-fol. 
Napoli 1854-1857. M. Eùgkhio Rodhigcei. 

Glossaria lid^uarum brasiliensium. Glossirios de diversas Hdgoas e 



( 292 ) 

dialectos, que fallao oi indios no imperio do Brazil. Wortenamm- 
luQg brasilianlscber sprachem, von D' Cari Friedr. Phil. voii Mar- 
tius. Erlangea 1863. i vol. in-8. M. le D' Cabl Marhus. 

Messages from the governors of Maryland and Pennsylvania, transmit- 
ting the reports of tbe Joint commissioners and of lieut.-coi. 
Grabam in relation to tbe intersection of the boaudary Unes of Ibe 
States of Maryland Pensylvannia and Delaware, being a portion of 
Mason and Diiou's Line witb a map. Seconde édition . Ctiicago 

1862. 1 broch. m-8. M. le lieat.-col. Gkaham. 

OUVRAGES GÉNÉRAUX. — MÉLANGES. 

Discussion of tbe inagnetic and meteorological observations made at 
tbe Girard collège observatory. Philadelphia in 1840 and 1845, 
parts II, III, IV, vand vi; by A. D. Bacbe. Wasbington 1862. 
2 brocb. in-4. M. A. D. Bachk. 

Libros del saber de astronomica del rey D. Alfonso X de Castilla, copi- 
lados, anotados y comentados por don Manuel Rico y Sinobas. Obra 
publicada de real orden. Tomo I. Madrid 1863. 1 vol. gr. in-fol. 

Positions géographiques et hauteurs absolues des principaux points des 
feuilles parues dans les vingt-sii livraisons de la carte de France au 
1/80000". 26 livraisons in-4. Dépôt de la guerre. 

Discussion sur les eaux potables. Discours prononcés à TAcadémie im- 
périale de médecine dans les séances du 20 janvier et du 17 mars 

1863, par M. Robinet. Paris 1863. 1 broch. in-8. M. Robinet. 
Preliminary report on theeigblh census 1860, by Jos. C. G. Kennedy. 

Wasbington 1862. 1 vol. in-8. M. Jos. C. G. Kbnnedt. 

Report of tbe superintendent of the Coast Survey sbowing tbe progress 

of tbe survey during tbe year 1859-1860. Washington 1860-1861. 

2 vol. in-8 avec appendix. Coast Sorvet. 

Descrizione ed uso délia bussola vérificatrice eletiro-magnetica di Eu- 

geuio Rodriguez. Napoli 1863. 1 broch. in-4. 

M. EuGBNio Rodriguez. 
Phares des cAtes des tles Britanniques. Corrigés en Juin 1863. — 

Phares de la mer des Antilles et du golfe du Mexique. Corrigés en 

juillet 1863; par M. A. Le Gras, capitaine de frégate. Paris 1863. 

2 brocb. in-8. — Pbares des câtes occidentales d'Afiîque et des 



( â9â ) 

ties ëparses de Tocéan Atlantique. Corrigés en août 1863; par 
M, A. Le Gras. 1 broch. in-S. M. A. Le Gvas. 

ATLAS ET CARTES. 

Carte des concessions houillères de la proyince de Haioaut et de la 
partie ouest de la province de Namur, de la province de Liège et 
de la partie est de la province de Namur, dressées à Téchelle de 
i/100 000^, par Ph. van der Maelen. Bruxelles, 2 feuilles. — Nou- 
velle carte de la Belgique à réchcUe de 1/300 000*, contenant les 
noms de toutes les communes du royaume, avec l'indication des 
chemins de fer, routes, canaux, etc., i feuille. — Carte des che- 
mins de fer de Belgique, mars 1863. 1 feuille. — Carte des voies 
navigables de la Belgique. 1 feuille. — Cartes hydrographiques 
routières et administralivcs du Brabaut, de la province de la 
Flandre occidentale^ de la province de Limbourg, de la province de 
Luxembourg, de la province de la Flandre orientale, de la province 
de Narnur, de la province de Hainaut, de la province d*Anvers et 
cl de la province de Liège, à Féchelle de 1/100 000^ 9 feuilles. 

M. Ph. vân der Mablen. 

Carte du théâtre de la guerre aux États-Unis. 1 feuille. 

MÉMOIRES DES ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES, 

RECUEILS PÉRIODIQUES. 

Prœeedingsofthe royal geographical Society ofLondon. Vol. VII, n* 5* 

Wallace, On the physical geography of the Malay archipelago. 

— Sir Roderick Murchison^ On MM. Speke and Grant's récent dis- 

coveries. — Fr. Gallon^ The climate of lake Nyanza, dedoced fhMn 

the observations of capt. Speke and Grant. 

Âddress ta the royal geographical Society ofLondorif delivered at the 
anniversary meeting of the 25 may 1863, by sir Roderick J. Murchi- 
sun, président. 

Zweiler Jahreshericht des Vereins von Freunden der Erdkunde zu 
Leipzig. 1862, in-8. 

Rapport annuel. — 0. Delitsch, Le D' K. Vogel. — H. Lange, 
L'expédition allemande dans l'Afrique intérieure, et les explora- 



( 294 ) 

tioDS des Allemands ea Afrique. — H. Brandes^ ÉUides sur la géo- 
graphie ancienne : I. Sur l*époqne de quelques géographes grecs. 
II. Reniarquessur le Yoyage de découTertcs du Hannon. — W. SchuUz, 
Sur Taptitude colonisatrice des Indiens de 1* Amérique du Sud. 
Fragment d'un mémoire sur les Indiens. — J. Neig^tauer, Vile de 
Sardaigot al U général dalla Marmora. 

M^hedvngen d^Aug. Petermann.N° ê, août; n^ 9» septembre. 

N* S. Mot. Wagner^ Esquisse physique et géographique de la 
province de ChiHqut (Amérique centrale). — Le lac Eyre et son 
bassin du cAté 8. 0.« 8oulh-Australia (carte). — Kéber, De Terreur 
que Ton commet habituellement quand on eiprirae en chifflres ie 
rapport de la superficie d'une contrée avec le développement de ses 
cotes. -* KoTiCsa. Travaux géographiques récents en Russie. — 
L*ancienne ville de Dodone en Albanie. — Colonisation des steppes 
kalmoukes, dans le gouvernement d'Astrakhan. — Le cratère do 
Bromo (Java). -^Nouvelles du troisième voyage du baron de Decken 
dans l'Afrique orientale. — Végétation des montagnes Rocheuses. 
— > Expédition espagnole dans TAmérique du Sud. — Expédition de 
W. Cox dans les Andes chiliennes. — La position de Qondokoro. 

— Voyage de M. de Heuglio du lac Rek à Boogo, dans le pays des 
Dor» 23 mars-tO mai 1863. Mort du D' Steudner k Wau, le 
10 avril. — Publications géographiques. 

N° 9. Voyage de Th, Kotschy dans Tlle de Cypre et en Asie Mi- 
neure. 4^ partie. L'Argée. — Voyage deM.Iej^an en Abyssinie,et 
ses projatf ultérieurs. — Aperça des voyages en Afrique en cours 
d'exécution ou projetés. — Notice sur les travaux de triangulatioa 
des provinoes russes du Caucase en 1863, par le capit. SiébnUzki; 
trad. du rusae. — Remarques sur la carte du Sahara central et du 
territoire septentrional des Touareg, pour servir k l'aperçu des 
explorations d'Henry Duveyrier, de 1859 à 1861 (avec une carte). 

— Notices GioQaAPmQOES. F, Frisch, Sur les noms du renne et des 
Lapons. — Nouvelles récentes du Caucase. — Le commerce du thé 
de la Russie avec la Chine. — La colonie française de Cocbinchine. 

— Voyage du D' Schlœfti k Madagascar. -- VelwUchia mtrabiUSf 
L'arbre le plus étonnant de l'Afrique. — Deux expéditions dans 
l'Australie occidentale. — La cartographie de la Nouvelle-Zélande. 



f 205 ) 

<^Traniix du D' Btrendt dans lei protinees méridionalei da 
Mexique. — Le porc-épic grimpeur da Mexique. — Nouveau giie- 
meotde guano, et la limite oord du Chili. — Mièhry^ Sur les cou- 
ditioQs météorologiquei des Alpes ceotralei. -^ Nouvelles réetutes 
de M. de Beuglin. — Publications géographiques. 

ZcUiCkrifi fur aUgmeine Brdkunâe. N<» 121-122, Juilletaoât. 
7. G. Kohl^ Histoire des premiers temps de lé découverte et de 
l'exploration du golfe du Mexique et des edtes qui Penvlroiinent 
l^r les Cspagaoll, 1491-1 BI8« — Extraits d*ane lettre du D' Stei»dner 
au ly Barth. — Lettre du D' Kerslm sur son ascension dit Kili- 
mandjaro en compagnie de M* de Decken. <— - il. LMemant, Sur 
quelques bomonymits géographiques du Brésil. 

B^ragèn M de r«ai*£afid-eii VoUcmkmde van Nederlandich htdië 
(Matériaux pour la connaissance des langues, dfs pays et des peuples 
des Indes néerlandaises), Journal publié par rinstitut royal des 
Indes néerl. Nouv. série, t. X, 3% 4% 5* et 6* cahiers in-S. 

9* cah. Colwn Siumrt^ Encore quelques sources pour les langues, 
la géographie et Tethnographie de nos possessions des Indes. — 
Rtcuell de proverbes et d'adages javanais. 

4^ cah. Proverbes javanais {suite)* -^ J . van Doren^ Les Iles 
Keï« au N. Oi dw lies Arrou. — Inscriptions trouvées dans le dis- 
trict védaaa de Ban^ar. résidence de Rembang (Java). ^ Anciens 
documents de récriture javanaise. 

5" cah. Relation des afibiresdu régent de Tiandjour en 1857. — 
hËê deux premier^ sura( du Coran javanais* — J, Meinsma, Le fort 
de Kartasoura en 1741, etc. 

6« cah. Statuts, etc., promulgués par le gouverneur général Ant. 
van Diemen,1642. 

Mmorie deUa reaie Academa di Tormo. Série sec.» t, U. Torino, 
1863 in-4. 

Bisioria e Memorias da Àcademia real 4a$ scieneiaa de Lisboa^ Scien- 
cias moraes, politicas e beilas-lettras. Nova série. T. II, part. 2. 
Lisboa, 1863. In-4. 

Boletme Annaes do Conseîho ultramarino, N® 102. Nov. 1862. 

BuUettino nautico e geografico di Roma, dirctto da E. Fabri-Scarpel- 
Uni. Roma, 1862. Vol. I. N<» 1-12. In-4. 



i 



( 296 ) 

M* 1. Balbiy Délie società geografiche in générale, edi una So- 
cietà geograflca italiana. — Il porto di Pola. 

N*^ 5. Il Caucaso. — La città di Pekino. -~ Il fiame Golfstrim. 
N* 12.Salla derivazione del nome geografico Recoaro. 

PhUotophiccd transactions ofthe royal Society ofLondon^ for the year 
1862. Vol. GLU, parts 1-2. In-4. 

ProceeâingsoftKe royal Society. M<> 56. 

D'^ Otto Torellf Explorations in Spitzbergen, uodertaken by the 
swedish expédition in 1861. 

Aetnie du monde colonial. Août et septembre. 

Août. Les États-Unis d* Amérique en 1863 (/In), par M. Mdoil" 
Bloncowt. — L*Istbme de Suez {suite), par M. A, Noirot, — La 
Hollande et ses colonies {suite), par M. Emile Cardon. — Bibliogra- 
phie. — Chronique du monde colonial. — Chronique de l'Amérique 
latine, par M. L. F. Clavairoz, 

Septembre. LMsthme de Suez (suite), par M. A, Noirot. — Le 
progrès en Tunisie, par M. ÉmUe Car4on. — Chronique de TAmé- 
rique latine, par M. L. F. Clavairoa. — Carte de Tlsthme de Suez. 

Revue maritime et coloniale. Septembre, octobre. 

Septembre. Irminger, Notice sur les pèches du Danemark, des 
lies Feroë, de Hslande et du Groenland. — La marine militaire de 
rAutriche. — Les colonies françaises (sut(e). Côte-d*Or. Gabon 
(carte). — Griffon du BeUa/y, Exploration du flenye Ogo-waï. — 
L'immigration africaine aux Antilles. — Aubry-le^omte, Rensei- 
gnements généraux sur la culture du coton. — Capit. Bourgois, 
Réfutation du système des vents de M. Maury. — Cochinchine fran- 
çaise. Expédition de Go-cong (carte). 

Octobre. Laurens, Navigation et commerce du Tang-tse-kiang.— 
Les colonies françaises (suite). Établissements français dans Tlode 
(Plans). — Exploration du fleuve Ogo-waï (fin) (carte). 



BULLETIN' 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



NOVEMBRE 1863. 



■léiiftolres, Motices, etc. 



NOTE SUR LES USAGES 

DES 

POPUUTIONS INDIGÈNES DE LA COCHINCHINE FRANÇAISE, 



■ <■■ »IIM »• ^M »■ ■ 9 



Les An-namites, ayant eu peu de contact avec les 
autres nations, ont assez bien conservé la pureté de 
leur race et les coutumes primitives. 

Malgré le mélange des aborigènes avec les Chinois, 
la ligne de démarcation est restée très-sensible entre 
ces deux peuples, et Ton ne peut les confondre. 

L'aspect des Cochinchinois se rapproche du type 
malais,- et leurs mœurs sont presque semblables ; on 
serait tenté de supposer qu une invasion de ces der- 
niers aurait eu lieu dans le Nam-ki, à une époque plus 
ou moins reculée. 

VL NOVEMBRE. 1. 20 



( 298 ) 

Les lettrés d' AÂ*nam ont connaissance d'une émigra- 
tion malaise importante dans le Kambodje ; mais elle 
n'a pas pénétré en Basse-Cochincbine. 

De pauvres Annamites se sont mêlés aux Moïs 
esclaves que le gouvernement indigène employait à là 
garde du tombeau de Mgr Tévêque d' Adran ; il y a eu 
aussi des croisements avec les tribus de Lao et les 
Kambodjiens : ils n'ont qu'une faible importance. 

Les Chinois ainsi que les Cochincbinois conservaient 
autrefois leurs cheveux longs : ce n'est que depuis la 
fondation de la dynastie desMinh^ que les habitants du 
Céleste-Empire portent la queue. 

Le premier usurpateur ayant fait paraître un décret 
où il est dit : « perdre les cheveux ou la vie, » force 
fut bien de se soumettre, malgré leur vive répugnance 
et contre le précepte de Laô-quân, contenu dans les 
annales chinoises, et qui est ainsi conçu : « C'est le 
devoir d'un homme reconnaissant envers ses parents 
de conserver autant que possible les cheveux et les 
membres qu'il a reçus d'eux. » Ils obtinrent cependant 
d'en conserver une partie. 

Les An-namites surent toujours se soustraire à cet 
usage, même dans le temps où ils étaient tributaires 
de l'empire Chinois. 

En se privant volontairement de toutes relations 
extérieures, en restant livrés à leurs seules ressources» 
les Cochincbinois s'imposèrent l'obligation de se passer 
à peu près de tout, et sont loin d'être aussi industrieux 
que leurs voisins. 

N'ayant aucun débouché au dehors, ils ne s^atta** 
chaient pas à produire au delà des besoins ordinaires* 



( 299 ) 

La sente coltiire importante était celle du riz, qn'on ré- 
colte partent en abondance, et surtout dans la province 
deDinh-tuong (Mytbo), ainsi que dans l'arrondisse- 
ment de Tan-hoa (province du Gia-dinh). 

Le livre dn Roi dit : « Avant toute chose, parlons 
de l'agriculture; Tagriculture est la première des 
choses. » Ce précepte est excellent, mais peu suivi, et 
l'agriculture est fort négligée. 

La canne à sucre vient parfaitement dans la pro- 
vince de Dong-naï (Bien-hoâ) ; mais elle est mal 
cultivée ; les procédés d'extraction sont défectueux ; 
on n'en retire qu'un sucre noir et détestable. 

Le coton croît avec facilité, principalement dans les 
environs de Phuoc-tuy (Baria) ; malgré l'extrême im- 
portance de ce produit, on s'en occupe à peine. 

L'élève du ver à soie offre de beaux résultats dans 
la province de Gia-dinh (Saigon) ; cependant la quan- 
tité de la production est insignifiante. 

Le tabac, si on lui donnait une bonne préparation, 
serait une branche de commerce très-lucrative; on 
n'en cultive que pour la consommation. 

Cela pourrait se résumer ainsi : peu de besoins et 
peu de soins. 

L'industrie des Européens changera tout cela; les 
travailleurs indigènes ne manquent pas , il ne s'agît 
que de les faire travailler; mais ce n'est point facile. 

U faut certainement attribuer la misérable manière 
de vivre des An-namites inférieurs, qui offre un con- 
traste si choquant avec le luxe des chefs, à ce qu*ils 
ont toujours été écrasés par les exactions des manda- 
rins, ce qui a dû leur donner le désir de paraître très- 



( 800 ) 

pauvres, afin d^échapper plus aisément à ToppressioD; 
et comme cela favorise en outre leur penchant à la 
paresse, ils ne se trouvaient pas trop malheureux. 
Quelques-uns même regrettent le bon temps!... 

Les mandarins, étant choisis exclusivement dans la 
classe des lettrés, pesaient d'un bien grand poids sur 
des populations grossières privées de tout moyen de 
s'instruire, et cela malgré les sévères et minutieuses 
dispositions du code an-namite. 

Leur pouvoir était si bien établi et avait laissé des 
racines tellement profondes, qu'on a vu, depuis notre 
conquête , les habitants des provinces soumises acquitter 
non-seulement l'impôt dû au gouvernement français, 
mais encore payer un tribut aux agents de Tu-duc, 
bien qu'ils ne fussent plus sous sa domination ; et il 
est permis de supposer que ces sommes ne sont jamais 
entrées dans le trésor duroid'An-nam. 

Notre petit nombre a inspiré pendant quelque temps 
aux indigènes la crainte de nous voir abandonner le 
pays, comme cela avait eu lieu à Tourane en 1860, et 
ils se seraient exposés à de terribles vengeances en 
nous faisant un bon accueil. 

Aujourd'hui cette frayeur n'existe plus, il est facile 
de reconnaître qu'on a établi les bases d'une colonie 
durable ; pourtant ils n'ont pas une idée bien claire de 
notre puissance, tout en reconnaissant que nous leur 
sommes supérieurs. N'étant pas initiés aux bienfaits 
de la civilisation, ils comprennent difficilement les avan- 
tages dont ils pourraient profiter sous l'administration 
paternelle et éclairée de la France. 

Puis il en coûte aux maudarins de renoncer à un 



(301) 

pouvoir absolu qui leur donnait d'énormes bénéfices, 
en leur assurant l'impunité. Dépositaires des lois, ils 
se gardaient bien de les apprendre au peuple et ne 
manquaient jamais de prétextes pour le dépouiller. 
Maintenant ils excitent constamment les habitants à se 
révolter contre nous, et il est arrivé souvent que des 
individus n'ayant jamais occupé que des emplois subal- 
ternes sous l'ancien gouvernement an-namite profitent 
de cette agitation, pour soulever une partie de la 
population et à se mettre à sa tête. C'est ainsi que 
le chef des rebelles de Tan-hoâ (Truong Dinh) s'était 
nommé de son autorité Binh-tai-dai-tuong-quan ou 
général en chef et pacificateur des Occidentaux. 

Ce pacificateur, trop pacifique, s'est enfui à la vue 
de nos troupes, en abandonnant les malheureux qui 
avaient eu foi en ses paroles. 

Sous un climat aussi chaud, sur une terre aussi fer- 
tile, l'homme peut vivre sans travailler ; or, l'existence 
sans le travail, c'est le paradis du pauvre dans tous les 
pays du monde, et un instinct secret fait redouter aux 
Ân-namites l'activité française ; ils sont attachés à leurs 
coutumes, tout changement les effraye; ils étaient 
misérables, mais ne manquaient pas de loisirs, et ils 
pensent, avec raison, que notre administration viendra 
déranger leur douce quiétude. 

Les indigènes n'élèvent pas de bestiaux, ils n'ont 
que des porcs et de la volaille et font peu de com- 
merce; la culture du riz est pénible, il est vrai, cepen- 
dant elle ne demande pas beaucoup de temps, et pen- 
dant la plus grande partie de l'année, ils ne font rien 
ou presque rien. 



( >02 ) 

Cette longue oisiveté les dispose à un état d'agitation 
presque continuel ; il ne faut que des arnoes k ces 
hommes qui, depuis leur enfance, sont habitués à mar* 
cher presque nus, à coucher sur une méchante natte, 
et qui se contentent, pour toute nourri ure, d'une boa* 
lette de riz cuit dans Teau et d'un peu de poisson séché 
au soleil; ils n'ont qu'à étendre la main pour cueillir 
des fruits savoureux ; en campagne, ils n'ont besoin ni 
de bagages ni d'approvisionnements , partout où il se 
trouvent, leur existence est assurée : la nature est là. 

Non moins soumis que les Européens aux influences 
délétères du climat, ils n'ont pour médecins que de 
soi-disant sorciers, 'connaissant à peine les vertus de 
quelques plantes; l'étude de l'anatomie est défendue 
et regardée comme un sacrilège , les livres de médecine 
sont de véritables grimoires sans aucune valeur scien- 
tifique ; ils comptent sur les jours heureux pour obtenir 
la guérison des maux , aussi les pauvres An-namites 
meurent par centaines ; mais qu'importe ? rien ne les 
retient à la vie; le sentiment de la famille, si puissant, 
si vivace chez nous, est presque nul pour eux ; rarement 
on voit un père caresser ses enfants ; la mère elle*mème 
ne leur donne que les soins indispensables» sans em* 
presaement et sans tendresse apparente ; on dit qu'ils 
les aiment, c'est possible , mais cela ne pansitt pas t du 
reste, Texcès de la misère endurcit l'âme ( 

Le mariage n'existe réellement qu'en principe, c'est 
un lien sans force morale, un simple contrat de vente 
et d'achat, une question de bufSes et de sapèques. 

La femme est plutôt une esclave qu'une compagne, 
elle est chargée des travaux les plus radies ; la UA an*- 



( 808 ) 

namite permet, en ontre, l'entretien des concubines 
dans le domicile conjugal , et règle même leurs rap» 
ports avec la femme légitime. 

L'indifférence |)araît être le fond du caractère de ce 
peuple apatUqi^, qui n'a d'autre passion véritable que 
le jeu; dès qu'un indigène possède quelques sapèques, 
il s'empresse d'aller les perdre dans les tripots, ordi- 
nairement tenus par les Chinois, et de s'enivrer d'eau- 
de-vie de riz ou d'opium. 

La femme, bien souvent, va jouer de son côté son 
collier et ses bracelets d'argent ; cette funeste passion 
met le comble à leur misère. 

Lorsqu'on passe près des cases habitées par les An- 
namites, on est suffoqué de l'odeur qu'elles exhalent; 
et l'on reste surpris du dénûment de ces pauvres mé- 
nages; il semble même impossible que des êtres 
humains puissent vivre ainsi. 

Une cabane basse et humide, construite en bambou 
et en feuilles d'aréquiers ; pas un meuble, pas un mor* 
cean de linge, rien 1 Dans un coin, une natte et quel- 
ques poteries grossières, au milieu du sol, qui sert de 
plancher» une mare d'eau verte et fétide où barbottent 
des canards, des pourceaux et des enfants : c'est 
affreux, cela fait peine à voir. 

Quand la famille est réunie, l'homme est ordinaire- 
ment accroupi près d'un petit feu de branches sèches» 
et fume de l'opium dans une pipe de cuivre ; la femme 
màehe son bétel et prépare silencieusement un maigre 
repas , ce qui ne lui donne pas beaucoup de mal, car, 
ainsi que le disait dernièrement un Chinois, en parlant 
de leur manière de faire la cuisine : a Six heures feu. 



( 304 ) 

six heures cuit > ; les Ân-namites font en effet très-peu 
cuire les aliments , et ne sont pas difficiles sur le choix ; 
ils mangent des animaux morts de maladie ou en état 
de putréfaction avancée. 

Le repas dure à peine quelques instants ; ils placent 
leur nourriture à terre dans des bols qu'ils maintien- 
nent avec les pieds, et se servent, comme les Chinois, 
de petits bâtons pour la porter à leur bouche ; quand, 
par hasard, ils ont une table, ils montent dessus : ils ont 
un goût prononcé pour être perchés comme les singes. 

La boisson ordinaire est le thé ; celui du pays est 
médiocre et on le prépare mal. 

La nuit venue et le feu étant éteint, la case n'ayant 
pas de porte, on bouche l'ouverture avec un treillis de 
bambous. Ces chétives demeures sont impuissantes 
non-seulement pour garantir les habitants du vent et 
de la pluie, mais encore pour les protéger contre les 
attaques des bêtes féroces ; cela a donné lieu à la cou- 
tume d'établir dans les villages des postes où chacun 
monte la garde à son tour. Pendant toute la nuit, on 
entend résonner le tam-tam des veilleurs et le bruit de 
petits morceaux de bambou creux qu'ils frappent l'un 
contre l'autre; ce tapage rend le voisinage des An-na- 
mites fort désagréable. 

Se trouvant sans cesse exposés à toutes les intem- 
péries et à mille dangers, la guerre est presque leur 
état normal; c'est ce qui explique la peine qu'on 
éprouve à les réduire d'une façon définitive , malgré 
l'impossibilité où ils sont de nous résister. 

Un fait assez singulier, c'est que les An-namites, qui 
tiennent très-peu aux agréments de la vie et ne font 



( 305 ) 

aucmi effoit pour améliorer leur condition, attachent une 
grande importance à être enterrés d'une manière confor- 
table. Se procurer un cercueil est pour eux le comble de 
la satisfaction et le but suprême de l'existence ; bien 
peu peuvent se donner ce luxe, car cela coûte fort cher. 

Lorsqu'un habitant d'un village meurt sans avoir 
pu amasser la somme nécessaire à ses funérailles, les 
voisins portent son cadavre sur un chemin fréquenté, 
et l'exposent ainsi à ]a charité publique. Chaque pas- 
sant jette quelques sapëques sur la natte où repose le 
corps du défunt, et, quand la collecte est suffisante, 
on procède à l'inhumation en déployant plus ou moins 
d'apparat, selon l'importance de la recette. 

Le respect pour les parents morts est extrême ; ces 
démonstrations, tout à fait extérieures, tiennent plutôt 
i la crainte d'être montrés au doigt qu'à l'expression 
d'un sentiment intime. Le deuil se porte en blanc et 
est très-rigoureux ; aux anniversaires, on fait de grands 
repas qui durent plusieurs jours, et les indigènes par- 
courent souvent de longues distances pour se trouver 
à ces sacrifices. 

Les marques de respect tiennent à une espèce de 
discipline, et l'on ne saurait s'y soustraire sans s'exposer 
au mépris public ; à la mort des proches, ils récitent 
toute la nuit des lamentations très-lugubres en pous- 
sant des gémissements épouvantables, mais ils ne ver* 
sent pas une larme. 

Pour les riches, on fait des convois magnifiques et 
l'on dépense des sommes considérables en festins ; on 
leur élève de*superbes tombeaux qui sont de véritables 
monuments. 



( S06 ) 

Sur la tombe des pauvres, on place simplement uoe 
petite pyramide de pierres. 

Un précepte an*namite dit : a Si vos parents sont 
de ce monde, ne les abandonnée pas ; si vos parents 
ne sont plus de ce monde, vivez auprès de leurs tombes 
et de celles de leurs aïeux. » Aussi les indigènes redou- 
tent beaucoup Texil. 

Il est étonnant que ce peuple ne soit pas plus reli- 
gieux» étant sans cesse entouré de sombres tableaux 
qui lui rappellent la fragilité humaine, car Texistenoe 
de rbomme n'est pas longue sous ce soleil ardent ; cette 
atmosphère désorganisatrice use promptement les 
sources de la vie. 

A vingt ans, les Annamites sont encore presque 
des enfants malingres et chétifs ; avant cinquante ans, 
ce sont déjà des vieillards décrépits et sans force ; ils 
ne font que passer, sur terre : en naissant, ils doivent 
penser à l'éternité i 

La France a entrepris une œuvre courageuse et 
bienfaisante en apportant à ces populations déshéritées 
les progrès de la civilisation ; le sacrifice du sang de 
ses enfants ne sera pas perdu : elle aura fait non- 
seulement une belle conquêta, mais encore une bonne 
action» 

Grâce au courage, à l'énergie déployés par le corps 
expéditionnaire, et à l'activité d'une excellente admi- 
nistration, une nation entière sera arrachée à l'abjeo- 
tion et à la misère de l'état sauvage 1 

Henkt Bineteâu. 



(807) 



DES RAPPORTS 



U GÉOGRAPHIE ET L'ÉCONOMIE POLITIQUE 

OISCODBS LU A LA SOCIÉTÉ DE GftOGKAPBIB DB PAlklS, 
DANS SA SÉANCE PUBLIQUE DU 1^' Ukl 1863, 

PAR M. JULES DUYAL, 
StcréUire de la Société pour l*anDé« 1862-1863. 

( Suite et fin, ) 



CHAPITRE II. 

OfUGÀTIOU DIS OOnVAISSiNGES GâOGftAPHIQUIîS AUX 

PROBLÈMES ÉCONOMIQUES. 

Dans ce chapitre, nous chercherons moinsàparconrir 
le cercle entier des applications qu'à indiquer quelques 
exemples du concours utile que les connaissances géo- 
graphiques peuvent apporter i la solution des pro-** 
blêmes économiques. 

§ 1. — La Méthode. 

Le premier service de ce genre se rapporte é la mé- 
thode. La science économique bien envisagée a pour 
thé&tre l'univers, a dit justement Rossi, qui s'est 
pomtafit montré infidèle à oe principe dans la question 



( 308 ) 

de population, qu'il â restreinte au cadre des familles et 
des nations particulières; cela veut dire qu'en toute 
étude économique doit intervenir le milieu terrestre 
dans son entier : il n'y a pas de solution exclusivement 
locale. Les géographes sentent mieux que personne la 
suprême sagesse de cette règle, car il est de l'essence 
même de leur science de rattacher tous les détails au 
globe terrestre. Il n'est pas de géographe qui ne porte 
notre planète dans son esprit, qui ne manie et ne fasse 
tourner avec plaisir la sphère sous ses doigts, qui 
ne la contemple, résumée aussi fidèlement que possible, 
dans les mappemondes. Sans renoncer à quelques pré« 
dilectioris locales, il n'a garde de s'en tenir à l'étude 
exclusive d'un continent, d'un royaume, d'une mer, 
d'un peuple. Tontes les forces créatrices de la nature lui 
inspirent de la sympathie, parce qu'il les voit toutes, à 
l'exception d'une ou deux des plus terribles (volcans et 
tremblements de terre), se plier au génie de l'homme 
pour transformer leurs menaces en bienfaits. De l'oeil 
et de la pensée, il suit les vents, les flots, les rayons de 
lumière et la chaleur, les courants magnétiques et élec- 
triques, d'un pôle à l'autre, de l'orient à l'occident, du 
niveau des mers au sommet des monts. L'unité, au 
sein de laquelle s'accordent tous les contrastes et se 
révèlent tous les liens, malgré les distances et les appa- 
rences, est donc le premier fondement de la géogra- 
phie, et le sentiment de cette unité le premier signe 
d'une vocation géographique. 

Ce même sentiment est indispensable à l'économiste 
voulant étudier les phénomènes économiques qui ont 
aussi le globe pour réceptacle et l'humanité pour agent. 



( â06) 

Ejd vaiïi dèâ groupes humains sont épars sur toute Isk 
surface de la planète ; aucun ne vit isolé ; une intime 
solidarité les unit» fondée sur renchevètrement des 
besoins et des ressources, sur le contre-coup des fléaux 
atmosphériques, des calamités morbides, des conflits 
guerriers, des crises industrielles et financières ; enfin 
sur la mobilité cosmopolite de Thomme pouvant fuir 
les lieux où il souiTre et atteindre ceux qui lui pro- 
mettent un sort heureux. On chercherait donc en vain 
une solution purement locale d'abcun problème écono- 
mique; tout en attribuant à certaines causes et à cer- 
tains remèdes une influence prépondérante, on doit 
faire entrer dans les solutions, toujours comme milieux 
ambiants et souvent comme éléments directs, le globe 
et le genre humain, dans leur ensemble et dans leur 
intime union. 

§ 2. — ÎM, Population. 

La population fournit un premier exemple de solu- 
tions économiques fondées à tort sur des vues trop 
étroites. Son accroissement numérique, après avoir été, 
depuis r origine des sociétés, accueilli comme une béné- 
diction de Dieu et une force pour les États, a été dé- 
noncé par Malthus comme le plus menaçant des périls 
pour l'humanité. 11 a poussé un cri d'alarme qui a re- 
tenti comme un tocsin et sufii à lui faire une gloire. Je 
vous fais grâce de ses recherches, de ses arguments et 
de ses prédictions; je dirai seulement, pour rester 
dans mon sujet, que si le célèbre professeur eût inter- 
rogé la géographie, elle l'eût rassuré. Elle lui eût 



X 



s 



( MO ) 

montré en effet, dans les cinq parties du monde, sans n 
excepter l'Europe, de très-vastes régions peu ou point 
cultivées, peu ou point habitées, où Malthns, mieux con« 
seillé, aurait engagé les masses ouvrières à se porter, 
avant de les inviter au célibat ou à la stérilité des 
mariages. La population totale du globe est, en effet* 
évaluée, au maximum, à 1 milliard 300 000 habitants, 
tandis que sa surface, déduction faite des z(mes po* 
laires, qui sont inhabitables, est calculée à 12 milliards 
d'hectares. Ce rapport donne au plus 1 habitant par 
12 hectares, un peu plus de 8 par kilomètre carré, 
tandis que la France, pays de densité moyenne, compte 
1 habitant par 1 hectare et demi, ou 67 par kilomètre 
carré. Que le globe fût peuplé comme la France, il 
compterait 8 fois sa population actuelle, soit 9 à 
10 milliards d'habitants. Que l'on réduise ces nombres 
de moitié et même davantage, pour faire la part des 
déserts, quoiqu'ils ne soient ni absolument ni fatale- 
ment dépeuplés, quelle place ne reste pas encore 
pour le développement du genre humain, à la condi- 
tion qu'il se répandra sur le globe et l'exploitera, au 
lieu de s'entasser en fourmilières dans les villes I 

S'inquiéterait-on des climats interdits à la raee 
blanche par l'excès de chaleur I Sans parler des espaces 
immenses qui lui restent encore accessibles, TaccrolB^ 
sèment de la race noire et de la race jaune peut tourner 
à son profit, soit en multipliant par leur travail deséié*^ 
ments de commerce, soit en fournissant librement leurs 
bras à Tintelligence et aux capitaux de l'Eurppe. La 
zone torride est d'une exubérante fertilité, on efl a 
souvent donné comme preuve la puissance nutritive 



(511 ) 

du bananier i l'excédant de ses prodnits, mis aux mains 
de Vindustrie européenne» créera un fonds de subsis- 
tance et de valeurs dont la limite est assurément bien 
loin de nous, comme celle des hommes qui pourront 
s'en nourrir. Il faut, il est vrai, par l'éducation des 
races inférieures, développer des germes latents ou 
engourdis» dans Tbomme comme dans la nature des pays 
tropicaux ; mais n'est-ce pas Tune de nos fonctions? 

Au lieu de faire entrer l'univers, suivant le conseil 
de Rossi, dans le cadre du problème économique, les 
malthusiens circonscrivent la question par famille, par 
cité, par État, comme si Ton était bloqué dans nne 
ville assiégée ; nécessairement leurs conclusions por- 
tent à faux : la question est générale et non locale. 

S 3. — VÉmigrution. 

En élargissant l'horizon, on se heurte aussitôt à l'émi- 
gration, autre problème économique fort discuté. Dans 
ce déplacement des populations, la plupart des écono- 
mistes déplorent un appauvrissement de la société 
qu'abandonnent les émigrants, et un exil misérable 
pour ceux qui partenu La géographie, s' aidant quel- 
que peu de l'histoire, dissipe bien vite ce préjugé. 
Dans la présence générale des hommes sur la surface 
presque entière de la terre, elle constate un effet uni- 
versel d'émigration antérieure, témoignage évident des 
aptitudes et des destinées du genre humain. De nos 
jours même, en France» où l'on n'aime pas, dit»on, à 
émigrer, qui n'a pas quelque peu émigré de son ber- 
ceau natal ? Paris passe pour ne pas posséder un dixième 



{ âl2 ) 

de ses familles établies depuis trois générations : dé 
toutes parts ou entend des plaintes sur rémigration 
qui dépeuple les campagnes ! 

Si rémigration appauvrissait les générations qui 
r alimentent, les peuples les plus civilisés d'Europe 
seraient ruinés, car ils y ont tous concouru. La pau- 
vreté serait [particulièrement le lot de F Angleterre et 
de l'Allemagne, du sein desquelles sont sortis et sor- 
tent encore les plus abondants courants d'émigration. 
Au contraire, la géographie statistique nous montre en 
Angleterre les irrécusables témoignages d'une éclatan1« 
prospérité ; et quant à l'Allemagne, sans atteindre la 
même hauteur de richesse, elle devance de beaucoup 
la Russie qui, en dehors des violences politiques, ignore 
l'émigration. Toute l'Europe occidentale pratique l'émi- 
gration : elle est riche. Toute l'Europe orientale s'en 
abstient : elle est pauvre. Avant l'émigration, Tlrlande 
mourait de faim; depuis l'émigration, son état s'est 
notablement amélioré. 

§ â. — La Colonisation. 

En absolvant l'émigration, le géographe établit, par 
de nombreux exemples, à quelles conditions elle réussit: 
à la condition d'un choix intelligent des lieux où se ren- 
dent les émigrants. Alors elle se fixe au sein d'États 
déjà constitués, mais où la population ne sufSt pas à 
l'exploitation des forces productives; ou bien elle crée 
des colonies aptes à devenir des sociétés viables. Sur 
cette nouvelle question tant controversée de la coloni- 
sation, notre science rectifie par les faits les fausses 



( 818 ) 

théories de la plupart des économistes en renom. Pen* 
dant que ceux-ci, réduisant tout à une question de 
recettes et de dépenses immédiates, dénoncent les 
colonies comme de folles entreprises des métropoles, 
les géographes comptent des milliers de villes prospères 
qui sont ou furent des colonies. La Grèce, colonie asia- 
tique ou égyptienne! La Sicile, l'Italie, colonies grec- 
ques ! Carthage, colonie phénicienne ! Marseille, colonie 
phocéenne! Une foule de cités de l'ancien monde, 
colonies romaines! L'Amérique tout entière, avec ses 
70 millions d'habitants, grande colonie de l'Europe! 
Et l'Australie au sein .de l'océan Pacifique, l'Algérie 
au nord de l'Afrique, le Cap au sud de ce continent, 
quarante autres grands établissements distribués à 
travers le monde, autant de colonies européennes! Quel 
aspect prendrait la mappemonde , dégagée de tout ce 
qui, depuis quatre siècles, a relevé ou relève encore 
de quelque métropole ! La moitié de la carte redevien- 
drait une page blanche, ou plutôt la carte tout entière 
serait effacée, sauf un seul point, suivant les mono- 
géoistes , et trente points au plus, suivant les polygé- 
nistes ; puisque hors de ces berceaux primitifs, toute 
l'histoire pacifique de l'humanité se confond avec la 
colonisation du globe. A part les raisons politiques et 
économiques, les colonies se justifient par la place 
même qu'elles occupent sar le globe, et qui mesure 
leur importance à leur étendue. 
I La géographie montre en outre en quels emplace- 
ments sur le globe les colonies sont le plus profitables 
aux métropoles, et celles qui sont le plus propices à la 
race blanche, et celles où doivent prédominer les races 

yi. NOVEMBRE. 2. 21 



( 314 ) 

colorées. EUe révèle la valeur de ce Canada, dédaigné 
par Voltaire et ses contemporains qui n'y découvraieDt 
que quelques arpens de neige, au lieu d'en apprécier 
les terres fertiles, les eaux poissonneuses, les forêts 
profondes, le climat rude, mais sain et fortifiant, les 
grands lacs, les richesses minérales. Elle place au con- 
traire à un rang inférieur la Guyane, au sol granitique, 
au climat brûlant, où les ministres de Louis XV imagi- 
naient trouver la compensation du Canada tristement 
abandonné. Les établissements de la zone torride, quoi- 
que pouvant être l'objet d'une exploitation fructueuse 
(les colonies hollandaises de la Malaisie, par exemple), 
favorisent moins la multiplication de la race blanche 
que ceux des zones tempérées. Aussi la France a-t-elle 
commis une faute irréparable en se laissant devancer 
par l'Angleterre à la Nouvelle-Zélande dont un mar'm 
français avait le premier pris possession; et l'Angle- 
terre a fait acte de suprême habileté en livrant la Nou- 
velle-Hollande au génie entreprenant de ses enfants. 
Notre rivale ne se montre pas moins habile en s' appro- 
priant les postes maritimes disséminés sur les grandes 
routes du globe : du côté du massif continental, depais 
Gibraltar jusqu'à Hong-Kong (Malte, Périm, Aden, 
Ceylan, Singapure) ; et, par la longue route des océans, 
d'un côté, Sainte-Hélène, le Cap, Maurice, les îles 
Seychelles; de l'autre, Terre-Neuve, les Bermudas, 
les Lucayes, les Antilles, les îles Falkland. Elle se 
donne ainsi des citadelles, des vigies, des ports, des 
stations navales, des hôtelleries sur toutes les grandes 
routes du globe, des bases d'opération à portée de 
toutes les tenues. La géographie constate les fonctions 



(815) 

eSy stratégiques et commerciales de ces acquisi- 
tions que dédaigne l'économie politique. Ses avertisse- 
ments ont été trop méconnus pai* les autres nations 
colonisatrices. Hollande, Espagne, Portugal » qui se 
«ont réduites presque en entier à des possessions inter** 
Iropicalest quelquefois enfin» faut-il bien le dire, la part 
leur a été faite par la guerre et la diplomatie, avec une 
dureté trop jalouse pour ne pas laisser quelque irritation 
et quelque désir de réintégration. Quant à la France, 
après avoir perdu Terre-Neuve, l'Inde, le Canada et 
Saint-Domingue, — la perle des colonies de l'ancien 
légime, — après avoir vendu la Louisiane au prix plus 
que modique de 80 millions, elle a sacrifié trop légère- 
ment en 1815, par ignorance géographique, l'île qui 
portait et honorait son nom. Mais elle a fait acte d'intel- 
ligence en conquérant et s' annexantl' Algérie i^yatreote 
ans, hier la Gochinchine, et se montre prévoyante aussi 
en appréciant le rôle à venir de Madagascar, trop 
longtemps délaissé par ignorance. La conquête de 
l'Algérie a appris les services que peut rendre une 
connaissance exacte des lieux, et les fautes quisecom- 
iDettent quand on manque de bonnes cartes. L'expédi- 
tion du Mexique a renouvelé les mômes enseignements. 
La supériorité coloniale et commerciale de l'Angle- 
terre est intimement liée à la diffusion générale des 
notions géographiques. A la dernière exposition de 
Londres» on admirait le nombre, la variété et la modi- 
cité de prix des livres et des atlas, à l'usage des écoles 
primaires (1). Initié dès l'enfance à la connaissance du 

(1) «De toutes les braaches (Tinstractioii, dit M. i'Uispecteur gé- 
néral Rapet ( Rapport du jury intemationtU tur VenmnMe d$ Vêopoti- 



(M<J) 
globe, de ses régions et de ses produits, tout Anglais est 
préparé de bonne heure aux rôles de marin, de colon. 



tkm deL(mdres en 1862, p. 45) la géographie était, sans contredit, 
celle qni occupait la plas large place dans Texposition anglaise (sec- 
tion de rédncation ), de même qu'elle en occupe dans les écoles one 
incomparablement plos grande que celle que nons lui faisons en 
France. A Toir seulement le nombre de cartes de toute espèce qui 
figuraient au palais de Kensington, on pouvait deviner quelle large 
part y est faite à cet enseignement. On y voyait des cartes murales 
sans nombre, dans tous les genres, dans toutes les dimensions, etd'uDe 
exécution généralement supérieure aux ni^tres. Les cartes anglaises, 
on le reconnaît tout de suite, sont plus faites pour servir à rensei- 
gnement que pour couvrir la nudité des murs d'une classe, comme 
c'est trop souvent le cas chez nous. Elles sont aussi destinées 
à être vues de plus près ; en conséquence, elles contiennent nu plus 
grand nombre d'indications, et par là même répondent mieux aoi 
besoins d*un peuple essentiellement voyageur et cosmopolite, dont 
tons les membres peuvent avoir des intérêts ou des affaires qui les 
rattachent aux différents points du globe. 

» Malgré la meilleure eiécution de ces cartes, elles sont d*un prix 
peu supérieur aux nôtres, ce qui est Tindice d'une production plas 
grande et, par conséquent, d'un usage plus général. Par contre, if n'y 
avait pas la même abondance de petites cartes et d'atlas à Tnsagedes 
élèves, surtout pour ceux des écoles primaires ; on sent que \h encore 
l'enfant étudie moins seul, et que la géographie s'enseigne en général 
oralement et par la démonstration sur les cartes murales; cependant 
les atlas à l'usage des élèves sont généralement d'une bonne exécution 
et quelques-uns sont d'un prix très-peu élevé. Les globes sont égale* 
ment très-nombreux et d'une nature très-variée; on voit qu'ils sont 
aussi très-répandus dans les classes, bien que, tout en cherchant à en 
varier la matière, on ne soit pas encore parvenu à les établir à on 
prix aussi bas qu'on pourrait le désirer. » (Tome VI, p. 41.) 
En passante l'Exposition française d'éducation, M. Rapet ajoale: 
« Tandis que dans ce dernier pays (en Angleterre) on donne à 1< 
géographie un temps qui s'explique par les raisons que nons ayons 



( 817 ) 

àe voyageur, d'explorateur. Intelligente éducation que 
toutes les nations, et la France particulièrement, 
devraient donner à leurs enfants I 

S 5. — Le Paupérisme, la Misère. 

Les questions qui précèdent (population, émigra- 
tion, colonisation) se confondent par plusieurs côtés 
avec celle du paupérisme, que la géographie éclaire de 
nouvelles lumières, en montrant la misère variable 
dans ses causes et ses aspects, suivant les lieux. Elle 
rectifie encore à cet égard les préjugés et répare les 
oublis des économistes. Dans la stérilité du sol, dans 
l'inclémence du ciel, dans l'absence de relations 
sociales et de débouchés, elle constate les causes pre- 
mières de la misère de tous les peuples qui vivent sous 
la zone glaciale et dans les contrées les plus infor- 
tunées des zones froides : l'homme, loin d'en être cause 
par son imprévoyance ou ses fautes, s'y débat, au 
contraire, avec la plus louable persévérance, contre la 
nature qui l'accable. En des conditions meilleures par 
le climat et la terre, l'entassement irréfléchi, et non 

iDdiquées, mais qui peat-étre n*ea paraîtra pas moins exagéré, à peine 
si ToD en donne dans nos écoles les notions les plus essentielles. La 
différence de l'importance attachée à cet enseignement dans les deux 
pays ressort de la senle Yue de leurs expositions et de la comparaison 
des catalogues. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à 
Poccasion de Texposition anglaise, de la supériorité de leurs cartes 
lur les nôtres ; on voit, par les cartes, qu*il s'agit chez eux d'un ensei- 
goement très-populaire, tandis que, dans nos écoles, il semble Jouer le 
rAle d'an parvenu qui n'est que toléré. » (Tome VI, p. 73.) 



(818) 

pas le nombre excessif, des populations engendre 11 
misère, dans certains quartiers de la plupart des villf 
et au cœur de tous les pays de grande manufacture 
pour dissiper le mal, il y aurait à répartir les habt 
t ants et les capitaux en proportion plus égale sur Ten^j 
tière surface du sol, où ils se porteraient d'eux-mêmefll 
et resteraient, sans les excitations artificielles de toui 
genre (privilèges, faveurs, plaisirs, dotations) qui les 
agglomèrent. Ailleurs c'est l'insalubrité des eaux, la fré- 
quence des calamités atmosphériques et même l'infer*- 
tilité du sol qui produisent les mêmes résultats. EnfiOi 
dans les zones chaudes et torrides, si la misère maté* 
rielle est atténuée par les libéralités de la nature, elle 
est remplacée par une misère morale plus affligeante, 
due aux guerres suscitées par la traite des esclaves, 
aux instincts d'indolence, à une grossière ignorance. 
Ces maux ne peuvent être combattus que par l'attrût 
d'un travail lucratif, d'un commerce honnête et fruc- 
tueux , d'une sociabilité qui récompense et honore l'acti- 
vité. Éveiller cet attrait est le devoir de la civilisation» 
Ces misères locales, où la nature a une si grande 
part, ont pour eifet indirect de diminuer la consom- 
mation des produits qui sont récoltés ou fabriqués 
ailleurs : nouvel aspect de cette solidarité universelle 
que nous signalons comme un des plus précieux ensei- 
gnements de la géographie. 

§ 6. — L'Esclavage. 

Au sujet de l'esclavage, Véconooûe politique a soutenu 
la bonne cause en plaidant la liberté d^ toutes ks races 



(819) 

humaiDes ; elle donnerait à ses déductions théoriques 
plus d'autorité en invoquant les récits des voyageurs 
consciencieux qui ont observé les peuplades noires au 
cœur de l'Afrique, maîtresses d'elles-mêmes. S'ilscon** 
statent chez toutes un peu d'indolence et beaucoup 
d'ignorance, ils reconnaissent qu'elles se gouvernent 
elles-mêmes, à peu près aussi sagement que le font 
ailleurs les populations blanches ; assez souvent, il est 
vrai, elles se laissent aller à des guerres de voisinage, 
mais les nations civilisées échappent-elles mieux à ces 
tentations? L'opinion du révérend Livingstone, que la 
géographie honore comme un de ses héros (puissent- 
elle ne jamais dire un de ses martyrs I), qui a vécu 
{dnsieurs années parmi les noirs de l'Afrique australe, 
leur distribuant les leçons de sagesse européenne en 
retour de la protection qu'il leur demande, leur est 
très-favorable. Les meilleurs, dit-il, entre les natu- 
rels, sont ceux qui ont toujours été à l'abri du contact 
des marchands d'esclaves, tandis que partout où ont 
passé ces odieux trafiquants de chair humaine» les 
familles sont divisées et les chefis réduisent leurs sujets 
en captivité pour les vendre. D'autres géographes, 
nos éminents confrères (1), ont montré la main et Far- 
goDt des Européens dans les chasses d'hommes orga- 
nisées au voisinage des oasis que baigne le haut Nil. 
Contre ces témoignages se brisent les sophismes ou la 
la prévention, qui prétendent découvrir l'esclavage au 
fond des sociétés noires, en tout temps, en tout pays. 
Si la zone torride se montre inhospitalière aux tra- 

(i) Entre autres, M.GtiitlaumeLejean, aujourd'hui consul de France 
à Mitiaouah. 



( 820 ) 

vailleurs blancs, tandis que les noirs ne savent pas en 
tirer parti, la nature enseigne par là que la culture géné- 
rale du globe doit être le résultat d'efforts associés. Aux 
blancs appartiennent l'initiative, la direction, l'apport 
du capital et de la science, aux noirs l'exécution ; dans 
les mulâtres issus de leur union, la double aptitude 
se fond en une vigoureuse unité. Entre les uns et les 
autres, c'est la liberté d'un contrat volontaire qui doit 
faire la loi, et non la tyrannie du plus intelligent et du 
plus riche imposant la servitude à l'ignorant et au 
pauvre. Le cœur des noirs, spontanément porté i 
l'amour, à l'admiration et au service des blancs, cimen- 
tera cette volontaire hiérarchie, à la condition que les 
blancs, de leur côté, l'adouciront par les sentiments 
d'une généreuse quoique supérieure fraternité. 

Ce libre accord se voit déjà sur la côte occidentale 
d'Afrique où le trafic licite de l'arachide et de l'huile 
de palme, en donnant une valeur au travail agricole des 
serviteurs, fait à la traite des esclaves la plus efQcace 
des concurrences. Sous la forme licite d'engagement 
temporaire, cet accord s'observe encore dans les colo- 
nies anglaises et françaises qu'avait d'abord inquiétées 
et troublées l'abolition de l'esclavage. A l'aide des im- 
migrants, la production se maintient, se développe 
même. D'après ce début, si imparfait qu'il soit, l'Inde et 
la Chine, l'Afrique également, s'annoncent comme des 
pépinières d'hommes libres qui pourront, sous le ^aut 
patronage des blancs, remplacer au besoin les esclaves, 
sans qu'il y ait à craindre que le travail et l'espace 
manquent à personne. Dans cette conclusion, fondée 
sur la géographie, se résoudra tôt ou tard la guerre 



(821) 

civile des États-Unis, sujet d'étonnement et de deuil 
pour là science économique qui, infidèle à ses propres 
doctrines, se livrait à une admiration sans réserve d'un 
pays souillé par l'esclavage. 

g 7. — La Liberté des Échanges. 

Dans cette lutte fratricide se trouve engagée aussi 
ane question de tarifs qui préoccupe le monde entier 
sous les noms de liberté des échanges ^protectioUy prohi- 
bition^ traités de commerce. La géographie, consultée, 
vote pour les solutions libérales. Elle les justifie par le 
tableau que nous avons dressé des matières d'échange 
qui font de tout pays le complément naturel des autres ; 
de cette loi naît une division du travail entre les zones» 
les régions, les nations, qui attribue à chacune, non pas 
une spécialité, comme on le dit trop souvent, mais des 
séries de spécialités, où chacune réussit mieux, ce qui 
lui assure la supériorité dans le prix de revient et la 
qualité du produit. C'est une sorte d'organisation, 
méthodique quoique toute volontaire» du travail uni* 
versel. 

La libre circulation à travers le monde des produits 
locaux, devenant des matières échangeables, est aussi 
nécessaire que la libre circulation des autres élé- 
ments de la planète, les vents, les flots, les fluides 
magnétiques ou électriques, les hommes même et les 
animaux. Ce libre mouvement est la condition pivotale 
de la plénitude d'existence pour tous les êtres, y com- 
pris les sociétés humaines : la politique ne peut lui faire 
violence sans qu'il en résulte de grandes perturbations 



( S22 ) 

dans l'équilibre général des fonctions économiques : 
ici l'exubérance, là les privations ; partout encombre- 
ment ou disette. C'est qu'en prenant appui sur la na- 
ture pour la diriger, la greffer même, l'homme décaple 
ses forces; en prétendant la refouler, il s'affaiblit et se 
diminue. 

Mais en fournissant à ces vérités doctrinales, qui 
sont les plus solides leçons de l'économie politique, 
l'autorité des faits observés sur la surface entière du 
globe, la géographie enseigne à ne pas limiter la vir- 
tualité productive de chaque pays à ce qu'il produit 
spontanément ou avec peu de travail à un moment 
donné de l'histoire. Elle constate» au contraire, dans 
les peuples et les lieux, de multiples facultés en germe, 
mais pouvant s'épanouir ; et, pour beaucoup de plantes 
et d'animaux, des aptitudes d'acclimatation à utiliser. 
Elle approuve donc les efforts intelligents pour déve- 
lopper, au prix même de quelques sacrifices tempo* 
raires, les propriétés latentes des races, des terrains, 
des climats; par de nombreux exemples, elle autorise 
l'agriculture et l'industrie à conquérir des richesses 
qui sont le fruit des efforts humains plutôt que des 
dons naturels, sans prétendre pour cela faire violence 
AUX lois certaines de la nature. Et l'on sait quel utile 
concours les explorateurs du globe, marins, voyageurs, 
missionnaires, consuls, tous géographes par état, prê- 
tent aux sociétés et aux jardins d'acclimatation. ^ 

La géographie, tout en justifiant la liberté des 
échanges, n'en méconnaît pas les conditions. D'une 
libre, facile et rapide viabilité, elle fait le gage de la 
fNPOspérité générale . $ans la sécurité et la neutralité des 



( 82S ) 

détroits, et des isthmes, sans un large développement, 
au profit de tous, des voies ferrées et des paquebots, 
les pays les plus faibles seraient absorbés par les plus 
forts , et les produits importés seraient payés, non 
plus avec les produits exportés, comme le veut la 
théorie» mais avec le capital, ce qu'elle n'aperçoit pas« 
Bientôt l'épargne, même le territoire lui*méme, passe- 
raient aux mains des créanciers importateurs. Le géo- 
graphe découvre çà et là, en Portugal, & Madère et 
ailleurs, une partie du sol national aux mains de pro- 
priétaires étrangers qui l'ont reçu pour prix de mar- 
chandises vendues, et elle en donne avis à l'économie 
politique pour qu'elle y veille, 

§ 8. — La Crise eotùnnière. 

Un dernier exemple, emprunté aux circonstances 
actuelles, montrera l'intime alliance des deux sciences. 
Pourquoi une terrible crise accable*t^lle depuis un 
an l'industrie des cotons? Parce que la matière pre- 
mière n'est plus fournie, en suffisante quantité, parles 
États dissidents de la confédération américaine, qui en 
étaient le principal et presque l'unique marché d'ap- 
provisionnement. Cette crise aurait été certainement 
prévenue, si les diverses régions du globe, où les géo- 
graphes avaient constaté la production spontanée ou 
facile du coton, eussent été cultivées. On s'avise enfin du 
remède, mais avec précipitation et incohérence, pressé 
que Von est par le besoin, et l'on fait moins bien que 
m l'on ett mis le temps nécessaire. On se jette sur 
VInde, l'Australie, le Sénégal, ta Guyane; on surexcite 



( 32i) 

l'Egypte : on pourrait recourir à près d'un tiers de la 
terre habitable. Toute l'Afrique, la majeure partie de 
rOcéanie, une moitié de l'Amérique, un tiers de 
l'Asie, presque tout le rivage méditerranéen de l'Eu- 
rope, se prêtent à la culture de ce textile, auquel on 
peut en as'^ocier beaucoup d'autres dont la nature s'est 
montrée prodigue. 

Mais les races indigènes ne sortiront nulle part de 
leur torpeur et de leur ignorance sans une initiation 
extérieure : c'est à l'industrie civilisée à la donner. 

Les mêmes conseils et les mêmes remèdes s'appli- 
quent aux autres productions et fabrications sujettes 
à des déficits : les céréales, les légumes, les fruits, les 
soies, les tabacs, les teintures, etc. Plus que jamais est 
vrai le mot du fabuliste : 

< Travaillez, prenez de la peine; 
C*est le Tonds qui manque le moins. » 

Mais cela s'entend du travail réparti sur la surface de la 
planète, et non pas concentré et accumulé à outrance 
sur quelques points, avec le vide à Tentour : celui-ci 
fait les crises et l'autre les prévient ou les guérit. 

Conclusion. 

Des considérations qui précèdent ressort, avec l'auto- 
rité des faits, la démonstration de l'utilité de la géogra- 
phie pour l'étude de l'économie politique ; on a pu aussi 
entrevoir, par quelques perspectives que je n'ai pas 
voulu développer, son application à la politique ; je 
nommerai seulement la question des nationalités. A 



L 



( 826 ) 

titre de connaissance matérielle et sociale des lieux, 
elle mériterait donc d'occuper dans l'éducation, dans 
les bibliothèques, dans la presse, dans les cours 
publics, plus de place qu'il ne lui en est donné. Elle 
n'est qu'estimée, tandis qu'elle devrait être populaire. 

Ses leçons enseigneraient à l'industrie re*^ploi utile 
et aux lois le respect des grandes harmonies du monde. 
Harmonies d'autant plus précieuses, ajouterai-je avec 
confiance, que de la solidarité entre tons les éléments de 
la terre découlent, comme une consolante conséquence, 
le devoir et l'intérêt de la paix entre les nations. Sous 
toutes les latitudes, les continents, les mers, les îles, 
les zones, les climats, sont complémentaires les uns 
des autres, et toute perturbation sur un point a son 
contre-coup ailleurs. Ces hautes vérités, nulle classe 
d'esprits n'est mieux disposée à les comprendre que 
les géographes, initiés par leurs études journalières à 
l'ordre matériel de la planète, symbole de l'ordre moral 
qui peut et doit y régner. L'économie politique ne peut 
que s'enrichir en les recevant de leurs mains comme 
les bases solides de ses propres théories, car pour elle, 
comme pour la géographie, l'observation et la statis- 
tique sont les instruments autorisés de recherches 
étendues et précises. 

Que ces sciences se donnent donc la main, dlrai-je 
en finissant, comme en débutant, au lieu de marcher 
séparément, presque étrangères l'une à l'autre! 



( 820 ) 



NOTICE 



SOI 



LE ROYAUME DE KHMER OU DE KAMBODJE (1). 



Craignant de ne pouvoir donner de vive voix des 
renseignements sur le Kambodje, mon départ devant 
être très-prochain, j'ai Thonneur d'offrir à ]a Société 
une petite notice sur ce vaste territoire, que j'ai long- 
temps parcouru. 

Le Kambodje (en kambodjien, Khmer^ ou» en anna- 
mite, Cao-mên) offre un spectacle intéressant des jeux 
de la fortune (qui stare nescit). 

Ce royaume était, au temps de sa splendeur, un État 
puissant; il s'étendait depuis le 100* jusqu'au 106* 
degré de longitude E. et de 8" 50' à 14° 50' de lati- 
tude N. Cette florissante contrée est maintenant en 
décadence ; cependant elle est fertile et fort riche en 
bois, riz, coton, gomme-gutte, etc. Il s'y fait un impor- 
tant commerce d'ivoire, de cornes de rhinocéros, de 
peaux de buffle, etc. 

(1) L*autear de cette notice, M. Pétrus TrOong-yinh-ky, est Tio- 
terprète de la dépatation aDDamite qui a visité la France en octobre 
et novembre 1863. Jeune encore, mais d^jà profondément instruit, 
et connaissant plusieurs langues de TEurope, ainsi que la plupart des 
principales langues de TAsie orientale, il montre par cet article que 
le français lui est aussi familier que son idiome maternel. 



( 827 ) 

L'abondance des productions rend la vie très-facile, 
et les habitants s'endorment dans la mollesse; il faut 
encore ajouter à ce malheureux état de choses Tinacti- 
yité des souver^ns, qui, étant uniquement préoccupés 
de leurs plaisirs, ne songent pas à accroître ni même 
à maintenir la prospérité de ce pays. 

Peu à peu envahi et en quelque sorte rongé par le 
royaume de Siam, ainsi que par l'empire d'An-nam, 
dont il est maintenant tributaire, le Kambodje louvoie 
difficilement entre ces deux écueils, craignant toujours 
de se briser sur l'un ou sur l'autre. 

Ce pays, qui a été jadis le théâtre de tant de scènes 
glorieuses, a beaucoup d'analogie avec l'Egypte : il est 
arrosé par un fleuve immense, branche du célèbre 
Mè-kong, qui forme dans sa partie supérieure un grand 
lac, ou plutôt une mer d'eau douce. On y voit une foule 
d'oiseaux pêcheurs guetter du haut des airs les pois- 
sons imprudents qui se jouent au milieu des flots. On 
trouve dans ce royaume aquatique des bancs de pois- 
sons à huile et de crocodiles, qui permettent à peine 
d'enfoncer la rame . 

Il y a constamment sur ce lac (avant et après l'inon- 
dation) des barques qui rasent agréablement la sur- 
face de l'eau. 

Les immenses forêts qui l'entourent sont, comme 
dans tout le restant du Kambodje, peuplées de tigres^ 
d'éléphants, de rhinocéros, de buffles sauvages, de 
cerfs, de sangliers, etc. 

Le débordement du fleuve inonde, chaque année, la 
vallée pendant trois mois, d'août à novembre. A cette 
époque, les communications ne peuvent se faire qu'en 



^ I 



( 328 ) 

bateau ; lès arbres des forêts sont couverts d'eau 
jusqu'à la cime. On croirait alors que ce pays n'est 
plus qu'une mer très-calme. Les eaux s'écoulent 
par un courant rapide et impétueux^ auquel rien ne 
résiste. 

Il est très-probable que cette inondation périodique 
est causée par les grandes pluies qui tombent sar les 
montagnes de Laos, en formant des torrents. 

Un jour, à Campot, vers la fin de la saison des 
pluies, le torrent du Compunh-xoài se déversa dans la 
rivière de Campot, dont l'eau est ordinairement salée, 
et la rendit tout à fait douce ; les poissons, surpris de 
ce brusque changement, devinrent malades, et les habi- 
tants purent en recueillir d'énormes quantités, rien 
qu'avec des paniers. 

A Battambâng, situé au delà du lac, se trouvent de 
belles pagodes ; les principales sont celles de Votek, 
de Basset et de Banove, dont les ruines offrent encore 
un curieux aspect. 

Banone, temple de Bouddha, est placé sur un petit 
monticule, au bord de la rivière. Il y a des grottes 
très-remarquables dans l'intérieur de cette colline. 

A Angcor, on voit une pagode monumentale dont la 
forme est entièrement carrée. Chaque angle supporte 
une tour couverte par un dôme ; une cinquième tour, 
très-élevée et placée au milieu, domine tout l'édifice ; 
de grandes galeries décorées de belles sculptures réu- 
nissent les cinq tours. Avant d'y entrer, se trouve une 
chaussée de pierre défendue par deux lions de fantaisie. 
En avançant, on rencontre un étang, baignoire ordi- 
naire des buffles ; de là on passe sous des galeries d'une 



(829) 

forme quadrangulaire et couvertes de sculptures, pour 
arriver à la fameuse pagode. 

On voit dans ces pagodes des statues gigantesques 
de Bouddha et de diverses divinités ; les unes ont des 
oreilles de 60 centimètres de longueur» d'autres ont 
plusieurs mains. Il y en a qui sont taillées dans le roc 
et d'un seul morceau. 

Il y a plus loin des ruines immenses qui sont, à ce 
qu'on prétend, les vestiges de l'ancien palais des rois 
du Kambodje. Les murs sont entièrement sculptés; 
ces sujets représentent des hommes tirant de l'arc, des 
combats d'éléphants, etc. 

Maintenant la résidence royale est à Odông ; elle est 
placée près des ruines d'une ancienne citadelle, et elle 
est entourée de trois murs : le premier est en bois dans 
le genre des palissades annamites, mais recouvert en 
dedans d'une couche de terre d'environ 50 centimètres 
d'épaisseur ; la deuxième enceinte est également en 
bois ; mais la troisième, qui renferme toutes les mai- 
sons du roi, est construite en briques. 

Le costume du roi est très-simple; il se compose 
d'un langouti de soie noué autour des reins et qu'il 
laisse tomber jusqu'à ses pieds; sa taille est entourée 
d'une ceinture d'or. Le haut du corps est découvert, et 
il ne porte rien sur la tête (ainsi que je l'ai vu lorsque 
j'ai été présenté au roi Duông, père de celui qui règne 
actuellement). 

Dans l'intérieur du palais, il n'y a que des femmes 
(c'est l'habitude des peuples orientaux ) . Quand le roi 
sort, il est constamment entouré d'un cortège com- 
posé de ses femmes, qui portent comme lui lé lan^ 

VI. NOVEMBRE. 8. 22 



( SBO) 

gouti» nutifl [elles y ajoutent une écharpe qui pasae 
de droite à gauche et leur voile la gorge. Les unes 
tiennent le pilon de bétel et des cigares préparés avec 
la feuille du bananier, d'autres des vases pour les 
parfumSf etc. 

Les Kambodjiens sont grands, forts, bien faits et 
bien membres. Leur teint est plus foncé que celui des 
Annamites. Us ont ordinairement les cheveux coupés 
courts, et ceux qui sont nobles, riches ou d'un rang 
élevé, en laissent une partie à l'occiput comme les 
Siamois, ce qui forme un toupet très-redressé. Ils ont 
pour pantalon un langouti, de soie ou de coton, qu ib 
nouent au-dessus des reins, et ils le relèvent et l'atta- 
chent par derrière. Sur le reste du corps, ils sont 
ordinairement découverts; mais quelquefois on met 
une écharpe avec négligence sur cette partie, comme 
les Indiens; quelquefois ils ont une petite veste à bou- 
tons d'or et de cuivre, souvent d'étoife de coton. Les 
femmes ont pour vêtement un langouti qu'elles laissent 
toujours tomber comme un jupon ; le haut du corps 
est couvert d'une tunique sans boutons comme une 
chemise de femme d'Europe. Quand elles sont encore 
demoiselles, elles conservent tous leurs cheveux longs, 
mais elles les coupent dès qu'elles sont mariées. Pour 
pendants d'oreilles, elles ont deux morceaux soit 
d'ivoire^ soit de bois simplement polis, dont le diamètre 
est de 2 centimètres ; ce qui fait que leurs oreilles soQt 
très^prolongées. Elles ne portent pas habituellement de 
bijoux. 

Les Kambodjiens sont très-religieux , je ne dis pas 
fanatiques comme les mahométans, mais c'est un peuple 



( »M ) 

4*iine croyance ^assi forte et d'un attachement ançsi 
.pronopcé pour leur Sommonocudom (Bouddha) que 
.celui des musulmans pour leur culte. Ils sont supersti- 
.tiçux; leurs livres religieux sont en pâli ou sanscrit, 
amsi que leurs prières, que les bonzes récitent sans 
y rien comprendre. Avec leur arak (démon), ils se 
croient toût-puissants. l'ai souvent entendu dire que 
les Kambodjiens cachent leurs trésors dans la terre 
en les confiant au démon ; ils sont sûrs de ne jamais 
les perdre , parce que celui qui les enlèvera sera puni 
par un pouvoir spirituel, et il ne pourra les emporter, 
ayant les jambes paralysées. Le seul moyen de s'en 
retirer, c'est de s'en aller sans rien prendre. Ils 
disent aussi qu'ils exercent, par le prestige magique, 
un vengeance terrible. Vous offensez gravement un 
de ces gens-là, il ne vous dit rien ; mais il vous fera, 
sans que vous l'aperceviez, croître un arbre, ou un 
morceau de bois, ou un bateau dans votre ventre. 
Ces objets diaboliquement introduits grandiront pro- 
portionnellement avec le temps, et vous finirez par 
mourir. 

Leur cuisine est simple. Ils n'ont d'autre fourchette 
que leur main. Ils mangent beaucoup de bohok, qui 
est du poisson conservé. Ils laissent leurs poissons 
pourrir, se gâter tout à fait et devenir pleins de vers ; 
ils le pilent, ils y mettent du sel et je ne sais quelle 
drogue qui donne une odeur affreuse (comme chez 
quelques tribus de Mois, qui mangent les vers nés sur 
leur gibier). 

Je borne ici cette courte notice sur ce pays si inté- 
ressant et si varié» mais dont la puissance s'affaiblit 



< 532 ) 

chaque jour ; rien n'est permanent et ne reste dans le 
même état sur la planète que nous habitons. Si nous 
remontons vers les siècles passés^ nous verrons que les 
quatre plus anciens empires ont échoué chacun à leur 
tour. Ce sont les vicissitudes qui régnent sur ce monde. 

PéTRUS Tat>ONG«VINH*KT* 



( 933 ) 



Analyses, Rapports, ete. 



RAPPORT 

SOI 

LA POLYGLOTTA AFRICANA 

Oft A COMPÂRAXtrE TOGABULART OPNEARLY THREE HUNOREO 

W0RD6 AND PHRASES IN VORE THAN 

ONE BUNDRED DISTINCT AFRIGAN LANGUA6ES 

BT THE RET. S. W. KOELLE 

Vteionary of Uie Ckmdk Miasionary Socioty. 

U)NDON f854. Fol. 



Messieurs, 

Le titre de l'ouvrage sous nos yeux suffit à lui secd 
pour en comprendre rimportance et l'originalité. Il en 
ressort de plus la nécessité de nous limiter à des indi* 
cations générales en ce qui concerne son contenu. 

C'est à Sierra Leone, que M. Koelle trouva l'occa- 
sion de composer en six mois de temps ce vocabulaire^ 
le plus étendu qui existe pour l'Afrique, ou que nous 
considérions le nombre des langues qu'il renferme, ou 
qne nous envisagions l'espace sur lequel elles sont 
disséminées. Ce fait est déjà toute une révélation sur 
l'état actuel de l'Afrique. Car si Tauteur eut la facilité 
de se rencontrer dans une seule province bordant 



l'Atlantiqiiei avec des individus appartenant à plus de 
deux cents peuplades différentes, on se demande par 
quel hasard ces hommes se trouvent réunis sur la côte ? 
C'est par le fléau de l'esclavage. Gonséquemment le 
zélé missionnaire de. la science obtint d'esclaves déli- 
vrés qui avaient été amenés à l^ierra Leone de toute 
part, les renseignements pour composer son ouvrage sur 
Aeê langues dont on ignorait, en partie. Jusqu'au nom. 

*La carte jointe au vocabulaire est dressée par M. Pe- 
termann. Elle donne une idée approximative sur la po- 
sition géographique des langues parlées en Afrique, 
jusqu'à 25 degrés au nord et au midi de l'équa- 
teur. Un coup d'ceU y fait apercevoir que celles pla- 
cées au nord du golfe de Bénin et autour du Tsâd, 
ainsi que celles suivant le cours dii Niger, offrent les 
groupes les plus resserrés, tandis que, à l'exception 
de la côte,, l'est n'y est représenté qu'en faible pro- 
portion. 

L'auteur est trop au courant de la linguistique gêné- 
l'aie ; il a trbp apptt)fbndi l'étude dé plusieurs ïàngttes 
istfricaines, comme en font preuve les gnttnmaires et 
les documents littéraires qu'il a publiés sur le Kanoufi 
et le Vei, pour se dissimuler totit ce qu'il peut y avoir 
d* ambigu et même parfois d'erfunô dans son travidl. 
De plus» ce serait un pU^ hasard si te langage tel qn'dn 
jpéut l'obtenir de U bouche d'un seul individu o&hât 
nettement tbu^ léis carubtères inhérents à sou idiome 
national. De sorte que, quand on considère les sourcei 
où a dû puiser M. Kt^elle; quand on réfléchît à ce qitô 
ses rapporteurs étaient souvent des individus peu io* 
telligents, et pour la plupart sans iAsttisvôtiDtt, m 



( 3S5 ) 

tiendra compte de l'aveu que les détails peuvent, pour 
quelques-unes des langues, manquer d'exactitude. 

Quant à la valeur scientifique des vocabulaires et des 
données qu'on peut y constater pour en établir l'affi- 
liation des langues, Fauteur confesse franchement qu'il 
est indispensable de recourir à la grammaire en même 
temps. Le nombre des mots comparés étant d'ailleurs 
restreint, il admet également qu'entre deux langues 
qui s'accordent à cet égard dans son vocabulaire, il en 
peut ressortir une apparence de parenté plus étroite 
qu'elle ne serait si l'on possédait le dictionnaire com-^ 
plet de ces langues. 

Les mots choisis pour la comparaison sont d'abord 
les termes de numération jusqu'à vingt, puis les termes 
de parenté et ceux qui désignent la position sociale. 
Suivent les parties du corps bien détaillées, quelques 
noms de maladies, les termes se rapportai\t aux habi« 
tations , aux ustensiles , aux armes et aux idées reli- 
gieuses. Viennent ensuite les noms des éléments, des 
substances alimentaires et des minéraux, quelques tei*- 
mes relatifs à l'industrie, aux produits du règne végétal 
et animal; puis une liste d'adjectifs et de verbes à la 
première personne, et enfin quelques petites phrases 
comme, par exemple : je mange du riz, je bois de 
teau, je coupe un arbre ^ je bats un enfant^ etc. 

Avant de procéder à l'examen de la partie purement 
linguistique de l'ouvrage, je tiens à remarquer qu'on 
trouve mêlées au texte des notes nombreuses concer- 
nant la position géographique (*) des langues, et à la fin 

(*) La position de ces localités est en partie déterminée par lés re- 
êhêrches des voyagedrs. 



( 336 ) 

même quelques itinéraires. Bien que ces données géo-> 
graphiques fournies par les nègres qui comptent les dis- 
tances par journées de marche, et se dirigent d'après 
le lever et le coucher du soleil, n'aient aucune préten* 
tion à l'exactitude exigée par la science rigoureuse, 
elles peuvent néanmoins, jusqu'à plus ample informé, 
servir comme premier jalon, et, en tout cas, d'indice 
de ce que nous ignorons. 

'Il en est de même des notes ethnographiques où, 
dans la bouche du nègre, les hommes à queue ne man* 
quent guère, où les cannibales sont fort répandus, etc. 
Quant aux races d'une taille diminutive qui d'ordinaire 
BOUS sont dépeintes comme chasseurs, leur existence 
est confirmée par d'autres témoignages Ç); seulement 
nous ignorons encore si, à la proximité de l'éqnateur, 
ce sont des nègres ou des Bochismans. 

• Examen linguistique. 

Les moyens graphiques employés par M. Koelle pour 
rendre les sons tels qu'il les entendit prononcer à vive 
voix, sont pour toutes les langues les suivants : 

Consonnes : 

b, bS é, f, 6, h, h, k, 1, m, n, n-, p, pS r, r, s, s, t, t, v, w, y, t. 

• • • • 

Doubles consonnes : 
ds, dzy ts. 

Voyelles ; 

a, à, e, e, é, i, o, u. 

■ • 

Diphthongu^s : 
a\, au, ei, oi, ou, ou, ui (**)• 

(*) V. Ladîsl. Magyar, dans la Revue Géograph. de Petermann, 
(**) b', p' « /; rares ; h» e/i en allemand j n« = njf nasal } f» 



(387) 

On voit^ par ce qui précède, que les éléments pho* 
niques s'écartent, en général, peu de nos langues mo« 
demes. Toutes les positions principales que prend le 
tuyau de la voix pour articuler y sont représentées ; 
msds il faut avouer tout de même que, pour plus de 
cent langues différentes, ce cadre n'est pas étendu. Il 
est, à cet égard, presque certain qu'à l'oreille exercée 
de M» Koelle n'aient pu échapper que des nuances à 
peu près imperceptibles, et il va sans dire que les sons 
signalés sont distribués entre les diverses langues en 
proportion fort inégale. Ce qui caractérise d'ailleurs 
les idiomes nigritiques, ce n'est pas autant le nombre 
des éléments phoniques que la prédominance de quel* 
ques-uns d'entre eux, et surtout leur combinaison» 
Sous le premier rapport, on observe aisément, dans 
les vocabulaires, que ces langues n'admettent pas Tac* 
cumulation excessive des voyelles si commune, par 
exemple, au polynésien. Le nègre préfère, pour la for« 
mation de la syllabe radicale, la jonction d'une con* 
sonne à la voyelle. Une seule consonne lui sufiSt d'or- 
dinaire également pour séparer les syllabes, et s'il 
cumule néanmoins au milieu des mots plusieurs con- 
sonnes, alors ce sont les mêmes combinaisons que celles 

rham en arabe ; s ^ eh en français ; t » M en anglais ; ds ssa deh 

• • • 

(par exemple : ehureh en anglab) ; e;« a en anglais (affeeU,) ; o—a 
en anglab (alL) ; è et o prononcés de la poitrine (par exemple ; à 
•Bornon). 

11 faut 7 ajouter la nasalisation des Toyelles désignée par ' au- 
dessus de la yoyelle. 

Toutes les autres lettres se prononecnl comme ordinairement an 
anglaii. 



( SS8 ) 

qu'il emploie comme initiales. En effet, c'est au com- 
mencement des mots que le nègre fait ses plus granda 
efforts d^articulation, et c'est par laque son phonétismo 
prend un cachet tout particulier (*). 

La plupart des langues n'admettent que des voyelles 
dans la désinence des mots; toutefois il y en a ausal 
dont les mots se terminent en consonnes. Parmi ces 
dernières, les labiales sont les plus répandues ; suivent, 
par ordre de fréquence, les demi-voyelles ou liquides 
avec la nasale, et ensuite les dentales ; l'usage des gut* 
turales est plus limité. Ainsi, dans les langues nigii-^' 
tiques, la partie palatale postérieure et pharyngienne 
du tuyau phonique est bien moins active que celle qui 
est bordée par les lèvres et les dents, dont le dévelop* 
pement exagéré, ainsi que celui de la langue, est uD 
caractère de race. De plus, la grande inclinaison de son 
Voile du palais explique la facilité avec laquelle le nègre 
passe à la nasalisation et à des combinaisons telles 
que gb. 

En somme, à part les extravagances de phonétisins 
que nous venons de signaler, les langues nigntiqaes 
visent avant tout à l'euphonie, à la mollesse, à l'écho 
des voyelles et à tout ce qui facilite en même temps le 
jeu des organes : le nègre ne prend pas trop de peine 
pour différencier phonétiquement l'expression de sa 
pensée. 

« * 

(*) Voici les combinabons initiales les plus usitées : mb, «y, «0 
4mffy mf^ pfi nd» iU,n$,M, w, nls, ndt, ng ; II, ni, mZ, Plm mres 
sont les suivantes % hm, mk, hly pr, kr, La coBibinaîsoti de f é et 
*rea«osire anei iréq^ÊÊmmuA% mm pJi» «'«ppartienftqtt'è ^Mslqnes- 
unes dçs langues nigritiques, 



( S80 ) 

Quant à la forme des radicaux, H ressort des docu- 
meuts sous nos yeux que la plupart des langues parais- 
sent en avoir à deux et même à plusieurs syllabes, et 
que, conséquemmeut, les radicaux et les langues mono- 
syllabiques (*) constituent la minorité parmi les idio- 
mes de la Nigritie. 

* 4 m 

Classification des langues cF après huts vocabulaifeSé 

Dans les remarques préliminaires, M. Roelle indique 
les caractères qui ont motivé sa classification, et il cite 
les individus qui lui ont fourni les renseignements lin- 
guistiques, géographiques et ethnologiques. Les onzeg 
classes de langues établies par l'auteur sont les sui-> 
vantes : 

:!• — <>Un<HiU ATUJiTiQVu PD N. 0.) CQrociéméês comme ceUes as ; 
V Afrique méridionnle par des inflexions initiales* 

A. Groupes Fulup et Filham ou Filhol. 

B. Groupe. Bola, Sarar> Pepel. 

C. Groupe, Biafada, Padsada. 

D. Groupe, Baga, Timne, Bulom, Mampua (Sberbro}« 

II. — LiMCDES DU N. 0. DU HAUT SOUDAN, OU famille 
des langues Manienga, 

Masdenga (avec plusiears subdivisions), Bambara, Eonot Vei, 
Soso» Teue, Gbandi, Lftudôro, Meude, Gbesd, Toma, Mauo, Gio« 

•• •••• •• 

in. — Langues de la haute Guinée ou de la côte moyenne, 
parlées sur les côiêi de poévre^ d'ivoire^ d'or, d'esclaves, 

A. Langues Kru on lié JJksHsk, 

Déwoi- (De), Kra (Kru), Kl«bro (GreU)» Gbo (GM). 

(*) Il est important à remarquer <|Ue «fans pluiiean it cm ltii|;uéft 
qui sont à notre connaissance, Pintonalion fonctionne de la même 
\b\\é que dauÀ le bottentot, caractère que ces langues partait atec 
les idiomes de PIndo-Chhie. 



( 340 ) 

B. langu$ du Dahomêif, 

Adampe, Aofue, Hwida, Dohome (Popo)» Mahi, Oga« 

C. Langue Aku-I gala. 

Aku avec plusieurs subdivbions, parmi lesquelles le Toruba. 
Igala. 

IV. — LlHGUKS DU N. E. DU HAUT SoUDAN. 

A. Mose (Gurmake, Phula, Bemba), Dselaa*a, Garen% Gurma. 

B. Lei^, Kanre, Kiamba (Dsamba). 
G. Koama» Bagbalan'. 

D. Rasm, Tula« 

V. — Langues du delta du Nigki. 

A« Ibo ayec cinq subdivbions. 

B. Sobo, Egbele, Bini, Thewe, Oloma. 

G* OkuloDaa, Udso. 

VI. — Langues du Niger-Dsadda, ou geoupb Mupk. 

Nupe (Nup'e, Tagba), Kupa, Musu', Goali, Basa (Akandsa), Bbe 
CAgalati, Anupe]» Opanda (Egbira)f Egbira-Hinuu 
VU. — Langues de l'Afrique centrale. 

A* Langue du Dtade (*)• 

Buduma» Bornu (Ranuri, liuniot Ngurut Kanem). 
B. Pika (Fika), Karekare* Bode avec plusieurs subdiyisions* 



• • 



IV Partie. 

Langues de V Afrique méridionale caractérisées 
par des infleodons initiales. 

VIII. — Langue atak . 

A* Ekamtuluftt» Udom, Blbofon (Bofon), £afeii« 

B. Basa» Kamuku (Dsinda), Kendsi» etfi. 

• • • 

G. Dsuku (Kurorofiu Koaoai Apa). 

(*) Gomparer la collection de Tocabulaires» etc., dontlf»Birdi 
^ienl de publier le premier Tolqme. Gotha» IMSK» 



— — 1 



(841) 

IX. — Largos hoko. 

A. Isrwu» Diwala, Onungo, Bayon*, Kom (Bakum), Bagba, Bain, 

Mom (Bamoin), Ngoalt, Momenya, Papiah, Param. 

B. NgoteB'f MdoD, NhakmM, Seke, 

X, — Languis kokgo hgola, parléet dâtii les etmtrées de Kongo 
etd^Angotat ainsi que plus à l'intérieur, 

A. Kabenda, Himbûma, MusenUndu, Mbamba, Ranyika, Ntere 

(Nteke), Mutsaya. 

B. fiabuma, Bumbete, Kasands, Nyombe, Sunde. 

• • • • 

G. Ngola (Aneola), Pangela (Bengaela)i Lubalo (*)|Bunda (Loanda)» 
Kambttiida), Songo, Kisama. 

XI. — LASGUBf DU S. E. 

Huiitu, Kirimao» Maravi, Meto, MataUn, Nyambao. 
XU« — Langues non classées et isolées. 

Ces langues n'ont montré, quant à leurs vocabulai- 
res, aucune aflSnité ni entre elles, ni avec les précé- 
dentes. Toutefois, quand nos connsdssances sur la phi- 
lologie africaine auront encore progressé, beaucoup de 
ces idiomes seront probablement reconnus comme 
membres de familles plus ou moins étendues; quel- 
ques-uns en resteront peut-être isolés pour toujours. 

A* Langues atlantiquei de VOu. non classées. 
a. Wolof (Yolof), fiidsogo (Bidsoro), Gadsaga (tribu des Scrc- 

hule), Gora ; — à inflexions finales. 
5. Banyun, Nalu, Bolan, Limba, Landoma; - à inflexions ini- 
tiales) • 
E Languee du haut Sintdan^ non classées. 
Asante (Asante), Barba, Boko. 

(*) Comparer dans Petermano les vocabulaircf reciieiUia par 
U. Ladisia» MAqi*''' 



(M2) 

G* tanguê$ d9 VÀfHqu$ centrale non classées. 
Kandin, Tumbuktu, Bagermi, Housa (*) (en deux dialectes), Pulo 
(langae des Fulbe, Pulabî en quatre dialectes). 
D. Langueê du delta du Niger non classées. 

Yala (01a). 

£é XoM^tiM mériéionakê mm classées* 

Anan' (Ralaba), Dsarawa (Njam-njam)» KorOi Ham (Dsahan, 

Fttham), Akurakiira, Okam, Tasgua, Nki, Kambali, Aleg«t 

Penin, Bute, Murundo, Undaza, Ndob (Burukem), Nkele, 

Konguan, Mbarike, Tiwi (Mbidsi, GMou), Boritsu* (Afiteq:), 

Xfiidu» lifut, Mbe, Nso (Banso). 

• • • . 

F. Dialectes arabêi parlée en Afrique. 
a. WadaL 6. Adirar. e. Beran. 

• 

Ainsi voilà, abstraction faite de quelques subdivi- 
sions et dialectes, en chiffresTonds, cent soixante lan- 
gues dont M. Koelle a recueilli les vocabulaires; et 
puisque nous possédons également les grammaires de 

' plusieurs idiomes appartenant à presque toutes^ les 
classes précitées, la philologie africaine déposera soiis 
peu ses langeSé 
Pour donner une faible idée du pbonétisnie nîgri- 

' tique dans ses formes concrëtes« bien plus que pour 
démontrer ce qu'il y existe, à cet égard, de sem- 
blable (**), et inversement, j'ajoute à cet aperçu sqç- 

* cinct une liste comparative des termes qui désignent, 
dans les langues précédentes, Yeau^ h père ^ le pronom 

' de Ici première personne et l'action de manger. 

1.— Eau : ma, mi, mmi, man (3) {***), mant, men, mtn, am, aam, 

(*) Comparer M. Barth, l. e, 

(**) Voy. plus haut la réserve de M. Kœlle sur ce rapport 
^ (***} lies èhtfifres placés entre guâlemets indiquent k nonbi^e de« 
laogaes dans lesquelles le terme 7 joint est honoplume» 



( 543 ) 

la (2), ame (O)» amei» ama(3), omi (13), omo» mel (2), mieç, muai, 

meya, mema, mla(2), mmale, mmeli (2), miogi, mandei mantSi mire» 

miurog» mangu, moni» mani, mundu, momel (2), mambea, mambiai 

mendan, medib (2), menya (3j, menyi» madiba, maneb, minib, ma- 

dewa, maliwa» meduku, mati, maza (2), mazea, mazi (2), moa'z, 

mesi) ma'sit madsa (3), mantseï mandsa, mandse, mendsivt mpfam» 

* 

ampiet, damum. — Total .* 93. 

Na (2), ni (5), nua (4), nuo, nyo (2), enyi (3), nim, DyUm (2), 
' namum* anab, ndiyam (4}, ndoh. ~ Total : 27. 

Béni, bemum» vede, unwoD» ovawa. — Total : 5. 

: Dae, dai (6), daei, dsape» nd$a (2;, ndsi, pdsab» ndsib, ndsob, 

• • • • • . . • 

amdM (2), edsi; zi, ezi, ezi« nzi, nsi, asii siUn, insuo.-^ Total : 2S. 
Gi (4), gio> ngi (2), ngia, en^, anîngo, angai, ogolum, kom. nke, 
nki, okoale^ ekn* ^ Total : 17* 

1, youe, yenyi, ayib f2), ya, yi (2), yige, hari. -- Total : 10. 
Le, lam, lam (2), lien, laa (3), alap, nUngu (2). --Total ; 11. 

Cette liste exige à peine un commentaire; car si 
nous admettons les permutations entre n et m, entre 
les sifflantes et ds^ et enfin le passage des gutturales g 
et k par la demi*voyelle y en ds^ nous réduisons les 
radicaux qui désignent Teau presque à deux^ une 
naso-labiale et une gutturale ; reste la demi*voyelle ou 
Kquide /. 

2. — Père: Ba (6), baba (27), babe, babi; bai. bo, buo, bam. 
bawft (§). wawa. aba, uba, owa, mba (2), pa^ pai> papa (4), papai, 
paba. bapa, pua, ap«) fa (S), fiifa, fieife (2), «fa, fare« fûnya> paietu* 

~To4al:74. 

Da (3), de (2), nda (3), dada, ada (6), eda (3). ida, ade, oda, ta (5), 

Ut4 (17), tate, tada (2)> ata (3)* nta (3)» ita (2), eta (3), ete, te, taya. 

• • • • . • 

t#ta (2), ate (2), ato, eto, t^te» tetoi tita, tite, titii tatau» atate, atatn, 
atioUi. tatetu, tatok, tuodo* — Total : 78. 

Dsa, adse, daie (2), itse, idsi»6. — Asin, i*nflei iao «=3. -— 

• *•> •• •,> 

ToUl:». 



( ihh ) 

K«, ÏM, nkO| kia, ki«, lus, kere, kere, gère, kike, agU. — Ta* 

•• • ••••• ••• 

tal:ll. 

Nan, na» nna (4), ena, nyema* nyira (â) « 10. — Aro, rera, tere» 
- 3. — Total : 13. 

Faisant remarquer que n et r permutent dans quel* 
ques langues, et rappelant ce que nous venons d'expo- 
ser par rapport aux autres lettres radicales comprises 
dans cette liste, quatre consonnes concourent originai* 
rement à former le terme de père. 

3. — Le pronom personnel j$ détaché de la phrase je mange: 
Ma (17), m% me (34)» me. mi (6), mo, mo (14), mea (2}, mla, man (3), 
min, ma» aman, mbe, mbada» mbara (4)* — Total : 80. 

N* (23), n*, na (13), n-a(3), ne (tf), ni (6), ina(2), an, in, on, 
nda (2), nzi. - Total : 59. 

A (2), i (4), ai, ya (3), yi, u, wu (2), o (ira). - Total : 15* 

Ge^ gi> *— ki (suffixe)* nga (2), ngo, ngu. — Total : 7. 

Da» nde, nda (2), ndu (2) » 6. - Tsa, ndsi (2) » 3. — ToUl : 9. 

En nous rapportant à ce qui précède, notons seule- 
ment que les voyelles et les diphthongues isolées de la 
troisième série doivent probablement leur état actuel à 
raffaiblissement d'une racine primitive contenant une 
consonne, phénomène qui s'observe également dans 
d'autres idiomes. « 

4. — .. mange. De (5), de-, nde (2), di (13), didi (4), dide, dia (% 
diri, edia, ndidie* mada, dini, dehala, daka» do, don*e, donsi, dora, i 

• • • 

du (3) — 43. — Ta, tag, tna, tina, to, ton, teri, tan*sa. -• 8. - 

ToUltSl. 
Dsa (2), dsi (20), d8e(10), dse,;d80 (2), dso (2), dsu (2), dsue, dsyil, 

• • • ••• •• « «c 

dsil, dsir, dsim, dsima (2i, dsin (2), sin, dsabi, dsemo, dsewi, dsifi 

•••• • •• • «•• 

dseni, dseho, dsampe = 86. — Ze, zie, tsin (2), udsa, ntsa, tsaoaii 
- 7. — ToUl : ^. 
Ya (2), yi, yaki, nya, — Total : 5. 



( 8&5) 

Ga (2), nga, gi (3), gâte, gede, ngoa. Ke, eki ekiu» kudi» kaln» 
kine» kini (4), kino, kore, mokoli. — Total : 22. 

Le (4), li (6j, lia (3), leira, lin, liwe. - 17. — Re (6), ri, dere (2), 
diere, nerem, Dera, maro. » 13. — Total : 30. 

Mba, mbe (2), mbai (2), woni, bu» buriif bande (2s buskiot — 
Total: 11. 

Ajoutons aux notes précédentes que / et r se substi* 
tuent dans presque toutes les classes de langues. 

Les limites assignées à cette esquisse m'empëçbent 
de m'étendre sur les concordances soit fortuites, soit 
fondamentales de ces racines avec celles des langues 
ariennes, sémitiques, touraniennes, berbère, égyp- 
tienne, etc. 

Messieurs 1 je sens trop bien que je ne me suis que 
très-imparfaitement acquitté de la tâche dont vous m'a- 
vez honoré pour ne pas en appeler à toute votre indul- 
gence ; et je suis tout aussi convaincu que mes éloges 
resteraient bien au-dessous du mérite éminent que s'est 
acquis M. Koelle par son travail en ce qui concerne 
d'abord la philologie africaine, et ensuite l'ethnologie 
et la géographie de ce vaste continent, pour y insister 
auprès de juges plus compétents que moi» 

Toutefois, je ne puis quitter mon sujet sans vous 
soumettre une dernière remarque. A juger d'après les 
données signalées, une grande ressemblance^ du moins 
dans la phonologie, parait être l'apanage des langues 
nigritiques, tandis qu'en Amérique la discordance 
forme la règle. Il n'en est pas ainsi du système gram- 
matical* Sous ce rapport, le nègre, tout en ne dépassant 
guère certaines limites, tout en se limitant souvent à 

VI. NOVEMBRE, à. 23 



( 848 ) 

de simples ébauches, comparativement aux autres 
groupes cle langues, nous offre d'autre part assez de 
variétés^ et je dirais même que là où il se platt dans la 
multiplicité des formes grammaticales , il fait praure 
de son penchant pour les excès. 

D' Pruneb-Bet. 



21 avril 1863. 



(W) 



A^Usê d« là SMIétéi 



EXTRAITS DES PROCÈfl^VERBAOX DK8 BtAMGBS. 



Séance du ^6 octobre iSôS. 



En l^absence de M. de O^^trefages, président de la 
Commission centrale, la séance de rentrée de la Société a 
lieu sous la présidence de M. d'Avezac, vice-président. 

Le procèâ-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. A ce sujet toutefois, et sur Tobservation pré- 
sentée par M. î)eloche, que là Ëevue des sociétés sa^ 
vantes n*est pas comprise dans les dons faits à la So- 
ciété par le ministère de l'Instruction publique, il est 
décidé qu^on demandera ce recueil en accusant récep* 
tion des ouvrages offerts par ce département. En ce qui 
concerne les instruments de précision, dont Tenvoî par 
M. le marquiâ de ïurenne est annoncé audit procès- 
verbal, ils ont été remis à la Société pendant les va-, 
cances : ils sont examinés séance tenante par M. le 
capitaine dô frégate Vallon, et reconnus en parfait état 
et établis dans des conditions qui permettent d'en es- 
pérer un très-bon service. 

Le secrétaire général donne lecture de la correa- 
pondance. . . 



(8Â8 > 

U. Guillaume Lejean, vice-consul de France à Mas- 
saoua, dans une lettre datée de Debra-Tabor le i mal 
dernier, paye un tribut de regrets à la mémoire de 
M. Jomard. D'autres nouvelles de ce voyageur, parve- 
nues à M. Gharton et que semblent aggraver des ren- 
seignements recueillis par M. Malte-Brun, font naître 
de sérieuses inquiétudes sur la prolongation indéfinie 
de la situation pénible où il se trouve à la cour de roi 
Théodore en Abyssinie. M. Ed. Gharton pense qu'une 
démarche oflScielle de la Société de géographie auprès 
du ministre des affaires étrangères serait opportune, 
comme témoignage du très-vif intérêt qu'elle prend au 
sort de l'un de ses membres, et de son désir d'apprendre 
ce que la sollicitude du gouvernement a déjà fait pour 
obtenir la liberté de G. Lejean. 11 est décidé que le b urean 
de la Gommission centrale, auquel M. Gharton est prié 
de s'adjoindre, adressera pour cet objet, dansle pluabref 
délai, une demande d'audience à M. Drouyn de Lhuys. 

Le Dépôt de la guerre fait envoi des vingt-six cahiers 
des coordonnées destinés à accompagner les. vingt-six 
livraisons de la carte de France, au —^ que la Société 
a déjà reçues : des remerclments seront spécialement 
adressés à ce sujet à M. le Ministre de la guerre. 

M. Vander Maelen, directeur de l'établissement géo- 
graphique de Bruxelles» offre à la Société une série de 
cartes routières, hypsométriques et hydrographiques 
des diverses provinces belges ; une carte générale de la 
Belgique ; une carte des concessions houillières ; une 
carte des chemins de fer et une carte des voies navi* 
gables du même royaume : une lettre de remercituent 
sera adressée aii donateur» 



M. Garcia y Cobast géographe mexicaint remercie U 
Société de son admission comme membre. 

&I. Charles Ed. Guys adresse un exemplaire d'une 
brochure qu'il vient de publier, intitulée: Notice sur 
les lies de Bomba et Plate^ le golfe de Bomba et se$ 
environs , avec la relation d'un voyage sur les côtes 
orientales et occidentales de la régence tripolitaine. 

M.FulgenceRignon, commissaire général de la terre 
sainte, en France, demande à la Société de vouloir bien 
mettre, à titre gratuit, à la disposition de la bibliothè* 
que qu'il fonde en ce moment au siège du commissa- 
riat à Paris, un exemplaire de la géographie de l'Edrisi. 
Cette demande est prise en considération et renvoyée à 
la section de comptabilité. 

H. Roman y Paz Soldan adresse au président de la 
Commission centrale, une lettre et un mémoire ayant 
pour objet de combattre sur divers points les apprécia- 
tions critiques contenues dans un rapport fait à la So- 
ciété concernant l'ouvrage de M. Raimondi sur la pro- 
vince péruvienne de Loreto. 

Cette réclamation est immédiatement communiquée 
à M. Ernest Desjardins, auteur du rapport, qui déclare 
maintenir au fond ses conclusions, appuyées en fait sur 
un examen aussi complet que possible de documents 
officiels recueillis en dehors de la publication de M. Rai- 
mondi ; mais il s'empresserait volontiers de modifier, 
s'il y avait lieu, les points de détail sur lesquels la ré- 
clamation de l'auteur paraîtrait légitime. La Commis- 
ûon centrale, après avoir entendu les observations de 
plusieurs de ses membres, et en particulier celles de 
HM. Elisée Reclus et Vivien de Saint-Martin, décide 



(tfd) 

qnll sera fait, du mémoire envoyé par M. Roman y Paz 
Soldan, un ^extrait réduit à Texposé précis des pointa 
sur lesquels il est élevé quelque contestation^ et qu'à la 
suite de cet* extrait, dont la préparation demeure con- 
fiée à M. Elisée Reclus, le rapporteur inscrira les ré- 
ponses que lui dictera le désir de concilier l'Indépen- 
dance de ses convictions avec les égards affectueux et 
courtois que se plaisent à conserver entre eux tous les 
membres de la Société de géographie. 

La Commission centrale se réserve de décider ulté- 
rieurement, après mûr examen, si ces pièces seront im- 
primées au Bulletin. 

Le secrétaire général lit la liste des ouvrages offerte 
à la Société. 

H. de la Roquette offre, de la part de M. Baruffl^ un 
travail sur le percement des Alpes, Intitulé : Traforo 
délie Alpi ira Bardonnèche e Modane. 

Le même membre dépose également sur le bureau, 
de la part de M. Manuel Rico y Siuobas, un exemplaire 
du premier volume des œuvres astronomiques du roi 
Alphonse le Savant, publiées par le gouvernement espa- 
gnol sous ce titre : Libros del saber de astranomia del 
ReiD.AlfonsoXde Castilla : un volume grand in-folio, 
orné de planches en fac-similé du manuscrit original. 

M. Elisée Reclus offre une carte du théâtre de la 
guerre des États-Unis. 

M. Adolphe Noirot fait hommage d'un travail qu'il 
tient de publier sur l'isthme de Suez. M. Maunoir est prié 
de vouloir bien en rendre compte. Des remerciments 
sont adressés aux donateurs présents, et des lettres di 
remerciment seront adressées aux donateurs absents. 



( 351 ) 

Ch. Xavier Roth, présenté à la précédente séanct 
par M1M. Malte-Brun et Barbie du Bocage» est admi3 
comine membre de la Société. 

M. Trancis Muir, géographe anglais, est présenté 
à titre de membre donateur par UM. Malte-Brun et 
d'Avezac. 

M« Richard Gortambert présente à laSociété M. Petrus 
Truong Vinh Ky, interprète de la légation annamite. 
Le président adresse quelques paroles de bienvenue h ce 
savant étranger, et obtient de lui la promesse de com- 
xnuuications ultérieures sur la Gochinchine, sa patrie. 
M. Buisson met sous les yeux de la Société une cart^ 
ethnographique des peuples de la Russie d'Europe et 
de TAutriche, qu'il a récemment dressée et qui est ac- 
compagnée d'une notice sur la distribution actuelle des 
peuples qui habitent ces pays. 

La séance est levée à dix heures et demie. 



Séance du 6 novembre 1868» 

•BlI^iDElifiE W n* PS QPATREFAOlSft» 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

A l'ouverture de la séance, M. le président annonce 
la présence de M. Francis Galton» Tun des anciens 
lauréats de la Société et membre du conseil de la Société 
royale géographique de Londres. Après cette présenta- 
tion, M. Francis Galton est prié de vouloir bien prendre 
place au bureau. 



L 



( 852 ) 

M. le docteur Friedmann écrit à la Société, pour laii 
offrir un ouvrage qu'il vient de publier sous le titre de :| 
Niederlandisch'Ost und Westindien. 11 signale à l'at-i 
tention de MM. les membres le chapitre de son travail 
dans lequel il traite plus particulièrement des maladies. 
qui sévissent dans les pays tropicaux. M. le docteur 
Friedmann offre également un mémoire intitulé r Gra-^ 
phische Darstellung der jahrlichen Temperatur eines 
ortes durch geschlossene Curven* 

M. Malte-Brun, à propos du dépôt sur le bureau fait 
à la séance précédente, de la part de M. Henri Lauge, k 
du compte rendu des travaux de l'Association géogra^ j 
phique de Leipzig, demande que le Bulletm soit envoyé i 
à cette société en échange de ses publications. Cette {}. 
proposition est adoptée. 

Le même membre a reçu de M. Julius Haast, géolo- «t 
gue de la province de Canterbury (Nouvelle-Zélande), j 
une carte de cette province que ce savant Ta chargé 
d'offrir à la Société. 

M. Malte-Brun a, en outre, le regret d'annoncer à la 
Société qu'il a reçu de MM. Henri Barth et Aug. Peter- 
mann, la nouvelle de là mort de M. de Beurmann. Ce 
voyageur aurait été assassiné sur les frontières du Wa- 
day, et ce malheur devrait être imputé au souverain 
même de ce pays. 

M. de la Roquette a annoncé, dans la séance de la 
Commission centrale du 19 juin 1863, la perte qu elle 
venait de faire de M. Pierre-André Munch, l'un de ses 
plus honorables correspondants. 11 croit devoir prévenir 
aujourd'hui la Commission centrale,que, d'après le désir 
que lui ont témoigné les compatriotes de U, Munch, il 



( SS3 ) 

i propose de consacrer, pour être lue à la prochaine 
Vance générale, une notice sur la vie et les travaux de 
et illustre Norvégien, connu par d'importants travaux 
orrbistoire, la géographie, la philologie et l'économie 
politique, et que la voix presque unanime de ses conci* 
oyens a proclamé Y historien national de la Norvège. 

Né à Christiania le 15 décembre 1810, il est mort le 
25 mai dernier (1863), âgé seulement de cinquante* 
deux ans, à Rome, où il s'occupait, depuis 1857, à faire, 
dans les archives du Vatican, ouvertes avec la plus 
extrême bienveillance à tous ceux qui désirent les con- 
sulter, des recherches pour l'histoire ancienne de la 
Scandinavie ; il ne laisse qu'un seul fils. 
I M. de la Roquette demande qu'on continue à adresser 
à celui-ci, comme un hommage rendu au souvenu* de 
son père, jusqu'à la fin de l'année courante, les numéros 
] du Bulletin dont l'envoi a été suspendu depuis qu'on a 
appris la mort de l'homme si distingué auquel il doit 
le jour. La proposition est adoptée. 

M. d'Avezac, en rappelant à la Société la mort de 
deux de ses membres correspondants, M. l'amiral 
Washington et M. le général Albert de la Marmora, 
demande que des notices sur ces deux savants regrettés 
soient lues à la prochaine séance générale. La Société, 
comprenant l'urgence de sa proposition, le prie de 
vouloir bien se charger de ce travail. • 

H. E.Gortambert annonce la mort de M. F. A. Garnier, 
membre de la Commission centrale et auteur du grand 
Atlas sphéroïdal, récemment publié. M. le président 
déclare, au nom de la Commission centrale, qu'il s'as« 
socle aux regrets que doit causer la perte de M. F. A. 



( 85& ) 

Gamier, qui avait été Tun des membres les plus assidus 
de nos séances. 

M. de Quatrefages a reçu de M. Wînwood Reade, 
une lettre dans laquelle ce voyageur parle de son ex- 
ploration récente de la côte occidentale de TAfrique. 
11 a visité tous les établissements européens de cette 
région et déclare que ceux des Portugais y sont en dé- 
cadence, ceux des Anglais stationnaires, et ceux des 
Français en voie de progrès. Il pense que le meilleur 
moyen d'introduire la civilisation en Afrique serait la 
création d'écoles pour les jeunes indigènes. M. Jules 
Duval répond, à ce sujet, que plusieurs établissements 
de ce genre existent déjà au Sénégal. Il cite particu- 
lièrement l'école des fils de chefs et d'interprètes for- 
mée à Saint-Louis. Le nombre des élèves vient d'y être 
porté par M. le gouverneur Faidherbe de vingt à trente. 
Il existe aussi à Dakkar une école indigène dirigée par 
des prêtres. 

Le secrétaire général donne lecture de la liste des 
ouvrages offerts. 

M. Malte-Brun dépose sur le bureau une carte de 
l'Angleterre dressée par M. Edmond Blache, vice-consul 
de France à Bâle, sur laquelle sont relatés tous les phares 
et feux des ports des côtes des îles Britanniques. H dé- 
pose également une carte manuscrite de la basse Co- 
chinchine, due à M. Bineteau, où sont marquées toutes 
les nouvelles divisions administratives de ce pays. Cette 
carte sera gravée pour le Bulletin. 

M. Malte-Brun est également chargé de remettre i 
là Société un mémoire de M. Mouchez, capitaine de 
frégate, sur les longitudes chronométriques des princi- 



( 555 ) 
paux points de la côte du Brésil rapportées au méridien 
de Rio-Jançiro« et un mémoire, en danois, de M* A. F. 
Mehren, sur la Syrie et la Palestine d'après les géo* 
graphes arabes du moyen âge. 

M. de Grammont, capitaine au àh* de ligne, récem- 
ment arrivé de Gochinchine, offre à la Société un ou- 
vrage intitulé : Onze mois de sous-préfecture dans la 
basse Cochifichine. MM. Maunoir et .£• Gortambert 
sont priés de faire un rapport sur ee travail. 

H. Francis Muir, géographe anglais, présenté à la 
dernière séance par MM. Malte-Brun et d'Avezac, est 
admis comme membre donateur. 

M. de Grammont et M. Aug. Guinnard sont pré- 
sentés pour faire partie de la Société, le premier, par 
MM. Gortambert et Maunoir; le second, par MM. Lucien 
Dubois et Malte-Brun. 

La seconde séance générale de la Société est fixée au 
18 décembre prochain. 

Le banquet annuel de la Société aura lieu le lende- 
main 19, MA). iJÊdouard Gbarton et Jean-Jacq^uç3 Du- 
l)OChQt eu sont nommés commissaires. 

M. R. Gortambert lit à la Société un mémoire sur Iç 
Cambodge, rédigé par M. Petrus Truong Yinb Ky, iuter- 
prètii d^ Tamba^ida aQuamita. M, te Prôâid^at félicite 
l'auteur, présent à la séance. Ge dernier donne, en outre, 
de vive voix d'intéres^çints détails sur le Cambodge. 

M« Maunoir donne lecture de son rapport sur V itiné- 
raire du Dauphiné de M. Joanne. 
La séance est levée à dix heures et demie. 



( 850 ) 
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ 

SÉANCE DE NOVEMBRE 1863. 



EUROPE. 

Dictionnaire géographique de la Ruisie, publié par la Société impériale 
géographique de Russie. Tome I. Saint-Pétersbourg, 1863, 

SOGIÉTÂ IMPéRULB GÉOGRAPHIQUE DE ROSSII. 

La Toscane, album pittoresque et archéologique, publié d'après les 
dessins recueillis sous la direction de S. E. le prince Anatole Demi* 
doff en 1852, par André Durand. 4* et 5* livraisons, grand in* 
folio. Paris, 1862. S. E. ls prince Anatole Dehdovf, 

ASIE. 

Onze mois de sous préfecture en basse Cochincbine, contenant en outre 
une notice sur la langue cochinchinoise, des phrases usuelles fran- 
çaises-annamites, des notes nombreuses et des pièces justificatiref , 
avec une grande carte de la basse Cochincbine, par M. Lucien de 
GrammoDt, capitaine au 44* de ligne. Napoléon-Vendéé, 1863. 

M. Lucien de Grahiont. 

Iteisen im Sûden von Ost-Sibirien in den jahren 1855-1859 incl. Im 
auftrage der kaiserlichen geographischen Gesellschaft ausgefohrt 
von Gustav Radde. Band I. Die Saugethierfauna. Saint-Pétersbouigi 
1862, 1 vol. in-4. M. Gustave Radde. 

Niederlandisch-Ost und Westindien. Ihre neueste Gestaltnng in geo* 
graphischer, statistiscber und culturhistorischer Hinsicht, mit be- 
sonderer Darstellung der klimatischen und lanitatischen Verhait- 
nisse, von Dr. S. Friedmann. Milnchen 1860. 1 vol. in-8. 

M. LE D' Friedmaru* 

Syiienog Palestina, atudie ofter en Arabîsk Geograpb fra Slutringeo of 



( S57 ) 

del 13 de og Begyndelien of det f 4de Aariiiindrede med en Indled- 
ning, of A. F. Mehrea. KJbbeahavn. 1862. 1 broch. îq-8. 

M. A. F, Mehbbn* 

Meteorologische Resallale aiu Indien und Hochasien, von Hermann r. 
Schlagîntweit. 1 brochure in-8. If. Hekhànii ScBucniTwnT. 

f}ber die mitUere Temperatnr des Jabres und der Jahreszeiten and 
den allgmeinen Charakter der Isothermen in Indien und Hocbaiien, 
¥on Hermann von Scblagintweit. 1 broch. in-8. 

M. Hkuujin Sghlaguitwbit, . 

AMÉRIQUE. 

Derrotero de la costa del Perù, por Aurelio Garcia y Garcia. Lima, 
1863. 1 vol. in-8. M. Aubelio Gaicu T Garcia. 

Longitudes cbronométriques des principaux points de la côte du Bré- 
sil, rapportées au premier méridien de Rio- Janeiro, par M. Mou- 
chez^ capitaine de frégate. Paris, 1863. brochure in-8. 

M. MOUCBBZ. 

OUVRAGES GÉNÉRAUX, MÉLANGES. 

Collection de documents inédits sur Thistoire de France, publiés par 
les soins du Ministre de rinstruction publique. — Mémoires mili- 
taires relatifs à la succession d'Espagne sous Louis XIV, extraits de 
U correspondance de la cour et des généraux, rédigés au DépAt de 
la guerre, de 1763 h 1788, sous la direction du lieutenant général 
de Vault, mort en 1790. Tomes IX, X et XI. Paris, 1855, 1859 et 
1862. 3 vol. in-4 avec atlas. — Négociations, lettres et pièces rela- 
tives à la conférence de Loudun, publiées par M. Bouchitté. Paris, 
1862. 1 vol. in-4. — Lettres, instructions diplomatiques et papiers 
d'État du cardinal de Richelieu, recueillis et publiés par M. Avenel. 
Tome y, 1635-1637. Paris, 1863. 1 vol. in-4. — Cartulaire de. 
Tabbaye de Redon, en Bretagne, publié par M. Aurélien de Cour- 
son. Paris, 1863. 1 vol. in-4. -^ Li livres dou tresoj, par Brunetto. 
Latini, publié pour la première fois, diaprés les manuscrits de Ja 
bibliothèque impériale, de la bibliothèque de PArsenal et plusieurs 
manuscrits des départements et de Tétranger, par P. Chabaille. 
Paris, 1863. I vol. in-4. MimsTÈai db l'Imstructioii pobuqob. 



( S&8 ) 

Délia vita e dette opère del conte Alberto Ferretto délia Marmora, per 
Giorgio Briano. Toriao, 1863. broch. gr. in-S. M. Baboffi. 

Du Scalenradçhen (Revolviog scale, mofette métrique), voaHermaaD 
?on Schlagintweit. 1 feuille in-S. M. HfiEHÀNif Schlagihtweit. 

Graphiscbe Dantelliing dei ]âhrlicbe& Tempefator eioes «riés dtifcli 
geschlossene Garyeo, yod D' S. FriedmaoD. Wien, 1863. i feailla 
iD-4. M. LE Di* S. FaiBDiiAinf. 

ATliAS BT CARTES. 

Gâfli étÊ (XMifi dti fléllTé Blanc et de la région des sources da Nil, arec 
l'itinéraire et les découvertes des capitaines Speke et Grant, par 
V. A. Malte-Brun. Paris, 1863. 1 feuille. M. Y. A. Malte-Bbiin . 

Carte générale de TAustralie, avec l'indication de ses différentes colo- 
nies et les itinéraires des principaux explorateurs qui Pont parcourue 
de 1840 à 1863, par M. V. A. Malte Brun. Paris, 1863. i feuille. 

M. V. A. Malts-Brun. 

Map of tbe province of Canterbury , New Zeatand shewing ihe pastu- 
rage runs compiled from officiai surveys, under autority of the pro- 
Tincial governmeot ènd from récent elploraiiona, by D' Aaast, pro- 
vincial geologist, Ganterbury, et D^ Hector, provincial geologist 
otago by J. S. Browing survey office. 1 feuille. M. le D' Haast. 

Carte des Iles Britanniques, comprenant les phares, feux flottants, 
ports, rades et les stations des gardes-c^tes» publiée en 1862* Paris, 
1 feuille. M. Edmond Blachi. 

MÉMOIRES DES ACADÉMIES Et SOCIÉTÉS SAVANTES, 

feËCUElLS PÉRIODIQUES. 

Jfamotrs of the american Academy of Arti and Sciences. New aeriea* 
Vol. 8, part. 2. Cambridge and Boston* 1863» in-4. 

Piroc^edinys of the Ânièrkuti Âcademy of Arts ànd Sciences. Vol. 5, 
fenilles 49 à 58 ; vol. 6, feuilles 1 h 10. 

Boilon Journal ofNatural history. Vol. 7, n*** 2 et 3. Bostotl, 1861, 
1862, ill-8. 

Prœeedings of the American Geographtcal and Statisticaî Society of 
New-York. 1862-1863, Vol. 1, Q<> 4, io-8. 



( 869 ) 

A. P. Stevms. On the past aod future Upograpbjof tha Ooited 
States, based upon the graduai rise and dépression of the surface 
tbrough âges (Map.). — W, H, Thomson, Tbe physique of différent 
nationaiities, as ascertaioed bj iuspection of governoient recruits. 

— J. Smith Homans, Oo the production of gold and silver tbreug- 
heul tbe world, especîallj in the new territories of tbe United 
8tates. 

7*Ae Transactions ofthe Àcademy of Science of Saint^louis, VoK 2« 
N* 1. Saint-Louis, 1863, in-8. 

C, C. Parry, Ascent of Pike^s Peak. — 6. Engelmann. Altituda 
ef Pike*s Peak and otber points in Colorado territory. 

throceedinjg ofthe Ameriean Philosophical Sociily, Jant. 1863. 

Boletin dô ïa Sociedad mexicana de geografia y estadistica. t. 10, 
{n° 1). Mexico, 1863, in-4. 

Ù^Pranc, D\az (tovarruhias. Dictanien sobre cl cstablccimiento 
de observatorios mcteorologicos, y circular del suprcmo gobierno. 

— laetrucciones para hacer lai obserraciones meteorologicas* — 
Bîografiâ del sgr^ lie» Don José a Escudero. — Sobre el terremoto 
l)uedestruyo parte de Cindad Colima, 1818. — -Apuntei relativos 
à las fuentes brotantés o poios artesianos. **- Estado de Chiapas. 
Genso gedéril, 1862. 

the transactions ofthe Bombay Geographical Society^ from June 1860 
to december 1862. Vol. 16. Bombay, 1863, in-8. 

Proceeding, — Lieutenant Dodd, Particulars concerning tbe tlunii 
ef Kutcb and the country on its southern margin. — Dn même, Mé- 
morandum on tbe Eastern portiou of tCutcb, caited Wagur. — 
C. R, Markham. À short account of the peruvian foresi ot Cara- 
vaya, vbence the quinine-yelding cinchona plants are proeured 
for introduction înto India. — G. T. RoUnson, Kotes upon tbe 
hydrography and gèograpfay ot Ja^àn. "^ Lé grand Jacàh. Journal 
•f a trip toSind from Kutcb, 1852. — Af. Penguelîey. Remarks on 
a portion of tbe east. coast of Arabia. — W, Whish. Memoir on 
Bahreyn (Plan). — D. Inverariiy. Report on the late overflood of 
the Indus (Map.)« — - 1^ grand Jacob > Journal of a tour througb 
Kutcb, 1851 •«-•£• Heycoch. Tbe Mosaie tceount of tbe passage of 



\ 



( 800 ) 

tha liraelitei ont of Egypt, sapported bj the geographical conl 
ration of the Gonntry surroandiag; the guif of Suez. — Capt. Bt 
ker, Accoant of a visit to Moses' Wells. — GommaDder A. Frcisi 
Memoranda and extracta of varions soarces relative to the river Jal 
East Africa. — L, Pelly, Upon the Comoro islands. — J, Lai 
Ontline or the country between Kurrachee and Gwadel. — T. 
binson. Notes on Japan. — T, Fergusson. An accouot of a cjcU 
experienced at Bombay. Nov. 1862, 

Jout^nal of Ihe Franklin instilute, octobre 1863* 

ZcUschrlft fur alîgemeinc Erdkunde. N^ 124, octobre. 

Lettres de M. de Beurmann an docteur Barth, suivies de remai 
qnes de M. Barth et dn professeur Ehrenberg. — Journal d'un voyaj 
qai coupe obliquement Tintérieur de la Turquie d* Europe, 1 86i 
par le docteur Barth (avec une carte). — Tremblement de terre 
Tunis le 1/1 septembre 1863. — Wolfers, Quelques remarques si 
le dernier hiver. 

ZeUschrift der deutschen Morgenlûndischen Geseîlschaf t. T. y 11^ n? 3-4* 
H, Broekhaus, La transcription de Talphabet arabe. — Lautk, 
Le Grand-Prètre et surintendant des bâtiments Bokenkhons, coa*j 
temporain de Moïse, dans le Musée royal de Munich. — Slaehelm* 
Les localités des guerres de David. — £. Meier. Sur les inscriptioiM 
nabathéennes. — C. Flor, Sur les inscriptions étrusques de la Ca« 
rinthie. —0. Blau. De l'albanais comme instrument d'explication 
des inscriptions lyciennes. — DelUzsch. Sur les substances de cou- 
leur rouge employées dans les anciens manuscrits. -* <SchZecA^a« 
Wssehrd, Notes sur TOrient. — Pius lingerie* Études de littéra- 
ture syriaque. •— E, Rœdiger, Notes paléographiques^ — Notices, 
coRtESPORDAMCBS BT vÉLANGES. A. BasUan, Quclqucs mots sur la lit* 
térature des Birmans. ~ Nœldeke, Sur les inscriptions nabathéennes. 
Morit%. Wickerhawer. Sur le mot pazend. — Notes bibliographi- 
ques. 



} 



/^ 



El 



AMÉRIQUE. 



PRODUITS 
VÉGÉTAUX. 




aalaiBODB et fumal- 



poli 



cuclialoLa 



yH" 



monnalea 

orféirerle 
sslais^na 



1. — Imprimerie île Ë. Mjutlns' 



-Lgjr . 






A*t«K, '-«*°* ^^lôss 



) 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE. 



DÉCEMBRE 1863. 



Iléittolrei, Motlees^ ete. 



j^:'-' 



ALLOCUTION DE M. REINAUD 

MEMBRE DE l'iNSTITOT, l'DM DBS yUCE-PRÉSIDERTS, 
PWftSIDBNT DE L* ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 4 8^ DÉCEMBRE 4 863. 



Messieurs, 

Vous vous réunissez de temps eq.^^inps pour res- 
serrer les liens de la confraternité, et afin d'avoir l'oc- 
casion de faire part au public et au monde scientifique 
en général, des fruits de votre expérience et de vos 
constants efforts. C'est dans les assemblées de ce genre 
que se fit naguère entendre la voix autorisée des Malte- 
Brun père, des Walckenaer et des Jomard. 

Votre Société compte déjà quarante-deux ans d'exis- 
tence. C'est à son exemple que prirent successivement 
naissance les Sociétés de géographie de Londres, de 
Berlin, de Saint-Pétersbourg, etc.; chacune d'elles 
jouit de certains avantages particuliers ; mais toutes 

VI.D£G£MBRE« 1. 2i 



( 862 ) 

n'ont qu'une seule et même pensée, le progrès de la 
géographie. 

Qu'est-ce que la géographie ? A s'en tenir au sens 
littéral du mot, la géographie est la description de la 
terre, y compris la mer qui la baigne et les îles qu'elle 
renferme. La description du globe que nous habitons 
est par elle-même un sujet très-vaste : ce n'est qu'après 
plusieurs milliers d'années d'essai que l'homme est par- 
venu à en faire le tour ; à l'heure qu'il est, il reste bien 
des régions inexplorées ou qui ont besoin d'une explo- 
ration nouvelle. Qu'est-ce donc si l'on ajoute à la des- 
cription de la terre proprement dite, l'étude des popu- 
lations qui la couvrent, de leur langage, de leur manière 
de vivre, de leurs institutions et de leurs croyances? Ce 
n'est pas tout. L'homme, qui n'est pas né d'hier, a la 
prétention de transmettre après lui le souvenir de ce 
qu'il eptrepF0Qd pour l' avancement de la science et le 
bien de l'humanité. N'est-il pas naturel que, remontant 
le cours des âges, il s'enquière des premières tentatives 
faites pour acquérir une idée 9.11 mojps approximative 
du globe qui li|i sert (Je demeure, et des ^iyiersps ppi- 
niong (jui tour à tour donnèrent le branle ^px esprits ? 

Messieurs, chaque science a son phamp à cultiver et 
des avantages qui lui sont propres. Op peut mêfl[^e à.\ve 
qu'à U suite du développement de nos connaissances, 
toutes les science^ se spnt rq^pprochées les unes des 
autres, et que c'est grâce à ce contact qu'elles fqnt 
cha(]jue jour de nouveaux progrès. A cp ppinf de yue, 
le savoir, aux yeux de Dieu, comnie, bien qu'à un degré 
inférieur, aux yeux de l'homme, est une faculté absolue 
et unique. Mais lorsqu'on décompose l'ensemble des 



( 36S ) 

coQ^ais34Qcp§ humaines, puUe brancbe de Ydfr]ife 4^ 
la science n'est plus féconde ni plqs riche guQ 1^ gôor 
graphie, £n effet, la géographie est la, base de la géot 
Ipgie, de 1* minéraflogie, ^^ 1?^ J)pl4qique et 4g )^ 
zqologie, a^q^[^çll§a ^^ rattj^çjjent natureUement J'aô* 
trpnpipie, Ift fl[jét^r<dogie, ^ujpur^'hui en yçie d^, ^ 
transformer, Ts^rt de h flavjg^i^ipn, T^pdii^triei, la. stf^-r 
ti3tique, la sciepc^ (iu conimp^c^y etc. De l'étude de \^ 
siippje matière passert-pp fnpL choses de l'esprit, *—j5t 
cqmment s'en dispenser ? — op a devant soi l'homme 
créé h l'image de Dieu, lequel, envisagé d'upe manière 
générale, est p^tout le même, mais qui, presqp^ par-f 
tout, se présente spps des| npances plus ou moins p:i^- 
quée?. 

Avec l'impulsiion qui ei:iste aujourd'hui, l'homme 
finira par ^qu^r|r l^n^ idée plus ou moias complète du 
vaste champ 4e la nature. Gpnsidérez, messieurs, et 
c'est ici up des pripcipauic objets de nos réunions, con*f. 
sidérpz, à côté des tenéative^ ma}heurefls qui trop 
souvent vienpept exciter toutes vos syflathipsi Ips 
progrès incessants de la scienpe, et yoiAentirez vp^ 
espérances s' aQcrp|tre.^Paus up momiQntMvptre digne 
secrétaire déroulera, devant vous le tableau des progrès 
accomplis daps l'année qui achève de s'écoi(lert Per-r^ 
mettez-moi de yous dire tout de suite un mot 4ç Ift 
découverte qui vient enfin de nous révéler les sources 
du Nil. Dès le tpmp§ des Pharaons, ce fut Ik un grapd 
problème po^r le^ savants de T Egypte, de problème 
devint l'objet des rechercl^es des Grecs, dçs Romain^, 
et plus tard des Arabes. Dans les temps modernps, 
quel est l'homme eu Europe qui, ayant acquis quelqu^a 



( 36A ) 

notions en géographie, ne se soit pas posé la même 
question? Gloire aux deux Anglais, MM. Speke et 
Grant, qui, bravant tous les obstacles, ont mis fin à 
presque tous les doutes. Sous un autre rapport, il exis- 
tait un problème qui jadis ne préoccupait pas moins 
les savants : c'est la manière dont aux yeux des Grecs 
et des Romains, le continent que nous habitons se ter- 
minait à rOrient. Reportons-nous à l'époque où l'homme 
n'avait pas encore fait le tour du globe, et où la science 
ne fournissait que des idées vagues sur les difiTérentes 
parties dont se compose l'univers. Divers systèmes se 
partagèrent la faveur des amis de la géographie. On 
connaissait l'océan Atlantique et les bornes occiden- 
tales du monde. Comment notre continent se termi- 
nait-il du côté opposé ? Les populations qui occupaient 
l'extrême Orient, et qu'on appela tantôt Sères, tantôt 
Sines ou Thines, étaient-elles un seul et même peuple, 
ou bien deux peuples différents ? Enfin, à quelle nation 
aujourd'hui connue répondaient les Sères et les Sines 
ou Thines? Dans les temps voisins de nous, cette ques- 
tion fit le tourment des d'An ville, des Gossellin et des 
Mannert. Celui qui a l'honneur de vous parler en ce 
moment, a, dans un volume qui vient de paraître, essayé 
de montrer que les Sères et les Sines ou Thines furent 
un seul et même peuple, et que ce peuple n'est pas autre 
que la nation chinoise. A cette occasion j'ai cherché à 
prouver que les Romains, au temps de leur grande 
puissance, étendirent leurs relations commerciales et 
politiques jusqu'au Céleste Empire. 

Messieurs, disons-le à l'honneur de l'âge actuel : la 
géographie dispose à présent de ressources que n'eu- 



( 366 ) 

rent jamais les anciens. Il s'agit de la vapeur, qui 
permet aux navires de voguer contre vents et marées ; 
de la télégraphie électrique, qui met presque instanta- 
nément une extrémité du monde en conmiunication 
avec l'autre ; de la connaissance des courants sous- 
marins, qui sont devenus un puissant auxiliaire pour 
la navigation. G* est à présent qu'il est permis de parler 
de la fraternité des peuples et des raisons qu'ils ont de 
s'aider les uns les autres ; on peut dire qu'aucune dis- 
tance ne les sépare, et qu'il dépend d'eux de se faire 
mutuellement part des biens qui leur ont été départis. 
Notre devoir est d'applaudir au mouvement qui porte 
les nations les unes vers les autres. Mais là ne se borne 
pas notre tâche. Si l'Européen s'élève en général au- 
dessus des indigènes de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amé- 
rique et de l'Océanie, trop souvent il lui est inférieur 
par les vices qu'engendre une fausse civilisation. Ne 
laissons échapper aucune occasion de prêcher à nos. 
semblables, avec les sentiments de la dignité humaine, 
les préceptes de la morale et de la religion. 



i«4« 



tx 



( 866 ) 
RAPPORT 

SDR 

LES TRÀVM DE L4 SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

ET m 
LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES 

PENDANT l'année 1863 
LU A L'AtSIHBLte GfoiRALE DU 18 DÉCEMME 

PAR M. V. A. MALTE-BRUN 
Secrétaire général de la Gommission cenirale. 



Messieurs^ 

L'année dont le terme approche est destinée à mar- 
quer dans les fastes géographiques et par les impor- 
tantes déconrertes dont T Afrique vient d'être le théâtre 
et aussi par le douloureux tribut que la science a 
payé, cette fois encore à celte terre si fatalement pré- 
destinée, que jalonnent les tombes de ses explorateurs. 
Mais avant de vous entretenir des découvertes des 
capitaines Speke et Grant, avant de déplorer avec 
vous la mort des voyageurs Beurmann, Steudner et 
Thomton, je dois, fidèle au programme qui depuis la 
fondation de notre association est tracé à vos secrétaires 
généraux, vous entretenir de vos propres travaux. 

Cette première partie de mon» rapport présente une 
tâche bien délicate, ilest vrai, mais c'est toujours celle 
que j'aborde avec le plus de plaisir, puisqu'elle me per- 



( 8é7 ) 

met de rendre un public hommage à ceux de nos zélés 
confrères qui prennent la part la plus active à la glori- 
fication de la science faisant l'objet de nos réunions, 
soldats généreux qui soutiennent avec honneur, et ce 
désintéressement que l'amour de l'étude inspireseul, le 
drapeau qu'ils ont reçu de leurs aînés, qu'ils transmef- 
trbnt un jour à d'autres, et pour lesquels il n'est de plus 
haute récompense qtie la satisfaction du devoir accompli. 

Pour téitioigner dii zèle avec lequel les séances de 
notre Commission centrale sont suivies, il mé sùf&ràit 
d' ouvrir le registre des présences et d'en comparer le 
bilan avec celui des années antérieures. 

Si quelquefois ces mêmes séances ont été agitées 
par des débats contradictoires, ces discussiotii^ instruc- 
tives profitaient à là science et témoignaient de là vi- 
talité dé notre Société. C'est ainsi que Vous avez dû à 
Mm. Vivierl de Saint-Martin, d'Avezac, d'Abbadie, de 
la Roquette, Delochè, Jules Duval et à notre honorable 
{Président M. de Quatrefages, d'utiles éclaircissements 
sur plusieurs questions qui étaient à Tordre du jour. 

La géographie mathématique s'est enricliié d^uti beau 
triémoire critique de M. d^Avezac, sur l'histoire des pro- 
jections des cartes géographiques, dans lequel Tâutëuf, 
que Vous avez d'ailleurs écouté avec tant d'intérêt dans 
Une dé VOS précédentes séances générales, a su faire 
accepter par les qualités du style de§ détails techniques 
p^u fàtniliers aU plds grand nombté. C'est un travail de 
techercheô et d* érudition, quenoë voisins d'outre-Rhlh 
pôùt-raient à bon droit nous envier et qui prendra place 
à côté de ceux des d'Ahville, des Gosselliû, des Wal- 
kéhàer. 



(868) 

Remercions encore l'aotenr d'avoir rétabli au profit 
de nos compatriotes leurs droits de priorité dans les 
ingénieuses inventions de la représentation du globe. 

€'est avec un sentiment empressé de pieux sou- 
venir que vous avez entendu la consciencieuse notice 
que M. de la Roquette, aujourd'hui notre doyen, a con- 
sacré à la mémoire du vénérable M. Jomard ; sa parole 
consciencieuse et convaincue a trouvé un honorable 
écho de l'autre côté du détroit dans la bouche du savant 
président de la Société royale géographique de Lon- 
dres, sir Roderick L Murchison, qui dans son discours 
(address) du 22 mai de cette année a également rendu 
un dernier hommage à celui que l'Allemagne appela 
longtemps le Nestor des géographes français. C'est 
encore à la plume toujours zélée de M. de la Roquette 
que vous devez l'intéressante notice qu'il a consacrée 
dans la dernière assemblée générale au géographe 
anglais John Brown. Cet hommage rendu au sein de la 
Société de géographie de Paris à un savant étranger 
est une preuve touchante de l'impartiale solidarité 
qui unit notre association à tous ceux qui par leurs 
travaux contribuent à l'expansion de la science géo- 
graphique. 

Ce qu'il importe surtout de faire connaître au public 
dans notre pays ce sont les rapports intimes qui relient 
l'étude du globe avec l'économie politique ; ils mon- 
trent l'utilité pratique de la géographie, ils doivent en 
propager et en faire aimer l'étude. M. Jules Duval s'est 
chargé de les signaler dans un important mémoire, 
dont vous avez entendu une partie, et qui lui vaudra 
auprès des lecteurs de notre Bulletin le même succès 



( 860 ) 

que celtii qu'il obtint Tété dernier dans une leçon pu- 
blique tenue sur ce sujet. 

Vous avez cru devoir, sur le rapport savamment élu- 
cidé de M. Vivien de Saint-Martin, ajourner, pour cette 
année du moins, l'attribution de la grande médaille 
d'or destinée à la découverte la plus importante en 
géographie, tout en réservant les droits de notre jeune 
compatriote Henri Duveyrier, après la publication 
complète de sa relation, a Une couronne décernée après 
un examen sérieux et accompli est d'ailleurs, comme 
vous le disait l'érudit rapporteur, plus digne à la fois 
et de vous et du voyageur. » Je suis heureux de vous 
annoncer que les bonnes feuilles de son ouvrage sont 
déposées sur le bureau et que la carte est à la gravure. 

C'est aussi à M. Vivien de Saint-Martin et à M. A. 
d*Abbadie que vous devez ces sérieux aperçus sur le 
haut fleuve Blanc, qu'a provoqués au sein de la Com- 
mission centrale la nouvelle du succès de l'exploration 
des capitaiues Speke et Grant. A ce propos vous avez 
jugé qu'il était urgent de revendiquer pom- notre com- 
patriote, feu M. le docteur Peney, l'honneur si chère- 
ment acquis au prix de son existence, de s'être avancé 
avec M. de Bono sur le fleuve Blanc, au delà des cata- 
ractes de Makédo, c'est-à-dire plus loin qu'aucun des 
explorateurs qui les avaient précédés. Cette tâche que 
M. Jomard eût si bien remplie, j'ai essayé de l'accom- 
plir, sans me dissimuler les difficultés que présentaient 
une analyse succincte et le choix des notes manuscrites 
que laissait l'infortuné voyageur. 

La présence à nos séances de deux membres les plus 
distingués de la Société de géographie de Ausôe, 



( 370 ) 

MH. de kbatiikbff et de Gàlkine, hous a Valu sur l'eth- 
nographie de la Perse et sur leé Turkoinans, qui cam- 
pent à l'est de la mer Gaspientie, des considérations 
géographiques et ethnographiques qui ont ajuste titre 
captivé votre attention. Destinées à une prochaine im- 
pression, elles contribuerorit à enrichir nos publica- 
tions. 

Le bourt séjour à Paris de Taolbassade annamite nous 
a valu d'entendre en excellent français, de la part de 
l'interprète indigène Pétrus Trtiong-Vinh-Ky, une inté- 
ressante comtnunication sur le Gambodje, en même 
temps que MM. E. Cortambert et flenry fiinëtéaii vous 
ddnilaiënt sur la Gochinchine fratiçaise d'utiles aperçus. 
Cfes renseignements sur l'eitrëme Orient se sont grossis 
d'une letti*e curieuse de M. CH. Siéburg silr l'état actuel 
de la cartographie du Japon. Gomine le disait l'hôuô- 
rabie correspondant, il est à désirer que l'on puisse enfin 
faire une entière reconnaissance hydrographicjiié des 
côtes, des détroits si nombreux dé cet empire insulaire, 
et surtout du bassin intérieur appelé Suwonadâ ou 
petite mer^ compris entre les côtéis des grandes îles de 
Nippon, de Sikkof et de KibU-Sîbd. 

J'ai eu plusieurs fois Tôccatsion de vôtis signaler les 
travaux ddnt l'île dû liiilîeû de la Nouvelle-Zélande 
était l'objet de la part de M. Jùliùs Haast, géologiie de 
là proviribè de Ganterbtiry; M. Mauîioir, l'un de nos 
plus jeunes et iélês confrères, à' est chargé de vous les 
faire Meux apprécier dàtife ùhe ùdtibë dont vous gardez 
le souvenir, et il a de plus analysé le discours prononcé 
par M. Julius Haâst, lors dé la séance d'inauguration 
de rWstîttit t)hilosophique dé Cailterbury. 



( 371 ) 

La géographie de la mer a été deptis pltisieurs an- 
nées Tbbjet d*études s^Jéciales ; en outre de lllitét'ôt 
scientifique qui prêtait à cette étude totit le thatnie 
d'une nouvelle conquête de l'esprit htimâin èur là fcà-» 
ture, nos marins ont compris qtt'tirie pâttaite connais* 
sance des mystères de T Océan et des phénomènes phy- 
siques doiltil efet avec l'atmosphère le théâtre, ploutait 
abréger les longues liaVigatiôilà et feuglrieiltèi^ leè 
chatices des heureuses traversées. 

M. le commandant Maury, aux États-Unis, M. Ta- 
mirai Fitz-Roy, en Afiglëterre, MM. les capitaines de 
Vaisseau de Kerhallét et Bourgois, M. le liedtenàht 
Oliviet-, et bien d'antres Officiet^s de hbtre tûàtibe àhï 
étudié cette iitiportante ^tiestidtl. M; le Vice^àfeil-sll 
Fleuriot de Langle vous a exposé, dVëc toute l'àtitdrité 
de son sàVoîr danâ là matière, les différentes théories 
êttiisès, il a fait avec une éloquente impartialité la part 
de chacuti, et Vous àVez pil reconnaître avec lui que 
l'on n'était pas encore assez nche èh ObservàtidHs 
potir établir d'une manière certaine lès icAs de la t)hy- 
sique de la ttier. 

Parthi les fiombreul ouVl-âge^ ^iii âôtit Vehhs ëh^ 
riëhii^ vôtre belle bibliôthèt^tte, qtii, par sa spécialité, 
acquiert de jour eii jotir \itie Sérieuse importance, pltii 
sieut-s ont èiè l'objet de rapport*! spéciàUx. 

Vous n'avez pas oublié celui qtië M. Elisée Reclus 
a corisàferô à l'ouvragé relatif au Mississippi , par 
MM. Abbot et Huinphrey ; 11 vdiis à parlé de ce livl'e, 
imprime par ordre du Congrès defe États-Uni^, aveè une 
sûrfetê d'appréciatioti que lui dominaient ses ti^avàu^t atri- 
térieurs et la parfaite connaissance qu'il avait du sujet. 



( 872 ) 

Nous devons aussi nos remerctments à M. le doc- 
teur Pruner Bey, qui^ a bien voulu accepter la difficile 
tâche de nous faire connaître, dans un rapide et savant 
examen, les ouvrages dans lesquels MM. Hannoteau et 
Brasseur de Bourbourg expliquaient le mécanisme des 
langues tamachek et quichée. 

L'ouvrage que M. Jules Dnval a consacré à l'iErt^- 
toire de rémigration européenne^ ouvrage couronné 
par l'Académie des sciences morales et politiques, a 
donné à M. de Quatrefages, son rapporteur, l'occa- 
sion d'entrer dans quelques considérations relatives à 
un fait physiologique qui accompagne généralement 
l'émigration, c'est l'amoindrissement et parfois l'ex- 
tinction des races indigènes au milieu desquelles se 
sont établis les émigrants. 

La navigation de la mer des Antilles a toujours été 
des plus difficiles, aussi bien à cause des archipels, des 
lies, des bancs de sable qui l'encombrent, qu'à cause 
des nombreuses découpures de ses côtes, tantôt rocheu- 
ses, tantôt sablonneuses. Pendant longtemps les marins 
n'ont eu, pour se guider à travers ce dédale , que les 
différentes traductions d'un ouvrage compilé jadis par 
les ordres de la cour de Madrid, sous le nom de Derro^ 
tero de las Antillas. M. de Kerhallet, que vous vous 
honoriez de compter au nombre de vos confrères, en a 
donné une édition bien supérieure aux précédentes ; il 
l'a appropriée à la navigation à vapeur, sans oublier d'y 
consigner les lois générales des vents et des courants 
qui sillonnent la mer des Antilles. Cet excellent livre 
pratique, M. le contre-amiral Fleuriot de Langle vous 



{ 878 ) 
Ta également fait apprécier dans une note qu'il nmis 
a communiquée. 

Pour être équitable envers tous, je dois encore vous 
signaler les rapports de MM. Jules Duval, Poulain de 
Bossay, Ant. Lecocq, E. Desjardins, Maunoir et Lour- 
mand. 

Notre Bulletin a atteint le Y P volume de la cinquième 
série. Il offre , à tous ceux qui le voudront consulter, 
un répertoire qui résume, chronologiquement, les 
progrès de la science géographique depuis quarante- 
deux années. M. de Froberville avait bien voulu, en 
18A5, dresser la table générale des deux premières 
séries ; vous saurez gré à notre confrère M. Barbie du 
Bocage d'avoir repris ce pénible travail, d'une utilité 
incontestable ; nous lui devrons la table des troisième 
et quatrième séries du Bulletin ^ qui sera prochaine- 
ment mise sous presse et distribuée à tous les membres 
de la Société. 

Vous apprendrez également avec satisfaction que la 
publication des MémoireSy interrompue depuis plu- 
sieurs années au milieu du tome VIP, a été heureuse- 
ment reprise. Le mémoire de M. de Khanikoff sur la 
partie méridionale de l'Asie centrale, celui de M. Pou- 
lain de Bossay sur la topographie de l'ancienne Tyr le 
complètent, et bientôt les premières feuilles du VHP 
volume, pour lequel les matériaux s'accumulent dsms 
nos archives, seront livrées à l'impression. 

Cette heureuse extension que nous avons pu appor- 
ter aux publications de la Société est due à la sagesse 
avec laquelle notre modeste budget est administré. 
Vous avez entendu les rapports si bien élucidés que 



(974) 

nom a fai(8 dapuis plusiaura aonéec»» sur c^q anjaldéiit^at, 
Thonorable président de notre Gommisision d^ cQmpta- 
bilité, U. LefebvrerDuruflé ; o'e^t pour nous un devpir 
que dâ lui exprimer, dana cette soleqqelle oe^aâiQn, 
notre vive gFatituâ0. 

Nos rangs se sont grossis cette année d'un grand 
BOfflbrp de membres nouveaus, et noua avons la sa- 
tisfaotioB de compter parmi eux des savants étrangers. 

Mais il faut bien aussi énumérer nos pertes \ elles 
feront on)bre au tableau de notre prospérité préseqte. 
Cette année, la mort nous a ravi : S, A. Mohammed 
SaiSdf vice-roi d'Egypte, dont le court passage parmi 
nous se traduisit par une généreuse libéralité que vous 
n'avez pas oubliée ; MM, le général Albert de la Mar- 
mora, l'amiral Washington, Munch et Tanner, tous les 
quatre inscrits sur la liste de nos correspondants à 
l'étranger, et recommandables par leurs travaux scien- 
tifiques ; M. A. F. Garnier, de notre Commission cen- 
trale, l'éditeur de Y Atlas sphéroïdal^ qui avait toujours 
été un des plus assidus à nos séances; M, de Ker- 
ballet, dont vous^ connaissez toutes les utiles publica- 
tions; M. Raymond Thomassy, qui vous avait récem- 
ment envoyé des notes intéressantes sur l'hydrologie 
maritime et la salure de la mer ; M. le docteur Mallat de 
Bassilan, qui avait rapport^ de son long séjour dans les 
lies de l'Océanie d'utiles renseignements ; enfin M. le 
général Marey^Monge, qui, après avoir dignement servi 
la patrie, ^vait voulu demander à nos études de prédi- 
lection les distractions nécessaires à un esprit cultivé, 
le voudrais vous retracer le tableau de F activité géo- 
graphique de l'Europe, je vous montrerais l'hommQ 



( 375 ) 

élaborant dans ce foyer intellectuel, dans ce cœur d\i 
monde, les investigations scientifiques, les grandes 
entreprises ayant pour but J'eatière connaissance du 
globe qu'il hq-bilie ; y receywt, y ^epneillant du plusf 
loin les résultats de ces recberç})ea, pour ]e^ f éunir, Ips 
rapprocher, les comparer, et fépai)dre pftf la vpi^ des 
académies, de^ sociétés géographiques, des journai^^i^ 
spéciaux et (Jes ipille prganes d'une infinie publicité, 
les npuyçUes acquisitions, les nouvelles copquêtes sur 
l'inconnu, qui en sont les fruits ; inajs un tel tableau 
dépasserait de beaucoup les limites assignées à ce rap- 
port • 

Qu'il me soit donp permis, ep abrégeant , de vous 

rappeler qij'en Frappe le Dépét de la marine et le Dépôt 
de la guerre apportent, phacup en ce qui popqeme 
la spécialité jïe leurs attributions, leur pierre à l'édifice. 
Tandis que le prpïpier île pes grands établisseniiepts du 
gouvernement, par ses publications et ses cartes, éclftire 
du flambe?m de la science la vastp étendue 4es côtes et 
des mers, le second continue ses belles publications to- 
pographiqu^s qui jouissent d'une estime si méritée daps 
le monde eptier. Cette année, la 26* livraison dels^ Carte 
de France au 1/80000® a été livrée au public, et d'autres 
feuilles SQUt ^orties des mains des dessinaJPHrs pour 
passer dans celles des graveurs (î). LB.J[levue maritime 
et coloniale^ publiée sQusles auspices du ministre de Ja 
marine, a pris depuis quelque temps, et par Iqs excel- 
lents articles qu'elle renfermp, et par les cartes qui les 
accompagnent, une plaçp importante parmi les publi- 

(1) Feuilles : 165, Ussel; 174, Mauriac, 195, Figeac; 196, Mende; 
et 251, Luz. 



( 376 ) 

cationd spécialement réservées à la géographie. Il me 
suffira de rappeler, parmi bien d'autres, la Notice sur 
les rivières S Une et Saloutij par M. le lieutenant de 
vaisseau Mage ; la Notice sur l'avenir du Sahara et du 
Soudan 9 par H. le général Faidherbe ; Y Excursion du 
navire de guerre Inyesûgsior sur le bas Niger ^ analysée 
par M. Mage ; la belle Carte du Sénégal de la Falèmé^ 
de ta Gambie^ dressée par M. Brossard de Gorbigny ; le 
Récit de F exploration du fleuve Ogobai^ par MM. Grif- 
fon du Bellay et Serval ; les Études sur la côte occiden- 
tale d'Afrique^ de notre confrère le capitaine de fré- 
gate Vallon ; la Notice sur les travaux géographiques 
de 1862, de notre autre confrère M. Barbie du Bocage ; 
enfin, les Notices consacrées aux colonies françaises. 
Tel est l'aperçu du bilan géographique de cette Revue 
qui a su mériter l'attention des savants étrangers. 

Je dois également, avec toute justice, vous signaler 
un recueil nouveau, puisqu'il date de quatre ans à peine, 
qui, destiné à répandre parmi les masses le goût des 
choses géographiques par l'attrait du choix de ses arti- 
cles et par leur iilastration, à l'aide de cartes et de 
gravures, a certainement atteint son but, si nous en 
jugeons par la faveur avec laquelle le public l'accueille ; 
j'ai nommé le Tour du monde. Ce journal, vous le 
savez, compte parmi ses rédacteurs plusieurs de nos 
confrères, MM. Charton, Duruy, Vivien de Saint-Martin, 
Lejean, Ferdinand de Lanoye, etc., etc.; c'est dans le 
Tour du monde que vous pouvez lire l'intéressante 
relation du Voyage dans le royaume de Siam^ de Cam- 
bodge^ de LaoSy de l'infortuné Henri Mouhot, dont je 
vous entretenais l'an dernier. 



S77 ) 

Bien des années se sont écoulées depuis que le pre- 
mier cahier des Annales des voyages parut en 1808, 
ce journal géographique, que Malte-Brun, Eyriès, 
Humboldt, Klaproth, Larenaudière, Valckenaer, etc., 
s'étaient plu à soutenir de leur talent, que M. Vivien 
de Saint-Martin avait relevé dans ces dernières années, 
s'honore aussi de compter parmi ses rédacteurs plu- 
sieurs de nos confrères ; permettez-moi de n'en citer que 
deux : l'un de nos doyens, M. l'abbé Dinomé (d'Or- 
léans) y a donné l'histoire critique des Expéditions 
africaines^ et M. Charles Grad de Turckheim l'a en- 
richi d'une bonne Analyse des récentes explorations 
australiennes. 

Plusieurs de nos confrères ont également contribué, 
par leurs écrits dans des Revues scientifiques ou litté- 
raires (1) , dans des journaux quotidiens, à l'expansion 
des sciences géographiques ; la liste en serait longue : 
qu'il me suffise de vous citer MM. Alexandre Bonneau, 
Vivien de Saint-Martin, Jules Duval, Cortambertet Elisée 
Reclus ; ce dernier a donné récemment, dans la Revue 
des deux-mondes^ une série d'articles sur la condition 
physique des côtes françaises de VOcéan^ qui ne doit 
pas être passée sous silence. 

V Année géographique de M. Vivien de Saint-Martin, 
bien accueillie en France, et peut-être mieux appréciée 
encore à l'étranger, vous a offert un tableau raisonné 
et critique des publications et des travaux qui avaient 
rapport à notre science favorite : c'est par l'usage que 
le public pourra apprécier cet utile ouvrage dans lequel 

(1) Voyez la Revue orientale et américaine, la Revue de VOrient et 
de X* Algérie, la Revue du monde colonial, la Revue des deux mondes, 
VI. DÉCEMBRE. 2. 25 



( *78 ) 

l'auteur a su dépouiller la «cieuce de tout ce qui pou- 
vait rebuter les recherches, et qui offrira désormais 
un guide aussi instructif que commode. 

Je dois enfiu, parmi tant d'autres œuvres méritautes 
dont je voudrais pouvoir vous doQuer la liste étendue, 
une mention spéciale : au< Guides de^ Pyrénées et du 
Dauphiné, de M, Adolphe Joanne* qui laissent si loin 
derrière eux les ouvrages du même genre que l'on pu- 
bliait autrefois en France ; à la belle Carte de Franee 
et à la Carte des courants de t atmosphère^ de M. An- 
drivau Qoujon, qui accusent chez cet éditeur un sérieux 
désir de donner des cartes aussi bien étudiées que 
celles de nos voisins ; enfin, aux Cartes hydrographi-- 
que$ de Ceylan et de l'Australie^ de M* Robicquet. 

Constatons encore que h géographie de la Gaule a 
reçu d'une auguste initiative une impulsion nouvelle 
qui a profité à. la science et porté depuis deux années 
la lumière sur des points restés obscurs aux d'AnviUe 
et aux Valckenaer. Parmi cette nouvelle légion d'éra- 
dits» citons MM, de Sauloy» Stoffel, Bertrand, Léon 
Fallue et Creuly; enfin, n'oublions pas que les justes 
encouragements du ministre de l'instruction publique 
nous ont valu dans les départements de bons travaux 
spéciaux sur la topographie et la géographie locale. 

En Angleterre, à la tête du mouvement scientifique 
qui nous intéresse « nous trouvons la Société royale 
géographique de Londres ; elle doit une bonne part de 
son importance aux rapports qui lui aont communi- 
qués, avec une bienveillance toute spontanée, par le 
Foreing office ou par les lords de l'Amirauté, toutes 
les fois que ces rapports intéressent la géographie* Le 



( 879 ) 

peuple anglais est d'ailleurs admirablement disposé, 
par sa nature même, aux études géographiques qui 
pour lui se résument à connaître surtout les voies 
d'échange et les pays de production. Les Proeeedings 
et le Journal sont les fidèles dépositaires des transac- 
tions de cette savante assfociation, qui peut, à bon 
droit, revendiquer une large part de la renommée que 
se sont acquise les Livingston, les Burton, les Speke, 
les Baikie, etc. Vous trouverez, dans Vaddress de son 
digne président, sir Roderick I. Murchison, un aperçu 
fidèle des importants travaux hydrographiques ou 
levés de côte, entrepris par Tordre de l'Amirauté (bu- 
reau du Coe^t Survey) dans les îles Britanniques, en 
Afrique, en Asie, principalement en Chine et au Japon, 
en Australie, dans l'île Vancouver, à Terre-Neuve et 
aux Indes occidentales; tandis qu'à l'intérieur vous 
apprendrez que Y Ordnance Survey ^ administration qui 
correspond à notre section topographique du Dépôt de 
la guerre, a terminé les levés des comtés de Nor- 
thumberland et de Gumberland, qui complètent l'achè- 
vement de la grande carte de l'Angleterre et de la prin- 
cipauté de Galles à l'échelle de 1 pouce par mille an- 
glais. 

Si chez nous la géographie de la Gaule est aujour- 
d'hui en grande faveur, en Angleterre l'attention est 
également portée sur un point de la géographie histo-- 
rique nationale. Le grand Livre de la Conquête^ le Do- 
mesday-Booky a été reproduit par les ordres de sir 
Henry James, directeur de l'administration de YOrd^ 
nance Survey ^ à Taîde du procédé zincophotographique, 
dont l'idée primitive appartient à un de nos compa«- 



( 380 ) 

triotes. Cette fidèle reproduction est accompagnée d*une 
carte de chacun des comtés représentant la situation 
de» manoirs indiqués dans le Domesday Book^ avec 
les noms qui leur étaient propres au temps de Guil- 
laume le Conquérant et leur synonymie moderne : 
c'est là un beau travail qui intéressera à la fois le 
géographe, Thistorien et Tarchéologue. 

En Espagne, les travaux géographiques sont surtout 
l'œuvre du gouvernement; le département topogra- 
phique de ce pays, qui compte parmi ses officiers supé- 
rieurs le colonel Francisco Coello, un de nos confrères, 
continue les études et les levés préliminaires néces- 
saires à rétablissement de la grande Carte topogra- 
phique de l'Espagne^ dont la première livraison verra 
prochainement le jour. Vous savez, d'ailleurs, que le 
grand Atlas provincial de ce pays sera bientôt achevé ; 
M. le colonel Francisco Coello vous a envoyé les der- 
nières feuilles qui en ont été publiées, et vous avez pu 
juger du soin qu'il apportait à cette œuvre méritoire. 

J'aurais voulu vous signaler quelques travaux d'une 
égale importance en Portugal ; je ne puis que vous rap- 
peler quelques notices intéressantes sur les colonies 
portugaises, éparses dans la collection du Bolletim e 
annaes do conselho ultramarino^ et une nouvelle édi- 
tion d'une ancienne carte portugaise d'Afrique, donnée 
par les soins de M. le comte Sa Bandeira, qui semble 
s'être attaché au genre d'études qui avait valu à son 
regrettable compatriote M. de Santarem une notoriété 
méritée. 

Les archives de TEspagne et du Portugal offrent 
d'ailleurs, à ceux qui pourront les compulser, une 



(881 ) 

riche mine de matériaux géographiques inédits concer- 
nant le nouveau monde. Notre confrère M. le docteur 
Alfred Demersay a pu s'en assurer dans une mission 
qu'il avait reçue du gouvernement à ce sujet, et M. Bras- 
seur de Bourbourg, qui s'est également rendu en Es- 
pagne pour visiter les bibliothèques de ce pays, saura 
également y recueillir une belle moisson de documents 
relatifs à la linguistique et à l'ethnographie de l'Amé- 
rique-Centrale, objets plus spéciaux de ses études. 

En Italie, en dehors des travaux justement appréciés 
de l'état-major piémontais, qui poursuit avec ardeur 
les levés des nouvelles provinces du royaume, je n'ai à 
vous parler que de quelques publications isolées : telles 
sont celles de M. Eugène de Balbi, à Pavie, sous le 
titre général de Gea^ la Terre; celles de nos corres- 
pondants, MM. Baruffi, à Turin, et Ferdinand de Luca, 
à Naples. Je ne dois pas omettre le Guide hydrogra- 
phique et géographique de l'océan Atlantique ^ de 
M. le capitaine de frégate, Eugénie Rodriguez, où vous 
trouverez d'intéressantes notices sur les groupes des 
Açores, des Canaries et du cap Vert, ni la carte en huit 
feuilles à l'échelle de j~ôô ^® Rome et de la Comarca, 
gravée par l'ordre de l'administration pontificale, exé- 
cutée surtout au point de vue cadastral. Je vous signa- 
lerai enfin une nouvelle publication géographique offi- 
cielle qui a paru à Rome sous le titre de Bullettino 
nautico e geografico^ et dont les premiers numéros nous 
ont été adressés. 

Vous connaissez depuis longtemps les utiles pro- 
ductions de V Etablissement géographique fondé il y a 
trente-deux ans, à Bruxelles, par notre confrère M. Van- 



( 382 ) 

dermaelen. Les cartes de la Belgi<iue au szùhuy ^^' 
tenant toutes les communes du royaume ; les chemiDs 
de fer, des voies navigables de la Belgique ; les cartes 
provinciales au xom^î enfin, la curieuse carte des 
concessions houillères de la province de Hainaut, qu'il 
vous a récemment adressées, témoignent du zèle et de 
l'activité que déploie, malgré le poids des ans, notre 
honorable confrère. 

La Belgique était restée un des seuls États de quelque 
importance en Europe qui n'eût point sa grande carte 
topographique officielle, cette lacune dans la topo^ 
graphie de l'Europe va être comblée; vous apprendrei 
avec satisfaction que les cinq premières feuilles de sa 
grande carte, qui en comptera soixante^^douze» viennent 
d'êti*e publiées; ses levés sont au 1/20000*; et elle 
est exécutée au 1/A0000% sous la direction du géné- 
ral Nerenburger, directeur du Dépôt de la guerre de 
Bruxelles. Aujourd'hui, la triangulation des différents 
États de l'Europe forme un canevas ininterrompu qui 
s'étend, à la hauteur du 52^ degré de latitude, de la baie 
de Yalentia, à l'ouest de l'Irlande, àOursk sur l'Ourali 
sur une largeur de 75 degrés en longitude» c'est-à-dire 
qu'elle embrasse un cinquième de la circonférence du 
globe à cette latitude. La mesure trigonométrique d'un 
tel arc est très-importante pour l'évaluation de la forme 
exacte de la terre i 

Si la Belgique en est à ses débuts pour sa grande carte 
topographique officielle, la Hollande, au contraire) peut 
déjà entrevoir le terme de l'œuvre nationale que ses offi- 
ciers d'état-major ont entreprise il y quelques années à 
peine. Sept nouvelles feuilles (Vlieland, Barlingeo, 



( 3ê3 ) 

Htilst) VàlkenJlWàai'd, Sltiis, Neuzen et Bêfenthâlâ) de 
la Carte topùgtaphiqué militaire des ingéilleurs néef * 
landais nous ont été adressées, et vous y avez reconnu 
les tnêméâ qualités que vouô âvie^ si bien appréciées 
dans les précédeates. Aujourd'hui cinquante feulllesl stif 
soixante-deux sont publiées, et plusieurs autres, àppâi*'' 
tenant à la région des frontières, sont à la gravure. 

En Suisse, nous retrouvons la Société géographique 
de Genève formée d'un petit noyau dé travailleurs et 
d'hommes érudits, tels que notre con^rèré M. Paul 
Ghaix, qui contribuent pour leur part & Textènsion de là 
science géographique* Les Mémoires et le Bulletin de 
la Société géographique de Genève ont pris rang dé-' 
sonnais parmi les publiôàtions géographiques, VOU0 
avez remarqué, dans les derniers cahiers qui VôuS ont 
été envoyé», l'intéressante Notice de M* Henri de Sauâ^' 
sure sur Thydrographie du Mexique , et l'article que 
M. H« Berton avait consacré à la Sonora aprëè l'avolf 
visitée. 

Quant à la grande Carte fédérais dressée ioUs U di* 
rectiôn du général Dufour^ vous sàve;^ que M dernièrei 
feuilles sont à l'étude t je n'ai rien à vous dire sur lé 
mérite de son exécution m1 y ^ longtemps que sd net» 
teté, sa précision, et le procédé adopté pour la repré^ 
seutation orograpblque, lui ont Valu une juste celé» 
brité» Je ne dois pas omettre non plus de vous signaler 
V Établiêsement géographique fondé à Wlntëfthur^ dam 
le canton de Zurich, par M. J. M. Ziegler. Il en edt 
3drti« et il en sort Chaque joui* d'excellents trâVârUX car- 
togra{)hiqu6s^ et des carteSf cantonales qui jouissdnt 
de la iavQiff dû public^ 



( 884 ) 

En Allemagne, la science géographique est en grand 
honneur ; Humboldt et Garl Ritter ont fait école ; elle 
trouve dans les cinq Sociétés géographiques de Berlin, 
de Vienne, de Leipzig, de Darmstadt et de Francfort, 
des foyers d'expansion toujours actifs. La Société géo- 
graphique de Berlin a vu cette année ses séances rem- 
plies par les communications du docteur H. Barth, son 
savant président, par celles du professeur Ehrenberg» 
de MM. Rose, Kohi, docteur Bruysch, A. d'Etzel, Bur- 
meister, et principalement par la lecture de la corres- 
pondance des voyageurs Beurmann, Steudner, baron 
de Decken et docteur Kersten, tandis que M. le pro- 
fesseur Dove y donnait, sur la physique générale du 
globe et sur la météorologie, de savants et intéres- 
sants aperçus. Vous retrouverez ces communications 
dans la Zeitscrift Erdkundey à laquelle M. le doc- 
teur Koner, son rédacteur, a su donner une véritable 
importance. Parmi les cartes qui y ont été publiées, 
nous devons accorder une attention spéciale aux cartes 
de M. H. Kiepert, un de nos correspondants à l'étran- 
ger; je citerai particulièrement celle àeY Aderbeidjan^ 
dressée daprès les levés et les observations de M. N. de 
Kanikoff et celle de Y Itinéraire de Kiakhia-Maimat- 
chin à Péking^ à travers le grand Gobi (désert), c'est 
une belle réduction de la carte en trois feuilles donnée 
en 1859, par le Bureau topographique anglais, d'une 
voie importante de communication entre la Chine et 
la Russie. 

Les travaux de la Société impériale géographique de 
Vienne, dont son journal {Mittheilungen der K. K. geo- 
graphischen Gesellschaft) est le dépositaire, ont plus 



( 385 ) 

particaliërement irait à la géologie et à la géographie 
physique des provinces de l'empire d'Autriche. Vous 
avez également pu y lire d'intéressants mémoires des 
savants qui faisaient partie de la mission scientifique 
de la frégate Novara^ dont on publie en ce moment 
avec luxe la relation. Les cartes sorties de Y Institut 
L et R. topographique de Vienne sont toujours dignes 
de la réputation que s'est acquise ce corps savant dans 
ce genre de travaux. 

L'Association géographique de Leipzig, qui date à 
peine de deux années, est sérieusement entrée dans la 
voie des travaux utiles. Le second rapport annuel de 
son zélé secrétaire, M. Henri Lange, témoigne de l'in- 
térêt qu'elle a su inspirer en Allemagne en faveur des 
voyageurs Heuglin et Beurmann, et vous avez remar- 
qué, parmi les articles joints à ce rapport, les Études 
sur la géographie ancienne de H. Brandes, et la note 
de M. Schultz sur l'aptitude civilisatrice des Indiens 
de l'Amérique du Sud (1). 

Les Sociétés géographiques de Darmstadt et de Franc- 
fort Sur-Mein ont plus particulièrement consacré leurs 
travaux aux questions d'intérêt local, telles que X^recen- 
sèment du grand-^uché de Hesse^ et les observations 
météorologiques faites dans les principales villes de cet 
État. 

Mais le principal organe géographique de l'AUe- 

(1) M. Henri Lange a en oatre donné cette année une Carte S Afrique 
avec rindication de toutes les nouvelles découvertes, et les deux pre- 
mières livraisons d'un Atlas exécuté avec soin (Geographischer Hand 
Allas iiber aile Theile der Erde. Dréissig Blaiter in Farhendruck. 
Leipiig, 1864.) 



( 380 ) 

magne, je puis môme dire de l'Europe entièi'ef vous 
l'avez tous nommé« c'est l'excellent journal de noti'e 
confrère M. Augustus Petermann, ce sont les Mitthei" 
lufigen ou Communications géographiqites publiées à 
Y Établissement de Justus Perthes^ à Gotha« Vouloir 
vous nommer les articles et les cartes de cette belle 
publication, qui méritent d'être signalés à J'attention 
des amis de la science, ce serait les nommer tous. 

II n'est pas de question géographique importante, de 
nouvelles,- de relation de voyage, de faits intéresâint 
les rapports de l'homme avec la terre qu'il h&bite, qtie 
l'on n'y trouve : c'est un vaste répertoire qui est aujour^ 
d'bui indispensable à toute personne désireuse de se 
tenir au courant du mouvement de la science géogra» 
pbique. Dois-je aussi vous énumérer les bonnes cartes 
sorties de l'Établissement géographique de Justus 
Perthes 7 La liste en serait trop longue ) vous les con- 
naissez : permettez-moi seulement de vous signaler te 
nouvel Atlas ancien^ de Spruner, dont les premières 
livraisons sont parues ; l'Atlas de la région des Alpes, 
de Mayr, et les cartes complémentaires de l'Atlas de 
Stieler, dressées par Aug. Petermann. MM. Hermano 
Berghaus, Sydow et Hassenstein ont droit aussi à notre 
attention pour leurs estimables travaux^ 

Que d'ouvrages j'aurais à vous énumérer si je devaii 
vous citer les productions intéressant la géographie, 
sorties des presses de l'Allemagne I M. Vivien de Saint- 
Martin vous en présentera le sommaire critiqué dans 
son prochain volume de Y Année géographique; je me 
contenterai de nommer ici trois ouvrages importants 
exécutés avec un grand luxe d'impression, de cartes et 



( 387 ) 

de gravures» Ce sont : la Relation du voyage des fràreB 
de Schlagintweit dans l'Inde; la Description de la 
Nouvelle-Zélande^ du docteur Hochstetter; enfin, la 
Relation du Voyage de circumnavigation de la No^ 
vara. N'oublions pas non plus la Correspondance de 
M> Humboldt avec Henri Berghaus. 

Ce dernier ouvrage que nous devons à la piété filiale 
de M. Hermann Berghausi sera certainement recher^ 
ohé par les amis nombreux des sciences géographiques 
et phy^ques; ils y retrouveront dans ces savantes cau- 
series intimes de M. de Humboldt l'idée de l'ouvrage 
important que l'illustre savant devait plus tard consa- 
crer à la terre et aux phénomènes dont elle est le 
théâtroi sous le nom de Cosmos. 

En Suède» les principaux résultats de l'expédition de 
Mt 0. Torell au Spitzberg ont été l'objet à l'Académie 
des sciences de plusieurs rapports intéressantSf que 
vous avez vu reproduits dans les revues géographiques 
allemandes. Tandis que l'université de Christiania vous 
adressait plusieurs des travaux de ses membres, ré- 
cemment publiés et intéressant l'histoire naturelle et la 
géologie de ce pays, vous avez d'ailleurs accordé une 
attention méritée à la belle carte ethnographique du 
Finmark|de M. Friis, qui comble une lacune impor- 
tante dans l'étude approfondie de la distribution des 
races sur le sol de notre vieille Europe. 

La Société impériale géographique de Russie est pour 
le nord de l'Europe et toute la haute Asie le foyer prin- 
cipal de l'activité et de l'expansion de notice science 
favorite ; vous en avez pii juger par Inintéressant compte 
rendu que vous a adressé son zélé secrétaire M. Besob- 



( 388 ) 

rasoff, et par l'importance des ouvrages qui émanent 
de cette savante association ; Mémoires^ Relations de 
voyagCy Cartes^ Dictionnaire géographique. — Le 
premier volume de cette dernière publication faite 
avec toutes les garanties de la science est entre vos 
mains (1) , il rendra de bien grands services à ceux 
auxquels la langue russe est familière ; c'est une 
bonne fortune rare dans notre pays, aussi serait-il 
à désirer, pour les géographes, qu'un ouvrage aussi 
utile fût traduit en français, ou pour le moins en alle- 
mand. En outre des séances, qui sont consacrées à la 
lecture des travaux de ses membres et à l'examen des 
résultats obtenus par les explorateurs qu'elle envoie au 
loin, sur tous les points du vaste empire des tsars, la 
Société géographique de Saint-Pétersbourg a établi 
des leçons publiques» faites par six de ses membres 
pendant le carême ; elles sont fort suivies : c'est là un 
excellent moyen de propagation et de diffusion pour 
la science, que nous voudrions voir établir dans notre 
pays. 

Parmi les travaux dont il a été donné commimication 
pendant les séances, je dois vous citer la notice com- 
muniquée par M. Ivatchentzew, sur la mer Caspienne. 
Aujourd'hui la commission spéciale dont il fait partie 
a étudié la moitié de ce bassin» c'est-à-dire tout le ri- 
vage méridional et occidental, depuis Astrabad jusqu'à 

(1) Dictionnaire de géographie et de itatistique de Vempire russe, 
publié par la Société impériale géographique de Russie et rédigé par 
M. P. SéméDow. Le premier volume va de la lettre A à Te. 

Cet ouvrage laisse loio derrière lui le vieux dictionnaire deStché- 
katow. 



( 389 ) 

l'embouchure septentiîonale du Térek* M. Oulsky a 
exposé les principaux résultats des sondages opérés dans 
cette même mer Caspienne. Son bassin est divisé par 
une montagne sous-marine, qui se dirige de la pres- 
qu'île d'Apchéron au golfe de Krasnovodok en deux 
bassins secondaires de 1000 mètres environ de profon- 
deur chacun, et la plus grande profondeur de l'isthme 
sous-marin qui les sépare est d'environ 300 mètres. 

M. Danilevsky , géologue et météorologiste distingué, 
a exposé une ingénieuse théorie de ce qu'il appelait la 
période de glace (1). 

Enfin M. Besobrasoff a également donné lecture d'un 
fragment de ses voyages dans l'Ukraine, en insistant 
sur l'état commercial de la ville d'Oreh 

La science doit aussi tenir compte à M. Barbot de 
Marny de ses travaux dans les steppes kalmoukes^ 
vous les trouverez consignés dans les Mémoires de la 

(1) Cette période prendrait place entre la période tertiaire et 
Tépoque actuelle ; pendant sa darée, le climat des côtes et des lies 
pénétrait beaucoup plus avant qu'aujourd'hui dans Tintérieur des 
terres. Les vapeurs abondantes de la mer échauffée, entrant en con- 
tact avec la cime refroidie des montagnes, ou se mêlant avec Pair 
froid qui les enveloppait, devait les couvrir de neige et accélérer la 
formation des glaciers, les pluies devaient être abondantes et conti- 
nuelles, les rivières devaient avoir une masse d'eau incomparable- 
ment plus considérable qu'aa]ourd*hui, ce qui explique d'une manière 
satisfaisante Ténorme étendue des vallées de nos rivières, étendue 
qui est hors de proportion avec les cours d'eau qui s'y trouvent ac- 
tuellement. De cette abondance des eaux dans les rivières, il résulte 
nécessairement que les vastes réservoirs situés au milieu des terres 
sans communication avec l'Océan, tels que sont de nos jours, par 
exemple, la mer d'Aral et la mer Caspienne, devaient avoir un niveau 
bien plus élevé. (Procès v$rbaux delà S, I, G.) 



( 100 ) 

Société rnsse, avec une carte à Fappui. Ses eonolasions 
alngi que celles de MM. Rostenkoff et Rrigine reUti- 
vement à l'impossibilité d'établir un canal de commUi^ 
nication entre la mer Caspienne et la mer Noire, à 
l'aide de la vallée du Kouma-Manytcb, apr^s avoir été 
appuyées par l'Académie de Baer, semblent avoir été 
définitivement adoptées en Russie. 

Tels sont, messieurs, les principaux travaux de nos 
confrères delà Société impériale géographique de Sàint- 
Pétersboyrg; suivons maintenant leurs explorateurs en 
Asie. Mais avant de quitter le sol européen, signalons 
les premiers résultats obtenus par deux savants chargés 
des recherches préliminaires relatives aux causes de 
Tensablement de la mer d' Azoff. M. Tacadémicien de 
Baer et M. Radde ont tout d'abord reconnu que cet 
ensablement ne pouvait être causé, par le jet du lest des 
navires qui se dirigeaient sur Taganrog, de plus ils se 
sont livrés à une exploration physique de cette mer 
étrange ; ils ont constaté que dans la partie orientale de 
la baie de Taganrog les eaux étaient douces, tandis que 
plus on avançait vers l'ouest, plus la salure augmentait 
rapidement jusqu'à être plus grande en pleine mer que 
celle de la Baltique ; ils ont réuni les éléments d'un 
r^-pport qui servira à diriger l'expédition scientifique 
qui sera prochainement envoyée sur les lieux. 

Je vous annonçais l'an dernier qu'à la demande du 
gouvernement russe, le conseil de la Société impé- 
riale géographique avait nommé une commission pour 
suivre les opérations de délimitation sur la frontière 
russo-chinoiser L'un des membres de cette mission, 
l'astronome R. Struve, a fait sur les coiafins de la 



(881) 

D^oungàrie cbinmse, à Tchoagoutchak, ane série d'ob- 
servations astronomiques, météorologiques et[magnéti- 
ques qui lui permettront de bien (fixer la position de 
cette ville» qu'il a prise pour base de ses observations. 
Un autre membre de la mission de démarcation, dont 
le nom vous est bien conau par ses travaux antérieurs, 
M. Golubeff, a cboisi, cette fois, pour théâtre de ses re- 
cherches les environs du lac Ala-Koul, et il a recueilli 
des doupées qui modifieront sur nos cartes la disposi- 
tion des montagnes situées à l'est de ce lac, entre les 
monts Ala-Tau et Tarbagataî. 

Vous le voyez, cette partie de l'Asie centrale, dont la 
topographie générale nous était peu connue, n'aura 
bientôt plus de secrets pour nous, grâce au zèle et à la 
persévérance de MM, Séménoff, Veninkoff, K, Struve 
et Golubeff. 

Mais parmi les explorations entreprises sous les aus- 
pices de la Société impériale géographique de Russie, 
Y Expédition de Sibérie mérite plus particulièrement 
notre attention à cau$e des grands résultats qu*elle a 
déjà atteints. 

Vous apprendrez avec plaisir qu'après huit années de 
travaux et d'investigations elle a accompli sa mission. 
Peux de ses membres, MM, Scbmidt et Glehn, se sont 
rendus â Dorpat pour travailler avec l'astronome 
3cbwartz aux parties de la carte de la Sibérie qui ont 
été étudiées pendant cette dernière campagne (l'île 
de Sakhaline, les cours de la Boureïa et de rAmgoun). 
Bientôt vous aurez sous les yeax la carte en sept feuilles 
du système fluvial de l'Amour et de l'île de Sakhaline 
à l'échelle de tAô-^^^ Une réduction de cettft môme 



( 8Ô2 ) 

carte en rendra Tusage journalier plus facile et per- 
mettra d'en saisir l'aspect général. 

Les travaux de MM, Schmidt, Glehn, Schwartz, ceux 
que nous devons déjà au naturaliste Radde, à M. Maak, 
l'habile explorateur de la vallée de TOussouri, auront 
eu pour résultat de jeter un jour tout nouveau sur la 
Sibérie orientale et de nous permettre d'établir nos 
cartes de cette contrée sur des bases plus certaines. 

Je n'aurai, cette année du moins, rien de bien paiH- 
culier à vous dire de la Chine. Notre confrère M. le 
comte d'Escayrac de Lauture prépare un atlas histori- 
que de ce pays, dont les cartes en présenteront l'état 
géographique sous chacune des dynasties, ce travail, 
fait d'après les cartes originales chinoises, offrira cer- 
tainement un grand intérêt, un texte à l'appui lui ser- 
vira de commentaire. 

Les relations des Européens avec le Céleste Empire 
s'améliorent d'ailleurs de jour en jour, et il y a loin, 
maintenant, du temps où nos navires de commerce 
n'avaient pour seuls buts de leur destination que Macao 
ou Canton. Aujourd'hui ils pénètrent jusqu'au cœur de 
l'empire, jusque dans la ville de Hankow. Trente mai- 
sons de commerce anglaises, trois ou quatre factoreries 
françaises, une russe et une américaine y sont établies; 
quinze grands comptoirs de commerce sont en con- 
struction pour le compte de sujets anglais. Un conseil 
municipal a été créé pour gérer les affaires de la com- 
munauté européenne, et Hankow est destiné à devenir 
dans un avenir prochain le Kiakhta de la Chine cen- 
trale, l'établissement principal du commerce européen 
dans le cœur de la Chine propre. 



( SOS ) 

Quant an Japon, nous ne sommes pas encore aussi 
avancés^ et si l'on en excepte Nagasaki, les àttêrages de 
Hakodadi dans File de Yésso, ceux de la baie de Yokn- 
hama dans le golfe de Yeddo, nous avdns encore tout à 
voir, tout à reconnaître à rintérieur, au point de Vue 
géographique. Encore sir Rutherford Alcock, qui par- 
courut en 1861 la route de Nagasaki à Yéddo par Osaka 
en trente-deux jours, ne peut*il nous donner tous les 
renseignements qu'il aurait voulu, par suite du soin que 
prenaient dans sa rapide excursion les atitoriiés japo- 
naises des villes de faire fermer par des tentures les 
rues qui débouchaient sur le chemin que suivait l'am- 
bassadeur européen (1). Cependant nos marins, ceux 
de l'Angleterre, ne sont pas restés inactifs, ils ont 
relevé les côtes et les dangereux abords de cet archipel. 
Nos cartes hydrographiques ont été corrigées et per^^ 
fectionnées. Au nombre de ces reconnaissances il nous 
faut placer celle de l'tle de Tsousima, qui acquiert une 
extrême importance par sa situation sur le détroit dé 
Corée à l'entrée de la mer du Japon ; les Anglais y ont 
découvert un port magnifique, dont on pourrait faii*e 
à peu de frais la clef de cette mer. 

Notre établissement de Cochinchine qui est aujour- 
d'hui dans une voie prospère, est un jalon planté pour 
l'avenir de nos relations maritimes avec Textrème 
orient. Mytho, le principal marché de la basse Cochin- 
chine pour le riz, et Saïgon qui, malgré sa distance à 
60 milles de la mer, peut recevoir les plus gros navires, 

(1) The capUcU oftke Tycoon a narrative ofa three year^s résidence , 
bysirRatherford Aloook. 2toK io-8*, cartes et illustrttioas. Loodref, 
Longmaon. 

TI. DÉCEMBRE, 3. 26 



( soi ) 

sont destinées à devenir denx centres importants du 
comnierce maritime et continental dans la presqu'île 
transgangétiqQe. Le séjour de nos officiers et de nos 
marins sur cette terre lointaine aura porté ses fruits 
pour la science géographique. Nous leur devons de 
bonnes notices, témoin celles de MM. de Grammont et 
Aubaret (l),'et surtout des cartes plus sûres pour guider 
nos navires dans le labyrinthe de rivières que forme à 
son embouchure le Meykong ou Gambodje. 

Un de nos confrères, voyageur éprouvé, M. Jules 
Remy, auquel vous aviez remis Tan dernier quelques 
instructions, a visité l'Inde. Dans la présidence de 
Bombay, il a vu les ruines vingt fois séculaires dea 
temples bouddhistes les plus fameux ; dans celle de 
Madras, il a gravi les Nilgherries et visité les Todas, 
tribu remarquable par la pratique de la polyandrie ; 
dans la présidence de Calcutta, il a étudié les so- 
ciétés brahminique et musulmane qui y vivent côte à 
côte. Enfin, il a passé un mois dans le haut Himalaya, 
sur la frontière du Tibet, entre le Népaul et le Boutan, 
et là il s'est trouvé dans*une société entièrement boud- 
dhiste, très-différente de la société hindoue. 

Quoique cette exploration, qu'il faisait en compagnie 
de M. Brenchley, ait été brusquement interrompue par 
une grave maladie, il n'en a pas moins parcouru une 
grande étendue de pays. Il a profité de son séjour dans 
ces lointaines contrées aussi, bien pour étudier l'his- 
toire naturelle des plus hautes montagnes du globe, 
que pour recueillir des documents historiques, poli- 

(1) Histoire et 4ô$criplion de la ba$se Cochiiu^ne, traduite da chi- 
nois par M. Aubaret. Paris, 1863, in-8^ 



( 896 > 

tiques et archéologiques importants. Espérons qu ils 
nous vaudront un nouveau livre intéressant de Fauteur 
du Voyage au pays des Mormons. 
. Je dois encore constater l'activité avec laquelle on 
complète dans Tlnde le réseau de ses voies ferrées, et 
Textensiod des moyens de prompte communication à 
l'aide du télégraphe électrique; vous pourrez vous eu 
convaincre en consultant la belle Carte de l'Inde que 
vient de publier John Walker ; elle est composée de 
8ix feuilles, et son développement embrasse près de 
A mètres carrés de superficie. La Société géograr 
phique de Bombay^ dont vous avez récemment reçu 
l'intéressant journal, contribue depuis longtemps d'ail-r 
leurs par ses travaux, qui ont principalement l'ethno- 
logie et la linguistique pour objets, aux progrès de la 
science géographique (1). 

Aux mémoires si étendus sur la Khoraçan et sur la 
Perse que nous devons à M. de Khanikoff, que vous avez 
entendu dans une de nos dernières séances générales, 
il faut joindre cette année une intéressante note ethno- 
graphique due à un des membres de la mission fran- 
çaise en Perse, M. le commandant Duhousset; son tra- 
vail contribuera certainement à jeter du jour sur Tori- 
gine et les principaux caractères ethniques de la race 
iranienne, l'une des plus anciennes du globe. 

11 faut bien que ces études du passé, ces recherches 
scientifiques présentent aux esprits sérieux un charme 
toujours nouveau, car rien ne peut lasser leur couragOt 

(1) The Transactions oflhe Bombay geographtcal Society, vol. XVI, 
1863. Ce volume renferme seize mémoires originaux. M. Vivien de 
Saint-Martin en a donné les titres au Bulletin» 



( ftdô ) 

leur persévérance; à peine M. Victor Guérin est-il de 
retour de la Tunisie, à peine a-t-il achevé l'impression 
de son livre sur les ruines de ce pays, qu'il repart pour 
la Phénicie, décidé à compléter ses précédentes études. 

M. de Saulcy a repris également, à la tête d'une mis- 
sion composée de H. l'abbé Micbon, de MM. Salzman 
et Gélis, le chemin de la Palestine. Il se propose de 
parcourir les pays situés à l'est du Jourdain, du lac de 
Tibériade à la mer Morte, et de visiter plus particuliè- 
rement les points dont la situation est restée douteuse; 
ses travaux, ceux de M, Victor Guérin, serviront à 
compléter la topographie archéologique de cette région 
qui a le rare privilège d'exciter d'universelles sympa- 
thies et de ne jamais lasser notre curiosité. 

J'aurais dû, pour compléter ce rapide aperçu du 
mouvement géographique en Asie, vous parler de dif- 
férentes publications qui intéressent l'Orient, et dans 
lesquelles le géographe trouve souvent des jalons, des 
points de repère, qui le guident dans ses recherches 
sur la topographie des royaumes et des empires qui 
ne sont plus ; mais il m'aurait fallu de beaucoup dé- 
passer les limites que je me suis imposées. Je vous rap- 
pellerai seulement que notre honorable confrère M. Reî- 
naud, de l'Institut, a publié un mémoire très-détaillé sur 
les Relations politiques et commerciales de l'empire 
romain avec l'Asie orientale (1) pendant les premiers 

(1) M. Beioaod, dans on précédent mémoire, ayait cru deyoir placer 
la rédaction du Périple de la mer Erythrée dans le milieu du iii« siècle 
de Vère chrétienne, contrairement à Fopinion des savants, qui faisaient 

* 

remonter cette rédaction au i*^ siècle ; dans le présent mémoire, M. Rei- 
naud revient sur cette question et fournit de nouveaux arguments eo 
faveur de son opinion, n y identifle aussi les Sères avecles She$ ou 



(897) 

siècles de Tère chrétienne, dans lequel la géographie 
tient nne grande place. Je dois aussi, pour abréger, 
vous renvoyer à Tintéressant et consciencieux rapport 
que M. Jules Mohl a fait il y a quelques mois devant là 
Société asiatique (1). Le savant membre deTInstitut y 
donne notamment : sur la publication par M. JuynboU 
de la marasid ou dictionnaire de géographie extrait du 
grand ouvrage de Yakout ; sur l'état d'avancement de 
la publication de l'ouvrage relatif à la mission en Mé» 
sopotamie exécutée de 1851 à 185A par M. Fresnel et 
Oppért ; sur les Origines indo-européennes de M. Adol- 
phe Pictet (de Genève); sur la Description de la basse 
Cochinchine^ traduit du chinois par M. Aubaret, etc., 
des notes intéressantes ou de bonnes analyses. Et 
puisque je parle d'ouvrages pouvant intéresser la géo- 
graphie de l'Asie, qu'il me soit aussi permis de vous 
annoncer qu'un sinologue distingué, M. Pauthier, 
prépare une édition nouvelle des Voyages de Marco 
Polo^ avec notes et variantes. 

Cette Asie, malgré son éloignement et sa vaste éten* 
due, ne tardera d'ailleurs pas à être reliée à l'Europe, 
par une double ligne de télégraphie électrique; le pro- 
jet de communication de sir H. Rawlinson, entre Lon- 
dres et Calcutta par Constantinople, Bassorab, Téhé- 
ran, Rurrachee et Bombay, sera entièrement exécuté 
l'année prochaine : déjà la première partie de la ligne 
de Constantinople à Bagdad fonctionne régulièrement, 

Thinetf et montre qa*ils ne fniiaient dans Tantiquité qa'un seul et 
même peuple, les Chinois. 

(1) Rapport sur les travaux de la Société asiatique pendant Tannée 
1 963-4 SiS3, fait à la séance annuelle de la Société le 30 Juin 1863, par 
M. Jalesllohk (Sown.dtlaSocièléaûçitique, t. U, n* 4, Juillet i 863.) 



( 8§8 ) 

la seconde partie a été étudiée par le colonel Patrick et 
le major Goldsmith Stewart ; on y travaille activement; 

Une entreprise non moins hardie encore est celle de 
H. G. H. Grant, qui propose l'établissement d'une ligne 
de télégraphie entre Kiakhta et Péking à travers le 
grand désert de Gobi, on continuerait cette ligne jus- 
qu'aux rivages de la mer d'Okhotsk, et de là, à l'aide 
d'un câble sous*marin, jusqu'en Amérique. On établi- 
rait ainsi entre l'Europe et l'Amérique une ligne de 
télégraphie électrique presque entièrement continen- 
tale, qui offrirait moins de difficultés que n'en présente 
celle du câble sous-marin de l'Atlantique, dont la pose 
offre peu de chances de réussite ou de durée. 

Ajoutons enfin qu'un autre Anglais, M. F. Gisborn, 
voudrait organiser une ligne de Calcutta à travers la 
Birmanie, la péninsule Malaie, Singapour, Batavia, 
Sourabaya, l'île Melville et l'Australie du nord, de ma- 
nière à relier Londres avec les colonies australiennes* 

Encore quelques années ces projets précurseurs dont 
la hardiesse nous confond seront suivis de Texécu- 
tion de lignes mieux étudiées et plus appropriées aux 
besoins internationaux du commerce et de Tindustrie. 
L'Europe aura ainsi asservi le monde à sa pensée, à 
ses idées de progrès et d'amélioration sociale, 

L'Afrique, messieurs, est toujours la terre classique 
des expéditions aventureuses, le thème favori des con- 
jectures géographiques les plus hardies, et le théâtre 
des recherches scientifiques les plus opiniâtres. 

Le gouvernement de l'Algérie, en faisant publier les 
documents relatifs à la mission de Ghadâmès, confiée 
à MM. Mircher et de Polignac, officiers distingués de 



( 300 ) 

notre corps d' état-major^ nous a fait; connaître les pre- 
mières étapes qui relieront un jour l'Algérie à Kano, 
le grand centre commercial du Soudan. Le rapport de 
la mission (1) renferme, sur les routes qui conduiseï)^ 
de Tripoli ou d'Algérie à Ghadâmès, sur cçtte senti- 
nelle avancée du désert, sur le commerce du Soudan, 
SUT l'état politique et social du pays des nègres, des 
renseignements précieux pour nos futures relations avec 
l'intérieur de l'Afrique. La carte du nord de ce pays s'est 
enrichie de nouveaux itinéraires sérieusement étudiés, 
quiviendront s'ajouter àceux que nous devonsàM.Henri 
Duveyrier, et dont je vous ai déjà entretenus. 

Vous apprendrez avec satisfaction qu'une tentative 
commerciale a été faite dans l'ouest de l'Algérie par 
un colon de Géryville, M. Solari. Vers la fin de novembre 
de l'année dernière, il a confié, à ses risques et périls, 
aux Hauiian Gharaba qui se rendaient au Touat , une 
pacotille de marchandises de provenance française. La 
caravane est arrivée à Timimoun, ville importante du 
Touat, qui ne compte pas moins de quatre à cinq mille 
maisons. M. Solari a pu établir un comptoir dans ce^te 
ville, qui est, vous ne l'ignorez pas, à viflgt-deux jour- 
. nées de Tembouctou. Le sultan de Timimoun s'est 
engagé à laisser écouler, au compte de M. Solari, avec 
toute la liberté désirable, les marchandises qu'il avait 
fait entreposer dans cette ville (2). 

(i) Mission des Ghadâmès, rapports officiels et documents à Vappui, 
publiés ayec Taiitorisation de S. Eic M. le maréchal duc de Malakoff, 
gouverneur général de T Algérie. 1 vol. grand ia-8<* avec planehea et 
cartes. Alger, 1863. 

(2j[ Vpy . le Mçbqcker et les Nouvelles Annales des voyages, avril 1 863. 



( 400) 

C'est là un fait heureux que le gouvernement de 
l'Algérie ne saurait trop encourager : de telles relations 
pourront nous procurer à meilleur compte l'or, les peaux 
d'autruche, les dents d'éléphant, les tapis, les burnous, 
la gomme et les denrées de l'intérieur de l'Afrique. 
Cette grande question des relations à établir entre 
notre belle colonie transméditerranéenne et le pays des 
noirs est d'ailleurs l'objet des préoccupations de la 
haute administration, vous en aurez la preuve dans la 
Carte de l'Afrique occidentale et septentrionale ^ avec 
les routesetles itinéraires (1) des principaux voyageurs ^ 
qui a été dressée et publiée par ordre du gouvernement 
au Dépôt de la guerre, carte que doit compléter, pour 
le Djebel Hoggar et les routes du Sahara central, celle 
de M. Henri Duveyrier. 

J'aurais voulu vous parler avec quelques détails des 
voyages de M. Gerhard Rohlfs (de Vegesah, près de 
Brêîne) dans le Maroc et dans l'Afrique septentrionale. 
Je pourrais du moins rappeler qu'après un séjour de 
plusieurs années en Algérie, pendant lesquelles il se 
familiarisa avec les mœurs et la langue des Arabes, 
H. Gerhard Rohlfs se rendit dans les provinces septen- 
trionales du Maroc, qu'il visita, en se faisant passer 
pour musulman ; qu'au mois de juillet 1862, il quitta 
Tanger pour pénétrer dans les provinces méridionales, 
encore si imparfaitement connues, de cet empire ; que 
victime à la fois d'un vol et d'un assassinat de la part 
de son guide et de son compagnon, il ne s'était pas 
découragé et avait, à peine rétabli, repris la route du 

(1) Une feuille grand aigle, pabliée par le Dépôt de la gnerre. 



( aoi ) 

Sud, se proposant de se rendre à Tembouctou, princi- 
pale étape du grand voyage de TAlgérie au Sénégal, 
pour lequel vous tenez en réserve un prix que vous 
seriez si heureux d'avoir à décerner. 

M. le général Faidberbe, que nous avons vu avec 
joie être rappelé à la tête de notre colonie du Sénégal, 
n*a pas divorcé avec les études géographiques, vous en 
avez la preuve par la publication de son mémoire sur 
Y Avenir du Sahara et du Soudan (î). 

Par son ordre, M. le lieutenant de vaisseau £. Mage, 
en station à Saint-Louis, est parti de ce lieu, vers le 
milieu d'octobre, pour se rendre deMédine, l'un de nos 
postes avancés du Sénégal, vers le haut Niger, avec 
mission, une fois qu'il aura atteint le fleuve, de le des- 
cendre jusqu'à la baie de Biafra. Tembouctou sera né- 
cessairement une des grandes étapes de cette nouvelle 
exploration, qui nous promet une ample moisson de 
documents nouveaux. 

Nous pouvons également bien augurer de l'envoi de 
M. Jules Braouezec à Sierra Leone en qualité d'agent 
consulaire ; les travaux de cet officier de marine dis- 
tingué sur le Gabon et le Sénégal nous sont garants des 
services qu'il pourra encore rendre. 

Nous savons quelle a été la fortune de la grande 
expédition allemande entreprise sous les auspices de 
Cari Ritter {Karl Rit ter Stifftung). Tandis que la mis- 
sion partie des bords de la mer Rouge sous la conduite 
de M. de Heuglin écboaait dans sa tentative pour pé- 
nétrer dans le Waday par le Dârfour, M. de Beurmann, 

(I) Voyez la ft»viiA maritime et coloniale dejaia 1863. 



(402 ) 

qui tendait au même but, mais par la voie de Bengbazy, 
d'Aujilah et de Moursouk, s'arrêtait dans cette dernière 
Tille» et eu datait plusieurs lettres intéressantes adres- 
sées à M. le docteur Bartb. Il utilisa son séjour dans 
le Fezzan en visitant Gatron et Wau ; il espérait gagner 
le Waday à travers le territoire où campent les Tibr- 
bous, mais leur sultan ne voulut pas l'y autoriser. Il 
dut suivre la route du Bornou, frayée depuis long- 
temps par Denbam et Glapperton, et récemment suivie 
par Bartb et Vogel. 

Arrivé à Keskawa, sur la rive septentrionale du Tsad» 
il fit demander au sultan du Waday l'autorisation de le 
visiter; ne recevant pas de réponse^ il était résolu à 
partir pour ce pays pour l'y aller chercher ; mais il fut 
arrêté sur les frontières du Kanem par la mutinerie de 
ses gens. 

M. de Beurmann dut une fois encore modifier son 
plan ; il se rendit à Kouka, capitale du Bornou, dans les 
premiers jours de septembre 1862. Il y fut parfaitement 
accueilli par le cheikh de ce pays, dont le docteur Bartb 
a su faire un ami sincère des Européens. Ce prince le 
dissuadait de se rendre dans ce mystérieux pays du 
Waday; le moment était d'ailleurs mal choisi, car le 
sultan Ali-Chérif voyait son autorité menacée par la 
révolte de son frère Mohammed Tamtallak. De plus, 
les routes du Bornou au Waday n'étaient pas libres : 
celles du nord par le Kanem, Bari et Mao, étaient inter- 
ceptées par les incursions du mallem Bou ^renis contre 
les Wouled-Sliman ; les deux autres, au sud du lac 
Tsad, par Afadé, Makari et le Fittré, ou par le Log- 
gone et le Baghirmi, étaient rendues impraticables, pour 



( A08 ) 

deux moiseneore, par les pluies et les inondations. Il lui 
fallut donc attendre, et, pour employer son temps, il 
visita les proyinces occidentales du Bomou, et se ren- 
dit à Yakoba. Il réunit dans ce voyage, qu'il accomplit 
le livre du docteur Barth à la main, de nouveaux docu- 
ments, et il ût des observations destinées à compléter 
celles que le savant président de la Société géographique 
de Berlin avait recueillies dans son heureux voyage. 

De retour à Kouka, le 13 décembre, plus impatient 
que jamais de reprendre la route du Waday, il ne voulut 
pas attendre que le sultan du Bomou eût fait demander 
au sultan Ali-Ghérif l'autorisation nécessaire, et, mal* 
gré l'état chancelant de sa santé, le 26 décembre, il se 
remit en route par la voie du Kanem. . . A peine était-il 
à deux journées de Kouka, que deux de ses trois domes- 
tiques l'abandonnaient après l'avoir volé. U lui fallut 
rentrer à Kouka pour réorganiser son expédition. Peut-- 
être eftt-il dû reconnaître dans tous ces obstacles im- 
prévus, le doigt de Dieu, qui, depuis Aujilah, lui fer- 
mait l'accès da Waday 1 II aurait surtout dû se rendre 
aux bons conseils du cheikh du Bomou, qui le dissua- 
dait de pénétrer, sans invitation formelle et sans sauf- 
conduit, dans les États de son cruel voisin. Beurmann 
resta sourd à tous ces avis, il crut à son étoile I II réor* 
ganisa son expédition, et partait le h janvier 1863, 
mais cette fois, hélas 1 pour ne plus revenin.... Quel- 
ques mois après, le consul d'Angleterre à Tripoli rece- 
vait, par Mourzouk, une dépêche du cheikh du Bomou, 
annonçant que le malheureux de Beurmann avait été 
assassiné sur les frontières du Kanem et du Waday, 
dans la province de MaO, relevant du sultan Ali-Ghérif. 



(404) 

et qoe sa mort devait vrûsemblablement être attribuée 
à ce dernier (1). 

C*est là, messieursi une très-grande perte : M. de 
Beurmann était un jeune savant d'une grande espé^ 
rance, et les rapports que nous avons de lui, ses lettres^ 
ses premiers mémoires» témoignent que rAllemagne 
avait en lui un digne disciple de Técole des Humboldt 
et des Ritter, Son nom sera désormais inséparable de 
celai de Vogel, dont il a partagé le sort sans avoir pu 
soulever lé voile qui nous dérobe la connaissance du 
Waday. 

Khartoum est toujours, par sa position au confluent 
des deux grandes branches du Nil, le point central d'où 
les explorateurs de l'Afrique peuvent rayonner vers l'in- 
térieur; c'est de Khartoum que sont parties les expédi- 
tions qui nous ont fait connaître le cours du fleuve Blanc 
jusqu'au delà de Gondokoro, jusqu'aux cataractes de 
Makédo ; et n'oublions pas que c'est un Français, le re- 
grettable docteur Alfred Peney, qui s'est avancé le plus 
loin vers le sud, en remontant le fleuve. Cette fois, aux 
noms qui vous sont familiers des explorateurs du fleuve 
Blanc, j'en dois ajouter un nouveau, celui des dames 
Tinné ; elles ont frété un petit bâtiment à vapeur, et se 
sont rendues au lac Nô, à l'embouchure du Bar-el-Gha- 
zal, qu'elles se proposent d'explorer en compagnie de 
H. de Heuglin. Leur but est de pénétrer aussi avant que 
possible sur cette rivière, dont M. Lejew nous a donné 

(1) Voyez aux Nouvelles AnnaXes des Voyages de mars 1863, la rela- 
tion da voyage de M. de Beurmann de Benghaiy , à Mourzouk et à Waa, 
et aa cahier d'octobre 1863 de la ZeUschrift Erdkmdet les dernières 
noorelles données par H. le docteur Barth sur ce voyageur. 



( 405 ) 

utie bonne étude, et, arrivées au terme de la navigation 
praticable, l'expédition doit continuer sa route par la 

è 

voie de terre pour visiter le pays de ces fameux Niam- 
Niam, objets de tant de fables dans le Soudan. Malheu- 
reusement, aux dernières nouvelles, datées du lac des 
Rek (vers le 8* 30' de lat, N.), un de leurs compagnons, 
le D' Steudner, Tun des membres de la mission alle- 
mande, venait de succomber à Wau, dans ce pays, 
dédale inextricable de rivières, de canaux, de lacs et de 
marais, rendu plus impénétrable encore par d'épaisses 
forêts, et par toute l'exubérance de la végétation înter- 
tropicale africaine (1). 

Nous n'avons pas heureusement à grossir le nécro- 
loge des voyageurs africains du nom de Pethericlc, sur 
le sort duquel de fâcheux bruits avaient, comme vous le 
savez, couru en Europe au printemps dernier. Parti dé 
Khartoum pour aller au-devant des capitaines Speke 
et Grant, il s'égara en se rendant à Gondokoro, fat 
retenu des semaines, des mois entiers, par les inonda- 
tions, au milieu du réseau hydrographique que forme 
le fleuve Blanc au-dessus du 8* degré de latitude, et ce 
ne fut qu'à la suite de suprêmes efforts partagés par sa 
courageuse femme qui l'accompagnait, qu'il put arriver 
à temps à Gondokoro, dans les premiers jours de février, 
pour y retrouver ses heureux compatriotes. Ces épreuves 
terribles ne sont d'ailleurs jamais perdues pour la 
science ; elles grossissent nos acquisitions de faits et 

(1) Voyez la carte des frères Poncet dooDée au Bulletin de la Société 
de géographie d'octobre 1860, ainsi qae notre carte da Cours du fleuve 
Blanc et de la Région des sources du Nil, donnée aux Nouvelles Annales 
des Foyaflfesi noYeiùbre 1863. 



( iO« ) 

d'observations relatives à la météorologie et à la coqt 
dition physique des pays dont elles sont le lointain 
théâtre. 

C'est à l'ouest du fleuve Blanc que semblent se por- 
ter aujourd'hui les explorateurs, et je dois vous signaler 
deux hardies tentatives qui, si elles réussissent, pour- 
ront avoir de très-grands résultats. La première est 
celle d'un autre des compagnons de M. Heuglin, Her- 
mann Schubert, qui, de concert avec un chasseur d'élé- 
phants, parcourant depuis longtemps les pays da Bahr- 
el-Ghazal, M. Glanschnik, ne se propose rien moins 
que d'essayer de pénétrer au Waday, par la frontière 
sud-est de ce pays, en se dirigeant d'abord vers les 
célèbres mines de cuivre d'El*Hofra. L'autre est ceUe 
de M. Baker, homme résolu et rompu aux fatigues des 
voyages en Afrique, qui s'est réservé de visiter les pays 
situés au sud-ouest de Gondokoro, et de rejoindie, si 
faire se peut, le lacLutaN'zigë signalé comme l'un des 
réservoirs du fleuve Blanc. Nos vœux sont pour ces 
intrépides pionniers de la géographie qui n'ont pu être 
arrêtés dans des projets aussi hardis par la pensée des 
grands dangers et des difficultés de toute sorte qu'ils 
allaient affronter I 

A l'est du fleuve Blanc, vers les pentes occidentales 
et méridionales de l'Abyssinie, s'étendent de vastes con- 
trées peu connues jusqu'à ce jour. Nous devrons à l'un 
de nos plus zélés confrères, M. Guillaume Lejean, qui, 
dans l'accomplissement de ses devoirs, a trouvé une 
injuste captivité, d'avoir soulevé un coin du voile qui les 
dérobait aux investigations européennes. Parti de Khar- 
toum pour se rendre auprès du roi Théodore, où l'appe- 



(407) 

laient ses fonctions, il prit la route de Sennâr et de Kar- 
kodj ; de là, coupant vers l'est, et franchissant le Dender 
et le Rahad, il se dirigea vers les États républicains de 
Gallabat et de Gadabhi, sur lesquels il est le premier 
à nous donner des notes intéressantes (1). 
~ Au nombre des peuples du Soudan convertis à Tisla- 
misme, on doit compter, parmi les plus fervents, les 
Foùraouya (habitants du Dâr-Four) et leô Bergaonya 
(habitants du Wadaï). Le pèlerinage à la Mecque est 
pour eux une pratique obligatoire ; contrairement aux 
habitudes des musulmans africains, ils se font suivre 
par leurs femmes dans ce lointain voyage. Quelques pèle- 
rins, au retour de la Mecque, par suite des hasards 
d'un tel déplacement, s'arrêtèrent entre le versant 
oriental du Ras-el-Fil et de TAtbara, vers le 13' degré 
de latitude septentrionale, dans le district de Gallabat, 
appartenant physiquement à la Kolla^ ou terre basse 
d'Abyssinie* Ils y fondèrent une colonie qui, bientôt 
accrue par les moissonneurs nomades venus du même 
pays qu'eux pour aider les indolents Sennâriens dans 
leurs travaux, s'organisa et adopta le régime répu- 
blicain. 

Lé chef ou cheikh de cette colonie de noirs est élu 
par le peuple ; la langue commerciale est l'arabe, mais 

(1) finice passa dans ee pays en 1772; sans en rien dire de positif, 
M. Th. Lefèvre en parle par ouï-dire dans la relation de son voyage^ 
sons le nom de Rougroug^ M. de Heuglin, qui Ta yisité, l'indique dans 
sa carte avec une certaine précision, mais il est bien sobre de détails. 
On peut voir aux Nouvelles Annales des Voyages de janvier 1864, ceux 
que nous devons à notre confrère M. QuillaameLeJean ; ils sont ac- 
compagnés d*uiie esquisse géograpiûque. 



( 408 l 

l'idiome intiffle est le fouraouL La république mûkA 
peut compter 20 à 26 000 habitants, éparpillés àsaor 
vingt-quatre villages, compris eotre l'Atbara» les step* 
pes de Dola, Ras-el*Fil, le haut Rabad et les npnta* 
gnes de Kani^et de Dankjor. Metamma, ville.d'en^kiQn 
15000 ftm^s, Rçmeli, Hellet-el-Dervick, AbdiçltRa- 
sool sont les centres principa^ux.de population .;)j^hâis 
tributûres de l'Abyesiaie, les cheikhs de Gallabat^relè'^ 
vent maintenant du gouverneur général âeEJiartoum, 
et payent un tribu au vice-rw. Le Nègus Théodore II 
n'a cependant pad entièrement perdu l'espoir de faire 
rentrer la petite république noire sous.son joug. Le mar- 
ché de Metamma n'est pas sans importance, il s'y fait 
des affaires importantes en esclaves, mules, cire et café. 

Le meilleur café que l'on y vend est c4ui de Godjam, 
il vient de la presqu'île de Zeghié, au sud-ouest du lac 
Tsana, c'est la propriété d'un riche monastère, celui 
d'Oura-Kidama-Meherat. Le grand entrepôt des çafi^ 
de Zeghié est la ville de Korata, la Kiratza de, BOâ. 
cartes. M. Lejean fait remarquer avec rai^son qi^ Je 
marché de Metamma pourra bien un ](m\ bo pas 4tp?e 
sans importance pour le commerce européen. Ç!esrt)eii 
effet un point aditiirablen^nt cbo^i pour. mettre ^ea re- 
lation l'Abyssinie et ses production^: variée^, 1"^ a^ec 
la mer Rouge par Kassala et Souakim; 2"* avec la mer 
par Kassala et Massaoua ; .3* avec Khartoum, par. A^mmi- 
Baraz ; b!" avec Sennâr et le Kordofan par PabeiJci ou 
Karkodj. ^^ 

Vous n'ignorez pas que depuis que lés Fourïensént 
imposé aux Wadayens par une intervention armée/un 
roi impopulaire, les deuiE races ne saui^^^i^t longtemps 



{ A69 ) 

syfiQpathiser. Aussi, à peine les premiers Côlons foitr- 
riens et wadayens furent-ils établis dans le Gallabat, 
qu'une lutte violente éclata entre eux, elle se termina 
par l'expulsion des Bergaouya ou Wadayens qui, pas- 
sant TAtbara, vinrent s'établir sur la frontière du V61- 
kaït dans un pays dépeuplé par les guerres des Basas et 
des Abyssins. Ils y fondèrent le village de Gadhabi ou 
Gadaoui ; leurs rangs furent bientôt grossis par des 
compatriotes immigrants et par des arabes réfugiés. Ils 
se maintinrent en relations amicales avec les Abyssins 
leurs voisins; mais dans ces derniers temps leur cheikh 
a dû reconnaître l'autorité du vice-roi d'Egypte, et 
cependant tous les intérêts de ce petit État sont avec 
Gondar avec laquelle il communique facilement. Quel 
est l'avenir qui est réservé à ces deux petites républi- 
ques, fondées par les Soudaniens, aux portes de l'Abys- 
sinie et sur les confins du Soudan égyptien ? Leurs 
cheikhs, ainsi que le fait remarquer M. Lejean, ont tout 
à gagner par une politique dilatoire qui leur permettrait 
d'exister librement entre leurs deux puissants voisins. 

Mais j'ai hâte d'aborder la partie orientale du con- 
tinent africain, c'est vers ce point et dans un espace 
compris entre le 5* degré latitude australe et le 4® de 
latitude septentrionale, que se sont condensées les plus 
importantes découvertes géographiques de la période 
annuelle qui fait l'objet de ce rapport. Cependant avant 
de vous entretenir des capitaines Speke et Grant, dont 
vous avez déjà prononcé les noms, je dois vous dire 
quelques mots de la seconde excursion de M. le baron 
de Decken au Kilimandjaro. 

Il partit le 3 octobre 1862 deMombas, avec l'inten- 

VI. DÉCEMBRE. A. 27 



( AlO ) 

tion de se rendre au mont Kénia ; il se proposait de 
reprendre la route qu'il avait suivie l'année précédente, 
jusqu'au lac Jipé ou Jibé ; de visiter les montagnes 
d'Ugono situées sur la rive occidentale ; de passer de 
là aux monts Arusha, et, après avoir traversé le pays 
des Masaï (Wamasaï), d'atteindre le volcan présumé de 
Doengo-Engaï et le lac Névasha. Il devait enfin con- 
tourner par le sud, l'ouest et le nord, le massif mon- 
tagneux du Jagga et revenir à la côte parle pays des 
Wabamba, après avoir déterminé la position du Kénia. 
Le zélé voyageur était accompagné du géologue Rer- 
sten, sa caravane se composait d'environ une centaine 
d'hommes, il était muni des instruments d'observation 
les plus indispensables. 

On suivit d'abord la côte jusqu'à Wanga, petite ville 
située sous le 4° 45' de latitude sud, on remonta en- 
suite la rivière Umba en laissant V Usambara et le Paré au 
sud et les montagnes de Kisangu au nord. Au bout de 
quinze jours de marche, M. de Decken atteignait le lac 
Jipé, qui est à environ 2000 pieds anglais au-dessus du 
niveau de la mer. Il mit quatre jours à visiter les monta- 
gnes d'Ugono, dont l'altitude est de 5800 pieds 5 les 
cours d'eau qui en descendent contiennent beaucoup de 
sable ferrugineux, dont les indigènes savent extraire 
un fer assez bon. Le lac Jipé, que le voyageur explora 
sur une barque de fer apportée de la côte, n'a pas une 
profondeur de plus de 17 pieds, et reçoit la rivière de 
Daifeta qui vient des montagnes du Jagga ; à sa sortie 
du lac, cette rivière prend le nom de Jipé et plus loin 
ceux de Rufu et de Pangani. 

M, de Decken se dirigea ensuitevers le pays d' Arusha, 



( 441 ) 

où il resta huit jours. Le lac Arusha, qui est marqué sur 
les cartes de Krapf et de Rebmann, n'existe pas, mais 
la rivière qui traverse la contrée déborde quelquefois 
et forme un marais; c'est là ce qui a pu tromper ces 
missionnaires : la hauteur des montagnes d* Arusha ne 
dépasse pas 3800 pieds. A l' ouest-nord-ouest, et à une 
distance de 30 milles, il put apercevoir la belle mon- 
tagne de Meru, qui a 13 à 14000 pieds anglais d'alti- 
tude. Il essaya en vain de pénétrer dans le pays des Ma- 
saï : prières, présents, rien n'y fit, il ne put obtenir 
d'aller en avant. Ces noirs envoyèrent même 2000 guer- 
riers pour barrer le passage à sa petite caravane ; la 
raison en est qu'un ancien oracle leur a prédit que si 
jamais Y homme blanc mettait le pied dans leur pays 
toutes leurs vaches périraient, et c'est là leur seule for- 
tune, car ces Masaï sont nomades et pasteurs. Ils sont 
extrêmement redoutés de toutes les peuplades du voi- 
sinage, et tel est l'effroi qu'ils répandent, qu'un jour, 
comme la caravane s'avançait pour traverser de grands 
pâturages où paissaient quelques troupeaux, un enfant 
d'une douzaine d'années qui les gardait n'eut qu'à tra- 
cer sur la terre une ligne avec son bâton, avec défense 
de la franchir, pour être obéi des noirs qui accompa- 
gnaient le voyageur. Cet enfant appartenait à la tribu 
des Masaï, il avait conscience du respect que les siens 
inspiraient aux peuplades voisines, et dans son impé- 
rieuse injonction il était magnifique à voir^ rien ne put 
décider les serviteurs de M. de Decken à passer outre. 
N'ayant plus rien à faire de ce côté, puisque la route 
de Touest lui était fermée, notre voyageur résolut de 
tenter une nouvelle ascension du Kilimandjaro. Parti 



( A12 ) 

de Mosi, au pied de la montagne et à iSOO pieds d'al- 
titude, il passa sa première nuit à 7000 pieds et la se- 
conde à il 000 pieds. Jusqu'à la hauteur de 8500 pieds, 
sur la montagne, on rencontre des forêts ; de 8500 à 
9500, se montrent des broussailles et quelques rares 
fougères, au delà la végétation cesse, on ne voit plus 
que quelques racines desséchées. 

Le troisième jour, laissant son escorte et accompa- 
gné seulement de M. Kersten et de deux nègres, le 
baron de Decken atteignit jusqu'à 13 000 pieds anglais 
(A 300 mètres). A cette hauteur l'air était raréflé à tel 
point que la respiration manquait aux nègres et que 
M. KeriJten éprouva de douloureux maux de tête ; il 
fallut absolument songer au retour, d'ailleurs la mon- 
tagne se couvrait de brouillards, et une pluie fine et 
froide glaçait les voyageurs. La température était d'un 
demi-degré centigrade au-dessous de zéro, la neige per- 
sistante ne descendait pas au-dessous de 15 500 pieds, 
et celle qui tomba pendant la nuit atteignit 1 3 OOO 
pieds, mais le matin , vers sept ou huit heures, elle 
fondit aux premiers rayons du soleil. 

Les différentes observations ont donné au baron de 
Decken, pour la hauteur moyenne du sommet du Kili- 
mandjaro, 20 065 pieds anglais. 

Cette montagne est située par 3° 5' de latitude sud 
et 37"" 20' de longitude orientale du méridien de Green- 
wich (35'' de Paris). Elle s'étend dans la direction de 
Test à Touest en remontant un peu vers le nord ; elle 
offre l'apparence de deux montagnes distantes de 8 
à 10 milles, réunies par une sorte de selle, comme le 
grand Puy-de-Dôme et le petit Puy-de-Dôme. 



( 448 ) 

Le sommet le plus élevé a, comme nous Tayons vu» 
2O065 pieds anglsds ou 6200 mètres d'altitude ; le 
petit Kilimandjaro a i7 179 pieds anglais ou 5326 mè- 
tres, |enJSn la selle entre les deux montagnes atteint 
lA 665 pieds. Il est incontestable qu'elle est d'origine 
volcanique, les échantillons des roches le prouvent (1). 

Le retour se fit par les montagnes de Kura et de 
Endara ; le 26 décembre les voyageurs arrivaient à 
Mombas. Cette exploration ne fat pas sans dangers ; 
il fallut une fois que M. de Decken bût du sang en 
signe d'amitié avec un chef; une autre fois il perdit 
presque toutes ses bètes de somme, qui furent piquées 
par une mouche redoutable, nommée dans le pays Don- 
déroba^ et qui paraît avoir quelque analogie avec la 
mouche Tsétsé, de l'Afrique australe. 

M. le baron de Decken est de retour en Europe, il 
vient pour y organiser une nouvelle expédition égale- 
ment à ses frais. Il se propose de remonter aussi loin que 
possible, à Taide d'un petit bateau à vapeur qu'il est 
venu commander en Angleterre, une des rivières, telles 
que l'Ozi, le Dunfar ou le Jub, qui tombent dans la baie 
de Formose, de gagner alors la région du Kénia en évi- 

(t) Voici encore quelques-unes des latitudes observées par M. le 
baron de Decken : 

Arusba Z'^ze'AV'S. 

Uni 3 17 12 

Mou! 3 20 20 

LacJipe 3 42 52 

Endara 3 31 00 

Bura 3 33 30 

Kisuani 4 6 30 

Umnge 3 41 40 

MadJame 3 14 00 



( 4U ) 
taût la contrée des Masaï. Alors s'il entrevoit la possi- 
bilité de se rendre à Gondokoro, soit par le Kaffa, en 
suivant quelque cours d'eau, selon les informations 
qu'il récueillera, il renverra son bateau à vapeur à la 
côte avec ses première notes et ses collections, et con- 
tinuera son voyage par terre vers le nord, dans le but 
de chercher à atteindre Khartoum. 

Il n'est pas nécessaire de faire ressortir à vos yeux 
toute l'importance que l'on doit attacher à la réalisa- 
tion d'un tel plan, qui, s'il réussissait, conduirait sans 
doute à la découverte de quelque affluent de la rive 
orientale du Nyanza, et contribuerait à compléter l'hy- 
drographie du vaste bassin où le Nil a ses origines. 

Vous avez encore présent à la mémoire l'immense 
effet que produisit dans le monde savant ce télégramme 
venu d'Alexandrie : The Nile is settled^ « la question du 
Nil est réglée. » Ces quatre mots, qui apportaient en 
Angleterre la première nouvelle du succès de l'explo- 
ration des capitaines Spekeet Granl, au moment même 
où l'on concevait de sérieuses inquiétudes sur leur 
compte, et les détails qui bientôt servirent de commen- 
taires à cette nouvelle, excitèrent en Angleterre, en 
Allemagne, en France, une juste émotion que le temps, 
la réflexion et la critique parvinrent seuls à calmer. 

Les sources du Nil étaient-elles découvertes? Ce 
problème séculaire, pour la solution duquel César, au 
dire de Lucain , aurait même renon ce à la guerre civile (1) , 

(1) « Sed cum tanla meo vivat sub pectore virlusj 

Tantus aràor vert, nihii est quod noscere malin l 
Quam Fluvii cûusas per sœcula tanta UUentes^ 
Ignotumque caput : spes fit mihi certa videndi 
Niliacos fontes;, beùum civile, relinquam, » 

(Phabsale, lib. X.) 



( 415 ) 

c'est-à-dire à l'empire du monde ; ces sources, que tant 
de voyageurs, depuis les centurions de Néron jusqu'au 
docteur Peney, avaient en vain recherchées, et, comme 
ce dernier, souvent aux dépens de leur existence ; ces 
sources, sur la position desquelles les plus sages s'en 
tenadent aux vagues indications conjecturales de Pto- 
lémée , était-il réservé aux capitaines Speke et Grant 
d'avoir l'insigne honneur d'en fixer désormais l'empla- 
cement sur la carte de l'Afrique ? Vous en jugerez vous- 
mêmes, messieurs, par l'exposé impartial des faits. 

Lorsque M. Linant Bey, et après lui M. d'Arnaud, 
eurent, vers 1840, appelé l'attention de Méhémet-Ali 
sur la gloire qui résulterait pour lui de la détermination 
des sources du grand fleuve égyptien, on crut que la 
voie la plus naturelle pour y arriver plus certainement» 
était de remonter le fleuve Blanc ; tous les eflForts fureût 
tentés dans cette direction ; les explorateurs et les trai- 
tants du fleuve Blanc s'avancèrent progressivement vers 
l'équateur, et il n'y a pas deux ans que le docteur Peney 
payait de sa vie les dernières conquêtes des Européens 
sur le Nil inconnu. 11 atteignait le pic de Gniri, un peu 
au delà des cataractes de Makédo, vers le 3® 40' de latir 
tude septentrionale, à peu de distance du lieu où plû» 
tard son compagnon, M. de Bono, établissait la station 
la plus avancée que les marchands de Khartoum eus- 
sent jamais eu vers le sud. 

« Le fleuve, à deux journées au delà des cataractes 
de Makédo, formait, au dire des Barry (1) , non plus 
des rapides , mais une chute d'eau à pic d'environ 

(1) Information de De Bono, dans une de ses conrses, en 1853. 



( 416 ) 

3 mètres. A quatre ou cinq journées au sud de cette 
chute, le fleuve sortait d'un lac immense, et, à Tex- 
trémité opposée de ce lac, un autre fleuve venait s'y 
jeien » 

Cependant, lorsque , vers 1848, les zélés mission- 
naires allemands de la station de Rabbai-M'pia, près 
de Mombas, Krapf et Rebmann, eurent signalé, dans le 
voisinage de Téquateur, l'existence des hautes mon^ 
tagnes, le Kénia et le Kilimandjaro, dont les sommets 
étaient couverts de neiges éternelles, plusieurs géo* 
graphes français et anglais pensèrent que les eaux qui 
en découlaient pourraient bien contribuer à l'alimenta- 
tion du Nil. M. Beke en Angleterre, MM. Jomard et 
Vivien de Sa^int-Martin, en France, émirent l'avis qu'il 
y aurait plus de facilité à atteindre les sources du NU 
en remontant une des rivières de la côte orientale de 
l'Afrique (1) , et en cherchant à se diriger vers le Kénia 
ou le Kilimandjaro. IL' annonce de l'existence d'un lac 
îicamense, le lac d'Ukérévé, situé à plusieurs journées 
de cette côte, par le R. P. Erhardt, dans le voisinage 
d'un pays appelé Unyamoezi, pays de la Lune , vint 
plus particulièrement encore attirer l'attention de ce 
côté, à cause de la similitude d'indication avec les 
montagnes de la Lune^ dans le voisinage desquelles 
Ptolémée plaçait ces sources mystérieuses. 

Le capitaine Richard Burton, appuyé par la Société 
royale géographique de Londres, organisa en 1857 une 
expédition à la recherche de ce grand lac; il s'associa 

(1) On sait que M. Beke avait, en 1850, dressé le plan (l*un voyage 
dans ce sens, que M. Bialloblotzky devait entreprendre, mais qui mal- 
beureoseineat ne put être mis à exécution. 



(417) 

le capitaine Speke, qui déjà avait partagé ses dangers 
dans un voyage précédent. Vous savez quelle fut la 
fortune de cette expédition : le 3 mars 1858, les deux 
explorateurs découvraient le lac de Tanganyika; et 
tandis que la maladie et les fatigues clouaient le capi- 
taine Burton sur son lit de souffrances à Kazéh, Speke 
se dirigeait vers le nord à la recherche d'un second 
lac, dont l'existence était d'ailleurs affirmée dans cette 
direction par les marchands arabes de la côte, et le 
S août 1868, il découvrait le Nyanza ou lac d'Uké* 
réwé auquel il donnait le nom de lac Victoria. Ce 
qu'il apprit des naturels et des marchands arabes lui fit 
penser qu'il avait devant les yeux le principal bassin 
d'alimentation du Nil, et il revint en Europe, persuadé 
que c'était de ce côté que l'on devait désormais pour- 
suivre les recherches de l'origine du grand fleuve ; il 
parvint à intéresser à ses projets les membres les plus 
recommandables de la Société royale géographique de 
Londres. Le patronage de sir Roderick I. Murchison, 
celui de l'honorable comte de Ripon, lui furent égale- 
ment acquis ; des meetings^ des assemblées furent tenus 
à propos de son projet, qu'il développa avec toute l'ar- 
deur de la conviction. Le gouvernement lui accorda les 
encouragements nécessaires, et bientôt il fut autorisé 
à entreprendre une nouvelle expédition dont le but 
était de reconnaître l'étendue du lac Victoria Nyanza, 
ses rives septentrionales, et surtout de s'assurer s'il 
ne donnait pas naissance à un grand fleuve allant re- 
joindre le Nil. 

Le consul Petherick, qui était alors à Londres, orga- 
nisa de son côté, avec l'agrément du gouvernement. 



i 



(m) 

et à l'aide des souscriptions qu'il recueillit, une antre 
expédition dans le but d'aller, à partir de Gondokoro, 
au-devant de Speke, avec des approvisionnements dont 
ce dernier aurait sans doute alors grand besoin. 

Le capitaine Speke s'adjoignit le capitaine Grant, 
que recommandaient des travaux d'exploration anté-* 
rieurs, et le 1*' octobre 1860, ils quittaient la côte 
orientale d'Afrique. Le début du voyage se fit sous 
d'assez tristes auspices ; ils éprouvèrent mille difficultés 
pour se procurer le nombre de porteurs qui leur était 
nécessaire; car dans ces pays où, pour seule route, il 
n'existe guère que quelques sentiers à peine tracés qui 
franchissent les obstacles au lieu de les tourner, où 
l'on a d'ailleurs dés déserts à franchir , tout se porte à 
dos d'homme ; on juge alors quel nombre de porteurs 
on doit ^DQployer, lorsque, comme dans le cas dont il 
s'agit ici, il faut transporter les bagages d'une expédi- 
tion de longue durée, vivres, effets, armes, ustensiles 
de toute sorte , présents pour les nombreux petits 
chefs de tribus, sans lesquels on ne saurait espérer 
traverser leur territoire. Le 13 décembre, Speke et 
Grant n'étaient encore qu'à Cgogo, et il leur fallut une 
année entière pour se rendre sw les bords du Nyanza. 
Là devait commencer la partie intéressante de leurs 
travaux; là seulement ils abordaient l'inconnu, ils se 
trouvaient à environ 7il kilomètres du point extrême, 
qu'avaient jusqu'alors atteint les exploi^ateurs venus 
du nord, en remontant le fleuve Blanc. 

La rive orientale du Nyanza était habitée par la 
tribu guerrière et redoutée des Masaï (les Wamasaï) ; 
il ne fallait pas songer à prendre cett« direction. Les 



( 419 ) 

rapports des Arabes signalaient, au contraire, sur la 
rive occidentale, une route conduisant à travers les 
royaumes d'Uzinza et de Karagwéh, dans le pays 
d'Uganda, qui pour eux était le centre d'un certain 
commerce. C'est cette dernière voie que prirent les 
explorateurs anglais; ils traversèrent successivement 
les royaumes d'Uzinza, de Karagwéh, d'Uganda, 
d'Unyoro, riverains du lac. Ces pays sont relativement 
élevés par rapport au continent africain, et Speke 
évalue leur altitude moyenne à 1800 mètres. Les 
plaines sont hérissées de pics isolés; dans le Ka- 
ragwéh, les montagnes sont plus élevées ; elles se ser- 
rent en massif et appartiennent à ce système que Burton 
et Speke qualifièrent de Mmitdgnes de la Lune lors de 
leur premier voyage ; le mont M'fumbira, qui semble 
avoir plus de 3000 mètres, en est un des principaux 
sommets. De ces montagnes découlent vers l'est, dans 
la direction du Nyanaa, de nombreux cours d'eau qui 
alimentent un système de petits lacs communiquant 
entre eux, comme les lacs alpestres situés au pied de 
rOberland, en Suisse : tels sont les lacs Akenyard, Win?- 
dermère, Luckurow ( ce dernier donne naissance à 
Timportante rivière de Kitangulé, qui se jette dans le lac 
Nyanza. Ce lac, dont Textrémité méridionale atteint le 
8* degré de latitude S. , s'étend vers le nord, à peu près 
jusque sous l'équateur; il a environ 150 milles en lon- 
gueur et en largeur : il parait, ainsi que le lac Tsad, 
avoir occupé autrefois une plus grande étendue ; ses 
^aux sont douces, leur profondeur n'est pas très-consi- 
dérable, et, vers le nord, elles s'écoulent par un canal, 
auquel le capitaine Speke donna le n(»n de l'empereur 



( 420 ) 

Napoléon y tandis que la chute de h mèti*es qu'elles for- 
maient recevait celui du Comte de Ripon, président 
de la Société royale géographique de Londres, lors de 
l'organisation de l'expédition. 

Le fleuve qui sort ainsi du Nyanza, et qui lui sert 
d'écoulement, n'a pas moins de lAO mètres de largeur; 
il baigne successivement les pays d'Uganda, d'Usoga, 
des Ukidi et des Madi; selon Speke et Grant,- il n'est 
autre que le Bahr-el-Abiad, le fleuve Blanc, qu'ils re- 
trouvèrent à quelques journées de Gondokoro. Ils le 
suivirent jusqu'au delà du 2" degré de latitude N. , jus- 
qu'aux chutes de Karuma, que de son côté M. Miani, 
voyageur vénitien, prétend avoir atteintes en venant de 
Gondokoro, et qu'il identifie avec celles qu'il a nommées 
Meri ; mais, arrivés en ce point, laissant le fleuve faire * 
un détour vers l'ouest, ils continuèrent lenr marche 
vers le nord pour le retrouver à 70 milles (environ 25 
lieues) plus loin, dans le pays des Madi, où ils attei- 
gnirent l'établissement que M. De Bono avait fondé à 
quelques journées (30 à àO lieues) de Gondokoro, où 
ils arrivaient enfin le 15 février 1863, vingt-neuf mois 
après leur départ de Zanzibar ( t ). 

A ces acquisitions incontestables des vaillants voya- 
geurs anglais, qui font du Nyanza le grand réservoir 
d'alimentation du fleuve Blanc, il nous faut joindre 
deux informations bien importantes qu'ils recueillirent 
auprès des noirs, à savoir : 



(1) Le capitaine Speice a déterminé la position astronomique de 
Gondokoro, il trouve 4<» 54' 2" de latitude N. et 29* 26' 9" de longi- 
tude orientale du méridien de Paris. 



(421 ) 

Que vers le nord-ouest, le Nyanza communiquait par 
un étroit canal avec un autre lac que les voyageurs 
croieut être le Baringo des missionnaires Rrapf et 
Hebmann, et que de ce lac s'échappait une rivière ap- 
pelée AsiuZy qui allait rejoindre le fleuve Blanc en 
amont de Gondokoro, rivière qu'il convient peut-être 
d'assimiler à YAcioa de M. Miani ; 

De plus, que le fleuve sorti du Nyanza, dans son 
détour vers Touest, après la chute de Karuma, péné- 
trait dans un autre grand lac nommé le Luta N'zigé, 
et qu'il en sortait par son extrémité septentrionale. 

Vous le voyez donc, tout en reconnaissant que les 
capitaines Speke et Grant ont fait faire un grand pas 
, à la question de la recherche des sources du Nil en 
établissant que le grand lac de Nyanza était son bassin 
d'alimentation, il reste encore beaucoup à faire avant 
de pouvoir dire que les sources du Nil sont effective- 
ment découvertes. Il faut comparer le débit de la ri- 
vière Kitangulé à celui des autres cours d'eau qui peu- 
vent venir afiluer dans le Nyanza par sa rive orientale 
encore inconnue ; il faut achever la reconnaissance du 
coude que le fleuve fait vers l'ouest, après sa sortie du 
lac, explorer les lacs Luta N'zigé et Baringo, et surtout 
reconnaître la région située à l'ouest et au nord- ouest 
des monts Kenia et Kilimandjaro, dont les pentes peu- 
vent bien aussi, comme tout porte à le croire, envoyer 
quelque cours d'eau important au fleuve Blanc et au 
Nyanza. 

Tournons maintenant nos regards vers le bassin du 
Zambèse, où nous appelle le docteur Livingstone. Vous 
n'ignorez pas que, dans une première expédition tentée 



( 422 ) 

pour remonter la rivière Rufuma, au nord du Zambèse, 
cet intrépide pionnier de la science géographique 
avait trouvé cette rivière tout à fait impropre à la navi- 
gation. Cette année (1862), dans une seconde expédi- 
tion entreprise pour s'assurer si la Rufuma n'était pas, 
comme on l'affirmait, le canal de déversement du grand 
lac N'yassa, il a pu s'assurer que cette information 
était fausse et que le fleuve avait son origine dans un 
plateau élevé et non pas dans le lac. 

D'ailleurs ce lac N'yassa ne paraît avoir d'autre écou- 
lement que la rivière Shiré ; ses eaux vont rejoindre le 
Zambèse en formant de nombreuses chutes qui rendent 
cette rivière innavigable. L'infatigable voyageur, après 
avoir de nouveau pénétré jusqu'au Zambèse supérieur 
avec son frère Charles, a reconnu que l'insalubrité des 
rives de ce grand fleuve rendait tout établissement 
européen impossible. Selon lui, ce ne serait que sur le 
plateau d'où descend le Shiré, dans le voisinage du lac 
N'yassa, que la bonté du climat, l'extrême fertilité du 
sol, la richesse de ses productions, principalement en 
coton, feraientconcevoirlapossibilitéd'un établissement 
pour les blancs ^ mais ici s'offre un autre danger, c'est 
l'état de guerres continuelles dans lequel vivent les 
différentes tribus de cette région de l'Afrique australe. 
Chaque village y est sans cesse exposé à des invasions 
qui se résument par la mort ou l'esclavage de ses ha- 
bitants, l'incendie et la ruine de leurs demem-es. Ce 
qui doit surtout attirer l'attention de nos hommes 
d'État sur les malheureuses contrées qui avoisinent le 
lac N'yassa, c'est le développement qu'y a pris le com- 
merce des esclaveSiill tend à convertir en un désert 



( 428 ) 

aride un pays qui ne demande qu un peu de soin pour 
donner à Thomme les productions les plus riches et 
les variées. 

Les espérances dont je vous faisais part Tau dernier 
sur l'avenir de nos relations avec Madagascar à Tavé- 
nement du roi Radama II se sont malheureusement 
évanouies avec la révolution qui a coûté la vie à cet 
infortuné prince. La mission commerciale et scienti- 
fique française, dirigée par M. le capitaine de vaisseau 
Dupré, qui comptait parmi ses membres un de nos 
confrères, M. Charnay, a dû rentrer à Bourbon, atten- 
dant un moment plus opportun. Espérons que le jour 
n'est pas loin où triompheront les intérêts de toute 
sorte qui lient la France à la grande île malgache. 

Sur la côte occidentale d'Afrique, la région équato- 
riale que baignent le Gabon etl'Ogobai continue à fixer 
depuis quelque temps, et à juste titre, l'attention des 
géographes et des explorateurs. Cette fois, sur ce point 
du moins, la France aura devancé son heureuse rivale 
dans la voie des découvertes. Je n'ai pas à vous rap- 
peler les services rendus par les officiers de notre ma- 
rine , leurs travaux vous sont connus, mais je dois 
vous entretenir d'une nouvelle excursion entreprise 
par MM. Serval, lieutenant de vaisseau, et Griflbn du 
Bellay, chirurgien de la marine, sur le fleuve Ogo- 
bai ou Ogo-Wai, qui se jette dans l'Océan au-dessous 
du cap Lopez par un delta marécageux, sur lequel 
M. Du Chaillu nous avait déjà donné quelques rensei- 
gnements. 

Ces deux officiers ont, en juillet 1862, pénétré dans 
rOgobai par Tune de ses embouchures, la rivière de 



Nazaré (Nazareth des cartes, vers le 0* 35^ de lat S.)* 
Ses rives parurent d'abord à demi-submergées, cou- 
vertes de palétuviers et entrecoupées de canaux envahis 
par une sorte de lotus blanc ; la vie animale semblait 
avoir abandonné ces mornes] solitudes aquatiques. 
Plus au loin, on entre dans le fleuve lui-même ; alors 
le paysage change, et une magnifique perspective 
s'offre à la vue de l'explorateur. Aux palétuviers se 
mêlent d'abord, et bientôt succèdent entièrement des 
pandanus, des yucca, et surtout le palmier à huile. 
Quant au fleuve, il acquiert de l'étendue aux dépens 
de sa profondeur ; il ne peut être remonté qu'en canot, 
son lit est d'ailleurs embarrassé d'îles et de bancs de 
sable. Sur les bords s'élèvent de nombreux villages, 
tels sont ceux de Dambo, d' Aroumbé, de Gamby, d'At- 
chadka, d'Igané, de Lombé, habités par des races qui 
se disent différentes, quoique ayant probablement la 
même origine ; la plus nombreuse est la race galoise (1). 
Autour de chacun de ces villages, on retrouve les 
mêmes cultures alimentaires qu'au Gabon, bananes, 
manioc, papayes, arachides et cannes à sucre, la grande 
végétation y est également la même ; mais il est à re- 
marquer que, dans les belles forêts qui accompagnent 
les deux rives de l'Ogob^, on ne retrouve ni les ma- 
gnifiques fougères arborescentes, ni les bambous gigan- 
tesques qui donnent à l'Amérique équatoriale un ca- 
chet particulier* 

En dehors des plaines marécageuses, le sol est argi- 
leuxy rougeâtre, empâté de rognons ferrugineux, quel- 

(I) Les Galons ou N*galoas de la carte de Do Chaillu. 



( A25 ) 

quefois il fait place à la marne et des masses calcaires 
percent de loin en loin. 

M. Griffon du Bellay a donné une relation de ce 
voyage (l)» il entre dans de curieux. détails sur le lac 
Jouanga, lac mystérieux qui renferme les îles Sacrées, 
sanctuaire de la religion des tribus galloises. Il com- 
niunique avec l'Ogobai par le Rembo N'goumo, canal de 
300 mètres de largeur sur 2 kiloniètres de longueur. 

Parsemé d'îles, découpé sur ses bords de mille fa- 
çons diverses, le lac Jouanga par la magnificence de 
son aspect échappe à toute description : ses eaux, 
profondes de A à 6 mètres, sont claires et limpides et 
tranchent sur les eaux toujours rougeâtres de l'Ogo- 
bai ; sur ses bords, des milliers d'arbres, sans doute 
inconnus des botanistes, forment d'épais massifs de 
verdure ; au fond de ses anfractuosités. tombent, en 
grondant, les eaux torrentueuses qui descendent des 
hauteurs voisines ; au dernier plan de l'horizon s'éta- 
gent les monts Ashau-Kolo au delà desquels commence 
l'inconnu (2). 

Une seule des îles Sacrées est habitée, c'est celle 
d'Arounbé. Lorsque MM. Serval et Griffon du Bellay y 
abordèrent, ils furent accueillis par une dizaine d'en- 
fants voués au culte des fétiches. Ils étaient vêtus d'un 
pagne rouge retenu sur les hanches par une ceinture 
de perles blanches et retombant au-devant du corps 
comme un court tablier; ce pagne était orné d'ara- 

(1) Voyez la Revue maritime et coloniale de septembre et octobre 
1863. 

(2) C*e8t au delà de ces montagnes et vers le snd-est que se trouve 
le pays des Âshira et des Apingi, vi&ité par Pu Chaillu. 

VI. DÉCEMBRE. 5. 28 



( 426 ) 

besques, les unes de perles, les autres faites avec une 
sorte de chenille de paille rouge ; à son bord flottant, 
qui était sinueux et comme festonné, pendaient des 
grappes de perles bleues et des sonnettes qui tintaient 
au moindre mouvement. La poitrine de ces jeunes féti- 
ches était couverte de colliers de grosses perles de 
toute couleur pendus au cou ou passés en sautoir, 
quatre gros bracelets de cette même chenille rouge 
leur serraient les bras et le haut des jambes ; aux poi- 
gnets et au-dessus des chenilles, des anneaux de cuivre 
brillant ajoutaient leur cliquetis au tintement des son- 
nettes. 

Accompagnés de ces lévites d'un nouveau genre, les 
deux voyageurs furent conduits au roi Yondogowiro. 
Celui-ci parut bientôt revêtu de son habit de cérémo- 
nie, ce n'était rien moins qu'un uniforme de canonnier 
encore revêtu des galons de caporal de son premier 
maître, un pagne en lambeaux ; un vieux chapeau de 
paille complétaient le costume de cette majesté afri- 
caine. Près de lui se tenait sa fille, jeune négresse 
d'une vingtaine d'années, dont la coiffure mérite une 
description particulière, qui donnera une idée du haut 
goût qui préside, sous l'équateur, à la parure des 
dames. Qu'on imagine des cheveux d'un noir de jais 
séparés sur le milieu du front et disposés d'abord en 
bandeaux, mais se relevant bientôt à la hauteur des 
tempes pour former de chaque côté de la tête des ailes 
très-larges ornées de clous dorés semblables à ceux 
des tapissiers, et terminées en deux pointes de crois- 
sant, qu'elles fermaient par deux longues boucles 
d'ivoire découpées à jour* 



(427) 

MM. Serval et Griffon du Bellay furent bien accueillis 
par le roi des îles Sacrées, qui leur fit visiter ses États, 
deux heures suffirent pour les parcourir. Il n'épargna 
aucune conjuration en leur faveur. Debout dans sa 
pirogue, mal assuré sur ses jambes amaigries, il agitait 
d'une main la sonnette, emblème de son autorité reli- 
gieuse, de Fautre il émiettait dans le lac une galette 
de biscuit, adressant aux génies une naïve invocation ; 
puis il remplit sa bouche d'eau-de-vie et la jeta au vent, 
par un mouvement d'aspersion qui fit participer ses 
voisins à ces libations d'un nouveau genre. Cet acte 
solennel ne s'accomplit cependant pas sans qu'il ingur- 
gitât pour son propre compte une partie de l'offrande, 
il prélevait ainsi la dirae. Pendant la cérémonie, sa fille 
fumait sa pipe avec toute l'insouciance d'une con- 
science tranquille. Mais laissons ces tableaux que nous 
retrouverions à chaque pas dans l'Afrique inconnue, 
ajoutons seulement que MM. Griffon du Bellay et Ser- 
val, auxquels nous empruntons ces détails, ont rap- 
porté de leur excursion sur l'Ogobai des notes inté- 
ressantes à plus d'un titre, que la science et l'histoire 
naturelle y trouveront leur compte. 

Cette région équatoriale commence d'ailleurs à nous 
être mieux connue ; un jeune Anglais que nous sommes 
heureux de compter au nombre de nos confrères^ 
M. Winwood Reade, dans le courant de 1861-1862, a 
remonté la Gomo, l'un des bras du Gabon, plus loin 
qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent, il a atteint les 
cataractes formées par les premiers échelons de la 
Serra de Cristal (les montagnes de Cristal des Portu- 
gais, le N'ingo M'pala des Pahouins-Fans); il s'est égale- 



(428 ) 

ïnent avancé sur le Rembo-Ovenga, jusqu'au village 
de Gombi, Tune des stations de Du Ghaillu, et hâtons- 
nous de dire que s'il rectifie, sur plusieurs points, les 
renseignements donnés par ce dernier, sur d'autres, il 
est venu à propos pour en confirmer la véracité. 

Les nègres de la côte du Gabon peuvent se diviser 
en deux classes les M'ponguéetlesBanga, les premiers 
habitent les rives du fleuve, et les autres dans les îles 
qui avoisinent Corisco et le Rio-Munda. Leurs tribus 
ont le monopole du commerce avec les Européens, et 
sont les intermédiaires obligés de ceux-ci avec les nè- 
gres de l'intérieur qu'ils méprisent. Ils ont depuis 
longtemps abandonné l'industrie naturelle de leurs 
ancêtres, et tirent du commerce d'échange, seul, tous 
les articles nécessaires à leur existence. Leur langue 
est d'ailleurs douce et mélodieuse, et pourrait, dit 
M. WinwoodReade, être appelée Y italien de l'Afrique. 

Les tribus de l'intérieur peuvent se diviser en trois 
classes : les Shékiani, les Baléelé ou Bakalais et les 
Rafanh, Pahouins ou Fans. 

Les Bakalais sont les plus nombreux ; ils ont un as- 
pect plus terrible que leurs voisins les Shékiani ; les 
Fans viennent certainement des hauts plateaux de l'in- 
térieur ; ils ont suivi le cours du Como, l'un des deux 
bras principaux qui forme l'estuaire du Gaboja. Ils sont, 
en effet, cannibales, comme l'assurait Du Ghaillu, ils 
mangent leurs prisonniers de guerre et ceux qui sont 
accusés de sorcellerie ; les vieillards ont seuls droit à ce 
festin envié de tous ; au chef de village appartient de 
droit la tête de la victime. Je ne m'étendrai pas davan- 
tage sur ce sujet ; l'ouvrage de M. Winwood Reade 



( 429 ) 

que vous aurez bientôt sous les yeux (1) vous présen- 
tera, sur les contrées arrosées par la rivière Munda, 
le Gabon et le Rembo-Ovenga, de nouveaux et d'utiles 
renseignements qui viendront s'ajouter à ceux que nous 
devons déjà aux officiers de notre marine impériale. 

Aucun des trois cours d'eau que je viens de nommer 
ne parait venir de bien loin dans l'intérieur ; il n'en 
est pas de même de l'Ogobai, qui au delà du delta 
marécageux de ses embouchures, conserve une largeur 
moyenne de 2500 mètres, et cela l'espace de 60 lieues 
en remontant jusqu'à la réunion des deux grandes 
rivières Okanda et N'gounay qui le forment. La pre- 
mière, qui paraît la plus considérable, vient du nord- 
est, probablement de la région élevée ou du massif 
montagneux qui, au centre de l'Afrique encore incon- 
nue, donne naissance aux tributaires du Tsad et peut-être 
même à l'un des affluentsdu Nil. Cette hypothèse hardie 
serait encouragée par ce fait que le roi de Dambo aurait 
dit à M. Griffon du Bellay qu'un de ses esclaves était 
originaire du Wadai, et qu'il était venu de l'intérieur à 
Dambo en suivant le cours de l'Ovenga ou Ogobai supé- 
rieur. Signalons donc la voie nouvelle qu'offre l' Ogobai 
aux explorateurs futurs de l'Afrique équatoriale. 

Il faut bien aussi vous entretenir du docteur Baikie , 
l'infatigable explorateur du Niger et de laTchadda. Il 
a reconnu la séparation des bassins du Binué et du 
Niger ou Kouara, et il a parcouru, jusqu'au lac Tsad, 
en août 1862, la partie sud-est du royaume de Kano, 
qui est encore peu connue. Il a préparé huit nouveaux 

(1) Savage AfricOy by Winwood Reade, 1 vol. in-S, avec caries et 
gravures. 



( ASO ) 

vocabulaires, il a visité trente tribus différentes du 
Soudan central: enfin, ce dont tous les géographes 
lui sauront gré, il a recouvré une partie des papiers 
du caporal Maguire (M'Guire), un des compagnons 
de Vogel, et il a rencontré des traces du passage de ce 
tant regrettable voyageur. 

Pour en terminer avec l'Afrique, je vous signalerai 
encore deux nouvelles entreprises dont la côte occi- 
dentale est en ce moment le théâtre : celle de M. Paul 
Du Ghaillu au Gabon et celle de M. Jules Gérard dans 
la Guinée septentrionale. 

Que vous dirai-je, messieurs, des deux Amériques? 
Tandis que le silence se fait de nouveau, et pour long- 
temps peut-être, dans ces solitudes glacées qui doivent 
à la catastrophe de John Franklin une triste célébrité, 
le clairon des combats résonne des bords de l'Atlan- 
tique à ceux du grand Océan. Aux États-Unis, au 
Mexique, parmi les États de l'Amérique Centrale, dans 
les républiques Colombiennes, au Chili, au Pérou, la 
guerre ou les préoccupations guerrières sont à l'ordre 
du jour. Cet état de choses n'est malheureusement pas, 
il faut l'avouer, favorable au développement de la 
géographie et aux explorations scientifiques, vous le 
déplorerez avec moi au double point de vue de l'huma- 
nité et de la science ! 

M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, notre confrère, 
que ses études ethnologiques et archéologiques rappe- 
laient au Mexique, après avoir été une première fois, 
forcé d'ajourner son voyage au Yucatan, s'était rendu, 
au printemps dernier, à Guatemala ; de cette ville, il se 
proposait de pénétrer dans le Honduras, une des parties 



( 431 ) 

de r Amérique-Centrale les moins étudiées. Mais, arrêté 
sur les confins de cette république et de celle du Gua- 
temala, il ne lui a pas été permis de passer outre, et 
il a dû revenir en Europe, remettant à des temps meil- 
leurs la continuation de ses recherches. 

Un autre de nos confrères, M. le docteur Martin (de 
Moussy) a été plus heureux ; après un séjour de dix-huit 
mois sur les bords de la Plata et à Buenos- Ayres, il a 
pu revenir parmi nous, riche de nombreux documents 
oflSciels, et il s'occupe activement de la publication du 
troisième volume de sa Description de la république 
Argentine^ et de Tatlas qui doit accompagner cette 
importante publication. Une partie notable de ce vo- 
lume sera consacrée à TÉtat de Buenos-Ayres, qui 
s'était isolé pendant quelques années de la Confédéra- 
tion argentine. 

A propos de ce dernier État, je dois signaler à votre 
attention un modeste, mais très-utile ouvrage, déposé 
sur notre bureau dans la dernière séance de la Çonimis- 
sion centrale, par M. Alberdi, notre confrère, au nom 
de M. G. A. de Posadas ; c'est la réunion en un seul 
volume de l'Annuaire des postes de Buenos-Ayres des 
cinq dernières années. Vous y trouverez des documents 
géographiques officiels d'une certaine importance, prin- 
cipalement des itinéraires précieux pour ceux qui vou- 
dront visiter cet État (1) et une carte postale dressée 
par Nicolas Grondona, ingénieur de la république. 

Parmi d'autres travaux utiles qui, dans l'Amérique 

(1) Annuario de la administracUm gênerai de oorreos por el admi' 
nislrador gênerai (G. A. de Posadas). Buenos-Ayres, 1859, 60, 61, 
62, 63, in-8<>. 



( 452) 

du Snd, contribuent à ravancement graduel de la 
science géographique, je ne dois pas omettre ceux de 
rinstitnt historique, géographique et ethnologique 
du Brésil. Dans le dernier volume qui nous soit par- 
venu des mémoires de cette savante association (1) , 
vous trouverez de bons renseignements sur les indi- 
gènes du Brésil, sur l'itinéraire de Belem à Mato 
Grosso, et une note sur l'existence d'un cours d'eau 
souterrain, voisin de la ville de Simon-Diaz, dans la 
province de Sergipe. Vous n'ignorez d'ailleurs pas 
que les côtes de cet empire ont été l'objet d'études 
hydrographiques très-suivies de la part d'un de nos 
oiTiciers de marine les plus distingués, de M. le capi- 
taine de frégate Mouchez, qui a déterminé les longi- 
tudes chronométriques des points principaux de la 
côte, en les rapportant au premier méridien de Rio- 
Janeiro. 

Quant h ce qui regarde les États baignés par l'océan 
Pacifique, je vous rappellerai que le Chili fait exécuter 
en ce moment une grande carte semi-topographiqne 
en plusieurs feuilles et que M. Mariano Felipe Paz 
Soldan vient de publier le second volume de son 
Compendio de Geografia. Le volume précédent était 
entièrement consacré à la description du Pérou ; celui-ci 
forme à vrai dire un ouvrage à part, il renferme un 
manuel de géographie générale mathématique, phy- 
sique et politique, qui rendra des services dans les 
écoles de ce pays auxquelles il parait destiné. 

Un autre ouvrage pratique, mais qui, cette fois, 

(1) Revista tr%men$al do insUtuto, /itstortco, geografico, e ethnogrch 
fico do BratU, t. XXIII, 1860. 



{ 43S ) 

s'adresse aux marins et aux voyageurs, esile Derrotero 
de la Costa del Perut de M. le capitaine de vaisseau 
Aiirelio Garcia y Garcia. C'est une bonne description 
géographique, physique et hydrographique de la côte 
du Pérou, du troisième au vingt et unième degré de 
latitude méridionale; l'auteur y entre dans d'utiles 
détails relativement aux ports principaux de ce pays. 

Mais la plus importante exploration exécutée cette 
année dans l'Amérique du Sud est certainement celle 
de la mission scientifique espagnole. Arrivée à Buenos- 
Ayres, sur la frégate à hélice Resolucion, elle a tra- 
versé le continent américain par les Pampas et les 
Andes, et s'est rendue à Valparaiso par Mendoza et 
San-Felîpe. Les principaux membres de cette mission 
sont M. le capitaine de vaisseau Patricio Paz y Men- 
vîela, président, et MM. le D' Manuel Almagro, Ferdi- 
nand Amor et Jean Isern. Aux dernières nouvelles qui 
nous étaient parvenues, nous apprenions que les deux 
premiers avaient commencé leurs investigations dans 
la province de Valparaiso, M. Amor s'était dirigé vers 
les régions minières du nord, et M. Isern se proposait 
d'explorer les forêts presque encore vierges du sud. 
L'amiral Pinzon, qui commandait la fvègdXQ Resolucion^ 
était venu les rejoindre à Valparaiso avec la corvette à 
hélice Triunfo et la goélette à vapeur Covadunga. C'est 
là un fait remarquable dans les annales des explora- 
tions scientifiques. Il y avait bien longtemps que l'Es- 
pagne avait envoyé une mission savante au delà de 
l'Atlantique. 

Au Mexique, nous en sommes toujours à attendre que 
l'état de choses permette à nos ofiîciers de se livrer à 



( AS& ) 

des reconnaissances topographiques qui compléteront 
on rectifieront les cartes que nous avons déjà. Les tra*- 
vauz géodésiques dans ce pays serviront certainement 
les intérêts de la géographie, et nous faisons des vœux 
pour qu'ils soient étendus aussi loin que possible. Nous 
devons du reste à un Allemand de beaucoup de mérite, 
M. H. Brandt, de bons travaux sur la partie méri- 
dionale de la province de Mexico, sur les États de 
Chiapas et de Tabasco, et il réunit tous les éléments 
d'une carte générale qui résumera l'ensemble de ses 
récents travaux. 

II est d'ailleurs à souhaiter qu'aujourd'hui que 
Tordre et le calme renaissent dans la capitale du 
Mexique, les membres dispersés de la Société de géo- 
graphie de Mexico puissent reprendre leurs travaux, 
qui ne sont certainement pas sans importance. 

D'après le rapport (1) qui nous a été adressé par 
Don José Gualupe Romero« secrétaire de cette associa- 
tion, vous avez pu voir que pendant Tannée 1862, elle 
n'était pas restée oisive ; le tome VIII de son BulUtin 
est riche en documents géographiques, statistiques et 
ethnographiques. 

Vous retrouverez dans les pubUcatioss offioielles 
du gouvernement des États-Unis {Report of Survey)^ 
dans celles de la Société smithsonienne {Smithsonicm 
Institut) et de T Institut Franklin, les témoignages au 

(1) Besena de lo« WàtMijos scientifico^ de la Sociedad mexicçtna de 
geografia y estadistica en 1862, letda en su primera sesion da 1863. 
Mexico, 1863. Voyez aui Nouvelles Annales des Voyages dejaillet 1863, 
page 115, le sommaire de ce rapport et les titres des mémoires qui 
ont été communiqués à la Société mexicaine. 



( A85 ) 

zêie laborieux qui aninte les savants américains, et 
^vous reconnaîtrez que la géographie y a toujours une 
SLmple part. M. F. V. Hayden a donné dans les Mémoires 
de la Société philosophique de Philadelphie y un bon 
essai sur l'ethnographie et la philologie des tribus in- 
diennes de la vallée de Missouri ; il y a joint des 
cartes in.4° et des planches propres à Télucidation de 
son texte (1) . 

Enfin parmi les cahiers qui vous sont parvenus des 
Proceedings, de la Société de géographie et de statis- 
tique de New- York (2), vous avez remarqué Tarticle 
que M. J. Banward a consacré au cours du Mississipi ; le 
rapport de M. F. Hall sur les débris par lui retrouvés 
de l'exploration polaire de Frobisher, et la note de 
M. Bushnellsur l'Afrique équatoriale. Quant aux publi- 
cations géographiques dont le théâtre de la guerre a été 
l'objety je ne saurais vous les énumérer toutes, la plu- 
part d'ailleurs m'ont paru laisser beaucoup à désirer 
sous le rapport de l'exécution, 

Dans l'Amérique anglaise c'est toujours vers les rives 
de la Colombie et sur les bords du Fraser, que se porte 
l'attention des géographes; \h des centres de popula^ 
tion surgissent chaque jour, la colonisation de ce riche 
pays se régularise et s'étend peu ^ peu vers l'intérieur; 
on y établit même des chemins de fen A Victoria, 
siège du gouvernement, dans Tîle de Vancouver, il y ft 
cinq ou six églises dont une catholique ; on y publie un 

(1) Transaction oftheamericanphilosophical Society for promoling 
useful knowîedge, part. 2. Philadelphie, iD-4. 

(2) Prœeedmgs ofthe americanGeographicai and statistical Society 
of New-York^ 1862-1863, cahier» i, 2 et 8. 



( 436 ) 

journal. Esquimalt, Nanaimo, sont les deux autres 
centres de population de l'île. Les Indiens, qui appar- 
tiennent à la grande tribu des Têtes-Plates, sont doux 
et pacifiques; on évalue à 20000 ceux qui résident à 
Vancouver. A 15 milles de Tembouchure du Fraser et 
sur la rive droite, se trouve New-Wesmioster, ville 
naissante qui n'a guère encore qu'une rue et quelques 
maisons éparses çà et là. Les places et les rues n en 
sont pas moins jalonnées, et il ne faudra pas un long 
espace de temps pour qu'à cet embryon de cité succède 
une grande ville populeuse et commerçante. A un mille 
plus haut est Royal-Engineers-Camp, village qui s est 
formé près du quartier général du corps du génie an- 
glais; c'est là que réside le vice- gouverneur ; c'est 
encore là que se prépare la grande carte topographique 
de la nouvelle colonie. En remontant encore le Fraser, 
on rencontre les forts Hope et Yale, près desquels se 
sont créés des villages. Le dernier a une grande impor- 
tance, parce qu'il se trouve au point où la navigation du 
Fraser cesse, et où commencent les routes de terre, 
vers l'intérieur; on y trouve de nombreux magasins 
bien approvisionnés pour la vie du squatter et du mi- 
neur. A 15 milles au-dessus du fort Yale on a jeté un 
grand pont suspendu, long de 80 mètres, sur le Fraser, 
c'est un objet continuel d'admiration pour les Indiens. 
Je dois encore rappeler que la rivière Strickin, qui se 
jette dans le grand Océan vis-à-vis de l'île du duc 
d'York, sur la limite des possessions russes, a été ex- 
plorée l'espace de 190 milles anglais, on y a découvert 
des gisements d'or, dont le produit ne paraît pas de- 
voir être inférieur à ceux du Fraser. Toute la contrée 



(âS7 ) 

qui Favoisme a, été érigée en un nouveau district co- 
lonial, sous le nom de Territoire du Strickin^ et avant 

« 

peu ce point encore ignoré de F Amérique du Nord aura 
été entièrement exploré et étudié. Au Canada ce sont 
les sources inépuisables d'huile minérale qui ont oc- 
cupé l'attention publique, et leur surprenante abon- 
dance a éveillé l'attention des géologues sur la con- 
stitution particulière du bassin d'Enniskilden. 

Enfin, je ne quitterai pas les rivages américains sans 
vous rappeler qu'un essai doit être fait par une com- 
pagnie anglo-danoise pour l'établissement d'une colonie 
sur la côte orientale du Groenland. Vous n'ignorez pas 
qu'il en exista jadis de très-florissantes sur cette même 
côte, elles avaient été fondées par les Islandais ; es- 
pérons que les conditions physiques et naturelles de 
cette partie de la côte groenlandaise n'auront pas 
changé depuis le x** siècle, et que la nouvelle compa- 
gnie, à la tête de laquelle se trouve M. J. W. Tayler, 
saura aussi prospérer. 

Comme l'Afrique, l'Australie offre un champ iné- 
puisable aux explorateurs. 

Je vous signalais, dans mon précédent rapport, l'ex- 
ploration de M. Walker dans la direction autrefois 
suivie par Leichhardt, et la triple traversée du conti- 
nent faite, dans sa partie orientale, par Burke, Gray et 
Wills, par Mac Kinlay, par Landsborough. J'ai cette 
fois à constater la réussite de la troisième tentative de 
Mac Douait Stuart, dans le même but. 

On ne peut suivre ce voyageur dans son trajet d'Adé- 
laïde au golfe de Van-Diemen, sans admirer la con- 
stante persévérance avec laquelle il a su triompher 



( i88 ) 

des obstacles que la nature capricieuse du pays lui 
opposait. Une première fois, en 1860, Stuart avait dû 
s'arrêter à la hauteur du 19" degré de latitude australe, 
à moitié chemin d'une côte à l'autre, et dans la direc- 
tion du 132" degré de longitude orientale du méridien 
de Paris ; dans son second voyage , il s'avança de 
120 milles plus loin, jusque sous le 17* degré ; là d'im- 
pétrables buissons de fourrés épineux, et aussi le man- 
que d'eau, l'épuisement de ses provisions, le contrai- 
gnirent encore une fois au retour. Mais, en 1862, 
reprenant la même route avec une obstination que 
l'on ne saurait trop louer, il tourna l'obstacle et gagna 
les bords de la JRoper Biver, et atteignit la baie Cham- 
bers, située sur le golfe de Van-Diemen, en face de 
nie de Melville. La région qu'il traversa en dernier 
lieu, est connue sous le nom de Terre d'Arnheim, il la 
dépeint comme très-propre à la colonisation, et déjà 
nous apprenons qu'une compagnie particulière, partie 
d'Adélaïde, y a transporté, en avril dernier, du bétail, 
des chevaux et tout le train nécessaire à un nouvel 
établissement. 

Tandis que cette partie du continent nord-australien, 
situé à l'ouest du golfe de Garpentarie, parait devoir 
bientôt se coloniser, l'autre partie, la partie orientale, 
est parcourue par les explorateurs venus de la jeune 
et déjà importante colonie de Queens'land, et, avant 
peu, elle verra surgir des établissements, des fermes 
et des centres de population qui s'étendront de Bris- 
bane aux bords du golfe de Van-Diemen« 

Quant à l'Australie occidentale, M. Leroy, de retour 
à York, le 31 juillet 186S, d'une excursion vers l'est 



( &89 ) 

de deux mois, a reconnu que les pays qu'il avait par* 
courus manquaient presque entièrement d'eau, qu'il 
n'y avait pas de gibier, et qu'ils étaient déserts, ce qui 
ne laisse que peu d'espoir pour la colonisation du sud 
de l'Australie occidentale. 

Vous le voyez^ l'esprit colonisateur et d'entreprise 
de nos voisins a porté bien des fruits en Australie, de- 
puis le jour où le premier navire anglais déposait sur 
la plage de Botany-Bay les convicts que la mère patrie 
rejetait de son sein. Aujourd'hui, cinq colonies: la 
Nouvelle-Galles du sud, l'Australie méridionale, l'Aus- 
tralie occidentale , la colonie de Victoria , celle de 
Queens'land, auxquelles il faudra bientôt joindre celle 
de l'Australie septentrionale, sont en pleine prospérité. 
Elles ont chacune un gouvernement, une administra- 
tion qui leur est propre, leurs richesses en troupeaux, 
leurs productions en laines, en cuirs, sontconsidérables. 
Elles auront un grand poids dans la balance commer- 
ciale de l'Europe, lorsque leurs produits pourront par- 
venir sur nos marchés par la voie des escales de l'ar- 
chipel Indien et par le canal de l'isthme de Suez. 

Si dans la Nouvelle-Zélande du nord, l'autorité an- 
glaise est momentanément compromise par le soulève- 
ment des indigènes qui habitent la partie septentrionale 
et occidentale de la province d'Auckland , dans Tîle du 
sud, la colonisation fait de rapides progrès. La pro- 
vince d'Ottago a dû à ses gisements aurifères un déve- 
loppement qui rappelle celui des placers australiens ; 
et au sud de cette province, il s'est formé un nouveau 
territoire colonial, sous le nom de Souihland^ dont la 



( &A0) 

capitale, InvercargiU, sur le détroit |le Foveaux» est 
admirablement aituée pour le commerce. 

Du reste, ce pays à encore été, cette année, le ihéA- 
tre d'une heureuse exploration scientifique de la part 
de M. Julius Haast, le zélé et infatigable géologue de 
la province de Ganterbury. Il a exploré les lacs Havea 
et Wanaka, ainsi que les glaciers et les rivières qui les 
forment; il a découvert, en remontant la vallée de la 
Makarora, un papsage qui permettra de . franchir les 
Alpes néo-zélandaises pour se rendre de la côte orien- 
tale à la côte occidentale, et dont la plus grande alti- 
tude ne dépasse pas A 90 mètres. . 

Enfin, Christchurcb, chef-lieu de la province de 
Canterbury, a vu se former dans son sein une associa^ 
tion savante, le Philosophical Instituiez qui, bientôt, 
nous l'espérons, recueillera, pour les répandre au loini 
tous les renseignements et les matériaux qui pourront 
intéresser la géographie, la géologie, l'histoire natu- 
relle de cette terre antipodique. Déjà vous avez eu sous 
les yeux une grande carte de cette même province de 
Canterbuiy dressée par J.[S. Browning, du Survey 
office, avec l'indication des explorations des docteurs 
Julius Haast et Hector, et vous avez pu y remarquer 
le carroiment d'une grande carte topograpbique de la 
province, à l'échelle d'un pouce par mille, qui n'aurait 
pas moins de 114 feuilles. Ajoutez à ce document le 
bel ouvrage que nous devons à M. Ferdinand de Hoch- 
stetter (1), qui a pour principal objet la description 
physique et naturelle de la grande île du nord, enfin 

(1) Newe Seeland Yon I)octor Ferdinand von HochsteWeri 1 roi. in-4, 
Stuttgard. . 



( ai ) 

Tatlas en six feuilles (1), que M. Aug. Petermann a 
dressé pour Tarchipel entier, et qui renferme toutes 
les récentes acquisitions scientifiques que nous devons 
à MM. Hochstetter, Julius Haast et Hector, vous pour- 
rez vous convaincre des progrès qu'a faits dans ces 
dernières années la géographie de la Nouvelle-Zélande. 

C'est avec raison que je vous disais, l'an dernier, que 
l'envoi de M. le capitaine Guillain, comme gouverneur 
de la Nouvelle-Calédonie, devait nous faire bien au- 
gurer des progrès de la reconnaissance géographique 
de l'intérieur de l'île. 

Par son ordre, M. le lieutenant de vaisseau Cham- 
beyron, dont vous connaissez déjà les explorations an- 
térieures, a effectué au commencement de cette année 
une reconnaissance de la partie méridionale de la Nou- 
velle-Calédonie, et des sentiers à l'aide desquels les 
naturels la traversent d'une côte à l'autre. lia reconnu 
la rivière des Kaoris, qui prend sa source dans un 
petit lac de l'intérieur, et qui vient se jeter dans la 
baie du sud, après un parcours de 18 à 20 kilomètres; 
sa largeur moyenne est de 8 à 10 mètres, et, vers le 
milieu de son parcours, elle forme trois chutes succes- 
sives de 20 mètres de hauteur totale. Ses bords sont 
fertiles, surtout dans le voisinage de son embouchure 
où sont établis les Tuaourou, qui cultivent les ignames, 
les taros, les patates douces, les bananes, le maïs et 
la canne à sucre. M. le lieutenant Gbambeyron est ren- 

(!) Geologisch'Topographischer Atlas van NeuihSêeland, hearbeitet 
von Doctor Ferdinand von Hochstetler un Doctor Aug. Petermann, 
Sechs Kanen. Gotha, 1863. 

VI. DÉCEMBRE. 6. 20 



( &A2 ) 

tré à Port-de-France, après avoir heureusement accom- 
pli la mission dont il avait été chargé. 

Un lieutenant d'infanterie de marine, M. Bourgey, a 
ramené en cinq jours, de Napoléonville, sur la baie de 
kanala, à Port-de-France, un détachement de SO hom- 
mes ; il a donné, de cette traversée d'une côte à l'autre 
de la Nouvelle-Calédonie, une intéressante relation, de 
laquelle il résulte que la chaîne de montagnes qui sert 
d'arête à l'Ile, est plus rapprochée de la côte orientale 
que de la côte occidentale, vers laquelle elle projette 
une série de contre-forts, qui forment des vallées suc- 
cessives au fond desquelles grondent des torrents qui 
donnent naissance à des rivières, la plus importante 
de ces dernières est la Tontouta, large d*environ 
80 mètres au point où il la traversa. Les indigènes 
vivent dans des villages isolés les uns des autres, cha- 
cun représentant, pour ainsi dire, le chef- lieu d'une 
tribu. Les villages que M. le capitaine Bourgey rencon- 
tra sur sa route, que l'on peut évaluer à 138 kilo- 
mètres, sont ceux de Quindé, de Bouno, de Moinbo, 
d'Ouseï, de Mindjéreno, de Népidjaou ; le plus impor- 
tant est celui de Bouno : placé dans une situation ma- 
gnifique, sur une petite éminence, il se compose d'en- 
viron soixante cases, bien aérées et bien entretenues, et 
sa population peut être évaluée à 600 habitants. 

Partout sur le passage de la petite colonne, les habi- 
tations étaient vides; les naturels s'étaient d'abord 
enfuis dans les bois, et il ne fallut rien moins que les 
paroles de paix et les présents de l'ofQcier français pour 
persuader aux chefs qu'ils avaient affaire à des hôtes et 
non pas à des ennemis. 



( A&3 ) 

M. le capitaine Guillain a, d'ailleurs, voulu faire lui- 
même une reconnaissance des côtes de l'île, et dans 
le courant du mois de juin dernier, il a successivement 
visité Unia, Tupéti, Yo, Nakéti, Kanala, Rouahoua, 
Ina^ Wagap, Hienguène, Puébo et Balade ; partout il a 
été bien reçu, et les chefs indigènes ont réclamé l'éta- 
blissement de postes militaires. 

Les Néo-Calédoniens cherchent à se rapprocher de 
nous, et lorsque l'intérieur de l'île aura été entièrement 
reconnu, qu'on y aura introduit du gros bétail en quan- 
tité suffisante, qu'on y aura établi des routes reliant 
d'une côte à l'autre les principaux centres de popula- 
tion, l'œuvre de la colonisation y progressera certaine- 
ment. 

Déjà va-t-on tenter un essai qui, il faut l'espérer, 
pourra amener d'heureux résultats. L'année qui va 
s'ouvrir ne s'écoulera pas sans qu'on y ait fondé un 
pénitencier colonial. On a, de plus, constaté l'arrivée 
dans la colonie de quelques travailleurs australiens que 
les déceptions et les découragements des placers éloi- 
gnaient du continent voisin. Enfin, si indépendamment 
de ses richesses naturelles, de sa plantureuse fertilité, 
de la beauté de son climat, il ne fallait à la Nouvelle- 
Calédonie, pour fixer sur elle l'attention des émigrants, 
que l'appât de l'or, elle n'aurait non plus, sous ce 
rapport, rien à «nvier à l'Australie et à la Californie ; 
en effet, l'or a été découvert mêlé, à l'état de paillettes, 
à la terre argilo-micacée de la vallée de Houéhiahomme, 
à 2 kilomètres de Puébo. 

Il se passera cependant encore un certain temps 
avant que nous n'ayons lié des relations avec les nom- 



( àhti ) 

breused trlbns qui composent la population de la Nou* 
veile-Calédonie, surtout avec celles do la côte occiden- 
tale, qui sont les plus considérables et les plus sauvages; 
elles occupent de vastes plaines et de fertiles vallées, 
dont le sol leur fournit, avec peu de travail, tous les 
végétaux et les quelques fruits qui composent leur ali- 
mentation. Il ne leur manque que du bétail pour jouir 
d'une existence confortable, au sein de leur sauvage 
indépendance. 

Sur la côte orientale, notre domination est reconnue 
de Yalé à Balade. La protection des établissements 
des missionnaires a rendu successivement nécessaires 
les postes de Balade, de Kanala et de Wagap ; ces 
postes établis, il a fallu les ravitailler; la sécurité dont 
on jouissait dans leur voisinage y a attiré des colons ; 
un mouvement régulier de troupes, de navires de 
guerre, de caboteurs, de commerçants, s'y est de plus 
en plus développé, rendant chaque jour nos rapports 
plus faciles avec les indigènes de cette région. Espérons 
que le même enchaînement de faits sur la côte occi- 
dentale, au nord ouest de Port-de-France, chef-lieu 
de notre établissement, amènera le même résultat, et 
que le dernier repaire de la sauvagerie néo-calédo- 
nienne n'am'a plus pour nous de sanglants mystères. 

Je n'aurai, cette fois, rien de nouveau c^ vous signa- 
ler dans les autres parties de l'Océanie française. 

Les derniers rapports relatifs à Tahiti nous repré- 
sentent l'île comme étant en pleine voie de prospérité ; 
il en est de même de l'archipel Pomotou, sur lequel 
s'étend notre protectorat, et des îles Marquises. 

Les lies de l'archipel Indien ont donné lieu à plu- 



( &45 ) 

sieurs intéressants mémoires touchant l'ethnographie 
et la linguistique, vous pourrez les voir dans le journa 
spécial que publie à Singapour le zélé M. Logan (1). 

Les grandes îles hollandaises ont été l'objet de tra- 
vaux hydrographiques ou hypsométriques importants, 
et parmi les cartes qui ont été publiées par les soins 
du gouvernement colonial, je dois une mention parti- 
culière à la belle carte de Java et Madura, en quatre 
feuilles, dressée à l'échelle de 1 717000% par M. W. F. 
Versteeg, et imprimée par le procédé chromolitho- 
graphique au bureau topographique de Batavia (2). 
C'est une carte routière, très-complète, faite pour gui- 
der les chefs de corps dans l'île de Java. Elle renferme 
un profil des hauteurs dans le sens de la longueur de 
l'île, et de nombreuses notes explicatives. 

Enfin, je ne vous parlerai des Philippines que pour 
vous signaler le terrible tremblement de terre dont 
nie de Luçon a été le théâtre, le 3 juin dernier, à sept 
heures et demie du soir. Cette catastrophe, qui a cou- 
vert Manille de ruines, et qui a coûté la vie î\ dix- 
mille habitants, avait, comme d'ordinaire, été précédée 
de signes avant-coureurs, tels qu'une atmosphère pe- 
sante et remplie d'émanations sulfureuses, de bruits 
souterrains, de flammes sortant de terre. La secousse 
avait duré à peine quarante ou cinquante secondes, 
et ce peu de temps a suffi pour faire bien des vic- 
times, et couvrir de ruines la reine des Philippines. 

(i) Journal ofthe Indian Archipelago. 

(2) Nieuwe tevens Elape-kaart van Java en Madoera, Ingevolge, 
Gouvernements besluit dd° 7 Augustus 1860 n" 15. Op, de Schaal van 
1 : 717000. Te zacacngesteld door dcn kapitein der génie W. F. Wer- 
flteeg Tp. Bureau. Batavia, 1861-1862. 



( 446 ) 

J'achève, messieurs, le rapide et trop incomplet ex- 
posé de vos travaux intérieurs, et du mouvement géo- 
graphique pendant Tannée 1863. 

Ainsi que vous l'avez pu voir, le travail des nations 
exploratrices, au premier rang desquelles brillent la 
France, l'Angleterre, l'Allemagne et la Russie, ne con- 
naît ni trêve, ni repos. La science du globe marche 
incessamment vers de nouveaux progrès. 

Mais si l'on a beaucoup fait, il reste encore beaucoup 
à faire. L'Afrique, l'Australie, l'Asie, l'Amérique ré- 
servent encore des palmes glorieuses aux voyageurs de 
l'avenir. Quel est celui qui sera assez heureux pour 
pénétrer au cœur de l'Afrique équatoriale, dans les 
régions inconnues qui s'étendent du Waday au Congo? 
Qui, le premier, pourra parcourir les steppes et les 
solitudes de l'Australie occidentale? Qui aura la noble 
satisfaction de nous révéler les mystères de cette région 
asiatique, où naissent le Brahmapoutre et les grands 
fleuves de l'Inde transgangétique, au seuil de laquelle 
est venu mourir notre compatriote Henri Mouhot ? A 
quel voyageur est réservée l'heureuse fortune de rap- 
porter une bonne description de l'Yucatan, du Chiapas 
et du Honduras, description que réclament à la fois le 
géographe, l'historien et l'archéologue? Enfin quel 
marin audacieux achèvera, sur les traces de d'Urville, 
de Balleny, de Wilkes, de soulever le voile qui nous 
dérobe les solitudes glacées des terres australes ? Vous 
le voyez, voici encore, parmi tant d'autres que j'omets, 
bien des sujets d'études et de travaux. 

La carrière des sciences géographiques est sans li- 
mites, et si l'homme peut un jour espérer parvenir à 



(447) 

l'entière connaissance du globe, il lui restera encore le 
champ inépuisable des améliorationSi des perfectionne- 
ments à apporter à ses travaux, à ses descriptions. 

Pour vous, messieurs, qui suivez avec intérêt la 
marche progressive de la science que nous aimons, 
votre tâche est grande et belle. C'est à vous, en effet, 
qu'il appartient de stimuler par l'exemple, par vos 
avis, le zèle des explorateurs. Vous leur tendez une 
main secourable, alors que, comme René Gaillié, ils 
viennent, encore pauvres et inconnus, vous dire les 
résultats scientifiques de leurs fatigues, de leurs mi- 
sères ; vous faites connaître ceux qui ont bien mérité 
de la géographie, vous les signalez à l'attention de 
tous, vous répandez, vous popularisez leurs travaux ; 
enfin, comme l'ont fait vos aines, vous apportez à 
l'édifice de la science votre humble tribut et vous 
concourez à sa glorification. 

Puisse votre zèle, puisse ce dévouement, dont vous 
donnez tant d'exemples généreux et désintéressés, se 
propager dans notre pays I Souhaitons tous que l'en- 
seignement géographique soit en France à la même 
hauteur que nous le trouvons chez nos voisins ; et pour 
que ce noble but soit atteint, faisons surtout des vœux 
pour une organisation plus large, plus complète, plus 
efiicace de cet enseignement, qui, du jour où il sera 
mieux compris, mieux encouragé, ainsi qu'il doit l'être 
dans un grand pays comme le nôtre, rendra à notre 
Patrie, au point de vue géographique, le rang qu'elle 
occupait, au temps des Sanson, des Delisle et des 
d'Anville. 

18 décembre 1863. V. A. MalTE-BrUN. 



( AA8 ) 



ERRATUM 



PASSAGE NORD-OUEST 

DÉCOUVERT PAR SIR JOHN FRANKLIN 

ET POSTÉRIEUREMENT PAR LE CAPITAINE M^GLURB 

(Bulletin d*août 1863, p. iS8, et tirage à part, p. 6.) 



Par une erreur d'impression dont nous ne nous ren- 
dons pas bien compte, au sujet de la découverte du 
passage nord-ouest entre les deux Océans, on a oublié, 
dans le Bvlletin de la Société de géographie ( août 
1863, page 128), et dans le tirage à part de notre 
notice sur John Brown (page 6), de placer quelques 
lignes en tête de la note qui devait être ainsi conçue : 
Par l'amiral sir Jfobn Franklin, dès 1837, en venant 
» de l'est, et bien postérieurement, en venant de l'ouest, 
» par le capitaine M'Glure, en 1850, et l'on pourrait 
)). dire presque en même temps que celui-ci par le capi- 
» taine Collinson. » 

On peut voir, en efTet, dans le Bulletin de la Société 
de géographie ( &"* série, tome XI, 1856, pages 70 et 
suivantes), et dans le tirage à part de notre notice 
sur la vie et les travaux de l'amiral sir John Franklin 
(pages 36 et suivantes), le détail des découvertes et 
des travaux de ce célèbre et infortuné navigateur, de 



( hhO ) 

1S19 à 18&7. II en résulte d'une manière incontestable 
que c'est lui qui a le premier découvert ce fameux 
passage, o Franklin and his companions hâve solved 
» tke long sought problem of a North-West passage^ in 
» forging with their lives^ or in other words by their 
» deaths^ the last and only link wànting to complète 
» the chain. » Ainsi que le dit si éloquemment sir John 
Richardson, dans l'épigraphe placée en tète de notre 
notice, et que l'ont si bien démontré les plus éminents 
navigateurs arctiques et les plus savants géographes, 
parmi lesquels nous nous bornerons à citer sir Rode- 
rick I. Hurchison, qui se sont occupés de cette impor- 
tante question. 

Nous croyons enfin devoir ajouter, qu'outre l'avan- 
tage de l'antériorité de la découverte, il est un point 
d'une haute importance qui ne saurait être passé sous 
silence. Le passage que Franklin a découvert le pre- 
mier est en effet le seul qui puisse être tenté avec 
succès par les navigateurs, en attendant toutefois, en 
quelques circonstances, le moment favorable pour exé^ 
cuter la traversée, tandis qu'il parait à peu près reconnu 
que celui qu'on doit au capitaine M'Giure est presque 
constamment fermé par les glaces. 

De la Roquette. 



( i60 ) 

Jketmm de la Société. 

EXTBAITS DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



Séance du 20 novembre 186S. 

PfttSIDENCK DB 11. DB QOATBBFAGBt. 



M. le capitaine de frégate Vallon, chargé d'exami- 
ner un instrument destiné à faciliter la levée des plans, 
offert à la Société par M. le marquis de Turenne, rend 
compte, par lettre, de son examen et déclare que 
ledit instrument serait d'une grande utilité pour les 
voyageurs. 

M. de la Roquette annonce la mort de M. Tfaomassy» 
à la Havane, par suite d'une fièvre typhoïde. Cet évé- 
nement aurait eu lieu vers la fin de juillet 1865. Ce 
voyageur, membre de la Société, était au moment de 
retourner en France, venant de la Nouvelle-Orléans, 
où il avait entrepris d'établir des salines. 

Le même membre fait ensuite hommage à la So- 
ciété, au nom de M. Hermann Schlagintweit, de trois 
brochures en langue allemande : 1° Résultats météoro- 
logiques de rinde et de la haute Asie; 2» De la tem- 
pérature moyenne de Tannée et des saisons, et le 
caractère général des lignes isothermes dans l'Inde et 
dans la haute Asie ; 3"" Echelle tournante métrique, 
avec un petit tableau. 

M. de la Roquette offre également, au nom de M. Ba- 



( 451 ) 

rufii, une brochure sur la vie et les travaux de M. Al^- 
bert de la Marmora. 

M. le secrétaire général donne lecture de la liste des 
ouvrages oflFerts, 

Sont admis comme membres de la Société, MM, de 
Grammont, capitaine au Aâ* de ligne, présenté par 
MM. E. Cortambert et Maunoir ; Auguste Guinnard, 
présenté par MM. L. Dubois et Malte-Brun. 

M. Michel de Galkine, membre de la Société de géo* 
graphie de Saint-Pétersbourg et voyageur en Orient, 
présent à la séance, lit une intéressante notice sur les 
Turcomans de la mer Caspienne. Ce travail sera inséré 
dans le Bulletin. 

M. de Khanikoff dépose sur le bureau son mémoire 
relatif à l'ethnographie de la Perse, lequel est destiné 
à être imprimé dans le Recueil des mémoires de la 
Société. Il entre à ce sujet dans un développement 
oral analytique qui donne lieu à quelques observations 
de M. Vivien de Saint-Martin ; il signale à l'auteur un 
mode de simplification qui lui parait d'une exécution 
facile, et qui mettrait plus en lumière les faits qui res- 
sortent de ce travail. Il s'agirait de prendre les Guèbres 
comme centre de la description ethnographique de 
l'Iran, et de considérer tour à tour les Afghans au nord- 
est, les Beloutches au sud-est, les Kourdes à l'ouest^ les 
Arméniens au nord-ouest, et, enfin, les habitants du 
Turkestan au nord. On pourrait ainsi indiquer touf à 
tour les modifications de la race typique, qui se re- 
marquent chez chacune de ces races décimées. • 

M. de Quatrefages, prenant la parole sur le même 
sujet, pense que les instruments crâno-métriques em- 



( Â62 ) 

ployés jusqu'ici par les voyageurs, sont incomplets ou 
d'un difficile emploi, et il signale la photographie 
comme devant rendre de grands services pour cet 
usage, II regrette que, jusqu'ici, on n'en ait pas usé 
davantage. Pour qu'elle fournisse des données numé- 
riques aussi certaines que celles qu'on cherche par des 
moyens, souvent inapplicables, il suffit de prendre des 
épreuves dans un rapport de grandeur déterminé avec 
les modèles 1/3, 1/4, 1/5* de diamètre et même moins. 
Il faut, en outre, avoir soin de prendre toutes les épreu- 
ves très-exactement de face ou de profil. Les épreuves 
ou dessins pris de trois quarts, sont sans doute artis- 
tiques, mais, au point de vue anthropologique, ils 
sont pour ainsi dire sans valeur. M. de Khanikoiï s'était 
déjà préoccupé des services que la photographie pour- 
rait rendre à l'étude des crânes. La photosculpture est le 
mode de reproduction le plus parfait que Ton ait encore 
mis en œuvre, mais le grand nombre d'appareils qu'elle 
nécessite ne permet pas aux voyageurs de s'en servir. 

M. de Quatrefages rappelle , au sujet des Tartaies 
de Kazan, que M. Pritchard relate le récit de deux 
voyageurs qui, ayant visité cette population à quatre ou 
cinq générations de distance, ont observé l'un et l'autre 
que cet espace de temps, relativement très-court, avait 
produit, dans leur type, des différences très-marquées 
en bien. La première de ces deux observations se rap- 
portait également aux hordes encore errantes. 

Or, l'auteur anglais fait remarquer qu'on ne peut ici 
expliquer cette amélioration par le seul fait d'un croi- 
sement, la différence des religions mettant un obstacle 
absolu aux mariages mixtes. En admettant l'exactitude 



( fi5â ) 

de ces faits, il semble à M. de Quatrefages qu*on ne 
pourrait les révoquer en doute qu'en faisant des sup- 
positions jusqu'ici purement gratuites ; il faut bien y 
voir un exemple frappant de l'influence du milieu, en 
donnant à ce mot son acception réelle, c'est-à-dire en 
désignant par là l'ensemble de tontes les conditions 
d'existence. 

M. le président justifie, en outre, l'observation faîte 
par Hérodote, au sujet de la différence de dureté entre 
les crânes des Perses et ceux des Égyptiens, en disant 
que des expériences récemment faites prouvent que les 
crânes de ces derniers sont formés de tissus d'une den- 
sité extrême et, par conséquent, d'une solidité remar- 
quable. Il demande à M. de Khanikoff si le crâne indou 
n'est pas seulement remarquable par la longueur de 
son diamètre postérieur ; sous ce rapport, il en est qui 
le dépassent considérablement. Il l'est surtout pour sa 
forme ovoïde générale. A cet égard, les dessins mis 
sous les yeux des membres de la Société en diffèrent 
beaucoup, car ils ont la voûte crânienne presque droite 
comme certains crânes celtiques exagérés qui devien- 
nent presque cylindriques. M. de Quatrefages désire- 
rait savoir si les crânes guèbres présentent quelque 
analogie avec cette dernière forme. 

Sur la réponse affirmative de M. de Khanikoff, M. de 
Quatrefages fait ressortir ce que ce fait présente de 
remarquable, et exprime le vœu de voir au moins les 
moules de ces crânes si intéressants venir prendre 
place dans les collections du Muséum. 

La séance est levée à dix heures et demie. 



TABLE DES MATIÈRES 

COSTBNUIS 

DANS LE TOME VI DE LA 5« SÉRIE. 

N- 26 à 36. 
(Juillet i décembre 1863.) 



MEMOIRES, NOTICES, ETC. 

Le D' Alfred Peoey et ses dernières explorations dans la région 
da haut fleave Blanc. 1860-1861, extraits de ses papiers et 
de ion Journal de Toyage, mis eu ordre et accompagnés de 
notes par M. Y. A. Maltb-Drun 5 

La Nouvelle-Zélande» colonie anglaise, par M. C. Maonoir. • • . 97 

Notice sur la vie et les travaux de John Brovn, par M. de la 
ROQUBTTI 125 

Des rapports entre la géographie et Téconomie politique, discours 
lu à la Société de géographie de Paris, dans sa séance publique 
du 1*' mai 1863, par M. Jolbs Ddyal, secrétaire de la So- 
ciété pour Tannée 1862-1863, avec un tableau 169 et 307 

Coup d*œil sur la récente exploration des capitaines Speke et 
Grant, par M. Y. A. Malts-Beun 250 

Notes sur les usages des populations indigènes de la Cochincbiue 
française, par M. Henri Binetbau 297 

Notice sur le royaume de Khmer ou deKambodje, par M. Pétrus 
TrQoog Yinh Ky é 326 

Allocution de M. Beinaud, membre de l'Institut, à l'assemblée 
générale du 18 décembre 1863 • . 362 

Rapport sur les travaux de la Société de géographie et sur les 
progrès des sciences géographiques pendant Tannée 1863, 
par M. Y. A. Malte-Brdn • 366 



( &65 ) 

ANALirSRS, llAPPOnTS, ETC. 

Rapport Bar U Grammaire de la langue quichée espagnole-firat^ 
çaise^ mise od parallèle avec ses deux dialectes cakchiquel et 
tzutohil, etc., avec un Vocabalaire compreDant les sources 
principales du quiche compi^rées aux langues germaniques, et 
suivi d*un Essai sur la musique, la poésie, la danse, servant 
dMntroduction au Rabinal-Àchi, drame indigène recueilli par 
Tabbé Brasseiàr (de Bourbourg), Paris, 1862, par M. Pruner- 
Bet. ...b*.**»» •.••••••••••*• •#..••«.. 153 

Essai de Grammaire de la langue tamachek', renfermant les prin- 
cipes du langage parlé par les Imouchar* ou Touareg, des 
conversations en tamachek*, des fac-^mk d*écriture en carac- 
tères tiûnar', et une carte indiquant les parties de 1* Algérie 
où la langue berbère est encore en usage, par M. À, Hano- 
teau, chef de bataillon du génie, chevalier de la Légion d*hon- 
neur, commandant supérieur du cercle de DrA-el-Mizan. — 
Paris, 1860. Imp. impér. Par M. Prdnbb-Bbt ... 267 

Rapport sur la Polyglotte Africana or a comparative vocabulary 
of nearly tbree hundred words and phrases in more than one 
hundred distinct african languages by ihe rev. S. W. Kœlle, 
par M. le IK Prunbr-Bev 333 

NOUVELLES ET COMMUNICATIONS. 

Extraits des lettres de M. Guillaume Lbjean à M. Ernest Des- 
jardins é 72 

Note de M. Lbfebvrb-Duruplé, chargé au nom de la commission 
de V Annuaire, de présenter un rapport sur ce projet de publi- 
cation 77 

Noie sur la population de l'Ile de Cuba, d'après le recensement 
officiel fait en 1861 . Communication adressée à la Société de 
géographie par M. Francis La vallée 144 

Note de M. Antoine o'Abbadie à propos des découvertes des ca- 
pitaines Speke et Grant 147 

L*inslitut philosophique de Cantorbéry à la Nouvelle-Zélande, 
par M. C. Madnou * 282 



••# 



( 166 ) 

Erralîtm.^ Passage nord-ouest découTert par sir John Franklin 
et postériearement par le capitaioe ArClure» par M, de la 
RoQUim.. • • . • • • • . • 448 



» » 



ACTES DE LA SOCIETE. 

Prooès-ferbaoi des léames . . • • • 80 151 28S 347 4110 

Oavragea offerts à la Société 90 i5S 291 356 

PL4lNCHES« 

Esquisse dn fleuve Blanc de Goodokoro aui cataraeles de Makédo et 
au* pic Gniri, dressée d*après les croquis du D' à. Peney, par 
M. V. A. MALTB*BaoN. 

Esquisse générale de lUtinérairc et des Découvertes des capltdjncs 
Speke et Grant, 1861-1862, par M. Y. A. Malte-Bbum. 



FIN DU TOME SIXIÈME. 



Parts. «— Iffipiimeiiedtf Ë. MARTiNSTti'UdMigaûB, 3. 



o^^\ 







OCT 3 \ 1925 



\ 



/